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BIBLIOTHÈQUES PARTICULIERES BT PUBLIQUES

Outre ces bibKothèques monastiques, énumérées par M. Delandine, plutôt que décrites par lui, il existait aussi à Lyon, avant la Révolution, plusieurs bibliothèques particulières dont le souvenir s'est conservé et qui ont enrichi en partie nos bibliothèques pubhques actuelles.

La plus ancienne en date était celle de Pierre Aubert, avocat, échevin, Tun des fondateurs de TAcadémie de Lyon, éditeur du Dictionnaire deRichelet, auteur de quelques opuscules, né le 9 février 1 642, mort le 1 9 février 1733. Malgré l'utilité de ses travaux, dit M. Delandine, son plus beau titre de gloire fut d'avoir légué sa bibhothèque à la ville pour être rendue publique. Il mourut sans postérité.

La générosité de ce Lyonnais aurait été imitée par Claude Brossette, sieur de Varennes, né à Teizé, en Lyonnais, le 8 novembre 1 671 , mort & Lyon, le 1 1 mai ou le 13 juin 1743. Avocat, échevin, Tun des fondateurs de r Académie de Lyon, dont il fut le premier secrétaire en 1700, bibliothécaire de la ville en 1733, correspondant de Boileau qui lui fit présent de son buste en marbre, par Delacolonge, aujourd'hui à la bibliothèque du Lycée, il eut le courage de se détacher, pendant sa vie, de sa riche bibliothèque pour en augmenter celle d'Aubert et les jouissances de ses concitoyens. Littérateur lui-môme, on lui doit plusieurs pubKcations qui ne sont pas sans mérite. Des cartouches imprimés et collés dans l'intérieur de plusieurs des volumes de sa bibliothèque particulière révèlent qu'une dame lyonnaise Blanche Dupuys-Albanel, lui légua une somme annuelle pour enrichir de livres lu bibliothèque des avocats, placée par la ville au Petit-

Collège. Cette oibliothèque y occupait une vaste salle, '.arrée, bien éclairée, au haut du grand escalier; elle a été plus tard réunie à la bibliothèque du Lycée.

Eléazard de Valernod, chanoine d'Ainay, mathématicien, mécanicien, membre de l'Académie de Lyon, petit neveu de l'évoque de Belley, Camus, né en Dauphiné le 22 avril 4704, mort le 20 avril 1778, s'était plu aussi à se former une bibliothèque non sans mérite. Enfin, M. Delandine avait vu aussi la bibliothèque de Christin, Jean- Pierre, mathématicien, physicien, musicien, fondateur de la Société du Concert (1) devenue ensuite Société royale

(1) Christin fonda, en 1724, la Société du Concert, qui éleva pour ses réunions le gracieux bâtiment qu'on voyait encore naguère sur la place des Cordeiiers. La ville en a fait racquisitiou et l'a démoli parce qu'il obstruait la voie publique, mais sans en rebâtir un autre. Aussi, nos diverses Sociétés musicales sans domicile fixe et vagabondes, sont-elles réduites maintenant à chercher çà et là un abri momentané, soit dans nos palais, soit dans nos théâtres où elles gênent souvent et payent cher Ihospitalilé qu*on leur accorde. Ne serait- ii pas, dès lors, digne de la seconde ville de France, d'élever un bâtiment spécial pour les Sociétés musicales si remarquables par leurs talents, alors surtout que dans les moindres villes d'Allemagne et d'Italie on rencontre des hôtels appelés Harmonies^ où les Sociétés musicales donnent des concerts, des représentations théâtrales et y possèdent de si riches bibliothèques musicales ? Je soumets respectoeasemcnt cette observation à la Commission municipale.

D'après André Clapasson (pag. 75), les amateurs de musique se réunissaient d^abord dans une salle sur le quai Saint-Clair. En 1734. jeur Société fut approuvée par lettres patentes et la ville leur accorda le terrain sur lequel ils élevèrent l'hôtel du Concert, place des Cordeiiers. Cet hôtel, quoique surchargé d'ornements, ne manquait pa^ de grâce ; un vaste vestibule précédait la salle des réunions, éclairée par huit grandes fenêtres cintrées et voûtées en arc surbaissé. Les artistes siégaient sur une estrade fermée par une balustrade en fer. Derrière cette salle étaient la bibliothèque et un salon pour l'accord

des Beaux-Ârts , fondateur d'un prix que rAcadémie distribue annuellement , né le 31 mai 1683 et mort le < 9 janvier 1755.

Parmi les donateurs de notre grande bibliothèque, il faut citer aussi Louis du Puget, Tun des plus célèbres physiciens du xvii* siècle, né en 1629, mort en décembre 1709, Tun des sept fondateurs de T Académie de Lyon, en 1700. — Il légua sa bibliothèque aux Jésuites, et son cabinet de physique à Laurent de La Valette, prévôt des marchands et propriétaire de Tune des plus riches bibliothèques particulières de Lyon, dans Thôtel de Malte, place Bellecour.

En 1780, un riche banquier, M. Canac de Saint-Léger, avait légué mille hvres pour être employées à compléter les mémoires de TAcadémie des sciences et des inscriptions.

Enfin, n'oublions pas de citer la bibliothèque de Pierre Adamoli, né le 5 août 1707, mort le 5 juin 1769.

Pierre Adamoli était un homme de goût, ami des lettres qu'il cultivait lui-même. Il passa sa vie à former une bibliothèque distinguée par le choix des éditions, précieuse par ses manuscrits, ses estampes et les ouvrages

des instruments avant les concerts. L'académie des Beaox-Ârts, qui se forma ensuite à Lyon, y tint ses séances. Cette Académie, composée de trente membres, se divisait en trois classes : les mathématiques, la physique et les arts.

Dans les lettres patentes accordées à la Société du Concert, il est dit qu'elle fera un corps séparé de l'Académie des sciences. Cette Société fut assez mal administrée : elle dut recourir à de nombreux emprunts, mendier les secours de la ville, et le 30 décembre 1741, elle se vit contrainte de vendre à la ville ses bâtiments et jusqu'à sa collection de musique. Frédéric Pietra-Santa, ingénieur de la ville de Milan, fournit les plans do la maison. (Voir aux Arch. do la vili^ rinvent. Cbappe.)

rares qu'elle renfermait. Cette collection, commencée en 1734, ne fat achevée que trente ans après; elle coûta à son auteur 51 ,787 livres. A sa mort, il en légua la propriété à la ville et la jouissance à l'Académie. La ville, après un procès avec ses héritiers, reçut cette bibliothèque dans une salle spéciale de THôtel-de-Ville, depuis les archives jusqu'à la place du théâtre. Elle y joignit un cabinet d'histoire naturelle et d'antiques, et le tout était ouvert au public le mercredi.

L'abbé Jean-André Mongez, né à Lyon en 1755, neveu de Rozier, homme des plus érudits, en fut longtemps le conservateur ; il était le guide et le conseil de Delandine.

L'abbé Rozier avait associé son neveu Mongez à ses travaux du Journal de physique et même du Dictionnaire d'agriculture. Son zèle pour les progrès de l'histoire naturelle le porta à s'embarquer avec La Pérouse, en \ 785, et il a dû partager le sort de ce célèbre et infortuné navigateur.

La Révolution chassa cette bibliothèque de THôtel-de- Ville ; il lui fallait de la place pour y établir ses proconsuls et son sanglant tribunal... jugeant sans appel... et on Tenfouit dans les greniers de la « ci-devant abbaye de « Saintr-Pierre. Là, dit M. Delandine, d'officieuses arai- « gnées couvrirent de * leurs toiles épaisses les scellés « apposés sur la serrure du local qui la renfermait, et elle « y fut heureusement oubliée par ceux qui alors ne cher- « chaient qu'à détruire. » Après les sanglantes saturnales delà Révolution, cette bibliothèque fit un nouveau voyage et fut réunie à la grande bibliothèque de la ville où la reçurent avec tous les égards qui lui étaient dus, M. François Tabard, Sébastien Brun (1J, aidés de

(1) Tabard François, bibliothécaire de la ville de Lyon, avant M. Delandine, professeur au Lycée, né le 10 mars 1746, morl le

M. Raynal (\), Elle y occupa la galerie Villeroy avec tous les livres de rAcadémie que la Révolution avait eu soin de fermer aussi. Le portrait d'Adamoli oma cette galerie qui prit le nom du généreux donateur, mais l'Académie s'étant reconstituée après le retour de Tordre, demanda à la ville la restitution de sabibliothèque; toutefois ce ne fut que vingt ans après qu'elle put lobtenir. Après un minutieux

3 mars 1821. On a de lai quelques mémoires inédits restés dans les archives de rAcadémie dont il était membre. {Lyonn. dign. de mém. p. 389.)

Sébastien Brun, ancien principal du collège Notre-Dame, mort, bibliothécaire de TEcole centrale, le 8 juillet 1798. (Idem, p. 50.)

(1) Raynal, biblographe, un des conservateurs provisoires de la bibliothèque de Lyon, en 1791 et 1795 ; il a rédigé un assez grand nombre de catalogues de bibliothèques, entre autres de celles de MM. Rast, de Riolz et de Guzieu. (Idem, p. 247.)

M. Delandine rapporte dans son Histoire des anciennes. Bibliothèques de Lyon (1812), que le savan; Père Ménétrier, bibliothécaire de Lyon, s*est plu aussi à acquérir pour son dépôt une partie des ouvrages qui composaient la célèbre bibliothèque de Jean GrolUer, vendue à l'encan à Paris, en 1675, après la mort de cet homme éminent et dont Lyon slionore, Jean Groliier, vicomte d'Âguisy, trésorier gépéral des armées françaises dans le Milanais, ambassadeur de François 1*' à la cour de Rome. Mécène d«s gens de lettres qui ne lui ont pas épargné les louanges (Lyonn. dign. d« m^.)i né en 1479, mort le 22 octobre 1565, avait rassemblé à grands frais les ouvrages les plus rares et les plus utiles et se plut à les communiquer à tous*les savants. Sa générosité et la protection qu'il accorda auK hommes de lettres le firent appeler par Erasme « rornement de la France ». Les volumes de sa bibliothèque étaient reliés en veau ou en maroquin avec des ornements sur le plat et dorés sur tranche. Chacun portail d'un côté une devise particulière et de Tautre l'inscription « Jo. GroU lierii et amicorum » Ces volumes sont encore très-recherchés, et M. Delandine dit que quelques-uns se voient encore à la bibliothèque de Lyon, après avoir échappe aux derniers attentats du vandalisme.

triage, les livres d'AdamoIi et ceux de rAcadémie firent une troisième pérégrination et arrivèrent dans le local qu'elles occupent à côté de la salle de rAcadémie, au palais Saint-Pierre. Quoique ces déplacements soient funestes pour cette sorte de collections , espérons que r Académie et sa bibliothèque, de même que la grande bibliothèque pubUque du Palais-des-Arts, feront cependant encore un nouveau et dernier voyage. Espérons que la ville saura un jour, quand elle aura retrouvé quelques ressources, élever un palais spécial, consacré exclusivement à nos bibliothèques réunies, et que sous le même toit viendront s'asseoir fraternellement, dans des salons spéciaux , TAcadémie , la Société d'Agriculture et les autres Sociétés savantes réduites à s'abriter à tour de rôle, dans une salle enfumée , noire, incommode , véritable galetas situé dans un recoin du Palais-des-Arts.

Pour ne rien omettre de ce qui concerne les anciennes bibUothèques de Lyon, dont on retrouve encore çà et là quelques épaves, je dois aussi citer celle dite bibliothèque La Valette,et malheureusement dispersée par la Révolution dont le génie infernal s'est comme plu à détruire tous nos plus beaux monuments. Cette bibliothèque a trouvé heureusement un Historien, M. Auguste Bernard qui, en <854, a publié une notice de 56 pages, d'un vrai mérite, sur cette importante collection qui n'est plus.

D'après cet auteur, cette bibliothèque eut pour fondateur Laurent, deuxième du nom, chevalier, seigneur de La Valette, né le 49 mars \ 6ii, issu de la maison de PanelK, alias, Planelli ou Pianello, originaire de Bitonto, au royaume de Naples, émigrée ensuite à Gênes. L'un de ses uGiembres, Baptiste P', marié à Gênes, en 1560, vint s'établir à Lyon et complimenta Henri IV, lors de son entrée à Lyon, le 4 septembre 1595.

Mais comme je Tai déjà dit, ce fut, à proprement parler, Laurent II qui commença la riche collection de sa maison. Il était né le 49 mars 4644, et parent par sa mère de Pierre Bullioud(4), auteur du Lugdunum sacro-profanum, ouvrage du plus grand intérêt et à l'impression duquel le Consulat voulut bien contribuer « attendu, dit la délibé- « ration prise à ce sujet, que le Lugdunum sacro-^ro- « fanum, seu de clariSj UlustribtÂS et notis fjigdunensibtis^ (( Forensibus et Bellijocentibus ne peut pas être mis sous « presse par les libraires de Lyon et de Paris, vu la « difficulté qu*ils ont de débiter leurs livres, en cette « saison de guerre. »

Vivant au temps des grands historiens du xvn* siècle, il se procura facilement leurs manuscrits (2) et en recueillit un grand nombre. En 4686, le roi crut devoir écrire aux échevins de Lyon qu'il désirait le voir nommé prévôt des marchands, ce qui eut lieu pour les années 4687 et 4688. Le roi lui accorda même un traitement de 3,000 livres.

Déjà, en 4696,1e cabinet de M. de La Valette était célèbre dans toute la province. On y voyait, parmi ses raretés, le fameux Cartulaire de Villeneuve, un manuscrit

(1) Bullioud (Pierre 11), jésuite, fils de BuUioud (Pierre I, procureur du roi au siège présidial de Lyon, procureur général au Parlement de Dombes, député comme premier échevin, par la ville de Lyon, en 1597, auprès de Henri IV ; mort la même année.

Bullioud (Pierre H), né à Lyon, le 27 janvier 1558, mort en 1661, est l'auteur d'un Lugdunum sacro^profanum, recueil considérable de documents sur Thistoire de Lyon, encore manuscrit. {Lyonn. dign. de mém., p. 53. Aug. Bernard, p. 15.)

(2) Entre autres ceux de Pierre Bullioud , mort en 1661 , — de Guichenon, historien de la Bresse et des Dombes, mort en 1664; — de J.'M. de la Mure, historien du Forez, mort en 1676 ; — de fx>uvet, historien du Beaujolais, mort vers 1680.

de la main même de Bellièvre, inséré dans le vingt-unième volume des manuscrits de Guichenon, le Livre des compositions des comtes de Forez, le Lugdunumpriscumy de Bellièvre, une copie du Cariulaire de Savigny. Ce cabinet se trouvait sur la place Bellecour, dans Thôtel de Malte, où logea Louis XIV en 4658. C'est là que Laurent avait rassemblé, à grands frais, non-seulement des livres, mais des tableaux, des antiquités, et c'est dans ce cabinet que se réunit, presque & son berceau, 1* Académie de Lyon, dont il fut Tun des fondateurs, de \ 705 à 1 74 4 . On y voyait aussi une collection de plus de 300 sceaux de Savoie et du Dauphiné. En 4740, le cabinet La Valette s'enrichit encore du cabinet de Louis du Puget, physicien et naturaliste, l'un des sept fondateurs de TÂcadémie de Lyon, en 4700, né en 4629, mort en décembre 4709. Du Puget légua ses instruments à La Valette et ses livres à la bibliothèque des PP. jésuites.

Laurent écrivit peu , on n'a de lui qu*un discours prononcé à l'Académie, en 4 74 7 : <c Sur le goût des anciens « païens pour les événements merveilleux et extraordinai- « res. » Il mourut le 9 octobre 4748, laissant une bibliothèque de quatre mille ouvrages dont le catalogue est encore conservé à la bibliothèque nationale. Ce catalogfue fut rédigé de 4 692 & 4 693, par Claude Bourgeat, marchand-libraire, à Lyon.

Laurent, de La Valette laissa un fils né de son mariage avec Laure Mascranny, fille de Paul Mascranny de la Verrière; ce fils né en 4680, conseiller en la cour des Monnaies de Lyon, n'hérita pas des goûts et du mérite de son père, et fut néanmoins de l'Académie de Lyon. . . Il eut on fils, Laurent III du nom, aussi de l'Académie de Lyon, dès l'âge de 26 ans, et qui donna les soins les plus éclairés au développement de la bibliothèque de son aïeul. Il fut

plus connu sous le nom de M. de Charly qui était celui de Tune de ses terres. Il mourut en 1758, et son héritier prit le nom de marquis de Maubec; ce dernier dut quitter Lyon pour mieux surveiller ses intérêts, et se retira au château de Thorigny, près Sens. Son cabinet l'y suivit. Ce fut un vrai malheur pour Lyon qui ne devait plus revoir un seul de ces livres qui lui appartenaient à tant de titres.

Mais M. de Maubec resta peu dans sa nouvelle résidence ; il se fixa à Paris où il mourut le 40 janvier 4792.

Son fils, député à la Constituante, apporta à Paris la majeure et la meilleure partie de sa bibliothèque, tant en imprimés qu'en manuscrits. Elle fut confisquée en 4794. M. de Maubec avait émigré. Celle qui était restée au ch&teau de Thorigny fut aussi confisquée et transportée à Auxerre où elle fut réunie à plusieurs bibliothèques monastiques également confisquées. Le P. Laire fut nommé conservateur de cette bibliothèque, et la dirigea pendant plusieurs années, avec une haute intelligence. Son successeur Moreau-Dufourneau trouvant dans le dépôt confié à ses soins un grand nombre de manuscrits recueillis par la famille de La Valette et qui intéressaient particulièrement Lyon, eut Theureuse idée de proposer au gouvernement de céder à la ville de Lyon la collection des Manuscrits de Guichenon, relatifs à Thistoire de Lyon, de la Bresse, du Forez et des pays circonvoisins, les recueils originaux des privilèges de Lyon, 2 vol. in-fol. en vélin et un en papier, l'Histoire littéraire de Lyon, in-fol.; l'Inventaire de ses archives, in-fol. , 2 vol. , THistoire de son Eglise, Lugdunum priscum^ avec dessins et figures, l'Etat de sa généralité, in-fol., 2 vol., c'est-à-dire le tableau de la statistique de ce qui composait alors la Généralité de Lyon, les registres de l'état-civil tenus par le Consistoire

protestant avant la révocation de TEdit de Nantes, et un répertoire de notaire. — Cette proposition si avantageuse pour Lyon fut transmise au préfet du Rhône, M. Najac, le 8 février 1804, et ce dernier consulta M. Tabard, alors bibliothécaire de la ville. Celui-ci ignorait complètement Torigine et le mérite si rare des 80 volumes oflFerts par le département de T Yonne. Il les déprécia autant qu'il put et n'ofirit en échange que des ouvrages incomplets ou de peu de valeur. M. Najac répondit cependant au ministre « qu'il fallait faire rentrer dans les dépôts de Lyon des i( pièces importantes qui n'auraient jamais d& en être (( distraites. » Les choses en restèrent là : M. Tabard cessa d'être bibliothécaire, et les bibliothèques qui avalent été données aux Écoles centrales qu'on supprima alors Airent cédées aux villes.

Les manuscrits restèrent enfouis dans les greniers du collège d'Auxerre exposés-à la pourriture et aux dilapidations du premier venu. Vingt-cin^ ans s'étaient passés lorsque Tex-professeur Chaptal, devenu ministre de Tintérieur, voulut donner un souvenir de reconnaissance à la ville de Montpellier où il avait fait ses études, en offrant à la Faculté de médecine de cette ville un certain nombre de

livres de prix enlevés aux bibliothèques de province;

manière facile de faire des largesses, quand on puise dans

la bourse d'autrui M. Prunelle, qui plus tard fut maire

de Lyon, en 4830, puis député, et organisateur de la bibliothèque publique du Palais^des-Arts, fut chargé par Chaptal de iaire une tournée dans beaucoup de départements et de former le bouquet de fleurs que le ministre entendait oSm à la ville de Montpellier. On lui donna pour adjoints M. Chardon de la Bochette et dom Maugerard, ancien bénédictin.

Ces émissaires enlevèrent aux villes seules de Dijon,

Troyes et Auxerre tout ce qui leur parut précieux & un titre ou & un autre, jusqu^aux monuments ie leur propre histoire y et cela pour gratifier la Faculté de médecine de Montpellier (1). C'est ainsi que Montpellier a hérité des

(1) Ces précieux monuments sont comme s'ils n'exisMetitplust on peut en juger par les notes suivantes qu'on veut bien me communiquer et qui prouvent de quelle manière inteUigmte et libérale on administre aujourd'hui la bibliothèque de la Faculté de médecine de Montpellier. On croirait que M. Tabardest l'un des conservateurs

Le 12 mai 1872, M. Léon Gharvet écrivait à M. le maire de Montpellier, pour lui demander quelques renseignements historiques sur le collège de cette ville* renseignements qui étaient indispensables à M . Gharvet pour une notice qu'il a publiée depuis sur Etienne Martellange, architecte, auquel on doit les constructions d'un grand nombre de collèges en France au xvin« siècle.

M. Gharvet reçuti le T' juin» de M. le maire de Montpellier, une lettre dans laquelle on lui disait qu'on n'avait rien trouvé à cet égard et qu'on lui envoyait copie d'une lettre de M. le Préfet qui avait été prié par le maire de faire procéder à des recherches dans les archives du département de l'Hérault :

c Je crois qu'il y aurait lieu de prier votre correspondant de recourir d'abord aux ouvrages de M. Faucillon, comme aux autres sources imprimées de notre histoire locale.

« MM. les archivistes, aux termes deê ordonnances qui règlent leur service, ne peuvent que mettre à la disposition des personnes désireuses de les consulter, les documents utiles à leurs travaux. Ge serait soustraire ces employés à leurs occupations administratives que d'exiger d'eux des recherches historiques et des compilations pour des tiers, alors surtout que ceux-ci n'ont point usé les ressources de la bibliographie et fourni la preuve que leurs études reposent sur des bases sérieuses, méritant d'être encouragées d'une manière particulière et toute exceptionnelle, etc., etc.

« Le êecrétaire général, « Signé : Paul Fabrb.

c Montpellier, iO mai 1879. »

On doit présumer que ce n'était qu'après avoir épuisé les reesources

manuscrits de Bouhier sur Thistoire de Bourgogne et presque tous de la main môme de cet illustre président du

de là bibliographie et des recherches dans nos bibliothèques de Lyon. asses bien ponryues, du reste, que M. Charvet s'était décidé à écrire à Montpellier, ainsi qu'il a dû le faire pour une soixantaine d'autres villes qui ont, pour la plupart, tenu h honneur de lui répondre d'une manière très-satisfaisante et à lui envoyer les nombreux documents qui lui ont permis de publier son livre.

Toutefois, on aurait laissé passer ce manque de concours à des recherches historiques d'un grand intérêt, si l'on n'eût reçu encore Je Montpeliier une de ces fins de non-recevoir qui témoigneraient que cette ville paraît peu soucieuse des questions littéraires et de l'obligeance réciproque.

La bibliothèque de la Faculté de médecine possède des manuscrits de Guiehenon lesquels n'intéressent d'aucune manière le midi de la France et un établissement scientifique. Elle s'est refusée constamment à en foire l'objet d'un échange, malgré de hautes sollicitations ; il y a plus, elle ne se prête pas à laisser faire des copies même moyennant paiement. Voici la lettre que M. Charvet a reçue à cet égard : j

c Comme je le dis aussi à M"*» de V*** qui m'avait fait des demandes l

plus nombreuses et plus importantes encore : JVbtw ne trouvons abso- \

hunentperêonne ici qui puisse vous rendre le service désiré,

« Le bibliothécaire,

c Signé : Rumholtz Lordat.

« MontpelUer, 14jotnl874. >

Le passage est souligné par M. le Bibliothécaire.

Ainsi il est bien avéré qu'à Montpellier M M. les archivistes ne sont pas tenus d'être obligeants et d'indiquer les documents qui peuvent intéresser les chercheurs, et qu'il n'existe personne dans cette ville qui puisse, moyennant paiement, faire la copie de quelques pages de français du xvii« siècle!

Ces procédés exceptionnels doivent être d'autant plus signalés qu'ils sont heureusement j)lus rares, et qu'en ce qui concerne la Suisse et la Belgique! H. Charvet, précisément, a reçu, pour le travail qui lui

Parlement, ainsi que du Missale senotiense, provenant de Sens, enlevé à la bibliothèque d'Auxerre. Cette spoliation comprit 1i1 ouvrages imprimés et

faisait réclamer des copies des manascrils de Guichcnon. de nombreux dorumcnls et des Dolices intéressantes, que les archives d'Etat et les principaux fonctionnaires lui ont adressés avec une obligeance exceptionnelle.

Si les conservaient des archives et des bibliothèques ne sont préposes qu'à ta ftarde et i la cooun uni cation sur place de leurs déftâts. les travailleurs devront, avant d'entreprendre leora ouvrages, se remplir la bourse pour pouvoir se transporter partout et faciliter iinsi la besogne des conservateurs.

M . Charvet, de plus, s'était présenté comme architecte et professeur à l'école nationale des Beanx-Arts de Lyon. M. le préfet de l'Hérault fl M. le conservateur de la bibliothèque de la Faculté de médecine auraient peut-être pu ne point fermer la porte des archives et de la bibliothèque d'une façon aussi brutale ion chercheur qui n'était point le premier venu.

M. Auguste Bernard, plus jaloux que les Lyonnais de faire profiter la ville de Honlbrison des ouvrages de la bibliothèque La Valette demem-cs enfouis à Auxerre, et qui intéressaient si particulièrement VBittoire du Forez, est parvenu, en 1835, à faire céder i la ville de* Monlbrison, outre nn grand nombre de livres :

1* L'Bistoire des ducs de Bovrbonet du eomtet de Fortx, 2 vol. infol. portant la date de 1675 ;

3* Documtni* généraux, 3 vol. in-fol,, renfermant tous les documents recueillis par de La Hure, pour la composition de son livre ;

3* Arrih-e-han du Fortx, 7 vol.;

4* Foy et hommage aux seigneurs Ju Forei, 2 vol. ;

5' Sommaire du livre de« compositiont descomiesdeForex,ia-4;

e* Terrierde la Ferritre, in-4, de 1600 :

7» Plusieurs pièces concernant les revenus de Notre-Dame de Mon lbrison. (Notice do U. Augostt Bernard, p. 55.}

\Tiir;uLïSi Mil lis iir.if'iicri'tsdeGuichenon t l'Inventaire des litres ' recueillie p.ir S.i'kikI i.uichenon, précédé de la table du Lugdunwn ffi.duP.Ilulliaud. >(Imprimerie(le Louis Perrin. Lyon, 1651.)

3H manuscrits ; parmi ces derniers, il s'en trouve trois, formant une soixantaine de volumes y provenant de la bibliothèque La Valette :

1® Manuscrits de Guichenon, sur Thistoire et la généalogie, in-4, 33 volumes ;

Sf* Histoire littéraire de Lyon^ in-fol. 7 volumes ;

3^ Mémoires de Vétat de plusieurs provinces de France , fournis par les intendants, in-4, 20 volumes.

Outre ces précieuses collections, la bibliothèque de Montpellier reçut « par dessus le marché » la copie du Cartulaire de Savigny, de 1700; le Lugdunumpriscum, de Claude de Bellièvre et un autre non moins rare.

Cette spoliation eut lieu le 1 4 août 1 804, et l'acte qui la constate est signé : « Pbunelle, commissaire du gouvera nement^ chargé de toutes les recherches relatives aux « sciences et aux arts, d

Quand on parcourt aujourd'hui, dit M. Bernard, le catalogue des manuscrits de la Faculté de Montpellier, on se demande où M. Prunelle avait la tête^ lorsqu'il fit choix de tant de livres divers, romans , histoire , géographie , littérature pour une i^cole db M^DEcmB. Il dut bien se repentir plus tard, lorsqu'il fut devenu maire de Lyon, de n'avoir pas songé à restituer à cette ville les manuscrits delà Valette!!!

Toutefois, Lyon put recouvrer au moins le fameux Cartulaire de Villeneuve. L'administration municipale, mieux avisée que ne l'avait été le singulier bibliothécaire Tabard et le préfet NajaCj entra en pourparlers avec la ville d'Auxerre, et céda le cartulaire à Lyon, où il a pris place dans ses archives.

Ce cartulaire, on le sait, est intitulé : les Coutumes de Lyon, et daté de 1206. Il n'est qu'une copie de l'original que nos pères conservaient religieusement aux archives

de l'Hôtel-de-yille. Cet original fiit considéré « cmnime eniaehé de féodalUi » par les tristes administrateurs entre les mains desquels notre malhenreose TiQe se trouvait. Tan IV, et le 21 pluviôse de cette année, ils ordonnèrent « à Tarchiviste de procéder à la destruction de tous les u papiers entachés de féodalUé. » Cette stupide exécution eut lieu le 24 pluviôse et un nombre énorme de titres des plus précieux pour l'histoire de la ville de Lyon, furent livrés aux flammes, au nom de la Baison et de la Liberté. La Raison avait alors son temple à Saint-Jean, mais avait déserté les cervelles des gouvernants, et la Uberié se manifestait aux Lyonnais par la guillotine. . . en permanence... et les massacres en masse aux Brotteaux.

La copie du Cartulaire de Lyon est due à un bourgeois de Lyon, Etienne de Villeneuve ; il entreprit « pour amour don commun, sans rémunéracion », en 1336, de faire transcrire, dans un registre en parchemin, les privilèges et firaodiises octroyés & la commune par les papes, les rois de France et les archevêques de la ville. Achevé dans l'espace de dix-huit mois, dit M. Rolle, à qui nous empruntons ces détails, ce travail fut repris et continué jusqu'en 1480, par d'autres compilateurs. Tous les actes de ce célèbre cartulaire a sont signés par deux notaires « qui les ont vidimés et coUationnés aux originaux, ainsi « qu'ils le déclarent au commencement dudit (premier) « volume. »

Telles étaient, à peu près, les bibliothèques particulières dont Lyon était fier, avant 1789.

n me reste & parler maintenant de la bibliothèque publique de la ville et d'une autre bibliothèque publique qui exista momentanément à Lyon avant 1789. Le Consulat, toujours si vivement préoccupé des besoins et des intérêts de la ville, jugea sans doute, en 1731, que la

grande bibliothèque du collège de la Trinité ne satisfiaisait pas à tous les besoins ; il eut alors la pensée de créer une bibliothèque publique plus usuelle, et le 22 mai 1731 , il la plaça « dans l'hôtel Flichires près du Palais, en attendant « qu'il eût pu bâtir une salle spéciale pour cette biblio- « thèque » Pour former cette bibliothèque , il acquit celle de Pierre Aubert, en 1731 , celle de Brossette, en 1733, celle du président de Saint-Mauris, en 1734, celle de Morand, bourgeois de Lyon, en 1738, et celle de Michel (1), chanoine d'Ainay, et chaque année il consacra

(1) Il est singolier vraiment comment on écrit soavent l'histoire ; mû les auteurs des Lyonnais dignes de mémoire avancent que liichel Jean-Ferdinand, chanoine d'Ainay, bibliophile, chimiste, né en 1675, mort le 14 décembre 1740, fit don à la ville de Lyon de sa bibliothèque composée d'environ 6,000 volumes, et voulut qu'elle fût réunie à la bibliothèque publique ; mais cette généreuse donation n'a existé que dans l'imagination de ces auteurs, et il en est de cette libéralité patriotique commd de celles qu'ils ont attribuées à Pierre Aubert, à Brossette et autres en copiant M. Delandine.

Nos archives municipales, dont on ne saurait suspecter la véracité, leur donnent sur ce point le plus complet démenti, car on y trouve tous les actes notariés par lesquels ces généreux donateurs ont vendu à deniers comptants leurs bibliothèques à la ville. (Voir l'inventaire Cbappe, qui indique tous les contrats intervenus entre ces prétendus bienfaiteurs et le Consulat.) 11 est vrai que dans plusieurs de ces contrats il est dit que le cédant fait donation à la ville de sa bibliothèque, mais quelques lignes plus bas on voit que ce don est fait moyennant le paiement d'une somme relativement assez forte ou une rente viagère. C'est ainsi que dans un acte reçu Picheux, notaire à Lyon, le 30 septembre 1738, le chanoine Michel déclare « faire au « Consulat don de sa bibliothèque pour être jointe à celles devant « être acquises par la ville, moyennant une somme de 10,000 livres, « dont 1,000 livres comptant et le reste payable en neuf années. »

Le sieur de Saint-Maurice, président en la cour des Monnaies,

une somme de 500 livres à racquisition de nouveaux ouvrages. Le 29 décembre 4731, le Consulat édicta un règlement pour cette bibliothèque qui fut ouverte les lundi et jeudi de chaque semaine, de neuf à onze heures le matin et de trois à six heures le soir. Le bibliothécaire reçut un traitement de 500 livres et le sous-bibliothécaire 300 livres. Mais cette bibliothèque n'eut qu'une courte durée. En 4765, le Consulat prononça sa clôture et il fut décidé « qu'elle serait partagée entre les PP. deTOra- « toîre qui tenaient le collège de la Trinité et ceux qui « dirigeaient le second collège de Notre-Dame-de-Bon- « Secours. Celui-ci reçut les livres de droit, et les Orato- « riens le surplus (1). »

En môme temps que le Consulat créait, en 1731 , cette bibliothèque publique secondaire, il décidait la formation d'unmédaillier qui était alors considéré comme Taccessoire obligé de toute bibliothèque. Ce fait nous est révélé encore par nos archives municipales. On y trouve, sous la date de 1733, l'acte par lequel le sieur Laisné, directeur de la Monnaie, et le président de la Tourette, et sous la date de 1735, un autre acte notarié par lequel le commandeur de Savasse cédèrent leurs collections de numismatique au

vend, de même, aa Consulat, par acte reça Pernin, notaire, le 13 avril 1734, sa bibliothèque particulière « pour être jointe à celle de M&f. Aobert et Brossette, moyennant 5,000 livres payables en cinq ans, à raison de 1,000 livres par an, à 5 Vo »•

Il en est ainsi de la prétendue donation faite à la ville par Jean- Baptiste Morand, bourgeois de Lyon, lequel, par acte notarié du 8 janvier 1750, vend an Consulat sa bibliothèque moyennant 1,200 livres comptant, et une pension viagère de 50 livres exempte de toute imposition.

(1) Voir rinvenlaire Chappe, aux archives de la ville.

Consulat. Antoine Laisné était de TAcadémie de Lyon et fit un long séjour dans notre ville, de 1742 à 1739; il passa pour être Tauteur d'un grand nombre de mémoires historiques et littéraires; né à Paris en 1668, il y mourut en 1746. Jacques-Annibal Claret de Fleurieu, seigneur de la Tourette, président de la Cour des Monnaies, prévôt des marchands, de l'Académie de Lyon, né en 1692, mort le 1 8 octobre 1 776 , est auteur d'un grand nombre d'ouvrages en prose et en vers, presque tous restés inédits et conservés aux archives de l'Académie de Lyon. Le seigneur de Savasse était chevalier de Tordre de SaintJean de Jérusalem, commandeur de la Commanderie deTAumusse en Bresse.

L'acquisition du médaillier Laisné est du 26 juin 1733, et se fit moyennant 3,000 Uvres de rente viagère et 500 livres d'étrennes.

Celle du médaillier la Tourette porte la date du 16 octobre 1733, et a été faite au prix de 2,400 livres comptant et une rente de 175 livres réversible sur la tête du seigneur de Romans de Rive, chanoine de l'Ile-Barbe.

Enfin la cession du médaillier du commandeur Savasse eut lieu le 1 9 septembre 1 735, moyennant une somme de 3,000 livres comptant et une rente viagère de 1 ,000 livres « payable, & la réquisition du commandeur, aux sieurs « Claude de Lyon, directeur des Aydes et Gabriel-Paul « Hanquelin de la Chapelle , pour en jouir leur vie « durant. » Parmi les objets cédés par le commandeur Savasse se trouvaient, d'après l'acte de vente, « des idoles, « des vases en verre et en terre de bol. »

Ce médaillier fut confié à la garde d'un conservateur spécial qui reçut un traitement de 500 livres, et cette collection fut placée (( dsns la Chambre du parquet atte- « nant à la salle de Taudience de la Conservation. » En

outre, le 30 décembre 1734, le Consulat fit un règlement concernant cette collection qui sans doute, après avoir été transportée à la bibliothèque du collège de la Trinité, fait partie aujourd'hui du beau médaillier de la ville au Palaisdes-Arts.

Quelques années plus tard, le Consulat qui ne négligea jamais de doter la ville d'établissements utiles acheta de Joseph-Antoine Pestalozzi, médecin agrégé au collège de médecine de THôtel-Dieu de Lyon, né & Venise le 23 juin 4674, mort à Lyon le 28 avril 1742, son cabinet d'histoire naturelle (ou de naturalités suivant Tacte de vente] ; cette cession fut approuvée par lettres patentes du 1 4 août 1 773, et la garde de ces nataralités fut confiée & TAcadémie. Cette collection fut très-maltraitée par la Révolution. Les fils de Pestalozzi obtinrent une pension de la ville, une véritable aumône. J'en parlerai plus loin.

LA GRANDE BIBLIOTHÈQUE DE LTON OU DU LYClÎB.

Nous arrivons enfin à la grande bibliothèque de la ville au collège de la Trinité.

L'histoire de ce magnifique dépôt est encore à écrire , mais son dernier conservateur, M. Monfalcon, avait entrepris cette grande et belle tâche; je me bornerai donc ici à de simples notes que j'ai puisées çà et là, qui peuvent contenir des erreurs, mais on voudra bien se rappeler que je n'ai

pas ici la téméraire prétention de vouloir écrire une histoire de nos bibliothèques anciennes et modernes (1 ).

La grande bibliothèque de la ville, dite aujourd'hui très-improprement du Lycée, a toujours existé dans les bfttiments qu'elle occupe actuellement ou qui existaient avant la construction de ces derniers ; ce local se nommait autrefois le collège de la Trinité, et date de loin. Le terrain sur lequel il s'élevait appartenait à une confrérie établie à Lyon, en 1306, sous le nom de la Trinité; par dévotion pour ce mystère, plusieurs habitants y firent élever à leurs frais une chapelle au coin du cimetière Saint-Nizier et dans laquelle ils s'assemblèrent pendant longtemps. Des biens provenant de donations particulières constituèrent à cette association un patrimoine suffisant, composé de maisons et de granges (2) .

(1) M. Moafalconm'afjutrhonnearde me mander,en mars dernier : « qaïl termine, en ce moment, une histoire générale de la biblio- « thèqne de la ville de Lyon, 1 vol. in-fol. et que ce travail est un sup- « plément à son histoire, fort avancée, des maîtres imprimeurs de

• Lyon et de lenrs éditions depuis Torigine de l'art. (1 vol. in-fol.)

(2) Il ne peut y avoir de doute possible sur la fondation de cette confrérie et sur l'application des Granges de la Trinité au collège; ce fait est relaté dans le préambule du traité fait par le Consulat avec les PP. Jésuites, le 1*' mai 1565, lors de la remise du collège de la Trinité à ces religieux. On y rappelle la fondation de la confrérie eu 1306, Tacte de cession de 1527, et ses conditions dont la principale était d*instruire les enfants pauvres et adoptifs de PAumône générale . (H. Charvn, Pierre MarUUange^ p. 128.)

On stipula aussi que les conseillers et courriers de la confrérie auraient « le droit d'élire les plus pauvres orphelins ou autres enfants « pris an grand hôpital du Pont-du-Rhune ou ailleurs pour les faire

• nourrir et apprendre, mais sous serment solennel d'élire les plus « pauvrei esqaels ils connaîtront avoir plus grosse pitié sansi

En 1519, cette même confrérie établit sur ce terrain, pour ses enfants, une sorte de petit collège qui prit

« aucune affection, parenté ou affinité. » Mais le sort de ces pauvres enfants fat souvent des plus précaires, et on lit à cet égard dans les registres consulaires, sous la date de 1529, « aussy qu'il y a plusieurs « pauvres gens quy n'ont de quoy envoyer dehors leurs enfants, ni « aucuns pour payer tous les mois leur escollaige pour Ventretène- •c ment et peine des régens et bacheliers, considérant que la liberté « et exemption de ne rien payer à tous le moins des habitans sera « cause que plusieurs continueront Testude et se fuiront gens de « bien que sera plus le proufît des pauvres que du riche. »

L'acte de cession des granges au consulat est du 1" juillet 1527. (.\rch. municip. Invent. Chappe.) Le sieur Âthiaud donna 600 livres pour six enfants pauvres de la Ghana.

Il est dit dans l'acte de fondation du collège « que les enfants et « clercs dudit collège seront tenus, chacnns soirs, de chanter avec les « maîtres régents, un Salve Regina perpétuellement et De Profundis « à l'intention des confrères de la confrairie de la Trinité vivants et « trépassés. » Nous ignorons si cette disposition du traité est encore observée aujourd'hui ? Le 7 mars 1597, les échevins se plaignirent de la cessation de ces chants. (Arch m.)

Le traité intervenu entre le consulat et les confrères de It Trinité dut être mis « en cpitaphes en pierre ou cuivre lesquelles dévoient être mises et affichées es lieux les plus apparents dudit collège. »

La fête de la Trinité fut instituée sous le pontificat de Jean XXII, que Philippe le Long fit élire à Lyon, en 1306. La chapelle érigée par les confréries était située près du cimetière Saint-Nizier. Cett.^ pieuse fondation fut respectée pendant deux siècles. En 1562, les calvinistes détrnisirent cette chapelle et les confrères se réunirent dans une chapelle de Saint-Nizier.

M. Raphaël Flacheron, en décrivant, en 1838, le collège dans Lyon ancien et moderne, émet des doutes sur l'existence d'une école fondée par la confrérie des Trinitaires avant l'établissement du collège, et ajoute que dans les documents originaux, il n'a rien pu trouver qui ait pu favoriser cette opinion ; et il ajoute qu'on aura peine

plus tard un si large développement. Jusque là, Lyon n'avait eu que des maîtres d'école, mais pas de collège. Les jeunes gens qui voulaient étudier les lettres, la philosophie et les langues vivantes étaient obligés d'aller à Paris, à Montpellier, à Toulouse, & Bourges, ou môme à Padone ou à Pavie où des universités fameuses attiraient alors la jeunesse. Mais cette situation regrettable émut quelques hommes notables de notre ville, entre autres Symphorien Champier, né vers 4472, à Saint-Symphorien-le-Château, en Lyonnais, mort à Lyon en 4539 et iohumé à Téglise des Cordeliers. C'était un homme universel, a dit un biographe ; on lui doit un grand nombre d'écrits, la fondation d'établissements utiles et la ville reconnaissante a donné son nom à Tune de ses rues. Il se concerta avec Claude de Bellièvre, ancien premier prési-

à croire qa'on eût réuni dans les mêmeb granges une école et Var- UUerie du roy. Mais de nouvelles et patientes recherches faites en 1874, par M. Charvet, aux archives de la ville (série GG, non inventoriée), ont éclairci parfaitement ce point historique. On lit en eiïet, dans l'acte du 14 septembre 1567, passé entre le consulat et les Jésuites :

.... « Plusieurs bons personnages et seigneurs de ceste ville

« de Lyon auroient dressé et mis un petit collège sous le nom et

t le titre de la Sainte Trinité... Tan mil cinq cent dix-neuf, pour illec c estre fasçonné et instruit leur postérité. >

La coexistence du collège et de V artillerie du roy àdnisle^ mêmes granges est aussi un fait aujourd'hui incontestable, car M. Charret a trouvé aussi aux archives de la ville,sous la date du 15 novembre 1529, une lettre de Jehan Canapé, recteur du collège, au consulat, dans laquelle il se plaint de l'exiguïté du local et du bruit des ateliers adjacents de VarUlUrie du roy, et du découragement des bacheliers en voyant l'école désertée par les écoliers à la suite de ces inconvénients.

dent du Parlement du Dauphiné, né en mars 1487, mort le 2 octobre 1557, de la célèbre maison de Bellièvre, auteur lui-même du Lugdunum priscumy dont le manuscrit est à la bibliothèque de médecine de Montpellier, et a été imprimée dans la Collection des Bibliophiles lyonnais ; ces hommes éminents communiquèrent leur projet au Consulat ; mais ce fut particulièrement Symphorien Champier, si nous en croyons V Histoire universelle de Lyon, publiée & Lyon, en 4644, par Meissonnier, qui fut le promoteur de l'érection d'un grand collège & Lyon. « Il invita et con- (( seilla, pour le profit du peuple, la fondation de ce beau « collège de la Trinité, regrettant de voir mourir l'exer- « cice des lettres en cette ville et s'eflFbrçant de l'y rani- (( mer. » D'après ce sage avis, a les Conseillers de la ville et « de la communauté de Lyon, réunis en Thôtel commun (( delà ville, avec les confrères de la Sainte-Trinité décidèu rent qu'un collège seroit érigé ès-granges de ladite con- (( frérie occupées par Yartillerie du roi, pour le logis des (( maistres, régens, bacheliers et escoliers, pour le mieux et a au profit dudit collège et chose publique de la ville (1 ) . » L'acte de fondation du collège est de 1 527 ; deux ans après, François P' confisqua tous les biens des confréries. La première installation fut des plus modestes, « il pieua voit en plusieurs lieux de la grange, et il n'y avoit assez tt couverts pour les enfants qui sont au soleil. » Le 1" février 1637, seulement, le voyer Humbert Gimbre fut préposé à des travaux d'installation plus convenables.

(1) If. Charvet, dans son excellente histoire d*Etienne Martellange, constmctear da grand collège de la Trinité, cite encore d'antres directeors et régents qni auraient géré le collège après Jean Canapé, savoir : Heloy ou Loys du Vergier, en 1531 ; Jean Reynier» Jacques Vassuel, et Jacques Bobynel (page 117).

La direction du collège fiit confiée à des professeurs laïques, et la ville accorda au principal et aux régents 400 livres d'honoraires. Le premier principal semble avoir été Guillaume Durand, auteur d'une traduction française de Sulpitius Verulanus; puis on trouve Jean Canapé, lecteur des chirurgiens de Lyon, médecin de François P% et qui passe pour avoir, le premier, enseigné la chirurgie en français, et pour être Tauteur de plusieurs ouvrages sur la même science. Il était en fonctions en 1530. Claude de Cublize lui succéda ; mais le Consulat dut le destituer k cause de sa mauvaise administration; puis on trouve Jacques Freschet ou Franchet (1), qui disparut, en 1555^ avec une partie du mobilier; Charles Fontaine, poète, né à Paris, le 16 juillet 1515, mort vers 1588, auteur de plusieurs ouvrages ; Jacques Dupuy, maître ès-arts, révoqué en 1558 (2), et remplacé par Barthélémy Aneau, qui acvait déjà géré momentanément le collège, après la destitution de Claude de Cublize. Le Consulat, en réinstallant Barthélémy Aneau, exigea qu'on « ne de voit par- « 1er que le grec et le latin, excepté dans les basses clastt ses, où les petits enfants, lesquels vault mieux qu'ils « parlent bon français que s'accoustumer aiï mauvais et « barbare latin. » Quant aux enfants pensionnaires, « ils c dévoient estre nourris suffisamment, sans superfluité et ff habiUés honnestement. d

Le collège trouva enfin un peu de prospérité sous

(1) Jacques Freschet avait été maître d'école, rue Lanterne. (Id., p. 118.)

(2) Après Jacques Dupuy, on trouve un principal du nom de Claude Platei. (Id. p. 119.) Il woit battu et déehassé sa femme. (Àrch. mnnO

Thabile direction de Barthélémy Aneau, traducteur, et quoique poète latin et français , il sut être un bon administrateur. Le Consulat, comme je Tai déjà dit plus haut, réorganisa tout le collège, et dans le traité (1 ) qu'il fit avec Aneau, il fut stipulé (art. 10) qu'il aurait le droit d*exiger « deux sous et six deniers par mois pour les en- « fants dont les familles en avoient le moyen ; les pau*

(1) Le collège, dit le traité fait par le Consulat c étoit presque sans « enfants et devenoit inutile si on ne mettoit à sa tête un homme in- « telligent, actif, honorable. » (Id. p. 119.)

Barthélémy Aneau était originaire de Bourges et vint à Lyon en 1528. En 1531 et 1540, il prononça Toraison doctorale pour l'installation du corps municipal à Saint-Nizier. Il a laissé on grand nombre d'ouvrages recherchés surtout à cause de leur rareté. (Id. p. 122.)

La cession des granges au Consulat pour la construction d'un collège fut approuvée par une ordonnance de François I*', de 1539, et par une autre de Charles IX de 1661. Le collège ne fut d'abord , qu'un externat ; mais on y fit, en 1536 • plusieurs chambres, classes, a salle, cuisine, pour la demeurance des maîtres et aussi pour loger « les commensaux venant au collège. » Ces travaux coûtèrent 2,500 livres.

Dans ce traité, il est dit à l'article 4* que « le principal n'ad- « mettroit aucun régent à enseigner sans les avoir présentés auparafc vant au Consulat qui les interrogeroit pour juger s'ils éioient capa- « blés et de bonnes mœurs. »

Aneau fut remplacé par André Martin, en novembre 1561, et il gcra le collège jusqu'en 1565, époque de sa mort. M. Charvet cite parmi les professeurs que s'adjoignit André Martin : l^ Christophe Milieu ou Milliet; 2« Gilbert Ducher, dit Vulton, en latin Gilbertus Ducharius Vulto, né à Aigueperse, professeur d'humanités, auteur d'un recueil d'épigrammes latines, mort en 1538 ; 2« Claude Bigotier, né en Bresse, auteur d'ouvrages publiés en 1540 et d'un poème latin intitulé « Raporum encamium ». (Voir Lyonn. dign, de mém.p. 37.)

a vres, dont le nombre et la réception étoient attribués au « Consulat, dévoient être enseignés gratuitement. » Enfin, on lit dans le môme traité ,art. 1 1) : « Tous les gens « de lettres passants, allants et venants, tant de çà que a de là les monts ou à Tholoze, seront reçus par honneur, a et aux pauvres sera aydé de la passade. » Sollicitude touchante de nos pères pour les jeunes gens pauvres et studieux obligés d'aller chercher loin de leur foyer Tinstruction qu'ils ne pouvaient pas y recevoir. Mais Aneau ne put pas remplir tout son mandat. Le jour de la Fête- Dieu, 12 juin 1561, une pierre ayant été lancée de lune des fenêtres du collège sur le prêtre qui portait le Saint- Sacrement, le peuple, furieux, pénétra dans le collège et massacra Âneau. Les professeurs épouvantés se sauvèrent, et l'enseignement se trouva interrompu pendant un certain temps.

Si nous en croyons les registres du Consulat^ plus véridiques toujours que les auteurs sur bien des faits historiques, ce crime se serait produit d'une manière différente. Le 5 juin 1 561 , un jeune homme, Denis de Valois, se jeta sur Gruy Esmion, chanoine de Saint-Nizier, « pour lui a arracher le reliquaire ou ciboire qu'il portoit proces- « sionnellement ; la populace furieuse entraîne Barthé- « lemi Aneau qu'elle arrache du collège de la Trinité, c dans la rue Neuve où il est inhumainement tué et occis « et laissé mort^ estendu au milieu de ladite rue , au a grand scandale des petits enfants escoliers et autres c étudiants dudit collège. »

Barthélémy Aneau passait pour être sympathique aux calvinistes ; ses relations très-connues avec quelques personnages protestants avaient accrédité cette conjecture. Cependant le Consulat avait pris les plus grandes précautions pour empêcher Tintroduction dans le ^collège de

la Trinité des doctrines condamnées par Téglise catholique.

La mort d'Âneau eut pour résultat immédiat la désorganisation du collège ; il n'y eut plus ni recteur, ni professeurs, ni élèves, et les portes en furent fermées. On en laissa les . clefs à la garde de la femme du malheureux principal et dune autre veuve.

Ce crime fut le prélude de bien d'autres et de tous les désastres que subit Lyon par llnvasion de Tannée calviniste commandée par le baron des Adrets, lequel saccagea la plupart de nos édifices religieux. Au moment de la mort du malheureux Âneau, ce les huguenots tenoient déjà des « assemblées où Ton preschoit, dogmatisoit et baptisoit & « la mode de Genève. » Le Consulat s'était vu obligé « de « faire défense aux habitants de la ville, tant ecclésiasti- « ques que laïques, de soultrager les uns les aultres, « soubs le nom de papistes et huguenotz, à peine d'estre a déclarés rebelles et désobeyssants à Sa Majesté et « comme tels pugnis de la hard. » Pour calmer un peu l'efferveâcence des réformés, on avait en vain « nommé * douze échevins de la nouvelle religion pour être joints « aux douze conseillers-échevins catholiques. » En outre, François d'Agoult, comte de Sault, lieutenant-général du Lyonnais, en Tabsence du maréchal de Saint-André, avait enjoint « aux principaux protestants de la ville de fidre a cesser et supauder les presches et assemblées qui se « feisoient jusqu'à ce qu'il y eut eu, sur ce, le bon plaisir « de Sa Majesté. » Ces digues furent trop faibles pour contenir le torrent. Les réformés de la ville, de connivence avec ceux du dehors, se soulevèrent et le baron des Adrets s'empara de Lyon, dans la nuit du 30 avril 4562.

Le Consulat, formé de protestants, révisa le bail du collège et y*stipula expressément a que les prières seront

« faites selon la coutume et ordonnance de l'Eglise réfor- « mée, sans que par cy après soit dit ni célébré aucune « messe ny cérémonie papale. »

Mais, après l'édit de pacification du 18 mars 1563, le collège changea de mains, et Tinstruction, exclusivement catholique, y fut rétablie.

Le Consulat, pour repeupler son coUége désert, renonça à le confier à des laïques, comme par le passé, et le mit entre les mains des PP. Jésuites. En leur confiant son collège, le Consulat voulut que « le recteiur de ce « collège eût la supérintendance sur les pédagogues et ff maîtres de pension de la ville. » Ces religieux lui avaient été recommandés par un bref du pape Pie IV, et surtout par les éminents services rendus & la ville, dans un temps de peste, alors si cruellement meurtrière, par les PP. Possevin et Edmond Auger. (1 ) Le premier, théologien

(1) Dans le traité intervenu entre le consulat et le P. Âuger, il est dit « que le collège serviroit de séminaire à la jeunesse, sous la charge, c directiont conduite de docteurs et régents de Tordre du nom de « Jésus ». Toutefois le collège ne fut d'abord confié aux Jésuites que pour deux ans. On redoutait Vopposition des calvinistes, les plus grands ennemis de leur ordre.

Le traité qui lia la ville avec les Jésuites porte la date du 14 septembre 1567, mais déjà le 1*' mai 1565, le consulat avait décidé de confier son collège à ces religieux.

Isaac Lefèvre parle en ces termes du collège, en 1637 : a Nous n'avons rien à dire de son antiquité, sinon que l'année 1556, il fut donné et remis par Messieurs de la ville aux RR. PP. Jésuites, sous la conduite du R. P. Edmond Auger qui s'obligea d'y fournir un nombre remarquable de bons et suffisants régens pour l'instruction de la jeunesse en toutes sortes de sciences saintes et honorables, comme il fit, et du depuis, ceux qui sont venus après lui, en telle sorte que c'est un des plus renommés collèges de la chrétieatè. »

et diplomate, auteur de nombreux ouvrages, était né à Mantoue, en 1 534 , et mourut à Ferrare, le 26 février 1611. Edmond Auger, né à Allemand, près Troyes, en 1530, mort à Cosne, le 19 janvier 1591, était aussi un prêtre éminent par ses prédications, et se distingua surtout par son admirable dévoûment dans les pestes de 1 568 et 1582. Le Consulat le choisit pour procéder à l'installation des religieux de son ordre dans le collège ; toutefois, cette installation ne put avoir lieu que le 14 septembre 1567, mais le 6 août, M. de Mandelot, gouverneur de Lyon, dut intervenir pour terminer des difficultés qui étaient nées entre les Jésuites et la ville sur Texécution du bail. Les Jésuites auraient voulu que la ville leur fît un don perpétuel du collège, sur la sollicitation de rarcbevô^ue Antoine d'Âlbon, qui voulait en faire a un arsenal sacré pour la « défense de la foi et la confusion des hérétiques. » Mais le Consulat tenait à ce que son collège « fût commun & a tous. »

Le P. Auger laissa de si bons souveniirs qu'en 1715 le Consulat donna 300 livres au P. d'Origny, jésuite, « pour « contribuer aux frais du séjour et du voyage qu'il a fait

Les RR. PP. Jésuites possédaient aussi à Lyon une maison connue sous le nom de Maison des Jésuites de Saint-Joseph. François de Canillac, jésuite, fonda cet établissement en 1619, et son église, sous le vocable de Saint-Joseph, dans le quartier de BeUecour ; la rue Saint-Joseph en a retenu le nom. Il y employa un patrimoine considérable qu'il s'était] réservé. Les libéralités de Louis XIII, du cardinal de Richelieu et de divers particuliers, contribuèrent à sa perfection et fournirent de quoi élever les bâtiments qui sont étendus, mais où il n'y a rien de curieux. (Description de Lyon. Clapasson, p. 23.)

L'église fut bâtie par Pierre de Clapisson, président des trésoriers de France, et par Uarguerite d'Ulin, sa femme. On y voyait des tableaux de divers grands maîtres. (Idem, p. 24.)

« en cette ville, pour faire imprimer et présenter la Vie « du P. Edmond Auger, qu'il a dédiée au Consulat; comc pris dans ladite somme les frais de son retour à Bheims « où ledit P. d'Origny fait sa résidence ordinaire. »

Le P. Edmond Auger eut pour successeur le P. Bernardin Castor, né à Sienne en 1 544, mort à Rome le 1 5 mars 4634 y après avoir professé pendant onze ans la rhétorique au collège de la Trinité. Puis on trouve Annibal Godret, né h Sallanche (Savoie) en 1 525, mort à Avignon le 49 novembre 4599, l'un des plus savants professeurs de son temps. Guillaume Creyton, écossais, de la fisonille des Hamilton, détenu, en Angleterre, à la tour de Londres, en 4585, pour la défense de la foi. Possevino, Possevin (Antoine), théologien, diplomate, auteur de nombreux ouvrages, né à Mantoue en 4534, mort à Ferrare, le â6 février 4644.

Mais Tancien collège, formé des granges de la confrérie de la Trinité, tombait en ruine, en 4577. Le Consulat songea à le réédifier; en 4580, une Commission fut chargée de^fsEdre une quête pour subvenir aux travaux de construction , et le Consulat se proposa d'y concourir. Mais ce prpjet demeura en suspens ; les Jésuites expulsés de France durent quitter Lyon (4) le 34 janvier 4595.

(I) Par suite d'ane ordonnance rendae par le connétable duc de Montmorency, le 5 janvier 1595, et à la suite d'une assemblée tenue chez lui, le sieur de Villars, lieutenant général en la sénéchaussée et le sieur Domartin, premier consul, échevin, se transportèrent chez les PP. Jésuites de la Trinité « pour leur faire entendre les nouvelles « qu'on avoit eues de l'attentat commis sur le roy, et leur enjoindre « de se tenir fermés dans ledit collège, sans en sortir, ny y recevoir • autres personnes que celles qui y sont avec leurs pensionnaires, r comme encore de les admonester de ne prescher, ny confesser jus- « qu'à ce que autrement ait été ordonné. > (Arch. m.)

On sait la cause de leur renvoi. Jean Châtel, fils d'un honnête bourgeois de Paris, mais livré, dès son adolescence, à des habitudes de débauche, venait de terminer ses études au collège des Jésuites de Paris, lorsqu'il essaya d'assassiner Henri IV, le 27 décembre 1 595. On attribua cet odieux attentat aux Jésuites. Ils furent aussitôt arrêtés dans leur maison et subirent un long interrogatoire ; Jean Guignard, Tun d'eux, fiit condamné à être pendu, et les autres furent bannis du royaume. Ils sortirent de Paris, le 8 janvier 4596.

Les Jésuites du collège de la Trinité de Lyon quittèrent leur maison le 31 du même mois et se retirèrent & Avignon qui n'était pas encore réuni à la France.

Néanmoins, la ville confia son collège & Antoine Pourcent ou Person (1), jésuite, qui avait quitté son ordre. Malgré cette renonciation, la ville dut retirer le coUége des mains de ce religieux, par ordre supérieur, et le confia & un sieur Dalenson, qui s'occupa de trouver des régents à Paris, en 1595. Jacques Se vert, historien, écrivain ascétique, auteur d'ouvrages de controverse religieuse, théologal en l'Eglise de Lyon,chanoine et doyen de Beau- Jeu, où il mourut, après 1628, succéda & Dalenson, et il fut remplacé par Benoît Minière ; mais la maison déclinait malgré toute la sollicitude du Consulat. U n'y avait plus que neuf pensionnaires ; l'économe ne savait ni lire ni écrire.

(1) Le P. Person fut dénoncé an Parlement, et malgré le Consolât, le Parlement décréta, le 20 octobre 1597, le P. Person de prise de corps, et ce religieux fut amené à la conciergerie. (Voir le remarquable rapport fait au conseil municipal par M. Gastine» en 1839, sur les droits de la ville à la propriété du collège.)

Les Jésuites ayant pu obtenir, en 1604, l'autorisation de rentrer en France, la ville s'empressa de leur rendre son collège ; un nouveau contrat fut passé avec eux le 3 juillet, copié sur celui de 1 567, et le Consulat reprit son projet de reconstruire le collège (1). Je ne décrirai pas ici ses divers bâtiments, M. Charvet l'a fait avec un soin si parfistit que je ne peux que renvoyer le lecteur à soa excellent ouvrage sur Martellange, architecte de ces bâtiments, qui s'élevèrent sur l'emplacement des granges de l'ancien collège. La ville y contribua en promettant une somme de 6,000 livres par an a pour l'entier acbè- « vement des bâtiments de cet établissement où sera « apposé, en lieu notable, les armoiries de ceste ville et « communauté, avec une inscription qui portera que le c collège aura esté parachevé aux dépens et des deniers « communs et d'octroy du Consulat de ceste dite ville, fon- « dateur et bienfaiteur dudit collège . » Les simples particuliers avaient voulu contribuer aussi à cette grande œuvre. Un don de 4 ,000 écus avait été &it au Consulat « pour « être employé au bénéfice du collège », et, le 5 juillet 1604, René Muffio Noirée, capucin, légua au Consulat 2,800 livres <c pour Tentretenement du régent qui lira la « théologie. » La ville avait, du reste, une si grande sollicitude pour son collège, qu'elle dépensa, depuis le 16 juin 1478 jusqu'en 1732, une somme de 349,171 livres pour constructions, pensions et achat de Uvres , et il ressort de la comptabilité de la viUe, conservée au2^ archives

(1) Le nouveau collège devait être bâti sur la place des Terreaux, dont le roi avait fait don aux Jésuites, mais rassemblée des notables proteste contre ce don, le 22 juin 1706, et le 16 décembre 1707, les protestents s'opposèrent aussi à la cession de la place des Terreaux.

municipales, que le Consulat consacra, de 4670 à 1672, une somme de 8,858 livres seulement en achat de livres (4 ) .

Au grand collège de la Trinité était'adjoint aussi un collège de moindre importance, appelé le collège de Notre- Dame de l'Assomption, ou le Petit-Collège, situé sur la rive droite de la Saône et dont les bâtiments sont encore affectés & des services publics.

Au commencement du dernier siècle, les revenus des deux collèges s'élevaient à plus de 50,000 livres, non compris les bénéfices de la pharmacie qui rendait 20,000 livres, et du pensionnat, et la jouissance de plusieurs maisons de ville et de campagne, dont les titres ont disparu en 4762.

Le collège de la Trinité était aussi riche en immeubles. D'après un acte de 4762, il possédait alors, outre des rentes et des pensions, des maisons en ville, une maison à Fourvières, — le domaine des Quatre-Tourelles ou du Prince, à la Croix-Rousse, — le domaine et fief de Roye, — les domaines Rivière, de Thiard, à Irigny, — de la Gallée, à Millery, — la terre domaniale des Echets, en Bresse, — les domaines du Pin, — de Mongriffbn, paroisse de Tramoye, du Chariot et du Ferrier, paroisse de Saint^Barihèlemy de Montluel, — de la Masse^ paroisse de Saint-Maurice de Beynost, — des Basties, paroisse de la Boisse, — les prieurés de SaintnJulien-en-Jarrez, — de Tence et de Dunières en Velay, le domaine de Plenaize, etc.

Indépendamment des &veurs du Consulat, les Jésuites avaient accru leurs revenus par les libéralités de Venzenzo Lauro, médecin du cardinal de Toumon et de Catherine de Médids, puis cardinal-évèque de Mondovi, qui leur

(1) AithiTes de U ville, inren. Chappe.

céda les prieurés de Tense et de Daunières, qu*il possédait dans le Forez et qui rapportaient 1 3,000 livres. Môme pendant les fureurs de la Ligue, le Consulat maintint aux Jésuites une rente de 2,000 livres. Â ces revenus il £aut ajouter ceux des confréries instituées par les Jésuites : celles des Messieurs, des jeunes Messieurs, des philosophes, des rhétoriciens, etc...

Le Petit Collège fut fondé en 1628, par Gabrielle de Gadagne, veuve de Melchior Mitte de Chevriëres, marquis de Saint-Chamond (1), née vers 1613, morte le 25 février 4 697, fondatrice des Minimes de Saint-Chamond et du premier monastère des religieuses Annonciades célestes de Lyon. Grabrielle de Gadagne donna 24,000 livres pour la fondation de ce petit collège a du côté de Four* vières. » Les libéralités des habitants et le concours de la ville aidèrent ensuite à cette fondation. Toutefois, la ville

(1) Melchior Mitte de Chevrières, comte de Miolans, marquis de Saint-Chamond, seigneur de Chevrières, lieutenant du roi à Lyon, sous le gouvernement de Charles de Neuville» ministre d'Etat, lieutenant général des armées du roi, mort à Paris le 10 septembre 1649, âgé de 63 ans. Son fils unique Jean-François fut tué au siège de Tarin, en 1640, sous les yeux de Louis XII!. {Lyonnais dignes de mémoire, p. 71.)

Le petit collège fut établi d'abord dans la maison d'un sieur Loobat Caries. * Le roi lui accorda, en 1642, une subvention de 2,000 livres par ah. Le célèbre P. Lachaise fut recteur de ce petit collège. Fermé pendant la Révolution, il se rouvrit, en 1802, sous les auspices du cardinal Fesch et fut confié à vingt-six frères de la Doctrine chrétienne.

Le 14 septembre 1567 fut passé le traité de cession entre Guillaume Regnand, lliomas Favre, Pierre Frère, André Mornieu, Jean Pichin et Claude Valeton, conseillers échevins, au nom de la communauté de la ville et le P. E. Auger, au nom de la Compagnie. (P. 85. F..Ménestrier.)

ne donna son approbation qu'à la condition « qu'il n'y (( auroit jamais que trois classes pour les petits enfents, « jusqu'à ce qu'ils fussent capables d'aller aux hautes « classes du collège de la Trinité, et qu'on ne pourra y « construire que ces trois classes, une chapelle et le loge- « ment pour les Pères et les régents. » La direction fiit confiée aux PP. Jésuites. Cependant, le 3 décembre 1647, on y ajouta deux autres classes, et le 41 août 1650, on créa une sixième classe, mais avec défense d'y lire la théologie et la philosophie. Le 7 décembre 1 651 , la ville donna au petit collège 3,000 livres « par pure charité, vu le be- (f soin et le danger de ses bâtiments. » En 1654, nouveau don de 1,500 livres « pour réparations. » En 1684, 1692, nouveaux subsides (1).

(1) La ville dépensa aussi presque chaque année des sommes importantes aux constructions du grand collège. Citons en seulement quelques-unes :

— 16 juin, 13 et 15 novembre 1607, acquisitions pour 5,400 livres destinées à Tagrandissement du collège.

— 4 mars 1608, dépense de 2,500 pour nouvelles acquisitions.

— 5 janvier 1610, acquisition d'une maison rue Neuve.

— 5 janvier 1619, constitution d'une rente de 1.000 livres par an, pour achèvement de la Trinité.

— De 1619 à 1652, nombreuses acquisitions et constructions, et le 5 décembre 1652, don de 6,000 livres « à condition que, au dernier « jour du mois de juin, il sera apposé, en lieu notable, les armoiries « de la ville avec une inscription portant que ledit collège avoit été « parachevé aux dépens et deniers communs de la ville. »

— 5 janvier 1666, nouveau don de 1,000 livres « pour paver en <c croix d'un coin à Tautre la grande cour du collège. »

— 23 décembre 1710, le consulat fonde à perpétuité des prix pour les élèves.

— 27 novembre 1731, 100,000 livres sont affectées 'à des acquisitions faites par les jésuites et non payées par eux.

A ce collège étaient jointes une petite église et une chapelle, sous Tinvocation des saints Ignace et François- Xavier, & laquelle Maurice Camus, écuyer, sieur du Perron^ donna 1 ,200 livres à la condition d'y être inhumé et d'y placer ses armes. Ce collège compta aussi de nombreux bienfaiteurs, entre autres : Antoine de Pure, Madeleine Particelli, sa femme, Mathieu Thomé, écuyer, — François Pacot, inhumé dans l'église. Il possédait aussi de nombreuses maisons dans Lyon, le domaine de Montlouis à Oullins, une terre à Baunan. Le domaine de Montlouis lui avait été donné par Pemette Boissier, veuve de noble Jules Gratiani, bourgeois de Lyon ; en outre^ il avait les domaines de la Navarre, h Sainte-Foy, et de Bastero, au môme lieu, des Saussaies du Bhône, le prieuré de Saint-Bomain-en-Jarez , dépendant de Tlle- Barbe, lequel fut uni au petit collège avec l'autorisation d'Antoine Thélis de Valorgues, abbé de l'IIe-Barbe, le prieuré de Saint-Bomain-les-Atheux.

Nos rois avaient accordé aussi les plus grands avantages au collège de Lyon. Par lettres patentes, Henri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV et Louis XV l'avaient placé sous leur sauvegarde ; en outre, ils l'avaient exempté de toutes impositions, de la taxe établie par l'Assemblée de Mantes et de tous droits d'amortissement. Les archevêques Antoine d'Albon et Claude de Bellièvre lui avaient hi% don, chacun, d'une rente de 200 livres.

En 4684, le petit collège avait pour recteur Pierre

Pour qu'on ne doutât pas que le collège fût la propriété de la ville, le Consulat fît placer Tinscription suivante sur la porte d*ei)trée principale:

Aert monieipali eitmerant ejnsdem eollegii Atttborei, pitrooi, proprielari, consoles.

DorioD, jésuite, qui forma le projet de Tagrandir, ainsi que son église « qui étoit très-petite et incommode. » Cette opération exigea un reculement considérable, et pour en indemniser le collège , le Consulat créa en sa faveur une rente annuelle et perpétuelle de 300 livres. Néanmoins, le petit collège était dans une extrême détresse. En 1 692, Graspard-JosephCharonier, son recteur, se vit obligé d'exposer au Consulat « son état de pauvreté, « l'insuffisance de ses bâtiments et leur dépérissement », et le Consulat ajouta a une somme de 700 livres à la pence sion annuelle de 1 300 livres précédemment accordée « au collège de Notre-Dame-de-Bon-Secours pour Tentre- (( tien et subsistance d'iceluy. »

En 1726, les bâtiments du petit collège étaient dans un tel état de dégradation qu'il y avait un danger sérieux pour les maîtres et les élèves. Les classes et le service religieux durent être suspendus pendant huit ans jusqu'à l'entière reconstruction du collège et de sa chapelle.

Le 29 avril 4762, par lettres patentes du roi, il fut dit que le petit collège serait enlevé à la direction des Pères Jésuites qui l'avaient géré jusqu'alors, et desservi par des sècuhers, et qu'on y enseignera jusqu'à la rhétorique exclusivement. Le 26 mars, il est remis à des particuliers ; mais, le 8 octobre suivant, intervint entre le Consulat et la congrégation des prêtres de Saint-Joseph, un concordat, d'après lequel ces derniers se chargèrent du petit collège, que la Révolution ferma ensuite.

Le grand collège de la Trinité, entièrement rebâti, -par Martellange, avait acquis une splendeur sans égale cèébrée par tous I les auteurs du temps. On y avait élevé, entre autres, la magnifique salle de la bibliothèque que la Révolution a essayé de détruire, mais qui, heureusement, subsiste encore. Je la décrirai plus loin en parlant de la

grande bibKothèque publique actuelle. Au-dessous du vaste local affecté à cette bibliothèque, on créa aussi,, en <640, la chapelle dite de la congrégation des Messieurs, dont la première pierre fut posée, le H avril 1640, avec cette inscription :

1£AQNA yiBGINIS PABENTI OPTIlLfi SODALBS, CLIENTES ET FILII BEVOTISSIMI POSUERE.

Les « Messieurs » contribuèrent aussi pour une somme de 3,000 livres à la confection du toit de la bibUothèque.

A ce moment, un grand malheur faillit arriver dans le collège. Le plafond de la salle de déclamation s'effondra après la répétition d'une pièce qu'on devait jouer le lendemain devant le corps consulaire. La ville alloua 9,000 livres au P. Lachaise, recteur du collège, pour la reconstruction de cette salle. Vers le môme temps, le P. Lachaise fit un traité avec la ville pour la construction a d'un « passage voûté à travers le collège, formant le prolonc gement de la rue Neuve pour aboutir à la rue de la ff Fusterie, le long de la courtine du Rhône. »

La salle de déclamation fut restaurée et embellie en 1 728 par Manège, peintre, qui reçut de la ville 500 livres « pour « avoirfait, fourni et peint les décorations nouvelles placées c dans la salle du grand collège des Jésuites au lieu des « anciennes qui étoient hors d'usage, pour servir aux ^ représentations de pièces qui sont exécutées chaque « année par les écoliers dudit collège. »

La ville se chargeait chaque année de fournir les livres qui devaient être donnés en prix aux élèves. En <710, le Cîousulat prit un arrêté par lequel il fonda <f à perpé- « tuité, au collège de la Trinité, des prix qui seront dis- « tribués publiquement tous les ans, à partir de 47H, le « jour et feste Saint-Louis, par le prévôt des marchands

ff et échevins, en suite d'un éloge du roy, qui sera fait « dans la grande salle dudit collège. Ces prix consisteront (( en livres reliés en maroquin rouge de Paris et en bazane , « dorés sur tranches, sur lesquels seront empreintes les « armes du roy, d'un costé et celles de la ville de Taustre. « Tous les écoliers du petit collège seront admis à la <( composition pour les prix, dont il y en a au moins six « pour chaque classe, depuis la 'sixième jusqu'à la rhéto- « rique et trois pour chacune des deux classes de philo- « Sophie. » Le Consulat consacra une somme annuelle de 400 livres à cette fondation.

Mais les événements politiques vont bientôt enlever aux PP. Jésuites la direction de ce collège, auquel leur habile gestion avait donné une si grande splendeur.

Les idées philosophiques se développaient alors avec une énergie que ne pouvait plus contenir la royauté; celleci s'était avilie au dehors par des défaites honteuses dans la guerre dite des sept ans, si fatale à nos armes et si glorieuse pour la Prusse, et, à Tintérieur, elle n'avait plus ni prestige, ni dignité. Les philosophes s'attaquaient à tout et sapaient jusque dans ses fondements Torganisation civile et religieuse de TEtat. Us étendaient leur œuvre de destruction jusque sur les principes sans lesquels il n'y a pas de société possible. Institués depuis deux siècles, pour contenir la réforme et pour raflfermir le christianisme ébranlé, les Jésuites, qui avaient glorieusement accompli cette œuvre, se voyaient déchus aussi de leur puissance et débordés par la marche des iées. Déprossédés de leurs florissantes missions en Chine et au Paraguay, haïs des Parlements et poursuivis & outrance par les philosophes, ces religieux n*en étaient pas moins encore le dernier et le plus ferme appui de la religion et de la royauté. Ils tombèrent renversés par la coalition des ministres de la

France, de l'Espagne et du Portugal, et ne laissèrent après eux que d'immenses ruines.

Le procureur général près le Parlement de Paris interjette,le 6 août 1762, appel comme d'abus des brefs, bulles et de la constitution de la Société de Jésus, et sur cet appel intervient un arrêt du Parlement qui ordonne aux Jésuites de quitter leurs maisons. Le chemin de Texil leur est de nouveau ouvert (4).

(1) Le même édit fait défense aux Jésuites de continaer aucane leçon publique, et iDJonction aux étudiants, pensionnaires de vider le collège. '

Ce ne fut pas sans de vives contestations que le choix des PP. Oratoriens fut agréé. La sénéchaussée présenta au parlement un mémoire pour demander que le -collège fût confié à des séculiers, mais le Consulat résista, en se fondant sur ses anciens droits de propriété du collège et il remporta sur la sénéchaussée. Ces droits furent constatés en ces termes dans le traité intervenu avec les Oratoriens : € Entre les Prévôt des marchands et échevins de la ville de Lyon, c ayant Tentière propriété, patronage, administration, direction et « police du collège de la ville, d'une part, — et M. L. Danglades,

< supérieur de la congrégation de TOratoire, étahlie à Lyon, d'autre c part. »

La ville avait tenu, du reste, à toutes les époques à bien faire constater tes droits de propriété sur le collège, ainsi, entre autresi en 1567, lorsqu'elle le céda aux Jésuites, il fut stipulé c que le recteur s'engageait à délivrer au Consulat, à perpétuité, par forme d'hommage et redevance, le dimanche de la Trinité, un cierge de cire blanche d'une livre, sur lequel seront attachées les armoiries de la ville. Le Consulat se rendait tous les ans , en robe noire, au collège lors de la rentrée des classes et y assistait à un discours public qui précédait l'ouverture des classes, dont le programme lui était préalablement soumis. Le jour de la Trinité, le Consulat était reçu à la porte et sur le pavé c par le principal du collège et ses suppôts. Puis on faisoit « registre du discours du recteur et de la réponse du prévôt des

< man^ands. Le 8 août, on faisoit tous les ans, une prière fondée

Mais, avant de quitter leur maison de Lyon, ils durent rendre un compte exact de la gestion de leur collège et de celle des propriétés qui en dépendaient; Jean- Claude Pupil de Myons, premier président de la Cour des Monnaies, lieutenant-général en la sénéchaussée^ Jean Peysson de Bacot, procureur du roi au môme siège, visitèrent les archives et les papiers des PP. Jésuites, les appartements, Téglise, la sacristie, la bibliothèque et l'observatoire. Tous les papiers furent saisis et mis sous les scellés au greffe de la sénéchaussée par les conseillers Berthaud delà Vairre, et Agniel delà Vernouse ; en outre, on enleva de la bibliothèque tous les livres condamnés par le Parlement de Paris.

Ed février 1763, le roi donne un édit portant qu'il sera formé dans chaque collège un bureau composé de Tarchevôque ou évoque , des officiers du bailliage et municipaux, du principal et de deux notables, et, enfin, le 29 avril, est &it un règlement pour Tadministration des deux collèges, et le grand collège est confié aux Pères de rOratoire, et le petit collège à des maîtres séculiers.

A ce moment, le Consulat voulut ériger un troisième

tf par la maison de Villeroy ; le procnreor de la ville faisoit, en robe, « les invitations publiques; le Consulat, en robes violettes, faisoit les «: honneurs de la cérémonie ; il recevoit les invités à l'entrée, comme « fondateur, et les accompagnoit à la sortie comme fondateur, directe teur et administrateur, et enfin comme recevant des corps étran- « gers dans sa propre maison. »

La sénéchaussée de Lyon demanda, au moment de Texpulsion des Jésuites, qu'un troisième collège fût établi dans le quartier d'Ainay.

L'installation des Oratoriens ne se fit pas sans troubles ni scandales ; on craignit même un moment qu'il ne devînt impossible d'ouvrir les classes. (Rabanis, Hist. du collège, p. 137.)

collège confié aux Dominicains « qui se trouveront dans « un quartier convenable pour cet objet, — on y profes- « sera la rhétorique, la philosophie et la théologie que a déjà ils enseignent présentement, — les professeurs « seront pris indistinctement et après examen, parmi les « ecclésiastiques, les religieux de tous ordres et les 1 laïques. Les professeurs du collège des Dominicains « devront être exclusivement choisis dans cet ordre. » Ce projet demeura sans suite.

Le Consulat éprouva cependant un certain embarras pour remplacer les Jésuites dont l'enseignement avait été si remarquable. Il avait à choisir entre les prêtres du séminaire de Saint-Irénée, ceux du séminaire de Saint- Charles, les congrégations de Sainir Joseph et de Saint- Lazare, n préféra les Oratoriens. Toutefois, le P. D'Anglade, de TOratoire, ne traita d'abord que conditionnellement avec la ville. Le petit collège fut confié d'abord à un sieur Nivoley, maître de pension, qui devait fournir les régents des six classes; mais bientôt après, il fut remis à la congrégation de SaintnJoseph. Le P. d'Anglade devint plus tard supérieur du collège de Tournon, qui était une école royale militaire.

Le Consulat, en confiant son collège aux Oratoriens, stipula que « la garde et Tusage de la bibliothèque, des « médailles, machines, instruments d^ l'observatoire du c collège étoient consentis à la condition que les livres « seroient rangés, conservés et déposés en bon ordre et « état sur les tablettes de la grande salle et de la salle a attenante, nommée la bibliothèque Villeray — et que « lesdits Oratoriens régiroient, gouvemeroient et tien- « droient le collège, conformément aux usages, régime « de la congrégation de leur ordre, et notamment suivant « les usages et règles de Y Académie royale de Juilly. »

Par le traité intervenu entre le Consulat et les Oratoriens, il fut convenu que le régent de rhétorique aurait un traitement de 66 livres par mois, mais que les autres professeurs ne recevraient que 50 livres.

On créa aussi l'emploi de deuxième valet, ou cùtrecteur, dans chacan des deux collèges dont les préfets avaient cru devoir se priver <c dans Tespérance où ils étoient de pouce voir contenir la jeunesse sans user de semblable moyen ; « cependant T expérience leur avoit fait voir que ces « seconds valets devenoient nécessaires pour inspirer de (( la crainte aux jeunes écoliers et les tenir dans les tf bornes de leurs devoirs. »

L'Université a supprimé les correcteurs j mais ne devraiton pas les rétablir pour les jeunes lycéens de septième qui fument en cachette du pion et malgré leur estomac souvent rebelle...!

Le projet du traité intervenu avec les Oratoriens avait été dressé le 1*' octobre précédent, toutefois, ce ne fut que le i juillet 1 763 que les Oratoriens prirent possession du collège ; le 27 septembre suivant, le Consulat leur attribua une rente annuelle « pour subvenir à l'entretien de seize « ecclésiastiques chargés de la desserte du collège de la Trinité. » Quelques années plus tard, un arrêt du 6 août 1779 ordonna que tous les maîtres de pension, même ceux ayant le grade de maître es arts, seraient tenus de mener au collège les étudiants en langue latine qui seraient en état de fréquenter la cinquième.

Les PP. de lOratoire conservèrent la direction du collège jusqu'à la Révolution. Le 28 mai 4790, ces religieux dirigent cependant encore le collège ; on lit, en effet, dans les registres du conseil municipal, à cette date, « que le a corps municipal, après avoir entendu M. le procureur « de la Commune, attendu les circonstances et les occu-

« pations qui peuvent le retenir à THôtel commun, dece main samedi, veille du jour indiqué pour le camp fédé- (f rai, il ne se rendra que le samedi 5 juin prochain au \< grand collège de la Trinité pour y recevoir Thommage « des Pères de l'Oratoire desservant le collège. » Le 29 septembre 1791, les Pères occupent encore la maison; ce jour, le Consulat s'y transporte pour constater un vol important d'objets appartenant à Tobservatoire, à la bibliothèque et au médaiUier.

L'observatoire du collège de la Trinité avait été dirigé longtemps par le P. de Saint-Bonnet, jésuite, professeur de mathématiques. En 1701, le Consulat lui avait accordé une subvention de 2,000 livres pour « Tédification d'un « observatoire dont rétablissement avait été résolu d'ace près les consuls et l'approbation de M. Cassini qui H convînt, à son dernier passage à Lyon, que l'heureuse ce situation de l'endroit où l'on propose de construire cet (c observatoire facilitera bien plus les observations et fit fournira plus de commoditez que l'observatoire de « Paris, o

Mais la Révolution, dans sa marche foudroyante, renverse bientôt même les collèges, et la loi du 24 août 1 793 confisque tous les biens des communes, excepté cependant les objets destinés pour les établissements publics (art. 91), mais le collège demeure fermé. On saif ce qu'il devint pendant le siège de Lyon; une batterie fut établie sur la terrasse, mais les feux croisés des canons des Brotteaux et de la Croix-Rousse eurent bientôt éteint ceux . des pièces posées sur cette terrasse ; le collège fiit criblé de bombes et de boulets^ les livres endonmiagés et les mappemondes trouées par les obus. La Convention, après la prise de notre héroïque ville, livra le collège et la biblipthëque au pillage, et nous dirons plus

loin les actes de sauvage vandalisme qui y furent commis, môme par un magistrat de la République ; mais il est vrai que c'était un magistrat élu, et Ton sait les étranges choix que produisit l'élection de la magistrature.

Au tribunal de Chalon, un chaudronnier fut élu président du tribunal civil, et on s'y souvient encore d'un mot de cet étrange magistrat qui, entendant un avocat donner une réplique décisive h son adversaire, dit à ce dernier: — (( Citoyen, tais-toi, tu n'as plus rien à redire, on a mis la pièce sur le trou. » — Et aujourd'hui, on voudrait revenir à l'éligibilité de la magistrature parle suffirage universel! Il est vrai que la loi est proposée par les fruits secs du barreau, par ces avocats sans causes, qui marchent en queue de toutes les révolutions, comme des corbeaux, pour se jeter sur les sièges vacants et s*y fiûre de bons nids. Les révolutions de 4830, 1848 et 1870 ne l'ont que trop montré!! En 1870 surtout, ces affamés se sont môme montrés plas voraces que leurs devanciers de 1 830 et 1 848; ils ont envahi surtout les positions les plus élevées de la magistrature, et leur patriotisme, si indigné la veille, n'a pas reculé le lendemain devant la perception intégrale du gros traitement attaché à la fonction qu'ils avaient esca ladée et dont leur passé ou leur incapacité aurait dû les exclure à tout jamais.

La Révolution, en &isant table rase du passé, ne put manquer de comprendre l'éducation dans ses plans de rénovation universelle. Mirabeau avait été chargé par la Constituante de lui préparer un rapport sur ce sujet ; la mort l'en empocha. Talleyrand lut ce rapport ; mais il n'était pas du goût de l'Assemblée et demeura sans suite. Condorcet prépara et lut un autre projet, en avril 1792, mais il resta aussi lettre morte. Le 12 décembre 1792, la Convention s'occupa cependant de l'inslruction primaire.

sur le rapport de Lachanal. Mais bientôt après, le 27 brumaire an m , Lachanal fait modifier cette loi , et le 3 brumaire an IV . Daunou feit réorganiser Tensemble de l'instruction publique et créer une école centrale par département.

Le 5 floréal an IV (1796), la ville chargea le citoyen Forobert, architecte, et un membre de la municipalité de débarrasser le grand collège et de le rendre à sa destination.

Toutefois, Técole centrale fut d^abord installée au palais Saint-Pierre, et ne prit possession de Tancien grand collège qu après la clôture des assemblées de la Consultar cisalpine, en 1801. EUe y demeura jusqu'au jour de la création du Lycée, qui s'ouvrit le 15 messidor an XI.

La création des écoles centrales n'avait pas répondu & lattente de leurs auteurs. Ces écoles, d'où la religion avait été bannie, n'avaient pas obtenu la confiance des populations, et un grand nombre de familles avaient préféré s'adresser, pour l'éducation de leurs enfants, à des établissements privés. Une loi votée par le Corps législatif, sur le rapport de Fourcroy , et sanctionnée le 1 1 floréal an X, réorganisa toute l'instruction publique et créa les Lycées. L'esprit de cette nouvelle loi est suffisamment caractérisé par les paroles suivantes de Portails, au Corps législatif : a U est temps que les théories se taisent devant « les Bedts. Point d'instruction sans éducation , point tt (T instruction sans morale et sans religion. » Belles paroles dont on se souvient trop peu.

Et cependant, n'avons-nous pas vu, à Lyon, le citoyen Hénon, maire de Lyon, en 1870, proclamer dans des affiches « que la morale effective suffisait au peuple, » et fermer, de son autorité privée, et malgré la loi toutes les écoles congréganistes et chasser Dieu de renseignement ! ! !

Je ne décrirai pas ici les bâtiments nombreux dont se compose actuellement le collège ou Lycée. Un professeur, M. Demogeot, en a parlé en ces termes, qui sont bien yrais^ dans Lyon ancien et moderne^ en 4838 : « Â très-peu d'exceptions près, il est impossible de trouver dans cette immense agglomération de constructions une forme heureuse, une distribution intelligente, rien qui satisfasse je ne dirai pas le goût sévère et raisonné de l'artiste ou de Tarchitecte, mais encore le jugement le plus facile et le plus complaisant. Ce sont partout des lignes froides et sèches, un aspect lourd et disgracieux, une incohérence dans l'ensemble et une stérilité de détails qui attristent et repoussent. La division intérieure est au moins aussi incommode que les dehors sont nus et repoussants ; les appartements s'enchevêtrent, les corridors se croisent sans utilité et même aux dépens du service. » Tel est aujourd'hui l'état fâcheux du collège de Lyon ; mais la &ute en est-elle imputable à ses premiers constructeurs si habiles dans l'art d'élever les bâtiments ? Les dispositions furent prises pour un externat et non pour un internat dans lequel un enfant doit passer au moins six ans loin de sa &mille et des champs qui l'ont vu naître, où se sont écoulées ses premières années, au grand air et en pleine liberté. En conséquence , si nous en croyons M. Charvet, qui a décrit aussi ces noires et lourdes constructions, les Jésuites ne songèrent nullement à enterrer les enfants dans ces profondes basses-fosses qu'on appelle les cours du collège, où le soleil descend seulement pendant quelques mois de l'année, humides, et d*une morne tristesse qui affecte Ten&nt déjà assez triste de la privation des douces joies de la famille et de sa claustration.

Primitivement, la cour, à Torient, était ouverte au so-

leil et à Tair vivifiant du Rhône, que ne masquaient pas les lourds bâtiments qui ferment au levant cette cour. Cette construction est relativement toute moderne. La grande cour des classes était décorée de peintures, dont Blanchet et Dupuy furent les auteurs ; ces peintures fiirenty d'après Menestrier, « exécutées surtout pour effacer a toutes les marques de l'incendie qui consuma une par- « tie du collège et le rendre plus magnifique après cet « insigne malheur. » Au point de vue de l'enseignement, dit avec raison K. Gharvet, et de la gaîté, a ces peintures « présentaient un avantage très-réel ; et on commence seuc lement à comprendre maintenant quelle importance les « représentations figurées , les tableaux et les peintures lar- « gementexécutées, peuvent avoir dans l'enseignement. )> Un récent et épais badigeon a recouvert impitoyablement ces peintures, sans qu'on ait songé seulement à en conserver le souvenir par un simple trait ou par la photographie. Ces peintures dataient de 4 562; on trouve, en effet, dans la comptabilité de la ville, mention d'un» mandat délivré, à cette date, au P. Pierre Platière, recteur du collège de la Trinité, de 2,200 livres « pour l'entière « perfection des peintures, compositions historiques et c allégoriques, auxquelles ont travaillé les peintres Puis, « Pierre-Paul Savin, Pierre Vantalon et autres qui ont été « faictes en la cour des classes du collège, y^ L'année suivante, le Consulat paya 400 livres à Moulin, libraire. « pour les frais et despenses faites pour Vimpresse et « reliure du livre des peintures faictes à la cour du col- « lége de la Trinité. »

Les registres consulaires ne donnent pas de détails sur l'incendie du collège.

Une épidémie de fièvre typhoïde vient de sévir dans le collège et les élèves ont dû en être éloignés bien vite.

Chacun pensait que TUniversité se déciderait enfin, après tant de légitimes doléances des familles, à ne plus rappeler les pensionnaires et à convertir le Lycée en simple externat ; mais certains intérêts privés l'ont emporté sur le bien-être et la vie même des enfants. Les pensionnaires sont rentrés dans leurs basses fosses j et ce n'est pas sans pitié qu'on les voit, sans air, sans soleil, grouillant dans ces prisons. En Angleterre, en Allemagne, en Suisse, on comprend avec plus d'intelligence les besoins de l'enfance et son instruction. Là, Tenfant est dans des gymnases ou collèges élevés loin des quartiers populeux, dans des maisons où circule largement le grand air qu'embaument aussi les douces senteurs des jardins qui les entourent. L'enfant peut s'y croire dans les champs où il est né ; il y conserve une liberté relative ; son esprit et son âme s'y épanouissent comme les fleurs au milieu desquelles il vit, et son cœur n'est pas écrasé et attristé par ces noires murailles qui donnent au Lycée de Lyon Taspect d'une lugubre prison. Mais la routine!!! La France est sa mèrepatrie.

L'Université s'est émue cependant des vices criants des bâtiments du Lycée et de leur insalubrité. Elle a envoyé à Lyon de savants inspecteurs généraux lesquels, après une longue étude de la sitaation, ont demandé à la ville « V abandon de la grande bibliothèque et la démolition de « la terrasse, dont Tombre était nuisible aux cours du « collège », et cette étrange demande a dû être soumise à

la Commission municipale Espérons que celle-ci la

repoussera, et résolvant enfin la ^rave question du dédoublement du lycée, assurera la conservation du beau vaisseau de la bibliothèque et pourvoira à son amélioration.

Comprend-on, en effet, qu'on propose, sérieusement, à une ville de renverser Y un de ses plus beaux monuments

et qui lui est cher à tous égards, pour la coutraindre à ea reconstroire un autre qui coûterait des sommes énor-mes, alors cependant que sa caisse est à sec^ qu'elle sera besoigneuse encore pendant bien des années, et que TEtat lai refuse môme de lui rembourser les millions gaspillés par notre fameux Comité dit de la Défense nationale, si bien appelé de la Dépense nationale ! ! !

Et à quoi avancerait Y abandon de la Bibliothèque ? Estce que les cours du Lycée seraient moins humides, moins tristes? est-ce qu'il n'y a pas dans ces cours d'énormes soupiraux de caves infectes qui empoisonnent les enfants par leurs miasmes ? Que TUniversité se résigne donc enfin à supprimer le pensionnat! Il n'y a pas d'autre remède au mal.

La loi du 1 4 floréal an X ayant prescrit la création des Lycées, un arrôlé des Consuls du 24 vendémiaire an XI porta qu'il |sera créé un lycée à Lyon, et qu'il sera placé dans le grand collège. Le i pluviôse suivant, par un arrêté du préfet du Rhône, il fut décidé que la totalité des bâtiments non aliénés sera mise à la disposition de la ville de Lyon pour l'établissement du Lycée.

Je ne parlerai pas plas longtemps ici de ce grand établissement de l'enseignement public, lequel a eu du reste déjà son historien en la personne de l'un de ses professeurs, M. Rabanis^ qui a publié sur ce sujet une intéressante notice, en 1829, dans les Archives du Rhône. Plus tard, lorsque le gouvernement se prétendit propriétaire des bâtiments du Lycée, en vertu des lois spoliatrices de la Révolution, M. Gastine, membre du Conseil municipal, en 1839 et M. Henri Seriziat, aussi conseiller en 1845, écrivirent d'excellents mémoires pour repousser les prétentions de TEtat, et leurs travaux renferment sur notre ancien collège des détai's historiques des plus intéressants.

Après ce rapide croquis du collège de la Trinité, j'arrive maintenant à parler de la bibliothèque dont Thistoire se lie d'une manière si intime à celle de ce collège .

MM. Delandine et Pericaud et ceux qui, après eux, ont publié des notices sur la bibliothèque, ne nous ont pas dit à quelle époque on a formé, dans l'origine, une bibliothèque dans le collège de la Trinité à Tusage de ses habitants (1 ). On sait seulement par une note de M. Pericaud

(1) M. Pericaud avance dans sa notice sur la bibliothèque de la ville « que ce fut vers la fin du règne de Louis XIII et sur les dessins « du frère Martel Ange, jésuite, que Ton construisit le superbe « vaisseau de la bibliothèque », et cet auteur se fonde sur ce fait c'est qu'on voit que par un acte reçu Favard, notaire à Lyon, le 13 novembre 1641, les congréganistes de Notre-Dame de l'Assomption promirent de payer aux PP. Jésuites une somme de 3,000 livres pour être employée, le plus promptement qu'ils le pourront, à la construction des bâtiments et couverture de la Bibliothèque que les PP. Jésuites se proposaient de faire édifier au-dessus de la chapelle de la congrégation. Il y avait dans le collège plusieurs chapelles destinées à des congrégations fondées par les Jésuites, celle des Messieurs, des jeunes Messieurs, des grands artisans, des artisans ou affaneurs, des jeunes artisans, des théologiens et philosophes, et des rhétoriclens. (Gharvet, Etienne Martellange, p. 176.)

Les constructions du collège, d'après le passage suivant d'un auteur lyonnais, étaient assez avancées, en 1627, car voici la description qu'en donne Isaac Lefèvre dans son livre intitulé : Nombre des églises qui sont dans l'enclos et dépendances de la ville de Lyon, petit in-8, 1627. c Au bout de la rue Neuve et tout sur le fleuve du « Rosne est ce très-fameux collège de la Trinité et sa chapelle où « les muses ont fait retentir, par tant de siècles, les admirables échos «de leurs sciences, et sur les ondes de ce fleuve rapide qui les ont « portés partout le monde... Et depuis quelque temps, et çà durant <c le gouvernement de Mgr Halincourt, on le bastit avec une telle « structure, que dans quelque temps on espère le voir une des « merveilles du monde. »

a qu'il n*y avait pas de salles spéciales pour les livres, n Les livres étaient placés sur des tablettes adossées aux murs des corridors et des vestibules qui séparaient les différents dortoirs. C'est ce que nous apprend une lettre de Perpinien, datée de Lyon, le 8 des calendes de décembre 4595, on y lit : Intra cubicula (dormitoria) ^ verb more gallico bibliolhecœ sunt^ septœ tabulio ac tectœ^ Iongœ novem aut decem palmos, late sepiem^ aut tecto ; altiores aliquantà quam longiores, veluii cubicula quœdam parva majonbus inclusa. » La ville en construisant le Collège voulut que la garde de sa bibliothèque fut confiée aux professeurs les plus éminents, chargés de l'enseignement dans ce collège , c'étaient des séculiers dans l'origine, mais son développement date surtout du jour où le collège fut confié aux Jésuites. Le Consulat l'enrichit de nombreux ouvrages. François Gérard, grandprévôtd'Ainay, lui légua, en 1577, sa librairie. Henri III, sur la demande d'Edmond Âuger, dont j'ai parlé plus haut, lui donna de nombreux traités de théologie, et beaucoup de ces traités sont encore conservés aujourd'hui à la bibliothèque. Un écusson doré est appliqué sur le plat de leur couverture et offre trois couronnes avec cette devise placés au-dessous de la plus élevée : a manet ultima cœlo. y> Sur une étiquette imprimée collée sur la garde des volumes, on lit : « Régis Heti'^ rici III ^ christianissimi pium munus attulit, R. P. Edmundus Auger Luteiia pro collegio Lugdunensi^ Societatis Jesu 4587. » Henri IV et Louis XIII lui cédèrent aussi de précieux ouvrages, sur la prière du P. Coton, Pierre, jésuite, élève du collège de la Trinité, auteur d'ouvrages composés surtout pendant son séjour à Lyon. Il était né à Néronde, en Forez, en 1 564 et mourut à Paris le 29 mars 4 626. Louis ^IV, sur les instances du célèbre P. Lachaise, son

confesseur, fut non moins généreux. Mais en 4644, un

incendie, commencé dans les bâtiments du collège, consuma un grand nombre de volumes dans les salles adjacentes à la bibliothèque. Le Consulat toujours grand et généreux, et dont la sollicitude s'étendait sans cesse sur tout ce qui pouvait accroître le bien et la splendeur de la ville , répara les bâtiments incendiés, et en 1650 il alloua môme une somme annuelle de 300 livres, augmentée plus tard de i 50 livres, pour l'acquisition de nouveaux ouvrages.

En 1734. le Consulat accorda 3940 livres « tant pour (( l'acquisition de toutes les estampes du cabinet du roy, « qui ont été destinées par la ville pour la bibliothèque « publique, que pour divers meubles et ornements qui ont « été faits dans ladite bibliothèque. »

Un grand nombre d'hommes généreux et éclairés imitèrent les largesses de la ville et de nos rois.

Marc-Antoine Mazenod, sieur de Pavezin, échevin» en 1650, lui légua sa bibliothèque entière en 1659.

En 1693, Camille de Neuville-Villeroy, archevêque de Lyon, fondateur du séminaire Saint-Irénée, protecteur de la maison des missionnaires de Saint-Lazare et de Saint- Joseph, mort à 87 ans, lui donna aussi sa bibliothèque par son testament, en souvenir de l'affection qu'il portait aux PP. Jésuites. Beaucoup de ces ouvrages ont pu être préservés des boulets qui firent tant de mal, en 1793, à la bibliothèque du grand collège. En 1700, Marc Perrachon, avocat, né & Grenoble, en 1630, mort le 25 août 1709, à Lyon, après avoir abjuré le protestantisme, laissa sa bibliothèque au collège de la Trinité, avec une rente de 300 livres. En 1728, le missionnaire Perrenin, dont j'ai déjà parlé, fut aussi un généreux donateur, mais en 1762, lorsque les PP. de l'Oratoire reçurent la direction du collège, en remplacement des PP. jésuites, alors expulsés de France, un grand nombre de livres disparurent de la bibliothèque.

Outre le bibliothécaire, il y avait un adjoint et un garçon ou concierge de la bibliothèque. En 1 734, la ville donna cet humble emploi à David Forey, mattre-libraire. Le Consulat qui entrait dans les moindres détails de ses services lui ordonna <( d'être exact & ouvrir les portes, de « nettoyer, battre et époudrer les livres au moins deux c fois Tan, aux gages de 200 livres. »

La richesse et le développement de notre grande bibliothèque sont dues également à Tintelligente administration de ses divers savants conservateurs. M. Delandine en cite plusieurs. Antoine Milieu, jésuite, auteur de Mosis Viator^ poème latin, en 28 livres, estimé, publié à Lyon en 1636- 39, né en 1575, mort à Rouen, le 14 février 1646. Le savant Pierre Labbé, jésuite, né à Clermont, en 1594, mort à Lyon, en 1660, au collège de la Trinité dont il devint le recteur après y avoir longtemps professé. Claude François Menestrier, jésuite, archéologue, héraldiste, historien de Lyon, né le 10 mars 1631, mort & Paris le 21 janvier 1705. Dominique de Colonia, jésuite, de l'Académie de Lyon, auteur d'une Histoire littéraire de Lyon et d'autres ouvrages, né à Aix, en Provence, le 20 août 1 660, mort à Lyon, le 12 septembre 1741 . Le P. Jouve, Joseph, jésuite, né à Embrun, le l"*" novembre 1701 , mort à Lyon, le 2 avril 1758, auteur d'une Histoire de la conquête de la Chine. Le P. Charles-Pierre-Xavier Tolomas, jésuite, professeur, auteur de divers opuscules, né à Avignon, en 1705, mort le 21 septembre 1762.

A la liste de ces savants conservateurs, il faut ajouter aussi le nom de Marc-Antoine Chappe, avocat au Parlement, qui remplaça Brossette. Ce dernier n'avait pas fait la moitié du Catalogne de la bibliothèque, au moment de son décès. Chappe reçut de la ville, pour ce travail, 500 livres par an, outre ses honoraires ordinaires. On sait

qu'il est aussi l'auteur du remarquable inventaire de nos archives municipales. Brossette avait légué à la ville ses tableaux et ses livres, moyennant une pension à servir à son fils Claude-Camille.

La ville, comme elle Ta fait encore de nos jours, aidait alors ses bibliothécaires dans l'impression de leurs œuvres ; c'est ainsi entre autres, qu'elle contribua, en 1728, à la publication du premier volume de Y Histoire littéraire de Lyon^ du P. Colonia, jésuite. Elle paya, à cet effet, 2900 livres à l'imprimeur Barré, au libraire Rigollet, au papetier Bochefort, et au relieur Molière pour la reliure de cent exemplaires.

Après l'expulsion des Jésuites, les Oratoriens formèrent aussi de savants bibliothécaires ; ce fut le P. Léti, Gandin, Jacques*Marie, ancien vicaire-général de Mariana (Corse), député de la Vendée à TAssemblée nationale, en 1792, correspondant de l'Institut, membre de l'Académie de Lyon et de la Rochelle, auteur d'un voyage en Corse, en 1787, d'articles sur 1 histoire de Lyon et de divers ouvrages, né aux Sables-d*01onne, vers 1740, mort à la Rochelle, le 30 mars 1810. Le P. Roubier, Lazare, secrétaire général du Comité général de Salut public, établi à Lyon, pendant le siège de cette ville, né à Marseille, en 1471 , mort victime de la Terreur, le 18 février 1794. Sa vertu et sa douceur, comme son grand savoir, lavaient fait aimer de tous ; on Tarracha de sa paisible retraite et sa tête tomba sous la hache révolutionnaire. Crime inutile et odieux, mais il &llait du sang aux tristes vainqueurs de Ville-Affranchie, nom stupide dont ils avaient affublé notre malheureuse ville. Le 18 mars suivant, tomba aussi la tôte du digne P. Janin, augustin, bibliothécaire de sa maison et dont les 80 ans ne purent trouver grâce devant ses bourreaux. A celte douloureuse et sanglante époque,

la bibliothèque comptait aussi ^deux autres savants conservateurs et professeurs dont M. Delandine a omis de citer les noms vénérés et qui ne figurent pas dans le catalogue des Lyonnais dignes de mémoire. C'étaient les P. Bovet et Billet. Pendant le siège de Lyon, ils avaient été chargés d'observer, chaque jour, avec les télescopes de Tobservatoire établi sur une tour du collège, les mouvements de l'armée assiégeante et d'envoyer leurs rapports au général en chef. Dénoncés par le citoyen Pernet, concierge du collège et garde du cabinet de physique, le 31 décembre <793, on les amena à la grande salle de Thôtel-deville qui était devenue Tanti-chambre de la guillotine ; on les jugea sans désemparer. Billet fut condamné et exécuté ; Bovet fut acquitté. Mais le nom du lâche dénonciateur Pernet ne doit-il pas être voué au mépris public?

La Révolution qui se souciait peu de livres et coupait la tête des bibliothécaires, même octogénaires, ferma nécessairement la bibliothèque du collège, en même temps que celles des maisons monastiques qu'elle avait confisquées ; mais avant de raconter ce que devint notre grande bibliothèque à cette époque néfaste, il est bon, je le crois, de décrire le local qui la contenait. M. Pericaud a déjà donné cette description. « La bibliothèque, dit cet auteur, est sans contredit l'une des plus belles de l'Europe, même à ne considérer que l'agrément de sa situation, la grandeur de son vaisseau et l'heureuse disposition des accessoires qni l'accompagnent (1).

(1) La vue dont on jouît des fenêtres du collège était si belle avant h construction des grandes maisons qui bordent maintenant les quais de la rive gauche du Rhône, que plusieurs auteurs en ont parlé. Pierre*Jean Perpinien, jésuite espagnol, né à Elche, dans le royaume de Valence, vers 1590, mort à Paris le 28 octobre 1560, s'exprime à cet égard en ces termos dans une lettre à l'un de ses amis : « De la

« Placée sur la rive droite du Rhône, à une élévation qui la met à l'abri de ITiumidité et l'éloigné du bruit, elle reçoit les premiers rayons du soleil, si favorable à l'étude et tout à la fois si précieux pour la conservation des livres La salle est remarquable par son étendue et

l'accord de ses proportions ; elle a 48 mètres de longueur, 11 de large et 13 de hauteur. Un pavé à compartiments de marbre rouge et bleu en couvre la surface. Deux rangs de six croisées chacun répandent un beau jour dans cette bibliothèque, et deux autres fenêtres, ouvertes au couchant, contribuent à distribuer plus également et Tair et la lumière. Tout autour des parois, des armoires grillées renferment les livres in-folio et supportent un petit nombre de bustes, parmi lesquels on remarque ceux de Camille de Neuville, de Boileau (exécuté par Delacolonge et donné

cour, et à plus forte raison des chambres, on jouit de la vue admirable du fleuve qui coule avec tant de rapidité que, malgré Tappla* nissement de son lit, on entend d'ici le bruit des flots. On aperçoit des barques qui descendent, et au-delà, une immense étendue de plaine terminée par la chaîne des Alpes. Du sommet de notre tour, qui s'élève à une grande hauteur, on découvre, outre ces objets, toutes les maisons et les rues de la ville ; de sorte que si vous venez, un jour, nous rendre visite, vous manquerez plutôt de manger que de voir... Que de fois, en me promenant sur la terrasse, les regards fixés sur la chaîne des Alpes, je m'imaginais que l'Italie» nourrice du talent et des arts, que Rome , mère du christianisme, que la maison de nos pères, que notre collège étaient là sous mes yeux. »

M. Pericaud, l'un des derniers bibliothécaires, a dit, en 1835, après Perpinien :

« Au-delà des longues sinuosités du fleuve et d'une plaine immense de verdure, s'étend un vaste horizon terminé par la chaîne des Alpes et la haute sommité du Mont-Blanc, et ce magnifique paysage, loin d'être un objet de distraction, est plutôt un soulagement pour les yeux du lecteur. »

par Boileaa lui-même à Claude Brossette, avocat à Lyon), de Camille Falcomiet, de Rozier et de Lalande. Un peu au-dessus de ces corps d'armoires, une galerie suspendue (l'une manière très-hardie permet de faire le tour de la bibliothèque et donne accès à un second rang d*armoires où sont rangés des livres de divers formats. Cette galerie est composée de quarante voûtes d'arrêté, présentant sur leur face trente-six arcades portées en encorbellement et décorées d'une balustrade de fort bon goût.

«i Vers le milieu de cette vaste salle, une grande arcade donne entrée à une galerie perpendiculaire à la grande salle, de 5 mètres de largeur sur 22 de longueur ; cette galerie a renfermé les livres légués par Farchevêque Camille de Neuville de Villeroy et ceux de M. Adamoli, dont elle a porté successivement les noms. Plus loin, se trouve un cabinet isolé qui renfermait les médailles (h), et d'autres antiquités. Il est décoré de peintures, et on lit sur la porte cette inscription devenue inutile :

ANTIQUITAS CrTIUM SUMPTIBUS BEDIVIVO.

(1) Tout ce qui restait de médailles et d'antiques dans la bibliothèque, dilM. Pericaud, eo 1804, lorsqu'elle fut visitée par Millini a été transporié au Palais-des-Arts, lors de la fondation du Musée. La plupart des livres que ce savant archéologue a indiqués dans le chapitre ixix de son Voyage dans le midi de la France i se trouvent maintenant dans la bibliothèque du Palais-des-Arts ou dans celle de FAcadémie. Deux petits globes et plusieurs autres objets d'art, ainsi que les bustes de Raynal et de Voltaire ont été rendus à cette compagnie, en 1826 et 1827. Le buste de Raynal est en marbre, celui de Voltaire en plâtre bronzé ; une flamme dorée sort de sa tête, une autre de son cœur. C'est avec raison, ajoute M . Pericaud, que Millin qualifie ce dernier buste de ridicule simulacre du plus mauvais goût. Les bustes en terre cuite de Voltaire et de J.-J. Rousseau, qui sont maintenant à la bibliothèque« lui ont été donnés en 1834, par M. A. L. P. . C'est à M. Dugas-Thomas qu'elle doit celui de son frère, feu M. Dugas-Montbel. »

Ce cabinet des médailles était des plus considérables ; en 1736, il renfermait près de 22,000 pièces, ce quia porté, dit un acte consulaire de cet époque, sa splendeur à un point auquel peu de cabinets a de l'Europe peuvent a atteindre. » Alors , le Consulat alloua une somme annuelle de 1,500 livres, payable pendant dix ans, à François Deschamps, garde du cabinet des médailles pour en faire Tinventaire et en augmenter la richesse et « pour mieux engager ledit Deschamps à s'acquitter de a mieux en mieux des choses dont il demeure chargé, il (( est, dès à présent, nommé et retenu pour bibliothécaire « de la bibliothèque publique après le décès de Claude « Brossette, choisi par délibération du 29 décembre 1 731 . »

Des cabinets de service, de vastes dépôts, dont le plus grand occupe tout le dessus de l'église du collège, complètent cet établissement, auquel on a joint une belle salle de lecture pour l'hiver. Enfin, au nord de la bibliothèque, se trouve une magnifique terrasse de 42 mètres de longueur, de plein-pied avec la salle et formant ainsi, sur une seule ligne, un promenoir de plus de 98 mètres de longueur. »

En 1725, des dégradations considérables avaient eu lieu à la voûte de la bibliothèque; elles compromettaient, nonseulement les richesses littéraires de ce grand dépôt, mais même « la sûreté des personnes que la curiosité y amène « journellement. Le Consulat alloua une somme de « 6,000 livres pour contribuer au rétablissement et à « la construction d'une nouvelle voûte de la bibliothèque « dans toute son étendue et beaucoup plus élevée que la « première. »

Lyon était, à juste titre, fier de sa bibliothèque et de son collège. La bibliothèque, grâce à ses généreux donateurs et à la constante et libérale sollicitude du Consulat, possédait les livres les plus rares, les manuscrits les plus

précieux et les reliures les plus riches. Confié soit aux Jésuites , soit aux Oratoriens , si habiles dans le grand art de renseignement qui demande un dé- Yoûment et une abnégation qu*on ne rencontre souvent que dans les ordres religieux que ne préoccupent ni les besoins ni les soucis de la vie domestique, le collège était des plus florissants ; sa réputation s'étendait au loin, et il en sortait des centaines d'élèves, dont beaucoup ont laissé un nom glorieux. Mais, je l'ai déjà dit, Theure fatale de la Révolution vint à sonner, et la bibliothèque et le collège ce furent bientôt plus qu'une vaste solitude. Les hommes studieux désertèrent les^salles de lecture ; les élèves furent retirés bien vite par leurs parents effrayés et déjà menacés. Bientôt les voûten de la grande salle retentirent du bruit formidable du canon. Les Lyonnais indignés du joug odieux de la Convention, préférant la mort à un servage intolérable, avaient couru aux armes, chassé les conventionnels, et, debout sur leurs faibles et vieux remparts, ils présentèrent courageusement leur poitrine à une armée énorme et pourvue de tout. La grande salle et la terrasse avaient été converties en batteries, dont le canon, servi par d'adroits et d mtrépides artilleurs, foudroyait les batteries des assiégeants assises sur la rive gauche du fleuve ; mais celles-ci et d*autres, situées à la Croix-Rousse, eurent bientôt couvert le bfttiment de bombes et d'obus, et les pauvres Lyonnais, écrasés par un feu aussi formidable, périrent tous à côté de leurs pièces démontées. Le bâtiment conserve encore de glorieux stygmates de cette noble résistance, et Tun des globes montre le trou qu'y creusa une bombe. Ce même globe témoigne aussi de l'idiotisme de l'un des tristes vainqueurs de notre malheureuse ville. Pour obéir au décret de la Convention, qui avait enlevé à Lyon son nom et lui avait substitué celui

de Ville-Affranchie, il a gratté sur le globe le nom de notre ville et barbouillé je ne sais quoi à sa place.

Les voleurs marchant toujours derrière les révolutions, qui, elles-mêmes, ne savent que piller et dévaster, la bibliothèque fut bientôt leur proie, et M. Delandine raconte ainsi ces déprédations (1 ) :

« Des émissaires se disant envoyés par le comité de Salut public, se rendirent à la bibliothèque . Leur mission, disaient-ils, était d'en extraire les manuscrits et les livres rares pour les porter à Paris et en enrichir le dépôt national. Une ville rebelle ne pouvait plus, suivant eux, conserver ni sources d'instruction ni monuments des arts. Quatorze caisses furent remplies de tout ce qu'ils trouvèrent à leur convenance ; mais ces caisses, au lieu de prendre la route de la capitale, furent embarquées sur le Rhône, descendirent le fleuve et allèrent vraisemblablement enrichir à nos dépens ime nation ennemie dont la flotte assiégeait alors Toulon. Une faible cargaison partit pour Paris (2) ; elle contenait le Tite-Live de première

(1) On lisait pourtant encore derrière la principale porta de la bibliothèque une inscription portant qu*il était défendu d'emporter un livre c Svb pœnapeccati mortalis »; mais les sans-culottes n'étaient pas obligés de savoir le latin... (Note de M. Pericaud dans sa Notice sur la bibliothèque de la ville de Lyon, p. 7.)

(2) Tous les livres modernes furent retenus par les membres du comité d'Instruction publique de la Convention pour enrichir leur propriété particulière qui depuis est devenue celle de la Chambre des députés. Quant aux manuscrits et aux éditions du xv* siècle, on en ordonna le dépôt à la bibliothèque nationale. (Id. p. 14.)

M. Delandine s'exprimait déjà à ce sujet de la manière suivante, dans une lettre qu'il adressa, le 17 nivôse an XIII, à Tadminlstration supérieure de Lyon : « La bibliothèque de Lyon a été ravagée sous le régime révDlutionnaire I* par des commissaires envoyés par le Comité de Salut Public qui» après avoir rempli vingt-sept

édition, publié à Venise en 1470, par Vindelin, de Spire. Le premier boolet tiré contre Lyon l'avait partagé en deux , et cette circonstance , sans doute , parut mériter qu'on en portât les fragments à la bibliothèque nationale. Une autre caisse s'arrêta, dit-on, à Sens; elle renfermait des manuscrits dont Testampille faisait connaître qu'ils venaient de Lyon ; on a réclamé depuis lors, mais on n'a pas eu de réponse. C'est sans doute à cette époque désastreuse que la bibliothèque perdit encore 1® un VirgUty sans date, plus ancien que le Tite-Live ; 2° le Cicéron de 4498» publié à Milan ; 3^ un manuscrit de YAlcoran,

caisses des oarrages les plus précieux, les firent embarquer sur le Rhône et disparaître ; 29 par deux ou trois ^bataillons casernes dans les bâtiments du collège à qui on avait ordonné de brûler les livres de piélé, et qui, sans choix, chauffèrent pendant quatre mois leurs poêles de tout ce qui leur* tombait sous la main. » (Fonds Goste, n» 1504.)

Grégoire, dans son rapport fait à la Convention, le 12 avril 1794, sur la réorganisation des^ bibliothèques, parle de cette édition de Tite-Live en ces termes : 11 manquait à la bibliothèque nationale entre antres, le Tite-Live imprimé à Venise, en 1470, parVendelin, de Spire. Un exemplaire de cet ouvrage qui lui arrive de Ville-Affranchie sera nn monument sous deux points de vue, parce qu'il est rare, et, parce que, dans le siège [de cette ville rebelle, un boulet a brisé Ja couverture et les marges du volume sans altérer notablement le texte. (Voir le Moniteur du 12 avril 1794.)

Quant aax caisses enlevées par de prétendus commissaires^ de la Convention, il paraît qu'une partie ne descendit le Rhône pas plus loin que Vienne, et que plusieurs ouvrages de notre^'grande bibliothèque parvinrent jusqu'à Londres, car la duchesse de Devonshire en visitant notre bibliothèque a assuré à M. Delandine [qu'elle avait vu à Londres plusieurs ouvrages portant l'estampille de la bibliothèqne de Lyon, et l'abbé Dhavy a dit à M. Pericaud qu'il avait vu aussi, en 1819, à la bibliothèque royale de Londres, des livres portant la môme estampille.

sur vélin, avec des ornements d'or, et 4® un Missel esclavon. »

« Après les enlèvements^ la bibliothèque demeurée sans gardien et toute ouverte, fut livrée à des bataillons de volontaires qu'on y casema. Tous les livres du culte catholique étant proscrits, on renouvela cette dévastation du farouche Omar, qui fît chauffer pendant six mois les bains publics d'Alexandrie avec les livres de la célèbre bibliothèque de cette ville. Les révolutionnaires, dans la pensée de faire disparaître les livres de piété, et ne sachant pas lire, en anéantirent un grand nombre d'autres, les vendirent ou les dispersèrent. Le juge de paix et le comité de la section de Saint-Nizier concoururent avec empressement à cette destruction ; chaque semaine , ils se firent apporter deux ou trois charretées de livres pour chauffer

leurs poêles » Il feut avouer que le peuple souverain

avait de singuliers magistrats et de dignes représentants de son pouvoir ! ! !

La bibliothèque était devenue hideuse Sa toiture

avait été trouée par les bombes ; des rayons entiers de Uvres avaient été enlevés par les boulets, les balcons tordus par les projectiles, les saUes remplies d'ordures par les volontaires de la Révolution ; les voleurs 8*étaient plu à la piller sans retenue, et ses savants et vertueux conservateurs étaient montés successivement à l'échafaud pour y expier leurs crimes d'être des savants et des religieux

Tout Lyon, du reste, n'était qu'un vaste amas de ruines, et présentait un afi&eux spectacle. Beaucoup de maisons avaient été écrasées par les bombes ou incendiées par les boulets rouges. Toute la ligne des quais du Rhône offrait l'image de la dévastation. Les quartiers des Terreaux et de Bellecour n'étaient qu'un monceau de débris.

Ce fut le 9 octobre 1793 que six mille hommes de l'armée

de la Conyention firent leur entrée dans notre malheurease ville, par le quartier de Saint-Just. Tous les habitants se tenaient enfermés dans leurs maisons. La ville entière était dans un morne silence et une cruelle anxiété obsédait tous les esprits ; on savait que les proconsuls de la Convention marchaient en tête de l'armée et qu'elle était désormais à leur merci. C'étaient Chftteauneuf-Bandon, Delaporte, Crautier, Dubois- Crancé, Couthon et Maignet.

Le premier acte de ces hommes, exécuteurs des vengeances de la Convention, fut de faire connaître « aux « amis, dignes Sans-Culottes, qu'ils allaient faire arrêter « et livrer au glaive des Loix, la race impure qui a infecté « le sol de la Liberté. » (Proclamation de Châteauneuf- Randon.) Et le même jour, Barrére demandait à la Convention a d'ensevelir Lyon sous ses ruines. Le nom de « Lyon ne doit plus exister, on rappellera Ville-A (franchie y « et, sur les ruines de cette cité infâme, il sera élevé un « monument qui fera honneur à la Convention et sur lequel t on écrira : Lyon fit la guerre à la Liberté, Lyon n'est a plus. »Sur cette motion hideuse, la Convention décréta aussitôt... a Art. 3. La ville de Lyon sera détruite. Tout « ce qui fut habité par le riche sera démoU ; il ne restera « que la maison du pauvre. Le nom de Lyon sera efiacé « du tableau des villes de la République... »

Par le même décret, la Convention avait créé une Commission extraordinaire de cinq membres pour punir militairement et sans délai les contre-révolutionnaires de Lyon.

Ce sanglant décret fut mis, sans délai, à exécution. Dès le 26 octobre, le cul-de-jatte Couthon, porté sur les épaules du jacobin Letellier, donna le signal des démolitions en frappant solennellement d'un marteau la maison de U. de Cibeins, à Tangle de la rue des Deux-Maisons,

en disant : « Nous frappons de mort ces habitation^; da (( crime, dont la royale magnificence insultait à la misère (c du peuple et à la simplicité des mœurs républicaines. . . » Le sang coula ensuite à flots; deux commissions le versèrent à l'envi ; la guillotine resta en permanence sur la place des Terreaux, et ne cessait de fonctionner que lorsqu'il fallait aiguiser le couteau émoussé par un trop fréquent usage; mais son activité parut encore trop lente. . . et on eut recours aux exécutions en masse, aux Brotteaux, où le sabre de la cavalerie acheva ceux que la mitraille avait épargnés ou seulement écharpés... (1).

(1) La mitraille n'ayant pas assez bien fait son office, neuf cents hommes de troupe de ligne furent placés à quatre pas de distance des Lyonnais et firent feu en même temps. Des cris horribles répondirent à cette décharge ; beaucoup des condamnés étaient morts sur le coup, mais un plus grand nombre n'étaient que blessés grièvement et demandaient instamment qu'on les achevât, ce que firent les dragons à coup de sabre et les soldats à coups de baïonnettes. Morts et mourants furent enterrés immédiatement dans une large fosse.

On n'enterrait plus les suppliciés au cimetière, il n'aurait pas suffi ; bientôt on eut recours au procédé plus expéditif de jeter les cadavres dans le Rhône... mais les eaux du fleuve en rejetèrent une quantité considérable et soulevèrent l'indignation et les plaintes des riverains.

Le lendemain de l'un de ces odieux massacres, un démagogue, Àehard, écrivait à Gravier : « Frère et ami, encore des têtes, chaque « jour des têtea tombent. Quelles délices tu aurais goûtées si tu « eusses vu, avant-hier, cette justice nationale de 309 scélérats- « Quelle majesté, quel ton imposant ! tout édifiait, Quel ciment pour » la République /// » (Hist. de Lyon, Monfalcon, t. III, p. 180.)

Je dois ajouter ici un détail historique qui n'est pas connu. L'officier d'artillerie chargé de l'exécution des Lyonnais par la mitraille se nommait Vincent et était originaire de Belley (Ain). A l'heure de sa mort, qui fut précédée d'une affreuse agonie, il ne cessait de parler des hideuses exécutions auxquelles il s'était prêté, et son remords fat cruel. Il roçut les secours de la religion, mais

Les bibliothécaires ne furent pas oubliés, non plus, par les bourreaux. Le P. Boubier, dernier conservateur de la bibliothèque, monta sur Téchaffaud, le 48 février 4794. . — Le 4 8 mars suivant, le vénérable P. Janin ne trouva pas grâce, non plus, devant ses juges, malgré ses quatre^ vingts ans ; Billet, bibliothécaire et chargé de la direction de r Observatoire du grand collège, ne fut pas épargné davantage...

La bibliothèque était devenue une caserne des volontaires qui se donnèrent le luxe de se chauffer avec les ouvrages les plus rares et les plus précieux, et le palais Saint-Pierre qui, pendant le siège, avait abrité les muscadins y fut aussi converti en caserne.

Recherchons maintenant ce que la Révolution sut faire de nos bibliothèques. Les députés envoyés par les provinces aux Etats-Généraux convoqués par Louis XVI étaient porteurs, on le sait, des cahiers dressés dans les réunions de leurs électeurs. Ces cahiers contenaient les vœux des réformes indispensables que réclamait l'état de décadence de la France, et on y avait exprimé généralement le désir de la suppression des ordres mendiants : mais les philosophes demandaient davantage : la religion étant un obstacle à leursidées de désorganisation et de prétendue rénovation sociale , il &llait la détruire et commencer par la suppression de tous les ordres religieux et monastiques quels qu'ils fussent. Aussi, dès le commencement de la réunion de TÂssemblée constituante qui renfermait cependant tant de lumières, mais trop de philosophes, on put prévoir cette suppression, ce qui était une première atteinte portée à la

à rirutt de ses amis politiques qui tinrent à honneur de l'enfouir civilement. Ses sept enfants étaient morts misérablement- Qai ne voit là la main de Dieu?

liberté des citoyens , liberté qu'on proclamait pourtant tout haut et sans cesse, sans se douter qu'on la foulait aux pieds. Toutefois, cette Assemblée, en prévoyance de cette grande et injuste mesure, prit à cœur la conservation des richesses littéraires et scientifiques que pouvaient posséder ces nombreux établissements. Sans oser cependant mettre encore la main sur ces trésors, elle ordonna par un décret du 15 novembre 1789, et dans un article unique, « que dans tous les monastères ou chapitres où il existe tait des bibliothèques et archives, lesdits monastères et a chapitres «erm^nf teniui de déposer aux greffes des juges (i royaux ou des municipalités les plus voisines, des états « et catalogues des livres existant dans lesdites bibliothè- « ques et archives, d'y désigner particulièrement les a manuscrits, d'affirmer lesdits états véritables , de se « constituer gardiens des livres et manuscrits qui étaient « dans lesdites bibliothèques et archives. » C'était, comme on le voit, le premier pas vers la spoliation, car de quel droit l'Assemblée pouvait-elle considérer ces bibliothèques et ces archives comme la propriété de la nation ? N'étaientce pas des propriétés privées, acquises peu à peu par des dons ou par des achats, par des associations légalement constituées, jouissant du droit commun de vivre, comme de simples particuliers, de leur vie propre? Mais la Révolution marchait vite alors. Bientôt après paraît un nouveau décret qui ordonne aux officiers municipaux de dresser inventaire des bibliothèques, livres, manuscrits, médailles existant dans les maisons religieuses de leur territoire. Le premier état dressé par les religieux, des savants, n'avait pas suffi ou était suspect ; on en exigea un autre fait par des ofRciers municipaux dont plus dun ne savait même pas lire : on comprend dès lors de quelle singulière façon furent faits ces catalogues. Enfin, et dès le mois

d'octobre suivant, la Révolution n'a plus de retenue et jette le masque. Tous les établissements religieux sont supprimés et leurs biens sont confisqués ; la nation, cependant, donne le choix h leurs membres ou de rester dans leurs maisons en y vivant d'une maigre pension que, dans sa générosité, elle leut alloue, en compensation de leurs riches revenus dont elle s'est emparée par la loi du plus

fort seule loi que connaissent les révolutionnaires, ou

de se retirer de leurs monastères pour aller vivre où il leur plairait, de ce morceau de pain noir qu'on leur jetait. Les titres de nos établissements religieux lyonnais n'étant pas encore inventoriés ou étant perdus pour la plupart, il ne m'a été possible de retrouver qu'un seul des nombreux procès-verbaux dressés alors par les officiers municipaux de notre ville au sujet de ces options. Cet acte porte la date du 27 mai h 790 et concerne le couvent des Dominicains. Cette célèbre maison était des plus anciennes, des souvenirs historiques s'y rattachaient. Le pape Jean XXII y avait été élevé au souverain Pontificat en 1316. — Dans ce même lieu, Humbert de La Tour, dernier dauphin, avait donné l'investiture du Dauphiné à Charles de France, duc de Normandie, fils du roi Jean, et avait ensuite pris Thabit de Saint-Dominique, pour mourir après, en 1355, prieur du couvent de Paris et patriarche d'Alexandrie . Dans son église reposaient , entre autres, Jacques de Bourbon , comte de la Marche et son fils, tous deux morts à Lyon des blessures qu'ils avaient reçues à la bataille de Briguais contre les Tard-Venus en 1362, les Orlandinî, les Gadagne et tant d'autres illustres morts dont la poussière et les tombes brisées ont été jetées à tous les vents. Le ^7 mai 1790, la maison des Dominicains comptait encore un certain nombre de religieux. Dom Domerg^e, âgé de 64 ans, était le provincial ; Dom Terrasse, âgé de 72 ans,

était le procureur, et dom Guerin, le prieur. Presque tous ces religieux étaient docteurs ou licenciés en Sorbonne. Presque tous aussi dét'larèrent aux officiers municipaux que, vu leur vieillesse, ils préféraient rester dans leur pieux asile ; ils ne se dissimulaient pas que cet asile ne tarderait pas d'être violé, leur maison renversée et que la mort... sur Téchafaud les attendait.... Peu de mois après, en effet, un nouveau décret des 13-19 octobre déclare que tous les établissements religieux sont supprimés, que le Directoire de chaque département est chargé de dresser Tétat des bibliothèques devenues Domaines nationaux et de veiller à leur conservation. Enfin, un autre décret des 28 octobre et 5 novembre suivant dispose aussi a qu'on fera l'inventaire ou catalogue des livres, • manuscrits , médailles, machines, tableaux, gravures et autres objets à conserver, ou un recollement sur les catalogues déjà dressés, et en outre, qu'il sera fait une distinction des livres ou autres objets à conserver d'avec ceux qui seront dans le cas d'être vendus. » Par cette môme loi, le Corps législatif se réservait le droit de statuer sur les objets h vendre et sur la destination de ceux à conserver. La spoliation se fidsait encore alors avec un certain ordre , mais le travail des inventaires était confié à des gens

incapables, ou ne se faisait même pas De là, un

nouveau décret des 2-3 janvier \ 19i prescrivant la continuation, sans interruption, des travaux ordonnés pour la confection des catalogues et cartes indicatives des livres des couvents. Ces catalogues devaient être envoyés au gouvernement afin de feire opérer un travail central au moyen duquel on pût connaître les richesses littéraires de r Empire et y faire participer, autant que possible y tous les départements par une juste répartition. A ce moment, l'émigration avait déjà commencé. La Révolution était

débordée — il n*y avait plus de sécurité pour personne ; — la noblesse surtout était devenue l'objet de la haine des clubs et des jacobins érigés en tyrans jusque dans le moindre village ; les listes des suspects étaient déjà dresséeSy un grand nombre de châteaux avaient été incendiés, aux cris sauvages de « guerre aux châteaux, paix aux chaumières f » et les nobles et les prêtres avaient dû aller chercher un asile sur la terre étrangère. C'étaient autant de proies qui échappaient aux jacobins et aux bourreaux, et n'ayant pu saisir leur personne, ils confisquèrent leurs biens. Toute révolution finît par le vol.

La Révolution avait donc confisqué alors les biens de ceux qui avaient préféré une retraite pleine de misère et de privations, à l'étranger, à une mort certaine et hideuse dans leur patrie. Les bibliothèques des émigrés avaient même été vendues, sans retard, mais ces ventes s'étaient faites d^une manière si dérisoire que le gouvernement dut ordonner, le 10 octobre 4792 (4), le sursis de ces ventes,

(1) Ce décret concerne, entre autres, la collection d'histoire naturelle, trouvée à Dijon, de M. Jallin-Chamblant.

Le 12 ventôse an YI, parut un arrêté qui prescrivait l'apport à la grande bibliothèque de la collection dhistoire naturelle « qui se

< trouvait dans Tappartement du citoyen Jacques Imbert^Colomès,

< rue Sainte-Catherine, rayé d'abord de la liste des émigrés par la lo \

< du 30 prairial an V, et qui y fut maintenu <>.n suite d*un arrêté du « 12 ventôse an VI, comme prévenu d'émigration. » Cette collection était confisquée. (Arcb. de Lyon.)

Jacques Imbert-^olomès, échevin et commandant de la ville de Lyon en 1789, député au conseil des Cinq-Cents, déporté le 19 fructidor an V, est mort à Bath, en 1809, âgé de 84 ans. Une des rues du quartier Saint-Sébastien porte son nom. 11 est Fauteur de plusieurs opuscules politiques. Le plus rare a^pour titre : Epitre aux citoyen* ieLyon, 1790, in-8'de H p. (Lyonn. dign. de raém., page 152.)

ainsi que celui des bibliothèques des Sociétés littéraires (1) supprimées; car la science, même, avait dû passeï sous

(1) Par an décret spécial du 1(» octobre 1791,rÂssemb1ée nationale avait décidé a que jusqu'à Torganisation définitive de l'éducation a nationale, la Bibliothèque de l'Académie de Lyon demeurerait « ouverte au public et que l'Académie serait maintenue dans le local « de Vhôiel commun dont elle était en possession. » Cette loi fut lue en séance du Directoire du département du Rhône, sur la requête du procureur général syndic, le SK) décembre 1791. (Fonds Coste)

L'Académie de Lyon avait été fondée en 1700 par sept personnes non moins liées par l'amitié que par le goût pour les sciences et les belles-lettres. C'étaient Dugas , Falconnet , Brossette, de Serres, du Puget, et les PP. de Saint-Bonnet et Fillon, jésuites. Ils se réunirent, pour la première fois, le 30 mai 1700 et tinrent leurs séances tantôt chez M. Falconnet, tantôt chez M. de la Valette père, ou chez le président Dugas et l'intendant Trudaine.

L'archevêque François Paul de Neuville de Villeroi , nommé protecteur de l'Académie, en 1715, après le maréchal de Villeroi, l'admit dans son palais, en 1717, et dans celui du gouvernement qu'il habita pendant qu'on fit des réparations à l'Archevêché.

Dans sa première séance, l'Académie discuta la fameuse démonstration de Descartes sur l'existence de Dieu.

Elle siégea ensuite à l'Hôtel-de-Ville, où elle avait une salle pour ses séances particulières et publiques, des salles pour sa bibliothèque et ses cabinets et un logement pour son bibliothécaire. La Révolution l'en chassa, mais au retour de l'ordre, on songeai la rétablir. « L'orage avait cessé, dit M. Dumas, son secrétaire perpétuel, dans « son langage... d'académicien, on ne remarquait plus sur les flots « que cette légère ondulation, si douce à voir après une longue et « effroyable tempête. La mer, naguère si courroucée, s'ouvrait de « nouveau à toutes les enlreprises de la science et du commerce, « appelait les nautoniers dispersés sur ses rivages couverts de débris, « et semblait sourire aux voyages de long cours si brusquement « interrompus, à toutes les traversées agréables, à toutes les naviga- « tions utiles. La France, ébranlée par un volcan politique, recher- « chait et retrouvait ses bases. Elle était étonnée, heureuse et fière de « rencontrer encore tous les matériaux de son édifice social renversé

lot

le niveau égalitaire, et les Académies, considérées comme une aristocratie dans Tintelligence, avaient été fermées. — On disait cependant, au xviii® siècle, la République des Lettres.

La Commission executive de l'instruction publique , établie, à Paris, parla Convention, adressa donc aux administrateurs du département du Rhône, le 23 pluviôse an III, un ordre tout spécial au sujet de la confiscation iUégaie des bibliothèques particulières. On y lit, entre autres : « Les commissaires chargés de faire les catalogues des bibliothèques nationales ont à tort compris les bibliothèques appartenant à des particuliers qui étaient détenus prisonniers, et dont les propriétés étaient séquestrées. Pour rectifier cette erreur et en prévenir les conséquences, nous vous invitons à nous faire parvenir un état exact des livres ou bibliothèques rendus à leurs propriétaires, mais dont les cartes nous auraient été envoyées. Nous vous invitons personnellement de faire restituer à ceux auxquels la loi a rendu la liberté les bibliothèques que vous aurez pu mettre sous séquestre. Le respect des propriétés est le Palladium de la Liberté ; il vous commande impérieusement cette mesure. »

Le pillage de tous les objets d'art et des bibUothèques était si général que le gouvernement dut, par un décret spécial du 1 4 fructidor an II, recommander à la surveillance

<r de fond en comble ; elle recueillait, elle fécondait tr^us les éléments ^ de SSL prospérité ; elle allait recommencer sa gloire. »

L'Académie de Lyon recommença la sienne, mais sons le nom d^ithén'k, le 24 messidor an VIIL Plusieurs de ses membres, pour distinguer l'Athénée de Lyon des autres Athénées fondés dans plusieurs autres villes, avaient proposé de lui donner les noms d*AtheHatum ou d'Athenacrum et même ceKii à'Hcrman^ ihén^e ... Va\ ISD?, o?b ropritsa (luiilification d'Acadétaie, «t en 18 M, elle fut autorisée à reprendre le titre d^ Académie royale.

(( de tous les bons citoyens les bibliothèques et tous les « monuments nationaux des sciences et des arts. » Le 7 messidor an II, le gouvernement se préoccupant aussi de Torganisation des Archives centrale établies auprès de la représentation nationale, ordonna qu'il sera fisdt un triage des titres et détermina la limite qui devait séparer les bibliothèques des Dépôts d'archives et apporter un tribut considérable aux diverses bibliothèques. La môme loi dans son art. 44, indiqua les restitutions qui devaient être faites par les bibliothèques aux archives et réciproquement. Enfin, une loi du 26 fructidor an V, fixa la destination des livres actuellement conservés dans les dépôts littéraires, et ordonna qu^ils seraient remis aux bibliothèques établies dans les départements, ou vendus ou échangés.

Le gouvernement (1), ou pour mieux dire, les hommes lettrés que ne fanatisait pas la passion révolutionnaire , fit donc de son mieux pour conserver à la France tant de richesses scientifiques, réunies, pendant le cours des siècles, avec un soin si pieux et si éclairé, dans les maisons religieuses et les châteaux, mais dont il s'était emparé par Todieux moyen de la confiscation. Toutefois, il était bien mal secondé, et il est curieux de lire dans le Moniteur officiel^ les doléances que soulevait dans le sein de la représentation nationale Tincurie ou l'ignorance des préposés aux bibliothèques. C'est une page bien intéressante de notre histoire.

Le 22 janvier 1794 (3 pluviôse an II), le député Coupé, de rOise, s'exprimait ainsi à la Convention nationale.

« Notre Commission de l'Instruction publique m'a

(1) Un décret du 26 fructidor an V (12 septembre 1797) disposa que le Directoire exécutif prendra les mesures nécessaires pour disposer des livres conservés actuellement dans les dépôts littéraires*

chargé de venir appeler votre attention sur les bibliothèques nationales. Des Sociétés populaires expriment un vœu qui devient général, d'établir dans chaque district une bibliothè:jue publique. Les fonds en sont tout amassés depuis des siècles, et ils sont dignes de Venvie de toute l'Europe. Les cloîtres ont sauvé de la destruction de l'empire romain et de la barbarie, ce qu'il a été possible des productions savantes de T antiquité. Ils y ont ajouté celles des siècles suivants, et ces temps d'ignorance et d'erreur n'ont pas été les moins féconds. Il y aura, sans doute, beaucoup à réformer dans ces amas informes; mais il y existe un fonds précieux qu'un sage discernement saura conserver

« Ces antiques dépôts se grossissaient encore des bibliothèques particulières délaissées par les émigrés, — de collections d'histoire natureUe, d'instruments de physique, de médailles antiques. Ces trésors littéraires, ainsi amassés et répandus dans chaque département, restent encore, la plupart, sans ordre, comme des matériaux bruts ; ils dépérissent ou sont exposés aux dilapidations. Il est temps de les disposer pour une grande destination, et d'en faire jouir tous les citoyens.

« La loi sur la vente du mobilier des émigrés ordonne que leurs bibliothèques seront transportées au chef-lieu du département ; une autre loi ordonne d'y transporter les bibliothèques monastiques, ce n*est point assez.

« Les bibliothèques principales des grandes communes doivent y être maintenues, mais il s'y trouve des multiples, des doubles que l'on peut en séparer. Dans la môme ville, il existe souvent plusieurs bibliothèques. Ce sont ces différentes collections que votre comité vous propose de rapprocher et d'en composer une bibliothèque dans chaque district, afin de mettre, autant que possible, tous les citoyens à portée d'aller s'y instruire.

« Il croit qu'il sera du plus grand avantage de placer une bibliothèque & côté de chaque Société populaire. La littérature et les sciences doivent s'allier aux vertus civiques, unir leurs travaux et concourir ensemble & la gloire et à la prospérité de la république.

a Vous avez décrété que l'enseignement est libre, il suffit de mettre le génie de la Liberté dans cette grande carrière.

« Chaque bibliothèque doit devenir l'école de tous les citoyens , leur présenter le tableau des siècles et des nations, et les agrandir de tous les travaux et de toutes les pensées de Tesprit humain (1 ). »

Mais les travaux de triage et de formation de bibliothèques n'avancèrent guère. On avait d'autres préoccupations, et les hommes, pour faire ces travaux, manquaient. Les anciens bibliothécaires, la plupart, des religieux, avaient péri ou végétaient sur la terre étrangère, — les

(i) Lorsijiie le député Coupé^ de TOise, eut achevé, à la tribune, sa motion sur la création des Bibliothèques publiques, sur l'alliance de la littérature aax vertus civiques, la mise du génie de la lÀberU dans la carrière de renseignement désormais libre, la société des Jacobins et la garde nationale, musique en tète, furent admises dans la salle de la Convention, et Tun de ses orateurs, pour donner un échantillon des vertus civiques des vrais patriotes, prononça le discours suivant, dont je ne cite que quelques passages.

« Représentants d'un peuple libre, c'est aujourd'hui Tanniversaire de la mort légale du tyran. Un si beau jour qui retrace aux âmes républicaines un acte ordonné par la raùton et par la nature, comme le premier pas du bonheur pour Thumanité entité doit être célébré par tout homme qui sait apprécier sa dignité,

c Lk société des Jacobins remplie d*àmes brûlantes pour la liberté, première Divinité du Sage et de faint de /a na dire, a voulu en masse féliciter les vrais montagnards du courage avec lequel ils ont anéanti le monstre qui décorait le peuple français »

gardiens des dépôts n'étaient que des ignorants ou des voleurs, — et nos trésors littéraires disparaissaient.

Le député Grégoire s'en émut, et crut devoir en référer à la Convention, dans sa séance du 22 germinal (1 2 avril 1794). Son rapport est plein d'intérêt; je crois devoir le reproduire presque entièrement :

« Citoyens, dit Grégoire, depuis lontemps, un travail bibliographique est commencé sur les livres appartenant à la nation. Jamais on n'en rendit compte à l'Assemblée nationale. Associé, depuis peu, aux travaux des commissaires chargés de surveiller cette opération, je viens, au nom du comité d'Instruction publique, vous exposer les mesures que nous avons prises pour réorganiser ce travail, et pour lui donner la plus grande activité.

« Les objets scientifiques appartenant à la nation proviennent des dépôts qu'elle possédait, avant la révolution, des ci^evant châteaux du tyran, de la suppression des cor^ porations ecclésiastiques, judiciaires , académiques , des émigrés et des suppliciés.

c Ces objets consistent en livres, monuments, cartes, plans, statues, tableaux, gravures, machines antiques, médailles, pierres gravées, herbiers, cabinets de physique, d'histoire naturelle, de chimie.

« Des objets rares et précieux avaient été recueillis ou plutôt accaparés pour servir Fambition des familles des ei-^evani nobles. Tel est le dépôt de l'émigré Castries, composé de plus de 20,000 pièces et qui a sûrement coûté plusieurs millions.

a Ija Commission des arts s'occupe & inventorier ces divers objets. Relativement aux manuscrits , eUe a pris des mesures qui seront concordantes avec celles que vous présentera votre Commission des archives (1 ) concernant

(1) La loi des 7-^août 1790ordoniia la réaaion dans an seul et même

les Chartriers. U en résultera un triage général qui renverra à la refonte tous les papiers inutiles j qui mettra sous les yeux du public tout ce qui est utile et qui placera sous la main exclusive du gouvernement ce qui doit n'être connu que de lui seul.

ff Les dépôts ministériels étaient engorgés par l'abondance. Celui de la guerre seul renferme plus de 42,000 cartes de géographie ; celui des affaires étrangères de Versailles contient environ 44,000 volumes in-fol. manuscrits.

« Je passe aux bibliothèques qui sont Tobjet de mon rapport, n s'en faut de beaucoup que ces dépôts aient été convenablement surveillés. On prétend qu'à la seule bibliothèque de MéjaneSy à Aix, il manque 40^000 volumes^ et Ton sait que les fripons ne manquent pas de choisir. Ailleurs, une foule de livres ont été vendus & bas prix ou au poids, peut-ôtre même, depuis le décret du 48 octobre 4 792, qui surseoit & toute vente de cette nature.

« Dans un moment où la révolution se moralise et poursuit tous les dilapidateurs, les dénonciations civiques et le zèle constant des Sociétés populaires , nous mettront, sans doute, à portée d'atteindre les coupables de tout genre et de prouver que la responsabilité n'est pas une chimère.

a n est quelques parties des connaissances humaines sur

lieu à Paris de toutes les archives de Paris disséminées dans divers locaux. Mais ce fut seulement le 5 brumaire an V (26 octobre 1796) que parut la loi qui ordonna la réunion, dans les chefs-lieu de départements, de tous les titres et papiers acquis à la République. (Résolution du 19 vendémiaire.) Mais le Conseil de^ Cinq-C^ts que le tria^re des dépôts ordonnés parla loi de messidor an II, entraînait à des dépenses considérables, pensa que ce travail pouvait être ajourné sans inconvénient, mais un arrêté du 8 prairial an VIII (28 mai 1800) ordonna la reprise et la continuation des triages et le classement des archives.

lesquelles nous avons peu, soit qu'en général, elles n'aient pas marché d'un pas égal aux autres sciences, telles sont la siaiique qui est l'une des branches fondamentales de Tart de gouverner, la mitériologie^ YanaJtomie comparée, Yacoustique, les arts chimiques, Yanalyse des sensations, la grammaire générale, soit qu'elles aient été moins cultivées chez nous que chez les autres peuples.

a Dans le seul département de Paris, la nation possède environ 4,800,000 volumes, y compris la bibliothèque nationale qui, en 1373, ne se composait que de 910 volv^ mes et qui actuellement renferme, outre sa vaste coUection de manuscrits, plus de 300,000 volumes et pièces imprimées, ce qui, joint à la masse des autres livres des diverses communes de la République, présente un aperçu de dix millions de wlumts.

a Sur ces dix millions, si Ton suppose la distraction de tous les articles répétés, il y aurait peut-être 200,000 ouvrages différents dont environ le quart d'anonymes ou inconnus. On présume que la bibliothèque nationale ne possède que les quatre cinquièmes en espèces de livres, car elle manque d'une foule d'ouvrages qui se trouvent dans d'autres bibliothèques, surtout des communes frontières, sans compter un assez grand nombre d'oiivrages étrangers qui sont introuvables en France, mais qu'il serait possible, facile même de se procurer, pour la plupart, par la voie des agents politiques et des consuls de la Bépublique.

c Si d'autres bibliothèques telles que celles du Vatican, enrichies des monuments enlevés à Heidelberg, se vantent d'en avoir qui sont uniques^ celle de Paris peut, & plus juste titre, se glorifier d'avoir des choses qu'on chereherait en vain ailleurs.

« L'opération préliminaire au travail de la bibliographie

française, était T envoi du catalogue de toutes les bibliothèques. Grftce à quelques hommes lettrés, quelques administrations satisfirent aux dispositions textuelles du décret, mais la plupart n'exécutèrent rien ou exécutèrent mal,

(i Elles n'exécutèrent rien par la négligence d'administrateurs qui sûrement ne négligèrent pas de percevoir leur traitement, et beaucoup de livres en proie aux insectes et à la poussière éprouvèrent des dégradations sensibles,

« Joignez à cette cause , que divers départements craignaient qu'on ne leur enlevât leur bibliothèque. Vous reconnaissez là cet esprit d'égoïsme ou plutôt de fédérali^me qui se fait centre, s^ isole et qui est un crime. Ce qui est national, n'est à personne^ il est à tous. L'intérêt public paraît s'opposer à ce qu'on déplace, à ce qu'on dépèce certaines collections qui, outre la valeur des ouvrages qui les composent, ont un mérite résultant de la manière dont les collections sont- assorties. Telle est celle de Choepflin, à Strasbourg ; mais le tout est la propriété indivise de la grande £Etmille qui par l'organe de ses représentants saura faire une répartition dictée par l'amour de la patrie et avouée par elle.

(( D'autres administrations exécutèrent mal, quoique trois instructions consécutives eussent indiqué la marche du travail; — pour le faire avec succès, il fallait :

«1^ Des hommes probes, c'est la première qualité exigible partout, ici spécialement, parce qu'un malhonnête homme peut échapper aisément à la surveillance, en arrachant des gravures précieuses dans un livre, en substituant des choses communes à des médailles rares.

(( 2^ Il fallait des hommes versés dans la paléographie et la bibliographie ; celle-ci est la science du libraire, elle connaît les titres des ouvrages et leur valeur dans le commerce ; celle-là connaît l'histoire de l'art, les variations de l'écriture, des idiomes et des usages.

« Malheureusement, la plupart étaient d'ineptes copistes qui ont dénaiuri les titres des livres, altéré les dates, confondu les éditions, et envoyé des catalogues inutiles en cahierSy au lieu de catalogues en cartes, les seuls que la loi demandait, les seuls qui puissent nous servir.

« Cinsouciance et Vignorance ont été poussées si loin que divers catalogues, à la suite d'une liste informe, ajoutent ces mots a de plus, 3 ou 400 volumes anglais, allemands, grecs, hébreux ou en écriture indéchîffirable et reliés en parchemin, que nous n'avons pas cru devoir énumérer. » Ainsi s expriment les rédacteurs de ces catalogues, en parlant des livres les plus précieux de ces dépôts. Ils ont jugé les livres sur la couverture, comme les sots jugent les hommes sur Vhahit.

n Les nobiliaires, les traités généalogiques, les ouvrages dans lesquels le despotisme consignait ses extravagances et ses fureurs avaient presque toujours les honneurs du maroquin^ tandis que les livres à! Hubert Languet, de Willams Allen, de Milton n'échappaient au compas de la censure, aux poursuites des inquisitions des cours, qu'en se réfugiant dans les angles ignorés sous la modeste enveloppe d'un parchemin; les ouvrages qui révélaient les crimes des tgrans et les droits des peuples étaient les sâns-culottes

BBS BIBLIOTHÀQUES.

« Les diverses causes dont on vient de parler ayant suspendu l'envoi des cartes^ il ne nous en est parvenu que douze cents qui correspondent, à peu près à trois millions de volumes ; nous n'avons donc pas encore le tiers des catalogues.

« Le décret du 8 pluviôse enjoint aux administrateurs d'achever ce travail dans quatre mois. Comme il faut toujours placer la lumière à côté du précepte, la Commission des arts a fait parvenir aux administrations une ample

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instruction, concernant la manière d'inventorier tom les objets d'arts et de sciences, et nous espérons que l'énergie du gt)uvemement révolutionnaire imprimera de la célérité & la confection et à l'envoi des catalogues. Je passe au travail &it jusqu'à ce moment sur les cartes, et qui, dans le principe, avait pour objet de former, pour l'imprimer ensuite, une bibliographie générale et raisonnée de la France. Sans entrer dans des détails qui seraient aussi longs que fastidieux, je vous dirai qu'une entreprise de cette nature serait d'une exéciition très-difficile* très-coûteuse et très-longue. Struvius, un des hommes les plus versés dans cette matière, prétend qu'il serait plus facile de porter le mont Atlas que de faire une histoire universelle.

« Jugez-en par le catalogue de la Bibliothèque nationale qui, malgré les soins qu'on a mis pour le mettre & l'abri de toute critique, en a éprouvé de très-fondées.

({ Nous avons senti que le plan suivi précédemment était vicieux, que si le travail se prolongeait pendant des années, il pourrait encore éprouver de nouvelles entraves, et puisque la Convention a rendu un décret très-sage sur rétablissement des Bibliothèques, il faut les organiser; elles le seront.

a Outre l'économie de temps et de dépenses, il résultera de ce plan l'avantage de présenter promptement au public des dépôts précieux.

a Nous trouvons chez les moines les ouvrages anciens ; les modernes chez les émigrés, et ces bibliothèques de parade qui étaient réservées à quelques individus, devenues désormais la propriété commune, seront accessibles au génie malheureux,

c Le travail de la bibliographie nous promet des résultats d'une utilité réelle sur l'imprimerie, sur ce bel art qui

n'eut pas d'enfance, qui ne vieillira pas, qui a fait notre révolution et qui la soutiendra. Par là, nous soustrairons à Favidité des étrangers les exemplaires très-chers des aateurs dont les ouvrages ont été gravés ; les exemplaires d'environ 1 ,200 ouvrages dont on a tiré quelques-uns en Télin; les exemplaires d'environ 12,000 ouvrages imprimés au XV* siècle et dont le prix augmente dans une proportion exorbitante, — enfin les exemplaires d'une foule . d'autres ouvrages imprimés postérieurement et qui sont acluellement très-recherchés.

« Par le moyen des doubles et des échanges vous serez à portée de rapprocher du complet la Bibliothèque principale de Paris.

t // lui manquait, entre autres choses , le Tite^Live imprimé à Venise^ en iilO, par Vandelin, de Spire. Un exemplaire de cet ouvrage qui lui arrive de Ville-^iffranchie (Lyon) sera un monument sous deux points de vue, parce qu'il est rare, et parce que dans le siège de cette ville rebelle^ un boulet a brisé sa couverture et les marges du volume sans altérer notablement le texte,

t Le travail bibliographique fournira des matériaux abondants pour travailler à neuf l'Histoire de France, car cet ouvrage est à re&ire. Alors, seront mises au jour une foule d'anecdotes inconnues qui attestent les forfaits du desjK^isme

< Ici, permettez-moi quelques observations sur les trames de nos ennemis pour appauvrir et avilir un peuple qui, malgré leurs tentatives, sera toujours riche, toujours grand.

« D'une part« on voyait les sots calomnier le génie, pour se consoler d'en être dépourvu, — et avancer gravenent, sans distinction de talents utiles ou nuisibles, qu'un savant est un fléau dans un Etat, ce qui nous laisse

au moins le consolant espoir de n'avoir rien à craindre deux à cet égard.

« D'un autre côté^ à Paris, à Marseille et ailleurs, on proposait de brûler les bibliothèques y la théologie, parce que c'est du fanatisme; la jurisprudence, des chicanes; rhistoire, des mensonges ; la philosophie des rêves ; les sciences, on nen a pas besoin. Ainsi pensait le visir d'un de nos tyrans qui voulait borner les productions de l'imprimerie à l'almanach, à la bibliothèque bleue. Dans le même temps, sous le masque du patriotisme, les contrerévolutionnaires détruisaient des monuments au Dépôt des Petite- Augustins. Certains hommes, étrangers peutêtre, trouvaient étonnant que Ton conservât cette colonne de marbre qui vaut 20,000 francs à la Bibliothèque principale ; ils étaient scandalisés qu'on n'eût pas encore envoyé à la Monnaie les boucliers d'argent qui sont au cabinet des Médailles, et aux fonderies de canons les cercles de lliorizon du Méridien, des deux globes magnifiques qui sont dans le même dépôt.

« Malgré les décrets qui défendent de vendre et de détruire les livres nationaux, quelques administrateurs voulaient encore, dit-on, s'arroger un droit de vie et de mort sur 1 surs auteurs. Leurs fonctions sont de conserver ^ de mettre en ordre j d'accélérer la confection des cartes. Il faut savoii ce que nous avons avant de savoir ce que nous garderons.

(( Quand nous aurons formé le Catalogue général nous appellerons le Goût et la philosophie pour exploiter une mine féconde, et pour chercher la paillette d'or jusque dans la fange des livres absurdes ; ce sera l'objet d'un rapport spécial dont va s'occuper le comité.

« Après avoir garni les Bibliothèques nationales, il vous restera de bons ouvrages dont les exemplaires étaient

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extrêmement multipliés. On pourra les vendre. Quant à ceux qui auraient été mis à F index de la raison ^ ils pourront encore devenir des objets d'échange avec les nations étrangères et nous procurer ceux qui ne sont pas indignes d'entrer dans les bibliothèques dun peuple libre. L'esprit de discernement présidera au tri^e ; la justice en fera la répartition, et dans l'hypothèse que ce scnUin épuratoire réduisît même à cinq millions de volumes les ouvrages à garder, ce serait encore plus de 56,000 volumes pour chacun des 89 départements.

« L'instruction étant le besoin de tous, la Convention nationale veut la faire filtrer dans tous les rameaux de l'arbre social. Les bibliothèques et les musées formés avec choix sont en quelque sorte les ateliers de l'esprit humain.

a Vous avez émancipé l'espritTiumain, et comme tous les genres de connaissances sont liés, vous en avez ouvert toutes les sources afin que les vérités éclipsent les erreurs, afin que la Raison publique s'avance à pas de géant et que tout concourre à la gloire et à la prospérité de la république.

« Que le jeune homme, oubliant les frivolités de son ftge, fréquente donc ces asiles où les lumières éparses se rassemblent dans un foyer commun, où sans cesse il pourra converser avec tous les grands hommes de tous les pays, de tous les âges ; près d'eux on trouve toujours des modèles : le goût, des leçons, la vertu, des exemples. La patrie n'avoue pour ses enfants que ceux qui s'occupent sans cesse à devenir meilleurs pour la mieux servir. »

Après la lecture de ce rapport fait par Vévêque constitutionnel Grégoire (4), celui-ci proposa le décret suivant qui fut adopté par la Convention :

(1) Grégoire (Henri), né en 1750, à Vého, près Lunéville, fut d'abord

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« Les administrations de district rendront compte à la Convention nationale du travail relatif à la confection des catalogues de chacune des bibliothèques de leurs arrondis* sements respectif, dans la décade qui suivra la réception du présent décret. »

Mais ce décret resta encore lettre morte, surtout & Lyon. Cette malheureuse ville était encore alors en proie à la fièvre révolutionnaire. Si le sang coulait un peu moins sur Téchafaud, il y avait une recrudescence d'impiété. Le

caré à Embermenil, en Lorraine, député aux Etats généraux, prêta, le premier, serment à la constitution civile du clergé, proposa l'abolition de la royauté, adhéra par écrit à la condamnation de Louis XVI, fut sénateur de TEmpire et mourut à Paris, en 1831, sans avoir rétracté son serment, et fut enterré civilement,

L'évèque constitutioniiel Grégoire disait aussi dans ce rapport qui peint si bien les hommes de ces temps troublés et de délire moral et politique :

« Certainement peu d'écrivains se présentent avec éclat à la postérité. Quoique sur -la bibliothèque d'Alexandrie on lût ces mots : « Trésor des remèdes de Vâme. » comme les nôtres, sans doute, elle contenait bien des rêveries qui sont le scandale de la raison. Ces vastes réservoirs des pensées, des projets de tons les siècles et de tous les pays, sont en même temps la honte et la gloire de l'espèce humaine.

« Mais il semble que Thomme soit destiné à tâtonner dans le sentier des opinionSi à traverser toutes les erreurs, avant d'atteindre la vérité. II n'est pas toujours vrai, comme le disait Fontenelle, que les sottises des pères seront perdues pour leurs enfants. Ainsi une his- U)ire bien faite de la féodalité, qui fut une des grandes erreurs de V esprit humain, serait un morceau très-philosophique. La connaissance des écarts de la raison la prémunit contre de nouvelles chutes. Les récits des crimes des tyrans les découe d'une manière plus signalée it l'anathème et h Vexécration des siècles. . .» Est-ce assez stupide, mais CCS stupidités sortent de la bouche d'un prêtre parjura et défroqué !

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Directoire du département rendait un arrêté qui prescrivait Tanéantissement immédiat de tous les signes du fanatisme et de la superstition. La Raison avait été érigée en divinité et l'église SaintJean était devenue son temple. Quelques jours auparavant, la fête de F Egalité avait été célébrée aux Brotteaux sur le lieu même où tant de Lyonnais avaient été si odieusement massacrés. Mais si on adorait la Raison dans l'église Saint-Jean, on traquait surtout, avec acharnement, les prêtres appelés réfractaires dont une loi tyrannique violentait la conscience, et ils arrosaient l'échafaud de leur sang (4).

(1) Notre génération a trop vite oublié les effroyables secousses qui déchirèrent alors le sein de la France ; on peut s'en faire une idée par ce qui se passait dans une seule de ses familles 'que je prends au hasard, celle de M" Mioland, un enfant de Lyon, c Cette année de terreur, racontait-il à ses amis, réveille encore en moi les plus douloureux souvenirs. Un de mes oncles avait péri dans le siège ; un aatre avait dû fuir avec l'armée ; M. Àihumbert périt sur Téchafaud ; ma grand-mère était presque ruinée. M. Veran s'échappait de prison et gagnait à la nage la petite ville de Grigny. Mon père, pendant trois mois, s'était tenu renfermé au fond de sa cave. Partout la stupeur. . . Chacun tremblait ; on brûlait tous les livres où se trouvait le nom de Dieu. Pas un crucifix no restait dans la maison de mon père. La crainte d'une indiscrétion de ma part en était venue à ce point qu'on ne me fusait plus réciter de prières; ma mère mit au monde une petite fille qu'elle avait portée au milieu des plus cruelles alarmes. La pauvre enfant mourut trois mois après »

M"' Miolant, né à Lyon le 26 octobre 1788, dans la paroisse de Saint-Nizier, est l'un des enfants de notre ville qui ont le plus honoré répisGopat français. Après avoir été le premier supérieur des Missionnaires de Lyon, puis évêque d'Amiens, il mourut archevêque de Toulouse le 16 juillet 1859.

Sa vie vient d'être écrite par M. l'abbé Desgeorge, supérieur de la même Société. Lyon, 1873, et c'est à cet excellent ouvrage que j'ai emprunté la citation ci-dessus.

Tant de sang répandu excita enfin l'indignation des républicains modérés ; ils se comptèrent, s'encouragèrent et décidèrent qu'une députation irait dénoncer à la Convention les atrocités commises par Fouctié et par Collot-d'Herbois. Admis à une séance de l'Assemblée, le citoyen Changeux raconta en termes énergiques les horreurs dont Lyon était le thé&tre, les exécutions en masse, la terreur de tous les habitante. « Pères de la « patrie, dit-il en terminant, écoutez une vifle humiliée et « repentante qui, courbée devant la majesté du peuple, « lui demande grâce, non pour le crime, car ses auteurs a et ses agents ne sont plus, mais grâce pour le repentir « sincère , pour la faiblesse égarée, grâce môme pour « l'innocence méconnue, pour le patriote impatient de « réparer ses erreurs. » Ce langage produisit une grande impression sur la Convention, mais Collot-d'Herbois en détruisit, le lendemain, tout reflFet,..; les exécutions recommencèrent et le sang le plus pur coula jusqu'à la fin de l'année. Mais le bourreau s'était lassé enfin de frapper. Robespierre, Henriot et Couthon expièrent leurs crimes sur l'échafaud le 4 0 thermidor ; le règne de la Terreur était fini avec ces monstres ; la France respira.

Lyon ressentit bientôt les heureux effets de la chute de ces tyrans. Du reste, déjà /îevercAon, successeur de Fouché , avait proposé un système meilleur pour ' les Lyonnais. La Convention amnistia la ville de Lyon; la Commission révolutionnaire avait déjà cessé ses sanguinaires fonctions;le \ 4 germinal an II, Lyon reprit son nom.

Mais Lyon avait horriblement souffert. Rarement au temps des guerres civiles les plus cruelles et de l'exaspération la plus grande des passions politiques, une ville avait été traitée avec tant de barbarie, i ,684 habitants avaient péri sous la main du bourreau; 162 avaient été

condamnés à la détention, et la ville n'était qu^un amas de ruines. Le gouvernement, ému de cette triste situation, envoya à Lyon divers commisaires extraordinaires (1)

(1] Le gouvernement envoya successivement divers commissaires extraordinaires à Lyon pour y rétablir le cours régulier de la loi, suspendu depuis trop lontemps par les décrets sanguinaires et d'exception de la Convention.

DupuT essaya de contenir les républicains exaltés et les hommes non moins dangereux qu'on appelait les matbevons.

RsvBacHON et Delaporte agirent dans le même sens, ainsi que PocHOLLE et CHàULiER. Us réorganisèrent le corps municipal dont on éloigna tous les terroristes; mais une réaction, même sanglante, était inévitable, malheureusement. Beaucoup de propriétaires, de négociants et même d'ouvriers qui s'étaient enfuis, en Suisse ou en Savoie, pour éviter la proscription, revinrent dans leurs foyers avec des pensées de vengeance. Bientôt tout mathevon qui paraissait en public fut hué et maltraité. — Sang pour sang, était le cri général, imprimons la terreur dans le ccewr des terroristes, disait-on de toute part, et des massacres odieux commencent. Le commissaire Boissbt tente de les arrêter, mais la foule le repousse ainsi que ses troupes, et 41 jacobins périssent dans la prison de Roanne..., et peu après cette même foule, ivre de vengeance contre les hommes qui ont versé tani de sang innocent dans la ville, en massacre encore 43 aux Recluses. Le gouvernement s'émut nécessairement de ces douloureux événements dont le poète Chénier s'était plu encore de grossir les horreurs dans son rapport à la Convention ; mais celle-ci, délivrée des hommes de sang qui l'avaient trop longtemps dominée, ne recourut pas pour pacifier Lyon aux mesures fatales que Chénier avait proposées. La loi ordinaire suffit pour réprimer les excès, et Poullaîn de Grandprey fut envoyé à Lyon avec une mission de pacification et non de vengeance. Assez de sang avait coulé à Lyon. — (Voir Hist. de Lyon de M. MoifVALCOif. t. m, p. 190.)

PouUain-Grandprey, pour montrer que sa mission était toute de pacification et de conciliation, avait substitué, en tête de son arrêté, aux mots de : Liberté^ fraternité ou la mort, » qui ornaient les actes officiels de la Convention, ces mots: 9i Egalité, humanité, liberté,

pour soigner les plaies béantes de cette mallieureuse ville. Du nombre de ces commissaires furent, entre autres, le représentant du peuple PouUain de Grandprey, qui arriva à Lyon « comme commissaire du gouvernement dans les « départements de FAin , de Tlsère , Loire , Rhône , « Saône-et-Loire, et investi des pouvoirs délégués aux « commissaires du gouvernement pour les armées. »

Préoccupé aussi de l'état de dépérissement dans lequel il trouva les livres de nos diverses bibliothèques, il prit, le 23 brumaire an IV, un arrêté concernant ces dépôts.

(c Empressé, dit-il, dans le préambule de ce remarquable arrêté, de donner à la ville de Lyon une nouvelle preuve de Vintérét que mont inspiré sa situation et ses malheurs, j'aurais désiré en faire disparaître jusqu'au souvenir. Du moins, ennemi de tous eoccès qui peuvent les accroître, jaloux de comprimer le choc des partis et d'ar-

jusiice. » En outre son sceau n'étalait plus le hideux bonnet rouge surmontant une pique. On y lit seulement : « Les Représentants du peuple. — Lyon, d Les terroristes pouvaient dire : « La réaction lève la tête. » Mot stopide répété par les révolutionnaires de tous les temps chaque fois que l'ordre renaît après leurs saturnales

PouLLAiN DE Ghandpret (Joseph-Giément) appartenait à une famille nobiliaire des Vosges. Né à Ligneville, le 23 décembre 1744, il est mort dans sa terre de Graux (Vosges) le 0 février 1822. Après sa mission à Lyon, il y fut remplacé par Rbyeughon (Jacques), né en septembre 1746.

BoissBT (Joseph de), né à Montélijnart vers 1750, mort vers 1810. (Lyonn, dign. de mém,^ p, 40.)

DupuT (J.-B.-C.-II.)} homme de loi et juge de paix à Montbrison, député de Rh6nc-ct-Loire. Pendant sa mission à Lyon, il publia avec Rbvbrchon <k un Mémoire au Comité de Salut public sur la réhabilita- « tion du commerce de Commune aflranchie », réimprimé en 1834. (Lyorrn. dign. de mém, p. 99.)

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rôter le cours des vengeances réciproques, je n*ai écouté aucune faction, mais la seule loi du devoir. Ce plan de conduite était aussi dans le cœur des deux coUëgues dont j ai partagé, pendant cinq mois, les travaux et la soUici- . tude. — Sévères et inflexibles contre tout ce qui pouvait troubler la tranquillité dans cette populeuse cité, nous n'avons dû inspirer d'^/froi qu'aux méchants, et les hommes probes nous sauront gré, un jour, de notre fermeté.

« L*un des moyens de ramener entièrement le calme daos Lyon est d'y appeler le goût des lettres et des arts. Des lettres, qui embellissent la vie et instruisent tous les âges ; des arts, qui consolent des peines, font naître l'aisance et assurent le bonheur. — Les lettres et les arts, trop négligés longtemps dans cette cité, peuvent seuls lui rendre son ancienne splendeur, favoriser Tessor de son commerce, créer des hommes utiles, occuper l'oisif et l'empÔcher de nuire. Les vices rampent, comme le lierre, sous les pieds de l'homme occupé, mais ils enveloppent de rameaux touffus celui qui espère trouver le bonheur dans l'inaction. »

Lyon était déshabitué depuis long^mps à entendre un langage aussi calme et honnête. Les clubs et les jacobins ne parlaient plus de leurs vertus, de leur civisme, qui n'étaient que des masques dont ils se couvraient pour assassiner et voler. La vraie vertu avait repris le dessus sur les haines et les passions sauvages dont Lyon avait été si longtemps victime.

Le représentant PouUain de Grandprey, continuant son manifeste , ajoute : « Déjà les représentants Boisset et Dupuy se sont occupés de cet important objet. Le premier, en formant dans Védifice de Saint-Pierre un vaste dépôt de livres, de machines et de tableaux; le second, en nommant un Conservatoire pour diriger tout ce qui tient à

linstrtAciion , et un jury chargé de choisir les prof esseurs pour VEcole centrale, et en affectant les bâtiments du Collège et le jardin de V Institut de COratoire àTétabUsse^ ment an Jardin botanique (4).

(( Leurs arrêtés sont restés sans une erUière exécution. Il est temps qu'ils Tobtiennent et qu'ils reprennent une nouvelle vigueur. Je suis heureux de contribuer à seconder leurs premiers efforts, et à rendre aux savants, aux artistes, aux littérateurs, aux professeurs, à leurs élèves, à tous les citoyens d'une ville grande et belle et

(1) Voici comment s'exprime à cet égard un jeune écrivain lyonnais, M. Fontanes, dans son intéressant travail sur le Muséum d'histoire naturelle de Lyon«si splendidement réorganisé par M. le docteur Lortet et par M. Chantre.

« Bientôt l'orage révolutionnaire gronda sur toute la France , emportant pêle-mêle dans ses rafales les hommes et les choses, les abus du passé et les récentes conquêtes de la liberté. Mais une protection plus ou moins elfîcace ne cessa de s'étendre sur tout ce qui touchait à l'instruction publique. Même au plus fort de la tempête, alors que les belles façades de Bellecour tombaient sous le marteau de Couthon, que les canonnades et la guillotine inondaient de sang les Brotteaux et la place de la Liberté, des mesures étaient prises pour sauver de la destruction à laquelle Ville-Affranchie était vouée, les monuments précieux des sciences, des lettres et des arts.

« La multiplication des comités en temps de révolution n'est pas un phénomène nouveau. En 1793, les salles de rH6tel-de-Ville avaient peine à les contenir tous. Commissions temporaires révolutionnaires, comités de séquestres, de démolitions, de dénonciation, etc , etc. Les objets d'histoire naturelle furent obligés de leur céder la place. Ces témoins des études patientes, des méditations de nos savants, traversèrent la boue sanglante des Terreaux et allèrent rejoindre à la Maison de Saint-Pierre l'immense butin qu'y entassait le Comité de séquestres, à côté du Dfpôt des morts, la salle la plus fréquentée de cette ancienne abbaye •

que Tignorance seule peut dégrader, les sources de FinstructioD, du savoir et des vrais plaisirs.

« Aussi, après avoir pris l'avis des commissaires des corps administratif et du Conservatoire des arts et des âciences, j'ai arrêté ce qui suit :

< Abt. 1®''. — Tous les bfttiments &isant partie du Grand-Collège, y compris le Pensionnat, maison et terrasse enfermés dans la masse de cet édifice, sont et demeureront spécialement désignés, conformément à la loi du 3 brumaire, présent mois, et à l'arrêté du représentant Dupuy du 20 prairial dernier, pour servir à l'instruction publique, à rétablissement de Y Ecole centrale, au logement des bibliothécaires et professeurs, aux salles des cours, bibliothèques, cabinets de physique, de chimie et d'histoire naturelle , observatoire, etc. Les ventes faites contre les dispositions du même arrêté sont et restent non avenues, n est sursis à toute délivrance de bref jusqu'à la décision du Corps législatif.

« Abt. 2. — Conformément audit arrêté du représentant du peuple Dupuy, il sera formé un Jardin botanique de plantes indigènes et exotiques dans le jardin et clos du ci-devant Institut de l'Oratoire (<).

(1) Cette maison fut fondée en 1614 par le cardinal Denis-Simon de Uarquemont, archevêque de Lyon. 11 logea d'abord ces religieux sur la colline Saint-Sébastien, dans la maison des Gapponi.

Cette famille, originaire de la Toscane, s'était établie à Lyon aa XT* siècle. Durant la peste de 1573, Laurent Capponl avait nourri qaatre mille pauvres et s'était allié à Hélène de Gadagne. Son fils, Aleundre Gapponi, comte de Feugerolles, s'était distingué dans les guerres de la Ligue et avait épousé Marie de Veny-d'Arbouze. Mais cette maison ne pouvant pas leur suffire, ces religieux achetèrent, plus tard, celle des Espinassses, famille non moins distinguée dont l'un des

« Art. 3. — Tous les bâtiments dépendant de redt/îce de Saini'Pierre étant destinés à servir, un jour, à un établissement important pour la République , pour la réunion de toutes les institutions qui peuvent honorer et favoriser le commerce, tels que la Bourse, le Tribunal de commerce, V Ecole de dessin, la Galerie des tableaux, les Cours de commerce, d'arts et métiers, de teinture, le Dépôt

membres, Jalie-Jeanne-Eléonore de l'Espinasse, auteur d'un Recueil de lettres, fut Vamie de d'AlemherL Après avoir aménagé cet hôtel, ils élevèrent à côté une église décorée par Perrache d*un bel autel et de deux statues de saint Joseph et de la sainte Vierge. Blanchet et Jacques Blanchard fournirent plusieurs tableaux, et Simon exécuta, sur les dessins de Blanchet, une belle statue du Sauveur qu'on voyait dans Tune des chapelles.

Mais si j'en crois M. Fontannes et ses recherches sur notre ancien Jardin botanique, ce jardin aurait été établi dans celui du monastère de la Déserte qui fut déclaré propriété communale. Ce monastère, au dire' de Clapasson, était, après celui de Saint-Pierre, le plus ancien établissement religieux à Lyon. Il fut fondé, en 1360, pour les filles de rOrdre de Sainte-Claire, par Blanche de Chalon, femme de Goichard de Beaujeu, connétable de France. Cette maison était soumise à la règle de Saint-Benoît et avait reçu le nom de la Déserte, à cause de sa présence dans un lieu alors écarté et solitaire. A côté du jardin botanique on établit un cabinet d'histoire naturelle. Si le vandalisme révolutionnaire, dit aussi M. Fontannes, avait épargné nos collections, celles-ci avaient dû subir le pillage de ces éhontés amateurs de la propriété commune, qui, peu sensibles aux malheurs de la patrie, ne cherchent qu'à les exploiter à leur profit. Pendant trois ansle cabinet avait été laissé sans conservateur^ ni gardien. Beaucoup de pièces, parmi les plus intéressantes, disparurent, d'autres se détériorèrent Malgré ces pertes regrettables, l'ancien cabinet Pestalozzi offrait encore, en 1803, plusieurs échantillons « qui pouvaient fixer l'attention des amateurs les plus familiarisés avec les riches collections de la capitale. »

de modèles et tnachines inventés pour le perfectionnement des manufactures.

« Abt. i. — r II y aura une BmLiOTHiQUB publique dans lédifice dudit Grand-Gollége ; elle sera formée tant des livres qui y existent actuellement que de ceux qui se trouTent déposés à Saint-Pierre et dans les divers édifices nationaux, en suite du choix qui en sera fait d'après le mode prescrit par les articles suivants.

« Abt. 5. — Il y aura près de cette bibliothèque un cabinet de physique et un autre à^histoire naturelle^ sous la garde et la surveillance du bibliothécaire.

c ÂBT. 6. — La Bibliothèque et les cabinets sont confiés aax soins de deux bibliothécaires, Tun, pour la partie des belles-lettres, histoire et antiquités ; l'autre, pour celle des sciences et arts.

« ÂKT. 9. — Sur la voûte de la ci-devant église et ailleurs, s'il est nécessaire, il sera ouvert un dépôt pour recevoir les ouvrages qui, ne se trouvant pas d'une utilité recomiue et journalière, obstrueraient la bibliothèque. L'agence des habillements sera transférée ailleurs, et on trouvera dans l'édifice du Grand-Collège les salles nécessaires aux cours qui s'ouvriront en exécution de la loi du 3 brumaire.

c ÂBT. 10. — L'ouverture de la Bibliothèque publique sera fiiite dans le mois, et aura lieu les jours impairs de chaque décade, de 8 heures à midi, de 2 heures à 5 heures le soir, à dater du 4^ vendémiaire jusqu'au 1" germinal, et de 2 heures à 7 heures du soir dans le courant des antres mois.

« Art. 42. — Sur la désignation du Conservatoire des arts et lapprobation des corps administrati& de la ville de

Lyon, les citoyens Brun et Tabard sont nommés bibliothécaires, l'un, pour la partie littéraire ; le second, pour celle des sciences et arts.

« Abt. 43. — Le Dépôt de Saint-Pierre est conservé, soit pour y mettre en ordre les livres qui y sont entassés, soit pour restituer aux citoyens ceux qui leur appartiennent.

« Art. 45. — Les livres de h, Galerie Saintr-Pierre, dont l'inventaire est achevé, seront incessamment transférés dans la Bibliothèque publique.

« Abt. 48. — Les livres menacés de dépérissement et de dégradation, à raison de Tinsalubrité du local où ils se trouvent, seront transférés dans la grande salle Saint- Pierre servant au Dépôt général.

(( Art. 49. — Immédiatement après cette translation les scellés seront apposés, en présence de l'un des membres du Conservatoire, sur la porte de la salle et sur celles des autres dépôts de la ville renfermant des livres, tableaux, estampes, machines et autres monuments des sciences.

« Ils seront successivement levés au fur et à mesure du travail, pour être procédé ensuite aux inventaires.

<( Art. 22. — Les citoyens Maurin et Labussière sont conservés gardes de dépôt, le premier, pour l'arrangement des livres ; le second, pour les restitutions à fiûre à des particuliers.

« Art. 23. — Le cabinet d'histoire naturelle et les livres rassemblés par le citoyen Gilibert seront transférés à la Bibliothèque publique.

n Le citoyen Mollet, professeur de physique à l'Ecole centrale, est invité à continuer ses soins au cabinet de physique. Le citoyen Gambier en réparera les instruments.

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« Abt. 25. — Les exemplaires doubles d ouvrages de médecine seront envoyés à l'hôpital pour servir à Tinstnictîon des officiers de santé et des élèves.

« Art. 26. — Même disposition pour les ouvrages concernant l'art vétérinaire et envoi à TEcole vétérinaire.

« Lyon, le 23 brumaire an IV de la Répablique française.

« Le Représentant du peuple^ « Signé : Poullain-Gbandprby ».

Comme on le voit par cet arrêté dont je ne donne que les dispositions essentielles , le représentant Poullain- Grandprey réorganisa le Collège^ v^pipeléV Ecole centrale; il créa un Jardin botanique^ plaça au palais Saint- Pierre la Bourse, le Tribunal de commerce, V Ecole de dessin, un musée de tableaux, un cours de commerce , d'arts et métiers, rétablit Tancienne Bibliothèque, en y ajoutant celles des anciens monastères, et créa une Ecole vétérinaire (4). C'était toute une organisation. Lyon sortait du

(1) L'Ecole vétérinaire de Lyon est le premier établissement de ce genre qui ait existé en France. C'est à Claude Bourgelat, né à Lyon le 27 mars 1712, qu'est due la fondation de cette école. Destiné d'abord au barreau, il entra bientôt après comme olfîcier dans un régiment de cavalerie et devint cbef de l'Âcadércie d'équitation à Lyon: cette école étendit au loin sa réputation, et les Anglais même reconnurent sa supériorité. Lié avec Berlin, l'intendant de Lyon, il obtint, par son intermédiaire, l'autorisation de fonder à Lyon, en 1761, une Ecole pour le traitement des maladies des animaux, et le gouvernement lui accorda une subvention de 50,000 livres. Cette Ecole fut établie à la Guillotière, et en 1764, Louis XV lui conféra le titre d'Ecole royale vétérinaire; mais bientôt après Bourgelat fut chargé de l'organisation de TEcole d'Âlfort, près Paris; mais il mourut le

chaos fait par lea proconsuls de la Convention, véritables bêtes fauves attirées par le sang et qui versèrent, comme à plaisir, le sang le plus pur et le plus généreux de notre ville, mais sans avoir rien su créer ni fonder sur Is ruines qu'ils avaient amoncelées. Nos bibliothèques étaient alors dans la plus déplorable situation, si Ton en juge d*après le rapport que le citoyen Jousselme avait adressé , le 5 fructidor an II, aux citoyens composant la Cdhimission temporaire des arts et sciences de la République. On y voit, en effet, ce qu'étaient devenues nos Bibliothèques numastiques après le siège de Lyon et le pitoyable état dans lequel on les avait laissées. Ce rapport, je crois, est inédit; je Tai puisé dans le fonds Coste, n** 1407. Je le transcris in extenso, comme monument de Thistoire de Lyon.

« Citoyens, nous nous sommes fait rendre compte du travail des préposés chargés de surveiller et de faire le rassemblement de tout ce qui concerne les sciences et les beaux arts, et en voici le résultat :

« Environ vingt cy-devant communautés tant religieuses que maisons d'éducation étoient dans cette commune ;chacune de ces communautés avoit sa bibliothèque plus ou moins volumineuse.

3 janvier 1799. L*Ecole de Lyon avait dépéri, elle eut à souffrir aus9î du bombardement en 1793 ; en l'an V, on la transféra dans les bâti* ments de Tancien couvent de TObservance, à Vaise, et dans une partie de celui des Cordeliers. Mais le 29 septembre 1818, on posa la première pierre des bâtiments actuels. Bientôt on verra se dresser dans la cour d^honnenr la statue en bronze de Bourgelat, due au talent de notre éminent statuaire, M. Fabisch. Déjà Lyon a donné le nom de Bourgelat à une rue ouverte près Ainay, sur les terrains où exista l'Ecole d'équitatîon fondée par cet homme illustre.

<( Un certain nombre de ces bibliothèques occupe un local qui avoit été vendu avec le reste de la maison ou dont on avoit besoin pour le bien de la République ; tout a été transporté et entassé dans un dépôt général & la Maison de Pierre (Saint-Pierre), en attendant qu*on eût formé des rayons pour y ranger les livres, — telles que celles des cy-devant Dominicains , Chartreux , Grands- Capucins, Séminaire Saint^Irénée , Missionnaires de Saint- Joseph^ Oraioriens, de la Vieille-Monnaie, des Petits- Augustins,

« Celles des Feuillants [\ ) , des Carmes (2) ont été transportées et entassées dans un local de la maison des Capucins du Petit-Forôt.

« Celles des Chanoines de Sainte-Geneviève et des Cordelière de l'Observance (3) ont été transportées au

(1) Les Feuillants étaient des réformés de l'ordre de Citeaux. Ils s'établirent à Lyon, en 1620 : Charles de Neufville, seigneur d'IIalincourt, gouverneur du Lyonnais, les aida dans la construction de leur église, en 1659. Le prévôt des marchands et les échevins se déclarèrent fondateurs de leur maison qu'ils bâtirent. Ils étaient les aumôniers de l'Hôtel -de- ville et tenus tous les jours d'y dire une messe. Une des chapelles de l'église des Feuillants appartenait aux Scarron, alliés au célèbre poète. De Thou et Saiiit-Blarc, après leur exécution sur la place des Terreaux, le 1? septembre 1642, furent ensevelis dans cette chapelle.

(2) Les Carmes, appelés à Lyon avant 1991, furent autorisés à se construire une maison en 1303. Charles VIII et Louis XII élevèrent leur église, sur la prière de Laurent Bureau, religieux de leur ordre, puis évêque deSisteron et confesseur de ces deux rois.

(3) Les Cordeliers de l'Observance fondèrent leur maison à Lyon, en 1493, sons la direction du frère Jean Bourgeois, aidé du frère Tisserand, tous deux prédicateurs renommés, et protégés par Charles VIII et Anne de Bretagne. Cette maison porta d'abord le nom de Notre-Dame-des-Anges. Anne de Bretagne, pendant son

Petit-Collége (1), le tout avant la rébellion lyonnaise.

« Pendant le siège, la bombe a éclaté, à diverses reprises, au dépôt qui se trouvoit à la maison susdite de Pierre devenue la principale caserne des muscadins ; les livres qui s'y trouvoîent ont été totalement endommagés, partie a brûlée partie a pourri par les pluies qui tomboient en abondance, à cause de la dégradation des toits ; quelques-uns ont été enlevés par les rebelles , quelques autres brûlés par quelques volontaires, à l'entrée de Tarmée de la République, sous prétexte que c'étoit des livres de fanatisme, de sorte qu'il est difficile actuellement de compléter le moindre ouvrage, malgré qu'il y ait encore une assez grande quantité de volumes.

(( Le dépôt des Capucins a été moins endommagé, et la plus grande partie a été transporté au dépôt général.

« Quant au dépôt du Petit-CoUége, où ou avoit porté, pendant le siège, le plus grand nombre dans une cave et

séjour à Lyon, alla souvent prier dans ce monastère « les anges gtii « virent leur nom joint à celai de la princesse et qui avaient proba- « blement mis la main à Tœuvre, joignant leurs faveurs aux siennes, « en louèrent Dieu en sa compagnie » (Saint Aubin).

(1) J*ai déjà dit plus haut le nom de la fondatrice du Petit- Collège. Il nous reste encere l'inventaire de la bibliothèque de cet établissement d'instruction publique. Cet inventaire fut dresse, en 1762, lors de la seconde expulsion des PP. Jésuites dp. nos collèges, et se trouve aux archives de la Cour d'appel, alors que cependant tous les titres du Grand et du Petit-Collège sont déposés aux archives du département. Cette bibliothèque était bien composée, nombreuse et contenait plusieurs éditions importantes lyonnaises du commencement du xvi« siècle. Il se rencontre aussi, je ne sais pourquoi, aux archives de la Cour, l'inventaire de la b bliothcque de l'archevêque Camille de Neufviile, qui légua cette bibliothèque aux PP. Jésuites, en 1693. J'en parlerai plus loin.

où il y a demeuré jusques h environ le miliea de germinal, d'où il a été retiré pour ôtre transporté au dépôt général, comme vous le sentez, les livres ont été endommagés et bouleversés par les divers transports.

« Il reste encore d^existantes dans leur local les bibliothèques des cy-devant Minimes ( 4 ) , des Carmes-DéchatÂSsés, des ex-comtes de Saint- Jean y des Cor délier s de Bonaven-

(1) Les Minimes eurent pour fondateur Théodore de Vichy de Chamron, doyen de la cathédrale, en 1550, les Scarron, les Chaponay, les d'Âoxerre, les Piannelly. Dans la chapelle dédiée à saint François de Paole, on lisait rinscription suivante qui concerne une H&mille de Paris des plus distinguées dans la magistrature.

OLIYARIl» LB FEVRB D'ORMBSSON ANDRBAB LIBBLLORUM SUPPUCUM MAGISTRI

RB6IIQUB APUD LUGDUNBNSBS DBLB6ATI BT BLEONORAB LB MAISTRB DE BBLLBIAUMR

Faïus

OUYARII COMITIS COBSISTORUNI

NBPOS

ANDRBAB COHITUH GOMSISTOBIAlfORini PRIBCIPIS

PRONBPOS

OUYARII IN SUPRBXA RATIONCM CURIA PRABSIDIS

GBNBRAUSQUB ABRARII PRABFBCTI

ABNBPOS

KAIORIBUS TANTIS FUTURIS NON DBGBNBRANDUM

BXACTA PUBRITIA, PATRIS HUMANITATB, SCIENTIA,

iusrrnA, pibtatb, clarissimi mortem proximab

SBCUTCS

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