‹ Les bibliothèques, anciennes et modernes, de LyonChapitre 5 sur 22 · AD HUNC DIYI FRANCISCI DB PAULA · texte numérisé non relu

AD HUNC DIYI FRANCISCI DB PAULA

GBNTILIS SDI ARAH

CORPORIS BXCYIAS DBPOSUIT

PRABBNTB PBRMANBNTBR LOCUM SBPULTURAB

Y. CL. LAURBNTIO PIANBLLO DB LA VALETTE

— ANNO M. D. C. LXXXIV. — Ce Laurent Pianelli de La Valette fut le fondateur de la belle bibliothèque dite de la VaUitje dont j'ai déjà parlé plus haut.

ture, des Lazaristes^ des Capucins du Petit-F&rét, et celle du Petit-Collège.

« Celle des Augustins est, à la vérité, encore existante en son entier^ mais on a été obligé, par rapport à l'atelier des habits, d'en tirer les livres des rayons et de les entasser dans une chambre voisine.

« Les bibliothèques des Chartreux , des Cordeliers de r Observance^ des Carmes des Terreaux et des Feuillants étoient opérées^ les cartes étoient dressées et prêtes pour la formation du catalogue, mais, d'après les événements susdits, l'opération est devenue inutile.

« Celle des Carmes-Déchaussés, des comtes de Jean^ des Capucins du Petit-Porét et des Cordeliers de Bonaventure, qui sont encore dans leur entier, sont opérées^ les cartes faites et prêtes à la formation du catalogue.

tt Quant à celle des Augustins^ elle avoit bien été cartée, mais eu égard à son déplacement des rayons, il sera trèsdifficile & se reconnaître^ et on sera peut-être obligé de travailler tout de nouveau.

« On s'occupe actuellement & opérer les bibliothèques existantes dans leur local, et qui ne l'étoient pas encore, en commençant par celle du Petit-Collège.

« On s'occupe également, avec la plus grande activité, au rassemblement des livres et autres objets concernant les ar<« qu'on trouve, peu à peu, chez les rebelles, et déjà il y ep a dans le dépôt général environ dix-huit ou dixneuf mille volumes provenant d'eux, et huit à neuf mille volumes provenant des bibliothèques susdites tirés de leur local, et déposés à Saint-Pierre , soit ailleurs, avant la rébellion. Tous ces volumes, par ordre d'ouvrages, sont placés dans des rayons qui ont été posés ad hoc, sans compter environ quatre à cinq mille brochures arrangées et portant, pour une plus grande fecilité d'inventaire,

leur étiquette, lequel inventaire, en règle, commencera incessamment, car il y en a déjà, pour la plus grande partie, un sommaire.

et Dans le môme dépôt général se trouvent rassemblés et entassés les uns sur les autres y indépendamment des susdits, environ trente mille volumes qui ne traitent que de fanatisme, comme livres de méditations^ de prières, de messe, de résolution, de cas de conscience, de matières théologiques, etc., etc., provenant tant des cy-devant communautés d'hommes et de filles que de rebelles cagots, volumes qui, si le besoin Texige, seront ensuite enrayonnés et portés sur le catalogue.

a Relativement aux cabinets d'histoire naturelle, de physique, d'antiquités, comme cette commune étoit presque entièrement adonnée au commerce, et que l'esprit de ses habitants étoit de faire ce qu'on appelle fortune, on ne trouve pas beaucoup de choses dans ce genre, et, d'ailleurs, le peu qui s'y rencontre a extrêmement souffert des suites du siège ; cependant on s'attache à recueillir de chez les rebelles tout ce qu'on peut y rencontrer, et déjà l'on a dans le dépôt quelques petits morceaux de ce genre.

a La peinture, la gravure est ce qui abonde le plus, et à en juger d'après quelques personnes de l'art, il y a du bon.

« n &ut cependant observer que, quant à la physique, Ton a encore quelque bonne chose, malgré les dégâts que 2a bombe a occasionnés, d'après la réunion du cy-devant séminaire de Saint-Irénée et celui du cy^devant Collège.

« Tout le contenu dans ce mémoire est conforme à la vérité.

« Gommune-Âffranebie, 5 fructidor de Fan II de Tère républicaine.

i( Signé : Joussblme. »

iZ2

Comme on le voit par ce rapport, le 5 fructidor de Tan II, les monastères de Lyon étaient tous séquestrés alors, et une partie même avait été déjà aliénée par la nation. Leurs bibliothèques avaient été transportées au dépôt général formé à la Maison Pierre (abbaye de Saint- Pierre) , ou , gisaient entassées dans les couvents non encore vendus. Ce qui avait été transporté avant la rébellion k la MaisonrPierre, devenue pendant le siège la caserne des muscadins, avait été brûlé par les bombes, était pourri sous Faction de la pluie, ou avait été dèlruii par les volontaires, comme livres de fanatisme.

Les volumes transportés au Petit-Collège ou dans une cave voisine avaient été non moins endommagés.

Cependant on ne brûlait plus alors les livres du fanatisme. Plus de trente mille avaient été enrayonnés et catalogués par les ordres du citoyen Jousselme. Dans ce nombre formidable se trouvaient aussi ceux enlevés au domicile des rebelles-fagots , emprisonnés, fusillés ou guillotinés.

La nation , généreuse et juste , avait dépouillé alors aussi les cy-devant couvents et les rebelles-fagots de tout ce qu'elle avait trouvé d'objets d'art ou de sciences dans leurs maisons ; la bombe y avait bien fait quelques dégâts, et il y avait du bon, d'après les personnes de Vart, ajoute le citoyen Jousselme.

Mais quel chaos devaient présenter alors ces milliers de volumes déchirés par les bombes, endonmiagés par le feu ou pourris par la pluie ou Thumidité des caves où on les avait enfouis. Chez quelle nation civilisée s'est rencontré jamais un spectacle aussi hideux et aussi navrant ! et c'est au nom de la Raison et de la Liberté qu'on commettait de pareils actes de vandalisme. Le malheureux et vertueux Bailly , mourant sur Téchafaud, avait bien raison

de dire : <c Oh ! Liberté, que de crimes on commet en ton nom!!! » Je dois dire cependant que le gouvernement revenant à des sentiments plus honnêtes, fît cesser, en Tan III, le vol des bibliothèques particulières, et le 4 ventôse de cette année, le môme citoyen Jousselme manda au District de Lyon « qu'il a été mis et qu on met le plus « de célérité possible à rendre, conformément & ses arrêtés « et aux autorisations par lui données, toutes les biblio- « thèquesqui se trouvent dans le Dépôt général, aux partial culiers qui les réclament, et aucun, jusqu'à, présent, n'a « été dans le cas de se plaindre raisonnablement d'un « retard. »

Mais le désordre le plus complet régnait dans les livres provenant des monastères, quand, en 1804, M. Delandine, nommé conservateur de la bibliothèque de la ville, fut autorisé à retirer de la Maison-Pierre « les livres des communautés religieuses demeurés entassés, pendant a dix ans, sous la poussière, » pour former la bibliothèque de Lyon. Les livres dépareillés étaient en nombre immense ; les livres doubles se comptaient par six ou sept exemplaires (rapport du 2 janvier 1804). Aussi, quand le triage fut achevé, on put en vendre un nombre très-considérable. Le catalogue, imprimé par Rusand, fiit pubUé en avril 4831 ; la vente, commencée le 28 juin suivant, fut achevée le 24 mai 1833 et produisit une somme de 32,771 fr. 40 c. employés en partie en acquisitions importantes.

La Bibliothèque du Collège ayant été réouverte, comme je viens de le dire, en exécution de l'arrêté du 23 brumaire an IV de PouUain de Grandprey , commissaire de la Convention , cette Bibliothèque fut confiée & MM. François Tabard et Sébastien Brun, aidés par M. Raynal, bibliographe distingué. Ils succédaient au malheureux Père Lazare Roubles, oratorien, mort sous la hache révolution-

naire le 18 février 1794, en môme temps que Joseph- Antoine Boyet avait été fusillé pour avoir porté les armes pendant le siège, ainsi que le Père Joseph Janiny bibliothécaire des Augustins.

Mais la Bibliothèque manquait de tout, et le 1 4 frimaire an IV, les nouveaux conservateurs durent demander au District « du feu, de la lumière, des tables, du papier, « des plumes, de Tencre, des balais, et une allocation pour menues dépenses. » (Fonds Coste, n^ 4491.)

Le gouvernement se préoccupait toujours, alors, de la mauvaise réorganisation des bibliothèques pubhques et il avait reconnu le vice du premier mode . Le 4 5 germinal an IV, le directeur général de l'instruction pubUque Guinguéné manda aux administrateurs du Rhône qu'on allait procéder à une autre organisation de ces Dépôts que celle prescrite par le ci^evant Comité (TinstrucHon publique y et de cesser Tenvoi des Catalogues bibliogra-phiques sur cartes et sur feuilles , lesquelles devront être gardées pour former les Bibliothèques centrales. L'on a vu en effet, plus haut, par le rapport du citoyen Jousselme qu'il avait &it inventorier, à Taide de cartes^ les ouvrages des monastères et ceux des rebettes-cagots. (Voir Fonds Coste, n*» 4492.)

En exécution de cet ordre du gouvernement, l'administration centrale de Lyon prit, le 24 germinal, un arrêté prescrivant la suspension des catalogues par cartes , jusqu'à nouvel avis, et congédia les agents chargés du Dépôt claustral Saint-PierrCy sur lequel les scellés furent apposés (4).

(1) Le 1* ttiennidor an iV, le goaTernement émît la crainte que les livres et oljels d*art mis sous les scellés n* dépérissent pas da?an-

Les pauvres livres rentrèrent de nouveau dans ces catacombes qu'on appelait le Dépôt ; la poussière sous laquelle ils avaient demeuré depuis 4 790 les recouvrit de son linceul, et le 29 germinal an IV, le commissaire du Directoire exécutif de Tadministration municipale, canton de Lyon, division du nord, s'y transpoiia, en exécution de l'arrêté du département du Rhône du 24 du môme mois, « pour y apposer les scellés sur les portes des « galeries servant au dépôt des livres et objets des « sciences et arts, en présence du citoyen Guigoud, « secrétaire en chef du département du Rhône , qui « intervînt pour croiser lesdits scellés. » — Puis, on nonuna le citoyen Labussière, biblioihécaire^gardien desdits scellés, et les clefs furent remises au greffé de Tadministïation municipale, division du nord. C'est sur ces serrures, suivant lexpression de M. Delandine, que d'officieuses araignées ont posé leurs toiles, et le dépôt demeura oublié, (Ponds Ck>ste, n» U93.)

MM. Tabard et Brun restèrent chargés seulement du triage des livres de la grande Bibliothèque et de ce qui 7 avait été apporté. Ils ne reculèrent pas devant Ténormité de la mission qui leur avait été confiée. C'était vraiment le chaos qu'il s'agissait de débrouiller et de mettre en ordre, et malgré les avis donnés par les représentants du peuple envoyés successivement à Lyon, plusieurs de nos bibliothèques monastiques n'avaient pas été centralisées au PalaiS'Pierre et gisaient à l'abandon dans leurs anciens locaux. MM. Tabard et Brun, pour faire cesser

ta^e, et ordonna que les scellés seront levés, les clefs remises à MM. Tabard et Brun qui feront faire le transport au Dépôt du Grand- CoUége. (Ârch. de la ville, reg. des arrêtés,)

cette situation regrettable, adressèrent, le 3 messidor an IV, aux administrateurs du département du Rhône, im rapport que je crois devoir rapporter ici en entier. Il dépeindra mieux que je ne saurais le fiodre l'état de plusieurs de nos bibliothèques, èi ce moment, et la pénurie des finances de la ville qui ne pouvait m6me pas payer ses employés.

« Citoyens, disent-ils, la maison des ci-devant Lazonristes a été vendue et livrée à Tacquéreur. Les bibliothécaires de Y Ecole centrale, par une obligation de leur place et comme citoyens gens de lettres, réclament la bibliothèque qui est dans cette maison, et sur laquelle ils ont fait mettre les scellés, il y a six mois. Cette bibliothèque qu'on peut, à sa moindre valeur, estimer, avec ses tablettes, vingt mille francs en numéraire, court grand risque néanmoins d'être perdue pour la nation, si elle n'est pas transportée, tout de suite, ou au Grand ou au PetiU-ColUge qui est dans le voisinage, et qui sont les seuls bfttiments nationaux qui soient, par la loi, hors de Tatteinte des soumissions; mais les bibliothécaires sont absolument sans argent et sans autre moyen d'effectuer ce transport que les sciences et surtout l'intérêt de la nation exigent indispensablement, car voudra-t-elle perdre un objet de vingt mille francs en numéraire pour économiser momentanément quelques centaines de francs en mandats.

a Le même inconvénient va se présenter pour la bibliothèque des Carmes-DeschauXj dont la maison est soumissionnée. Cette bibhothèque vaut assurément et sans exagération plus de cent vingt mille francs en numéraire ; elle est pleine d'excellents articles qu'on ne trouve nulle part aussi bien tenus et aussi complets : la boiserie des tablettes est très-belle ; il y a, d'ailleurs, plusieurs articles en chandeliers d'église, etc..., qui ne regardent point la

bibliothèque, mais qui sont néanmoins sous les mômes scellés que les livres.

« Le public, qui a le plus grand besoin deTinstruction, et sartout les amis véritables du bien de la nation, auront-ils la douleur de voir se dilapider ce beau monument^ faute de quelque dépense pour en effectuer le transport?

« Les bibliothécaires ont encore la mâme crainte pour la bibliothèque des Capucins du Petit-Farét, au pied de la Grande-Côte ; elle n'est pas aussi précieuse que celle des Carmes, mais elle Test beaucoup plus que celle des Lazaristes.

« n existe encore quelques livres aux ci-devant Ricollets, quil serait fftcheux de perdre et'qu on pourrait de suite faire transporter avec celle des Lazaristes.

a Les bibliothécaires observent qu*en transportant les livres, il &ut, de nécessité, y joindre une partie des tablettes pour les 7 déposer, et que le surplus de la boiserie étant vendue, fournirait assurément de quoi faire face aux frais de transport. Un tel emploi de ces débris de boiserie serait préférable à celui qui a été fait jusqu'ici à l'égard des autres bibliothèques transportées antérieurement, puisqu'il est notoire que ces objets qui avaierU quelque prix ont été absolument perdus pour la nation. Ils voient, par exemple, avec un vif regret que la boiserie de la bibliothèque des ci-devant Cordeliers, qui pourrait fieicilemeut s'adapter au local du Grand-CoUége, soit sur le point de leur échapper, absolument sans aucun profit pour la République, n'ayant jamais dû ôtre comprise dans le bref de vente; il en serait de môme des autres. »

Enfin MM. Tabard et Brun terminent leur rapport en tendant la main aux citoyens administrateurs du Rhône qui oublient de leur payer leur modeste traitement, tout en les chargeant de la plus pénible mission ; mais l'argent

était rare dans la caisse municipale, comme il l'est aujourd'hui ; on était au lendemain du siège, la ville n'était qu'un amas de ruines qu'il fallait déblayer, et la vente des biens nationaux confisqués ne produisaient pas les millions qu'on avait espéré tirer de cette spoliation.

« Citoyens, disent les écrivains de ce rapport, lesdits bibliothécaires préférant, sans réserve, l'avantage de la patrie et des sciences à leur intérêt particulier, ont dû vous exposer d'abord les objets ci-dessus qui sont aussi urgents qu'importants. Ils vous observent maintenant que, depuis six mois révolus, ils n'ont touché, chacun, que cinq mille francs en assignats. — Qu'ils ont jusqu'ici rempli rigoureusement leurs fonctions, et qu'étant même chargés de tenir un dépôt exact de toutes les lois qui leur sont régulièrement envoyées par le ministre de la justice, ils doivent être, à cet égard, comme pour les autres services ordinaires, traités comme tous les autres fonctionnaires publics qui touchent régulièrement les salaires que la loi attribue à chaque place. Ils espèrent que vous aurez égard & leur situation qui empire journellement par le défaut de paie-ment, et que vous leur ferez de suite payer leur arriéré dont ils ont le plus grand besoin. » (Fonds Coste, n^ 1494.)

Cependant, malgré le zèle de MM. Tabard et Brun, le triage des bibliothèques monastiques et la formation de la grande Bibliothèque publique n'avançaient pas. — Ainsi, nons voyons le ministre de rintérieur, par une dépèche du 1 3 thermidor an IV, presser Tadministration départementale du Bhône « d'opérer ce travail, tant pour &ire jouir les professeurs de Y Ecole centrale et tous les citoyens de l'avantage d'une bibliothèque publique, qu'eLSnà^éve^cner le local qui vient d'être affecté au placement du quartier général de la place de Lyon. » Quant aux livres de rebuts, ajoute le ministre, je ne puis en permettre la t;en(e qu'après

qoe le catalogue sommaire m'en aura été envoyé. Par la translation à la Bibliothèque publique de tous les ouvrages utiles^ il vous sera fecile de vider les Dépôts provisoires, à l'exception d'un où vous ferez rassembler tous les livres inuHks. (Fonds Coste, m., n^" 4495.) (4)

Cette dépèche stimula un peu la nonchalance de l'administration supérieure, et le 24 thermidor, elle prit un arrêté portant l'ordre de £Etire transférer èi la Bibliothèque publique celles éparses dans chaque canton de la ville. Le 27 du même mois, V administration municipale, ditision du midi, entre autres, répondit « qu'il n*existait dans cet arrondissement aucune bilbliothèque de ce genre. » (Fonds Goste. n^ 4496.)

Mais Fadministration supérieure, réveillée momentanément de sa torpeur par les rappels du gouvernement, y retombait bientôt après. Ainsi, malgré les pressantes sollicitations de MM. Tabard et Brun pour la conservation des belles tablettes de plusieurs bibliothèques des ci-devant monastères, rien n'avait été décidé et ne le fut encore à cet égard jusqu'au 43 pluviôse an V (janvier 4796). Ce jour, cependant, l'administration départementale se souvient qu'il y a des mesures à prendre et publie l'arrêté suivant :

« L'administration départementale du Rhône, séant à Lyon, délibérant sur la pétition du citoyen Gilibert, professeur de l'Ecole centrale et commissaire bibliographe pour le transport et réunicm au Dépôt unique à la ci-devant

(1) Le 1" thermidor an IV, le gouvernement émit la crainte que les liyres et objets d'art mis sons les scellés ne dépérissent davantage, et ordonna qae les scellés fassent levés, les clés remises à MM. Tabard e; Bnin qui eh feront faire le transport au dépôt du grand collège, (irch. de la ville, Reg. des arrêtés.)

uo

abbaye de Saint-Pierre de toutes les bibliothèques monastiques et autres éparses dans le canton de Lyon,

« Arrête:

« Art. 4". — Les boiseries et tablettes provisoirement exceptées de la vente du mobilier national et qui formaenit ci-devant les Bibliothèques des Cordeliers , des Carmes- Déchaussés, la Bibliothèque et les archives des ci-^evant comtes de Lyon^ demeurent, dès à présent, affectées et disponibles, soit pour la Bibliothèque publique, soit pour le placement des collections de l'Ecole centrale, ainsi qu'il suit :

« Celles des ci-cfevani comtes dé Lyon et qui se trouvent actuellement dans le bâtiment de la Manécanierie demeurent réservées à V Ecole centrale pour former le cabinet à' histoire naturelle, sous la surveillance dudit citoyen Gilibert, professeur.

(( Celles des Carmes-Déchaussés sont affectées au Cabinet de botanique qui sera établi près du Jardin botanique & la ci-devant abbaye de la Déserte, sous la surveillance du citoyen Gilibert.

« Celle des Cordeliers sera affectée à la Bibliothèque ptAlique sous la surveillance et direction du citoyen Tabard, bibliothécaire.

<c Abt. 2. Les commissaires bibliographes et les conservateurs des arts sont chargés de se concerter avec les administrations municipales de l'arrondissement où se trouveront ces boiseries pour les faire démonter et inventorier, avec soin et économie, en préférant le mode de prix fûts, et les faire transporter ensuite dans les endroits ci-dessus désignés.

« Abt. 3. Les professeurs de Y Ecole centrale, formant le bureau, fourniront un récépissé double desdites boiseries, etc.

Abt. 4. Les boiseries et tablettes de la ci-devant bibliothèque des Lazaristes ne pouvant être employées utilement, à l'exception d*une table à 8 tiroirs y réservée fGQiV Ecole vétérinaire j seront vendues sur place, etc.^ »

Ces diverses mesures avalent reçu leiu: exécution, mais * cependant bien lentement (1), si on en juge par la correspondance officielle de l'autorité supérieure. Ainsi, le 3 venttee an VI, le classement des livres de la grande bibliothèque n'était pas encore achevé et celui de tous les livres épars dans la ville et surtout au grand dépôt de la ci-devant abbaye Saint-Pierre n'avait pas été effectué complètement. Pour en terminer, Tadministration départ^nentale se vit obligée de prendre un nouvel arrêté que je crois devoir reproduire aussi presque in extenso^ parce qu'il forme une page intéressante de l'histoire des vicissitudes de nos anciennes Bibliothèques monastiques et de la lente et laborieuse formation de la Bibliothèque publique actuelle dite du Lycée :

« Séance du 3 ventôse an VL « Délibérant sur la nécessité de terminer enfin le travail de Y Ecole centrale, concernant rétablissement et Vorgani--

(1) Le 11 ventôse an V, le gouvernement se plaint encore à Tadmimstntion centrale du Rhône de la lenteur du classement, — du défaut iwnUi de tues dans ce classement, — défaut remarqué surtout en ce qui concerne la bibliothèque des Capucins^ — et le ministre ajoute qtie le citoyen Lahussière est même resté dans une inaction eomptètCt et qae le citoyen Tabardsi mis une grande lenteur dans ses opérations, Sar cette plainte, il fut décidé « qu'il n'y aurait plus de commissaires bibliographes» — que le classement sera fait par le jury d'instruction de TEcole centrale, qui s'adjoindra des commis-libraires et des scribes — et que le catalogue sera achevé le 10 germinal suivant. (Arch. de Lyon, reg. des arrêtés.)

saiion définitive de la Bibliothèque publique y par le clasaement des livres qui y existaient déjà, et par la translation dans son vaisseau de toutes les parties des dépôts de livres épars^ et notamment du dépôt de la ci-devant abbaye de Saint-Pierre.

a Vu le certificat du président du bureau de V Ecole centrale^ du 48 pluviôse dernier, constatant qu'en verta de Tarticle 2 de l'arrôté de Tadministration du 4 4 ventôse an V, les commissaires bibliographes se sont adjoints pour Topération du classement et du triage des livres, savoir : d*une part, le citoyen Labuissière en qualité de commis f et le citoyen Levasseuœ , en qualité d'homme de peine.

« Vu les pétitions de ces derniers tendant à être payes de l'indemnité qu'ils réclament à. raison de leur travail.

« Oui le commissaire du Directoire exécutif, l'administration, en confirmant dans toutes ses dispositions son arrfité du 4 4 ventôse an V, arrête :

« Art. 4*'. Le Jury d* instruction ^ Y Ecole centrale et le bibliothécaire public, activeront par tous les motens qui SONT BN LEUR pouvom le transport èi la Bibliothèque publique de tous les livres existant dans le dépôt de la ci-devant abbaye Saint^Pierre, qu'ils jugeront convenable de conserver.

« Art. 2. Le bibliothécaire de V Ecole centrale présentera à Tadministration, d'ici au 4'' prairial, pour tout délai, le catalogue conforme aux règles bibliographiques de tous les livres qui devront composer la Bibliothèque publia quê, y compris ceux du dépôt de la ci-devant abbaye de Saini'-Pierre qui auront été reconnus devoir y être conservés.

« Art. 3. La vente des objets de rebut, des ouvrages

incomplets, des vieux papiers, continuera d'avoir lieu paUiquement, etc.

V ÀBT. 4. L'adjonction que VEcole centrale s'est faite du citoyen Labuissière demeure approuvée, il recevra une indemnité de 900 francs par an et le citoyen Levasseux celle de 300 francs.

« Le transport des livres qui devront être conservés à h Bibfiothèque publique et la vente des rebuts seront terminés le 4* prairial prochain ». (Fonds Coste, M, n^ 1 500.)

L'arrfité drdessus ne reçut pas son exécution dansles délais déterminés, mais je trouve dans le fonds Coste, n^ 4 501 , one lettre en date du 8 floréal an VI, par laquelle le citoyen B. Carman accuse* réception à. Tadministration du département du Rhône de l'arrêté du 2 floréal par lequel il est nommé commissaire bibliographe chargé de dresser on cakdogue sommaire des livres existant au dépôt de r^bbaye de Saint-Pierre. Ce dépôt fut enfin évacué, mais les livres, après avoir été entassés si longtemps dans les greniers de ce monastère, ne le quittèrent que pour être entassés et enfouis de nouveau dans ceux du Grand- Collège. Nous trouvons, en effet, dans les registres du Conseil municipal, un remarquable rapport présenté au Conseil par le maire de l'ouest, le 18 pluviôse an XI (7 février 1802), et dans lequel ce fonctionnaire se plaint de cette situation regrettable. Ce rapport fut fait à la suite de la mesure qui venait de supprimer l'Ecole centrale, instituée dans le Grand-Collège.

Par cette suppression, le préfet du Rhône jugea convenable de rendre à la ville la bibliothèque si péniblement installée dans l'ancien local des Oratoriens, sauf quelques livres réservés pour former la bibliothèque spéciale du Lycée, qu'on allait organiser. Le Conseil muni-

tu

pal, informé de cette décision, voulut connaître la situation de cette propriété que TEtat lui restituait, il chargea Tun de ses membres de Tétudier et de lui soumettre un rapport spécial. L'auteur de ce rapport fut le maire de Touest de Lyon. Il commence par rappeler que déjèi sous Tancien régime le dépôt placé sous le vaisseau de la bibliothèque fut déclaré municipcU, ce qui était indiqué par l'inscription placée sur le quai du Rhône, au-dessus de la voûte, portant ces mots : « Bibliothèque de la ville ».

« Avec le retour du calme, dit-il ensuite, les bibUoihèques monastiques furent mises à la disposition de la Nation, mais ces livres gissent encore épars. La belle bibliothèque des AugustinSj formée par le P. Janin^ celle des Cordeliers rangée par le P. DumaSy celles des Missionnairres, des Carmes-Déchaussés, des Jacobins^ des Minimes, du PetiP^Collége ont été apportées au Collège, mais elles sont encore dans les combles, dans Tancienne infirmerie de rOratoire. Plus de 50,000 volumes sont entassés, les planchers en sont surchargés, ils gissenl là sans honneur et sans utilité. Cependant, les commissaires chargés par le gouvernement d'organiser le Lycée ont besoin du local pour y placer un pensionnat provisoire jusqu'au moment où un local plus considémble, plus conforme au nombre des élèves fixé par la loi, pourra être réparé et rendu à sa destination.

a D faut donc déblayer l'infirmerie et fistire un triage des livres utiles et des doubles. La loi constitutive des Ecoles centrales avait placé ce dépôt entre les mains de son bibliothécaire. Une loi postérieure ayant supprimé les Ecoles centrales, il s'agit de pourvoir aussi à la nomina tion- d'un bibliothécaire.

« Le Conseil voudra donc bien proposer le citoyen Tabard, professeur, versé dans les sciences mathémati-

ques et le citoyen père de famille, professeur de

législation, bibliothécaire de l'Académie et de celle dite Adamoliy pour remplir les fonctions de conservateurs de la Bibliothèque publique de la ville, nommer deux garçons de salle et pourvoir au chauffage. »

Sur ce rapport le Conseil émit le vœu :

« 4« Qu'à dater du «•'germinal de l'an XI, la Bibliothèque de la ville fât confiée à la garde d'un bibliothécaire nommé à vie par le Conseil, au scrutin et h la majorité absolue.

a 2^ Que les fonctions de bibliothécaire consisteraient à Sedre donner aux citoyens les livres qu'ils demanderaient,

A LSUB nn>IQUBB CEUX QU'iLSKB CONNAITRAIENT PAS, Ctqui POXJBBAIENT LES AIDER DANS LEURS TRAVAUX, à rCCeVOir Ics

étrangers, à leur montrer les richesses lUtéraires que le dépôt renferme, etc... »

Mais MM. Tabard et Brun ne furent pas nommés (1). Le Conseil leur préféra M. Delandine qui fut choisi à

(1) MM. Tabard et Bran furent sans doate écartés à cause des lentears qu'ils avaient mises dans l'exécution de leur mission.

M. Tabard était, du reste , un bien piètre conservateur ou un homme animé d'un bien mauvais esprit.

Eu 1802, le ministre de l'Intérieur ayant clé informé qu'il existait à la Bibliothèque centrale d'Àuxerre et à la Bibliothèque nationale de Paris plusieurs manuscrits qui intéressaient particulièrement Lyon, proposa à M . le préfet de les céder moyennant quelques échanges insignifiants.

Parmi ces manuscrits figuraient, en première ligne, les Privilèges authentiques de la commune de Lyon (2 vol. in-fol. sur vélin et 1 vol. en papier), et la collection des écrits de Guichenon relatifs au Lyonnais, an Forez, à la Bresse et aux pays voisins.

M. Najac, alors préfet du Rhône, consulta M. Tabard sur l'offre du

iO

lunanimité de 21 voix. Néamoins le Conseil déclara que M. Tabard serait recommandé au conseiller d'Etat Fourcroy pour une place de l(Uinilé au Lycée.

M. Delandine (1) se mit courageusement à l'œuvre, et depuis lors» jusque vers Tépoque de son décès, en 1820, il eut l'heureuse pensée de publier, presque chaque année, un rapport imprimé sur Tétat du dépôt confié à sa garde. Ces rapports forment une véritable histoire de notre grande bibliothèque; l'auteur non-seulement y

ministre ; mais M. Tabard répondit d'une manière pitoyable il

conclat au rejet pur et simple de réchange...

Heureosement, qu'il se rencontra, plus tard, un bibliothécaire plus intelligent, et le fameux cartulaire dit de Villeneuve rentra dans les Archives communales de Lyon. Mais les manuscrits de Guichenon furent remis à la Bibliothèque de la Faculté de médecine de Montpellier où ils sont comme perdus pour les chercheurs de notre localité.

(1) M. Delandine (Antoine-François), né à Lyon le 6 mars 1756, avocat an Parlement de Dijon et de Paris, correspondant de l'Académie des inscriptions, en 1780, membre de l'Académie de Lyon, en 1781, fondateur d'une Société littéraire, auteur d'une histoire des Assemblées nationales, député aux Etats généraux pour le Forez, en 1789, vota constamment avec les défenseurs des principes monarchiques. Emprisonné à Lyon, en 1793, délivré au 9 thermidor, auteur du tableau des Prisons de Lyon, professeur de législation à l'Ecole centrale du Rhône, en 1795, bibliothécaire de la ville de Lyon, le 18 pluviôse an XI, 11 fut un des auteurs du nouveau Dictionnaire historique, des Catalogues imprimés de la Bibliothèque, chevalier de la Légion d'honneur, en 1814, et mourut à Lyon, le 5 mai 1820.

M. Delandine (Romanet) succéda à son père, comme bibliothécaire, de 1820 à 1825, mais forcé d'opter entre cette fonction et celle de vice-^président du tribunal civil de Lyon, il fut remplacé, pendant deux ans, par M. Poupar, inspecteur de l'Académie, littérateur qui s'attribtM une traduction, en vers français, de l'Art poétique d'Horace, mort le l*' mars 1827.

décrit la situation matérielle de ce grand établissement, mais il dte les dons qu'on lui a faits, les ouvrages dont il a pu fidre l'acquisition, et le public studieux lisait avec le plus grand intérêt ces petits opuscules, qui lui indiquaient toutes les nouvelles sources auxquelles il pouvait puiser.

Le.premier de ces rapports s'étend depuis 1*' messidor an XI jusqu'au l*' nivôse an XII. Dans ce laps de temps, M. Delandine a fait nettoyer les immenses piles de litn'es du dépôt situé au-dessus de Téglise, compléter les corps d'ouvrages dont les volumes y étaient épars et classer ces ouvrages en cinq grandes divisions relatives aux belles-lettres, à l'histoire, à la théologie. Plus de 6,000 volâmes, qui formaient environ la moitié des in-folio entassés dans ce local, furent ainsi distribués, et on mit à part les manuscrits et les éditions princeps depuis Torigine de l'imprimerie jusqu'en 4520.

Au môme moment, une Commission administrative, chargée de régir la Bibliothèque et de proposer les améliorations à faire, fut créée par le Conseil municipal, et le 2 messidor, cette Commission entra en fonctions. Elle se composa de MM. SainURousset, maire de la division du Ifidi, — de Laurencin^ de l'Académie de Lyon, — JMayeuvre- Champvieux, de la même Académie, — Rosset^ administrakur des Hospices et Caminet, juge au tribunal d'appel. Cette Commission ne pouvait être formée de meilleurs éléments.

Dans son second rapport, M. Delandine fait l'historique de son dépôt depuis le <•' nivôse an XII jusqu'au <•' vendémiaire an Xm. Dans ce laps de temps, il a terminé les cinq grandes divisions des in-folio et des in-quarto provenant des monastères et entassés dans le grenier de l'église. Les manuscrits ont été entièrement retirés du

tas ainsi que les éditions princeps. Tous les ouvrages dépareillés ont été mis à part et ils forment une pile malheureusement très- considérable. Les dons ont été encore assez nombreux et quelques acquisitions ont pu être faites. D'illustres voyageurs ont aussi visité la Bibliothèque et M. Delandine les énumère. Cette partie de son rapport ne manque pas non plus d'intérêt. Ce sont le comte d'Azzara, espagnol, frère de l'ambassadeur, intrépide voyageur dans le centre de l'Amérique pendant trente ans, — le prince polonais Sapicha, géologue distingué, — le célèbre Millin, conservateur du cabinet des médaillés à la Bibliothèque nationale, — Vinckkr, jeune savant attaché au même cabinet, — Huzard, membre de rinstitut, possesseur de l'une des plus riches bibliothèques en ouvrages de zoologie, — Lalande, le grand astronome, élève de l'ancien collège, — Thistoiien Lacretelle, aussi de l'Institut, — - la princesse Belmonte^ née duchesse SpinelU, connue par ses beaux portraits au pastel, etc., etc.

Outre ce rapport imprimé, M. Delandine en adressa d'autres à la Mairie, et comme ils relatent des faits qui ne se trouvent pas dans les rapports imprimés, destinés au public, je crois devoir en reproduire un qui ne manque pas non plus d'un certain intérêt.

En l'an XUI, le cardinal Fesch, en réorganisant le culte à Lyon, après les longues saturnales de la Révolution, demanda à la ville un certain nombre d'ouvrages pour reformer la bibliothèque du Grand-Séminaire. Ce n'était qu'une faible restitution qu'il réclamait, car la Révolution s'était emparée de la bibliothèque de l'ancien Grand-Séminaire, fondé par l'archevêque Camille de Neuville, sous le titre de séminaire de Saint-Irénée.

La ville invita alors M. Delandine, nommé bibliothécaire, à faire le choix des livres à remettre au cardinal, mais ce

choix était difficile. La grande Bibliothèque n'était alors qu'on véritable chaos, et il n'est pas sans intérêt de connaître dans quel état les événements avaient placé ce grand dépôt* Je cède pour cela la parole à son conservateur et voici ce qu'il écrivait, le 47 nivôse an XIII.

Après avoir décrit les vols conunis par de prétendus commissaires de la Convention et le chauffage des poêles des volontaires, pendant quatre mois, avec les ouvrages pris, au hasard, sur les rayons, M. Delandine ajoute : c Les livres, apportés des monastères, comblèrent ensuite les vides ; on remplit les tablettes des saUes, sans y mettre de Vordre, la belle bibliothèque Adamoli heureusement conservée, vint remplir la petite salle dite de ViHerm^ nommée maintenant Adamoli. Tout ce qui ne put entrer dans les tablettes fut transporté par des soldats dans un local au-dessus de l'église, empilé, pêle-mêle, et était depuis dix ans couvert de poussière. J'ai passé toute Vannée dernière à les appareiller et à les classer ; ce sont tous des in-folio et des in-quarto, environ 9,000 Maintenant que j'ai terminé l'arrangement du dépôt au-dessus de l'église du collège, je m'occuperai à ranger celui-ci, à faire transporter les ouvrages à la Bibliothèque, à séparer les doubles^ pour les offrir soit à la bibliothèque du Séminaire, soit à celle du Lycée. Mais ce qui a diminué la richesse du Dépôt c'a été le transport, par mon prédécesseur, de tout ce qui lui a paru convenable, dans une salle du Lycée, dans l'intervalle de ma nomination à mon installation. Ce nouveau dépôt forme la Bibliothèque du Lycée et des professeurs. J'en ignore la richesse et je n'y ai jamais été admis.

« n doit exister aussi une salle dans les bâtiments de Saint-Pierre où M. Gilibert et feu M. Brun, professeur, firent ranger beaucoup d'ouVrages rares, en histoire naturelle et

en sciences. C'était un choix fiiit par des savants, très-bons bibliographes, de tout ce qu'ils avaient trouvé de mieux dans tous les livres monastiques transportés h Saint-Pierre. La municipalité du Nord doit avoir les clefs de ce dépôt ; il serait utile qu'on voulût bien me les remettre... (Fonds Coste, n» 4504). »

Le troisième rapport de M. Delandine embrasse toute l'année 4806. Dans ce laps de temps, il a continué ses notices raisonnies des manuscrits, concernant mille volumes. Tous les in-douze et in-octavo provenant des couvents sont distribués en cinq grandes divisions, tous les dépareillés de ces formats ont été mis à part. Les 4 ,800 ouvrages doubles formeront la base de la bibliothèque du Grand-Séminaire. Tous les manuscrits et les livres imprimés, depuis 4450 jusqu'en 4520, ont été réunis dans une salle spéciale. Deux armoires de la salle Adamoli contiennent les ouvrages historiques sur Lyon et des auteurs lyonnais. Tous les in-folio de la grande salle et de la galerie Âdamoli, au nombre de 40,400, ont été rangés dans cinquante-trois armoires.

De nombreux étrangers ont visité encore la bibliothèque pendant l'année 4806.

M. Delandine cite le prince Lebrun, archi^-trésorier de l'Empire, — le cardinal Haury, — le sénateur Rœderer, — Bager, le savant orientaliste, — les ambassadeurs de la Dalmatie, — Joseph Bohnam, prôtre Chaldéen, savant écrivain, — Michel Abeyd, savant maronite, — Ouanés, arménien, enrôlé sous nos drapeaux en Egypte, — Boissyd'Anglas, — d'Aligre, — VEsplat du Temple, savant belge, — Jauffretf poète et littérateur aimable. Le quatrième rapport embrasse l'année 4809. Des acquisitions importantes et des dons nombreux ont eu lieu. — Ces dons sont dus surtout aux auteurs lyonnais.

En 1840, M. Delandine annonça, dans son rapport annuel, la prochaine publication de son catalogue des manuscrits de la Bibliothèque, œuvre importante qui formera sÎK volumes imprimés aux frais de la ville, et que la mort ne lui permettra pas d'achever. Les étrangers ont encore visité la Bibliothèque, ce sont le comte Abrial^ sénateur, bibliothécaire distingué, — le comte François de NeuchéUeau, ^énateur, — Erdman, professeur à Casan, en Asie, — Gurelin, de l'Université de Gôttingen, — le médecin allemand Jaeger^ — Morgesiem, bibliothécaire en Livonie, — Millin, — Reynaud, le mathématicien, — de Zach, le célèbre astronome. Ce rapport est le neuvième.

Le rapport de 1812 offre autant d'intérêt que les premiers. M. le comte de Bondy est alors préfet du Rhône et M. le comte de Montalivet, ministre de l'Intérieur; l'un et l'autre ont puissamment aidé au développement de la bibliothèque ; le catalogue imprimé des manuscrits , annoncé en 1810, est arrivé à son troisième volume; le premier contient un précis historique sur les anciennes bibliothèques de Lyon avant la Révolution. Au commencement de la notice que je publie ici, j'ai donné un résumé de ce précis, et il est à regretter que M. Delandine ne lui ait pas donné plus d'extension. Ayant vu luimême de ses yeux ces riches dépôts avant leur pillage, il eût pu donner, comme bibliophile distingué, des descriptions bien intéressantes de leurs locaux, de leurs richesses et de tout ce qu'elles ont souffert.

En 1813, les fonds manquent pour l'achèvement du catalogue imprimé des manuscrits. La fortune a cessé de sourire à l'empereur, — son étoile a pâli, — nos revers commencent, — ils ont été affreux en Russie

En 1 81 5, Louis XVTII a succédé à l'empereur, vaincu et captif à rne-d'Elbe. Le 25 juillet, la duchesse ^'Orléans,

fille du duc de PentUèvre, visite la Bibliolhèqae. Le 4 1 août suivant. M"* la duchesse d'Angoulème en admire aussi le vaisseau et les trésors littéraires, et se montre au balcon. Le 20 septembre suivanti le comte d^ Artois s'y présente et s'y souvient que trente-cinq ans auparavant, son frère, le roi Louis XVIII, alors Moksibub, Tavait aussi ^ parcourue. Il était accompagné du général comte de Précy, le vaillant défenseur de Lyon pendant le siège, qui montra aux princes les positions occupées alors par l'armée de la Convention. Mais tous ces princes reprennent bientôt le chemin de Texil. L'empereur est rentré, la guerre recommence, notre armée succombe héroïquement à Waterloo* Le roi remonte sur le trône et avec lui entrent en France de nombreux étrangers qui visitent la Bibliothèque. Parmi eux, on distingue l'astronome baron de Zaeh, hongrois, — - la duchesse de Devonshire^ qui avait vu à Londres des ouvrages volés en 1793 à la Bibliothèque de Lyon et dont elle promit de faire faire la restitution.

Dans son rapport de 1 81 5, M. Delandine revient sur les événements militaires postérieurs au 20 mars. Alors on avait commencé à fortifier Lyon en prévision d'une nouvelle invasion. Des pièces de 24 avaient été placées en batterie sur le quai du Rhône, devant la Bibliothèque. La tête du pont Morand avait été également fortifiée et M. Delandine avait craint de voir son dépôt subir les mêmes désastres qui lui avaient été si funestes pendant le siège de 1793, — mais en 1818^ Lyon ne put faire de résistance, la ville dut capituler. — Son bibliothécaire avait fui Lyon au moment du péril, — croyant sa vie en danger, — et il avait laissé son fils, seul gardien de son dépôt, n avoue lui-môme sa fuite et dit qu'il y avait été autorisé par le camie de Fargues^ maire de Lyon

Après la seconde abdication de l'empereur, les occupa-

tions stadieoses reprirent leur cours, dit M. Delandine, Fasik des Muses se rauicrit et les hommes de science y affluèrent.

En 4 84 6y les dons arrivent encore à la bibliothèque, mais les acquisitions sont plus rares, la France est obligée de payer sa rançon, la détresse des finances est énorme.

Chaque année, depuis lors, M. Delandine put achever le classement de son dépôt et en augmenter les richesses, mais la mort le surprit en 1820, ]e 5 mai. Son fils aîné le remplaça, mais obligé d opter entre les fonctions de bibliothécaire et celles de vice^président du tribunal civil de Lyon, il préféra ces dernières, non sans avoir achevé le septième volume du catalogue imprimé des manuscrits, commencé et publié par son père ; ce dernier parut en 4 825. Mais alors, on pensa que ce catalogue deviendrait trop onéreux pour les finances de la ville et qu'il faudrait encore bien des années pour le terminer, si on le continuait sur le môme plan.

M. J.-B. Poupar, inspecteur de TUniversité, lui succéda ; mais à peine fuMl entré en fonctions que l'Académie de Lyon réclama la bibliothèque Adamoli, qui était sa propriété, et que, lors de la réorganisation de la grande Bibliothèque, on avait transportée dans la galerie Villeroy, laquelle, par ce &it, avait perdu son nom et pris celui à'Adamoli. J'ai déjà parlé plus haut de ce généreux donateur, en énumérant les diverses bibliothèques antérieures à 4789. M. Bambaud était maire de Lyon, quand, en 4824, l'Académie formula sa réclamation, qui avait été repoussée maintes fois les années précédentes. Toutefois, ce ne fut que le 9 septembre 4 825, dit M. Fraisse, et vingt-cinq ans après sa première demande, que T Académie, après une décision du Conseil municipal, rentra en possession de cette bibliothèque. La ville lui ouvrit un

local digne d'elle, au Palais-des-Ârts ; elle devint pins tard le noyau de la seconde BibUothèque, dont M. Prunelle, maire après 1830, dota notre ville.

Son enlèvement causa un grand vide dans la Bibliothèque du collège. M. Poupar le combla, et la galerie Villeroy reprit son ancien nom.

La viUe, ne pouvant pas faire les frais du catalogue imprimé, laissé par MM. Delandine au 7® volume, décida qu'il en serait fait un autre, mais seulement sur cartes. En 1827, dit M. Péricaud, la Bibliothèque contenait tout au plus 90,000 volumes; après la vente des doubles et la restitution des livres Adamoli, ce nombre se trouva réduit à près de 70,000 volumes, formant environ 41 ,000 ouvrages. La partie inférieure de la grande salle en contient 8,000, la partie supérieure, 24,000, la salle Villeroy et celle des Estampes, 11 ,000, le reste était dans les dépôts. Une mort prématurée enleva M. Poupar, le 1*' mars 1827. M. Antoine Péricaud (1), de l'Académie de Lyon,

(1) Péricaud (Antoine), né à Lyon, le 4 décembre 1782, on des sept fondateurs de la Société littéraire, créée en 1807, savant bibliophile et bibliographe, publiciste et annaliste consciencieux, dont les nombreux ouvrages sont très-utiles et ont servi de base h de grandes compilations, a rendu de grands services à la biographie et à la bibliographie de Lyon. Toutefois, en 1847, il se vit retirer ses fonctions 11 avait fait de nombreux jaloux; des menées ténébreuses

et des amitiés trop complaisantes parvinrent à lui nuire dans Tesprit de Fadministration, dont la religion fut surprise ; — elle le révoqua.

M. Péricaud s'est fait un nom dans la littérature lyonnaise, et, comme bibliothécaire, il a rendu les plus grands services à notre grande bibliothèque ; c'est sous sa direction que fut entrepris et très-bien exécuté le catalogue général de ce vaste dépôt. M. Monfalcon devait écrire l'histoire de ce dépôt. Il aurait été heureux, sans doute, de dire tous les services signalés rendus à la science et aux lettres, dans sa

lui nieeéda. Ce nouveau conservateur continua le travail de classement, commencé par son devancier, et l'acheva en octobre 48918. Plus tard, fut fait le classement systématique de la bibliothèque, et, au fur et à mesure de ce classement, le triage des ouvrages doubles, destinés à être vendus. Le catalogue, imprimé par Rusand, fiit publié en avril 1831. Mais, avant de procéder à la vente, M. Prunelle, maire de Lyon, préleva sur les doubles 5,600 volumes pour en doter la Bibliothèque du Palais-des-Ârts qu'il venait de fonder, et à laquelle, en 1834, on ajouta encore 250 ouvrages de sciences et arts, recueils d'estampes, cartes, gravures, d'après les ordres du môme maire.

La vente des doubles, commencée le 28 juin 1831, ne se termina que le 24 mai 1 833 ; son produit s'éleva à 32,771 firancs, qui ont servi de suite, en partie, à certaines acquisitions que M. Péricaud énmnère dans sa notice, publiée en 1 835, et à laquelle j'ai fait de nombreux emprunts.

Les cartes des livres qui devaient rester à la Bibliothèque après leur classement systématique, ont été transcrites, depuis lors, sur des registresin-folio, et le verso de chaque feuillet a été laissé en blanc, pour y inscrire à leur

longue administration, par son savant prédécesseor, et de lai payer on tribut public de reconnaissance pour le concours si empressé que H. Péricand loi a donné, entre autres, pour la publication de son Histoire monumentale de Lyon. M. Breghot du Lut, conseiller à la Cour de Lyon, était le beau-frère, Tami et le collaborateur de M. Péricaud pour une grande partie de ses productions. Allié moi-même à M. Breghot du Lut, j'ai connu par lui M. Péricaud, dont j'ai pu souvent admirer la mémoire prodigieuse, la gaité si communicative et la verve intariMable.

place les livres qui entrent journellement dans la Bibliothèque, par dons ou par acquisitions.

M. Péricaud a administré la Bibliothèque jusqu'en 1847; alors il eut pour successeur M. le docteur Monfelcon, qu'une mort récente Tient d^enlever aux lettres et aux sciences. M. Mulsant lui fiit adjoint comme sous-bibliothécaire. Je ne dirai pas ici la vie si bien remplie, jusqu'à son extrême limite , de M. Monfalcon ; — je laisse ce soin à de plus autorisés que moi ; ils citeront ses nombreux services, dans sa longue carrière, comme médecin, comme administrateur, comme auteur, et ses travaux de tous genres auxquels il se livrait encore au moment où la mort a brisé, dans sa maio, sa plume si féconde. Tous ces travaux n*ont pas été livrés à l'impression ; mais ils ne seront pas perdus pour la science. Il les a légués à la Ville, qui lésa acceptés avec reconnaissance.

Par une récente décision, M. le Préfet lui a donné pour successeur M. Mulsant, conservateur^joint de la Bibliothèque du Lycée, depuis longues années. Le monde savant connaît ses nombreuses publications, qui lui ont donné un rang si éminent dans le domaine des sciences naturelles, et rinstitut de France a tenu à honneur de se l'attacher comme l'un de ses rares correspondants.

Le môme arrêté préfectoral , en date du 4 4 décembre 4 874 , a appelé aux fonctions de sous-bibliothécaire du Lycée M. Aimé Viogtrinier. Tout Lyon a applaudi à ce choix. M. Vingtrinier y était , du reste , naturellement désigné par ses nombreuses publications, par son excellent catalogue de la bibliothèque de M. Coste , dont il avait été l'ami et le secrétaire, par ses titres d'ancien président de la Société littéraire et de membre de Sociétés savantes, de directeur de la Rwue du Lyonnais et d'imprimeur de si nombreux et beaux ouvrages.

J'arrête ici mon récit de Thistoire de la Bibliothèque du Lycée que, du reste, je n'ai voulu qu'esquisser. Ce splendide Dépôt va , je l'espère , entrer bientôt dans une ère nouvelle. Des mesures , dont l'adoption est discutée en ce moment, permettront , peut-être, dans un avenir prochain , la réalisation des améliorations urgentes qu'il réclame. L'Université, en modifiant le Lycée, lui cédera divers locaux dans lesquels seront installés les différents et précieux fonds, enfouis maintenant dans les galetas appelés les dépôts, et notre Bibliothèque ne laissera plus rien à désirer.

H me reste à parler maintenant d'une autre Bibliothèque publique de Lyon, non moins importante que celle du Lycée.

LA BIBLIOTHàQUB BU PALAIS-BBS-ÂRTS.

Cette bibliothèque, la plus utile et la plus fréquentée de Lyon, a eu déjà aussi ses historiens. En 1854 , le 18 mars, M. le docteur Charles Praisse, l'un de ses conservateurs, lai a consacré quelques pages dans son discours de réception à TAcadémie de Lyon, M. Fraisse (Charles- Antoine), né près de Genève, le 2 féfrier 1804, mort à Lyon, le 25 juin 1870, docteur en médecine, médecin gratuit de plusieurs œuvres de bienfaisance, membre et secrétaire général de l'Académie des sciences, du Conseil municipal , deuxième adjoint au maire , membre du Conseil de salubrité, chevalier de la Légion-d'honneur, avait été appelé aux fonctions de bibliothécaire du Palaisdes-Arts, en novembre 1 849 ; il s'y montra ce qu'il avait été partout, homme supérieur, même en présence de la mort, dans les cruelles épidémies de Paris et de Marseille,

en 1832 et 1835. Usant, au profit de son dépôt, de ses liaisons d'amitié avec MM. Prunelle^ Rangnardet Bonafaus, il sut amener ces généreux donateurs à céder à la ville et à sa bibliothèque les collections qui y portent leurs noms. M. le docteur Monfalcon, également conservateur de cette mfime bibliothèque, a consacré aussi de nombreuses pages à ce dépôt dans la préface de l'inventaire imprimé, qu'il fit des richesses de cette bibliothèque, pendant qu'elle fut confiée à ses soins. Mais bien des années se sont écoulées depuis lors; la Bibliothèque, toujours bien dirigée, a progressé ; je crois donc devoir compléter ici son histoire jusqu'à nos jours, travail facile et agréable, grâce à l'obligeant concours de MM. Soulary et de Valons y ses conservateurs actuels, auxquels j'ai bien eu souvent recours.

La création de cette bibliothèque est toute moderne, elle ne date que de 43 ans. Sa fondation est due h l'habile administration de l'im des meilleurs maires de Lyon. M. le docteur Prunelle. Esprit libéral, médecin distingué , et que les événements politiques de 1 830 firent arriver à la mairie de la ville, M. Prunelle n'était cependant pas Lyonnais, mais originaire de la Tour-du-Pin (Isère). D'abord professeur à la Faculté de médecine de Montpellier, il s'y était distingué par son enseignement et fait connaître par son goût éclairé, comme bibliographe ; son aptitude spésiale en cette matière le fit môme désigner par le savant professeur Chaptal^ devenu ministre de l'Litérieur, pour le choix des ouvrages que celui-ci se proposait d'offirir à la ville de Montpellier, où il avait long^mps enseigné la chimie.Dans ce but, il charge M. Prunelle d'explorer toutes les bibliothèques publiques, depuis Le Mans jusqu'à Avignon» et depuis Âlby jusqu'à Chaumont ; mais cette mission, dit M. Auguste Benuurd, ne produisit presque rien.

Dans une seconde, fSsdte dans l'Est de la France, il fit une moisson plus abondante à Dijon, à Troyes et à Âuxerre. n y enleva tout ce qui lui parut précieux à un titre ou à un autre ; il prit & ces villes jusqu'aux monuments de leur histoire^ et cela pour en gratifier la Faculté db MénBCiNB de Montpellier.

 Auxerre, seulement, il enleva 1 44 ouvrages imprimés et 27 ouvrages manuscrits^ et parmi ces derniers se trouvaient les 33 volumes in-4® des manuscrits de Guichenan^ THistoire littéraire de Lyon, in-folio, 7 volumes, et d'autres, en 20 volumes, non moins précieux, pour l'histoire de Lyon, et provenant de la célèbre bibliothèque de La VakUe. H dut se repentir, plus tard, ajoute M. Auguste Bernard, dans sa notice sur cette bibliothèque, lorsqu'il fat devenu maire de Lyon, de n'avoir pas songé à restituer

à cette ville les manuscrits de La Valette Quoi qu'il

en soit de cette grave erreur commise par M. Prunelle et qui pèsera sur sa mémoire, il voulut, en arrivant à la mairie de Lyon, en oi^nisateur habile, étudier et voir, par lui-même, tous les services publics de la ville. Avec son coup d'oeil supérieur, il reconnut bientôt qu'il était urgent de doter Lyon d'une nouvelle bibliothèque, toute spéciale, consacrée uniquement aux arts et aux sciences^ et placée au centre même du quartier du commerce lyonnais, pour être d'un accès facile au public studieux.

Tous les éléments de cette fondation étaient sous sa main. L'Académie de Lyon possédait la belle bibliothèque Adamolif que ce généreux donateur lui avait léguée par son testament du 23 octobre 4763; — cette collection, après diverses pérégrinations^ était rentrée au Palais-des- Arts le 9 septembre 4825, mais elle était peu nombreuse, un peu surannée et peu accessible au public studieux. Elle ne s'ouvrait qu'une fois par semaine, d'après le vœu

de son donateur, puis deux fois par Bemaiûe, en vertu d'un arrêté du maire, du mois d'août 1828. M. Prunelle considéra ce fonds comme le noyau de la nouvelle bibliothèque publique, qu'il était dans sa pensée de créer. Pour Téiargir, sans retard et sans frais, il proposa aux présidents de TAcadémie, de la Société d'agriculture et de la Société de médecine, de réunir leurs collections à celle de TEcole de dessin, consacrée aux arts et composée surtout d^ouvrages à gravures. Chaque Société, dit M. Fraisse, s'engageait, d'après ce projet, à continuer l'acquisition des ouvrages, objets particuliers de ses études ; la collection générale devait s'accroître rapidement et reproduire pour notre ville l'établissement précieux de la bibliothèque des quatre classes de Tlntitut. Chaque Société conservait la propriété de ses livres, le catalogue seul restait commun. La ville s'engageait, en outre, à pourvoir aux frais de l'installation de ces Bibliothèques et à toutes les dépenses de l'établissement.

La Société linéenne et celle de pharmacie demandèrent et obtinrent d'entrer dans cette association.

M. Prunelle, qui suivait, par lui-même, cette organisation, ne laissait pas & d'autres le soin de la réalisation de ses utiles projets. Dès le 42 février 4831, il put annoncer l'ouverture de cette seconde grande Bibliothèque publique, installée dans le Palais-des-Ârts, et qui prit le nom de ce palais.

Le même jour, le docteur Pichard en était nommé le conservateur. M. Pichard (J.-M.), docteur en médecine, né à Lyon le 22 avril 1784, littérateur, mort le 29 août 4836, succédait à M. Trelis (Jean-Julien). Ce dernier, né à Alais (Gard), le 23 octobre 4757, mort près de Lyon, le 24 juin 4834 , membre de l'Académie de Lyon, traducteur des satires de l'Arioste, avait dirigé la bibliothèque de

rAcadémie , depuis son installatîon au Palais-des-Ârts, aidé de MM. Dumas et Cochard. C'étaient de bien habiles collaborateurs. M. Dumas (J.-B.), né à Lyon, le 41 novembre 1777, fîit tour à tour secrétaire général de la préfecture du Rhône, en 1805, conseiller d'arrondissement et manicipal, membre de l'Académie de Lyon, son historien et son secrétaire perpétuel, cultiva les lettres et se fit m6me un nom, comftne &buliste. Il est mort en 1862 et a eu la bonne fortune d'avoir M. le premier président Gilardin pour panégyriste. — M. Cochard (Nicolas-François), né à Villeurbanne, le 20 janvier 1763, était non moins distingué. D'abord avocat, il fîit ensuite pourvu de la charge de procureur du roi en la justice royale de Sainte-Colombe, membre du Conseil général de l'Isère, — juge au tribunal de Vienne, — président du canton de Sainte-Colombe, en Tan IV, — juge de paix de ce canton, en Tan VI, — membre du Directoire du département du Rhône, en 1799, — conseiller de préfecture, chargé de la surveillance des Archives, de 1 800 & 1 81 5 ; il s*adonna aussi à la littérature et aux travaux d*érudition. Collaborateur des Archives historiques^ il y publia de nombreuses notices historiques et statistiques sur les cantons du département. Rentré dans la vie privée, il se livra à l'agriculture, et mourut à Sainte-Colombe, le 20 mars 1834. Son plus beau titre de gloire, et qui le sait à Lyon? est d'avoir empêché la vente, comme bien national, du splendide palais Saint-Pierre.

De cupides spéculateurs avaient obtenu, plusieurs fois, du gouvernement qui se souciait peu de monuments, Tordre de la mise en vente du ci^evant claustral Saint- Pierre^ qui devait être démoli ; mais Cochard, par ses incessantes démarches, sut empêcher cet acte de vandalisme.

M. Prunelle ne perdit jamais de vue le succès de son œuvre ; retenu souvent à Paris par ses fonctions de

député, il fut puissamment secondé par M. Terme, alors premier adjoint, lequel devenu ensuite maire, lui-même, continua à la Bibliothèque du Palais-des-Ârts les soins éclairés de son prédécesseur. M. Terme (Jean-François) s'était fait déjà un nom à Lyon, comme médecin et comme publiciste. Elu membre de TÂcadémie des sciences, il en fut bientôt le président, et la Société de médecine le reçut aussi dans ses rangs. Comme administrateur, il sut rendre les services les plus signalés à la ville, et pour lui témoigner sa reconnaissance (rara avis) elle le chargea de la représenter à la Chambre des députés. On était alors à une époque où notre ville, libérale et généreuse, sachant apprécier le vrai mérite, et heureuse de le récompenser, se plaisait à se donner des mandataires dignes d'elle. L'esprit de parti n'était pas tombé, comme aujourd'hui, assez bas, pour aller chercher, on ne sait où, pour en faire des députés, des hommes des plus obscurs et de la plus complète nullité. Mais alors l'ouvrier n était pas embrigadé^ privé de toute initiative, esclave docile de meneurs ténébreux et invisibles, autocrates absolus de la foule inconsciente et niaise qui leur obéit et s^avilit même parcetteaveugle obéissance,r-que les chefs exploitent dans leur seul intérêt personnel^ — se souciant peu de l'intérêt des masses qui sont leurs dupes ; mais le seront-elles toujours ?? M. Terme mourut & peine âgé de 57 ans. La ville a donné son nom à Tune de ses principales rues.

Lyon possédait enfin deux Bibliothèques. Celle du Collège reçut dans ses attributions la Théologie^ la Juris-prudence y Y Histoire et les Belles-Lettres. A celle du Palais* des-Arts échurent les Sciences^ les Beaux^Arts et les diverses branches de la Technologie. La tâche des premiers conservateurs fut des plus rudes. Tout était à faire. Cinq bibliothèques appartenant aux Sociétés savantes, 5,600 vo-

lames pris parmi les doubles de la Bibliothèque du Collège, en 4834, auxquels on ajouta encore, d'après M. Péricaud, 250 ouvrages des arts et des sciences, des recueils d'estampes, de cartes et de gravures, la collection des livres du Muséum d'histoire naturelle et celle de l'Ecole de dessin. Tout cet amas d'ouvrages si divers demandait un • arrangement prompt et méthodique. M. Pichard entreprit ce travail avec courage et succès. U. le docteur Comarmond le continua, en 4836, après M. Picbard. M. Comarmond, né à Saint-Symphorienle-Chflteau, en 4786, peut 6tre regardé aussi à juste titre, comme Tun des hommes les plus utiles à notre ville, par les services de tous genres qu'il s'est plu à lui rendre. Docteur médecin, Tun des fondateurs du Dispensaire de Lyon, correspondant des ministères de l'Intérieur et de l'Instruction publique, inspecteur des monuments historiques du Rhône et de l'Ardèehe, il consacra d'abord tous ses soins àla BibUothèque confiée à sa garde en 4 836. n rédigea un catalogue parfaitement exact des livres appartenant à la ville; mais, dit M. Fraisse, les circonstances ne permireut pas que ces consciencieux et habiles efforts eussent tout le résiUtat qu'on en pouvait attendre ; néanmoins, la Bibliothèque, ouverte tous les jours non fériés, depuis 4836, commençait à rendre d'éminents services. M. Comarmond fut appelé, en 4840, à la direction des Musées de la ville. Ses connaissances artistiques l'avaient désigné pour ce poste important qui demande autant de goût délicat que de science et d'érudition Ce poste convenait même davantage à ses aptitudes; il rechercha avec ardeur les inscriptions et les monuments lapidaires, si nombreux et si précieux que garde le sol lyonnais, et accrut considérablement le Musée, dont il fit le catalogue, œuvre bien importante et dont le public

studieux serait si heureux de voir enfin le prompt achèvement ainsi que celui du livret des Musées, La mort surprit M. Comarmond, le 6 décembre 1857 (\), au milieu de ses travaux et de son riche cabinet que sa famille dut mettre en vente et disperser.

M. le docteur Mon£Edcon (2) avait succédé à M. Comarmond comme conservateur de la Bibliothèque du Palaisdes-Arts. Dès son entrée en fonctions, il tint à constater rétat du dépôt confié à sa garde, et adressa un rapport d'ensemble à M. Terme, devenu maire de Lyon en remplacement de M. Prunelle. Ce rapport fut placé en tête du catalogue imprimé que M. Monfalcon édifia de 1841 à 1846, sur les ordres de M. Terme.

Dans ce rapport, le nouveau conservateur constata d'abord « que son dépôt fut en pleine décadence dès les premiers temps de son existence et que sa ruine complète paraissait prochaine. Privé de direction , pendant un fâcheux intérim , le dépôt fut , en quelque sorte ,

(1) M. ComanooTul eut pour successeur M. Martin-Danssîgny (Edmond-Camille), né à Bordeaux, le 11 fructidor an XIII ; peintre d'histoire, conservateur des Musées des Antiques, le 10 décembre 1857, directeur du Musée le 19 avril 1870, chevalier de la Légion d'honneur, officier d'Académie, membre de l'Académie de Lyon, etc.

(3) M. Monfalcon (J.-B.), né à Lyon, le 11 octobre 179-2, docteur en médecine, l'un des auteurs du Dictionnaire des sciences médicales, médecin de THôtel-Dieu de Lyon et des prisons, membre du Conseil d'hygiène, médecin en chef de l'hospice de la Charité, rédacteur en chef du Courrier de Lyon, en 1832, chevalier de la Légion d'honneur, en 1835, bibliothécaire du PaiJiis-des-Arts, le 31 mai 1841 ; bibliothécaire de la ville, le 5 septembre 1847; auteur de diverses publications médicales, littéraires, polyglottes, archéologiques et historiques, de l'Histoire de Lyon, de l'Histoire monumentale de Lyon, de son Autobiographie, etc., etc., est décédé en décembre 1874.

abandonné, et ses faibles ressources s'engagèrent dans des souscriptions désastreuses par l'incapacité adminis-. trative de son conservateur. D'un autre côté, TÂcadémie tenait à ce que sa Bibliothèque, fondue dans celle de la ville, demeurât sous la garde de son conservateur à elle, tandis que la ville avait le droit d'en avoir un pour la partie de la Bibliothèque lui appartenant, mais M. Monfiedcon cumulant cette double fonction, toute difficulté cessa. »

En entrant dans sa charge, M. Monfiilcon trouva les 8 ou 9,000 volumes de la Bibliothèque Adamoli qui venait d'être restituée par la ville à l'Académie^ entassés dans plusieurs salles. Cette Bibliothèque n'ayant pas été continuée depuis 1769, beaucoup de ses ouvrages étaient demeurés incomplets, ce qui avait &it perdre à cette collection une grande partie de sa valeur.

Au 34 mai 4844, il y avait à la Bibliothèque du Palais des Arts :

Ouvrages appartenant à la ville . .

— — à l'Académie

— à la Société d'agriculture .

— — linéenne. . .

— — de pharmacie.

— — de médecine .

Total

40,000 vol,

20,500 vol.

M. Prunelle, en fondant 1^ Bibliothèque des arts, décida qu'il y aurait aussi une collection d'estampes; on en réunit un grand nombre, entre autres, des Marc-Antoine, des Albert Durer, des Rembrandt. Mais, ajoute M. Mon- &lcon, jamais pensée plus heureuse ne fut servie par des nmins plus inhabiles, sinon plus infidèles. » Vingt miUe

pièces, selon M. Comarmond, furent volées dans cette collection ; cependant M. Monfalcon croit que ce coupable détournement eut des proportions plus restreintes. Outre ces soustractions, on eut à déplorer de véritables actes de vandalisme (1 ) commis sur beaucoup d'estampes de grand prix, dont on rogna les marges, et d'autres furent collées sur des cartons. Toutefois, cette collection se composait encore, en 1844, de 26,000 estampes, en 57 portefeuilles^ en 27 cartables, en 24 volumes oblongs et 8 volumes in-fol. pour les œuvres distinctes de Sébastien Leclerc, deLairesseet de Bernard Picard. 20 cartables contenaient les pièces les plus estimées dont 5 Marc-Antoine magnifiques, des Marc de Ravenne fort beaux, des pièces superbes d'Albert Durer, Bambrandt, Nanteuil, Masson Antoine, Edelinck, Morin, Drevet et Tœuvre presque complète de Boissieu. » Toutefois, M. Monfalcon n'eut pas le loisir de faire le catalogue de cette belle collection ; ladministration 1 appela aux fonctions de conservateur de la grande Bibliothèque de la ville.

(1) Une partie des belles Archives historiques de la ville, conservées dans les combles de riIôtc1-de-ViIle, subit aussi, il y a quelques années, un traitement aussi barbare. On lit en effet dans une notice roise en tête de l'inventaire imprimé de ces Archives ce qui suit : « Plus récemment» un autre archiviste eut la malencontreuse idée de faire relier les procès-verbaux d'élection à Téchevinage. On détacha alors un à un tous les sceaux des Terriers (propriétaires de terres) et des Alaîtres des mestiers et on les jeta dans un panier. AlorSi sans * pitié pour les délicates miniatures des xv* et xvi* siècles et pour les enluminures plus robustes des xvii* et xviii* siècles, dont ces chartes sont la plupart ornées, il envoya celles-ci au relieur, qui leur fit subir l'orthopédie de sa presse. Nous laissons à penser ce que devinrent ces frêles productions de Tart du moyen^âge et de la Renaissance, sous l'action brutale de l'inexorable instrument? »

. La Bibliothèque du Palaid-des-Ârts se vit enlever, en 4849, une partie de ses richesses. Les Bibliothèques des Sociétés d'agriculture, linéenne et de pharmacie (4), malgré les engagements pris lors de la fondation de la Bibliothèque du Palais-des-Arts, en 4834 , envers M. Prunelle, retirèrent le contingent de livres qu'elles avaient fourni, pour fonder, chacune, leur bibliothèque particulière. Toutefois, celte perte ne s'éleva qu'à 4 ,300 volumes, qui fut bientôt compensée largement. Mais la Société d'agriculture ar-t-elle été bien inspirée en désertant la Bibliothèque du Palais-des-Arts oix elle avait trouvé bonne hospitaUté et où chacun pouvait facilement user de ses nombreux trésors? Aujourd'hui, le lecteur studieux sait & peine que cette Bibliothèque existe dans un galeUis pratiqué, sous les tuiles, dans les greniers du Collège. C'est dans ce réduit d'un accès impossible au public, brûlant l'été, glacial en hiver, à peine éclairé par quelques lucarnes, que la Société d'agriculture a consenti à laisser entasser les 40,000 volumes qui forment aujourd'hui sa Bibliothèque et qui est plus riche que celle du Muséum de Paris. C'est dans cet étrange local que M. le docteur Saint-Lager s'est imposé le généreux dévoûment de se Uvrer, par tous les temps, au classement de cette riche collection. Mais on peut se demander si la Société d'agriculture, qui s'est donné la mission de contribuer aussi, pour sa part, au progrès de

(1) U a^y avait plus de place poar les Bibliothèqaes de ces Sociétés qui recevaient , d'aillenrs, les mêmes publications que TÂcadémie des Sciences. A cette époqne, la salle Adamoli et la grande salle n'étaient pas reconstruites et mises dans l'état actnel, ce qui a permis de doubler et même de tripler leur contenance. Ces réparations importantes ont été faites, la première, en 1854, la seconde, en 1860 ; cette dernière aux frais de M"* Bonafous.

la science, est bien libérale, ea cachant ainai Bon trésor dans un g^renier d'un accès impossible et réservé eeulemeat à quelqueo-una? Est-il aussi d'une sage aâministratioa de laisser tant de beaux ouvrages, tant de splendides publications dans un grenier 0(1 la chaleur les caicme?... Mais sait-elle seulement que sa bibliothèque est ainsi séquestrée? Et cependant, on vient encore de demander k la Commission municipale 2,400 francs pour l'agrandissement de ce taudisW Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux rapporter cette Bibliothèque au palais Saint-Pierre ? L&, au troisième étage, existent d'immenses locaux vides, où, à peu de frais, on ferait une vaste galerie pour cette collection, aujourd'hui interdite au publie studieux ; mais il semble qu'& Lyon on ne ramasse des trésors que pour les cacher et les soustraire aux hommes d'étude ! Qui connaît les manuscrits, les éditions prvneeps, les estampes et les gravures de nos Bibliothèques et d'autres collections de nos Musées? Lyon serait-il, comme l'avare, qui se complaît & enfouir son or pour le contempler seul dans ime cachette?

Mais rentrons au Palsis-dea-Arts. Le retrait des livres des Sociétés savantes avait &it un certain vide dans sa bibliothèque. De généreux donateurs le comblèrent bien vite. U. Artaud en avait donné l'exemple dès 1837. Artaud (Antoine-Marie-François), né à Avignon, le 8 avril 1767, négociant, dessinateur, archéologue, directeur et créateur deâ Musées des antiques de Lyon, chevalier de la Légion d'honneur et de l'ordre de Saint-lfichel , fut un administrateur des plus habiles, et sut donner une grande extension aux collections confiées h ses soins. Démisisionnaire, en 1830, il refusa de prêter un serment t\m répugnait à sa conscience, et se retira è Avignon, più.-< :\ Orange où il forma une collection qu'il l^ua

à cette ville. Il y mourut, le 27 mars 4838; mais, le 27 juillet 4837, en écrivant ses dernières dispositions, le cŒor encore plein du souvenir heureux de ses nombreux amis de l'Académie des sciences de Lyon, dont une révolution inutile Tavait séparé, il leur légua sa bibliothèque et son médailler. Déjà il avait cédé à la ville son cabinet d'antiques, moyennant une pension de 2,000 francs.

A ce moment, M. Fulchiron, député du Rhdne (4), usait aussi de son grand crédit auprès du gouvernement, pour figure donner à la Bibliothèque du Palais-des-Arts plusieurs de ces grandes publications d'un prix très-élevé que l'Etat remet libéralement aux établissements publics de la province qui savent les demander.

L'exemple donné par M. Artaud trouva, bientôt après, des imitateurs, dont le nombre, malheureusement, est bien restreint depuis quelques années.

Je citerai , en première ligne , un homme de bien , M. Lambert, qui, à son heure dernière, en 4850, donna à la Bibliothèque du Palais-des-Arts sa bibliothèque particulière, comprenant 2,748 volumes. M. Lambert (Antoiae), né à Lyon, le 8 avril 4770, mort le 43 août 4850, ayant l'amour des antiquités, sans en avoir la connaissance, s'était plu à former aussi une très-belle collection d'objets d'art qu'il légua à la ville, avec ses livres. Ce cabinet avait une valeur d'au moins 300,000 francs ; il demanda seulement que la ville, en retour, donnftt 20,000 francs à l'un des ses neveux.

En 4853, M. Prunelle suit l'exemple de M. Lambert ; à

(1) M. Fulchiroii (Jean-Claude), né à Lyon, le 21 juillet 1774, mort en man 1859, a été dépoté da Rhône, pair de France, littérateur et aoteur d'an Vof/age en ItaUe, etc., etc

Theure de sa mort, arrivée le 20 août 4853, à Vichy, où il remplissait les fonctions d'inspecteur du grand établissèment de cette ville, il se souvint de la Bibliothèque du Palais-des-Arts, dont il avait été le fondateur, en 4834 ; il lui légua sa bibliothèque particulière, composée de 9,600 volumes,sans avoir fait cependant un testament contenant cette disposition ; mais comme il avait plusieurs fois manifesté, durant sa vie, ses intentions au sujet de sa collection, W^* Prunelle, sa sœur, fit honneur à ses intentions, en remplissant cette pensée exprimée seulement dans un testament non signé que le testateur avait firoissé et jeté au panier où il fut retrouvé. Si M. Prunelle avait eu au moins aussi la possibilité d^ajouter à ce legs les manuscrits de Gxdchenon, que Lyon a perdus peut-âtre pour toujours et par sa &ute !

Deux ans après, M. Rongnard meurt et donne aussi au Palais-des-Ârts sa bibliothèque particulière, contenant 5,700 volumes et son médailler (4).

En 4859, un autre Lyonnais, non moins généreux» M. Bonafous, enrichit, à son tour, notre seconde grande Bibliothèque pubUque de tous ses livres savamment réunis. M. Mathieu Bonafous, né à Lyon, le 7 mars 4793, mort à Paris le 23 mars 4 852, fut aussi l'un des enfiuits de notre ville les plus dignes de mémoire. Docteur en médecine, naturaliste, agronome, il fut l'un des fondateurs de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale. S'appliquant spécialement & la culture du mûrier et de la soie, -* du mais, du riz et de la vigne, ~ il publia des

(1) M. Rongnard (Jean-Bonayentore), mort à Lyon, le 11 février 1865, était un homme de goût, instruit, mais il n'a rien publié. U habitait une ancienne gentilhommière à la montée des Génovéfains.

ouvrages très-nombreux sur ces diverses parties de Tagricoltore, et propagea une foule d'améliorations et de vérités QtQes. Ses héritiers, M"^ Bouniol, sa sœur, qui lui snrvit encore, et son frère, M. Alphonse Bonafous, décédé déjà, non moins généreux, joigfnirent à la donation une somme de 40,000 francs pour l'installation des nombreux ouvrages légués par M. Mathieu fionafous.

Ces divers dons avaient accru considérablement la Bibliothèque du Palaisnles-Ârts. Au 4*' juin 4860, elle comptait déjà 60,000 volumes, c^est-è-dire trois fais Teffectif constaté, en 48ii, par M. Monfidcon.

La viUe, qui avait alors des ressources et était administrée par un préfet qui a pu dire, à sa mort, comme ce grand homme de l'antiquité : « J*ai trouvé Lyon de boue et je l'ai laissé de marbre )> en transformant en rues splendides des quartiers infects, mais dans lesquels se complaisaient les vieux Lyonnais , la ville acquit, à ce moment, la bibliothèque Thiollière, formée de 4,000 volumes. M. Thiollière (Victor), géologue des plus distingués, auteur de savantes publications sur la paléonthologie et les poissons fossiles de Cerin (Ain), avait formé à la fois une bibliothèque spéciale des plus belles et une collection des plus rares d'histoire naturelle. Les livres furent payés 20,000 francs, mais les héritiers Thiollière donnèrent au Muséum une précieuse collection de fossiles.

En 4869, la Bibliothèque du Palais-des-Arts est de nouveau l'objet d'une grande libéralité, M. Des Ouidi lui lègue sa bibliothèque médicale , de 4,000 volumes. Le comte Sébastien Des Guîdi, né près de Caserte, le 5 août 1769, mort à Lyon, le 27 mai 4863, descendait d'une &mille florentine établie à Naples. En 4799, il vint s'établir à Lyon comme répétiteur de mathématiques ; — peu après, il professa au collège de Privas, puis au Lycée de

Lyon, — devint inspecteur de l'Académie de Grenoble , en 48f 9, inspecteur de celle de Lyon, et fut reçu docteur en médecine. Allié h la famille Chion (de Crest) , il étudia la médecine homœopathique de Hahnemann et l'importa à Lyon en 4 830 : chevalier de la Légion d'honneur en 4 835, il avait vu, en 4833, firapper une médaille en son honneur. D'un caractère noble et bon, d'une générosité sans bornes, il ajouta;it à ces belles qualités une profonde et vaste instruction. Ses principaux ouvrages de mathématiques et d'homcBopathie ne furent cependant pas légués à la ville, il les donna à divers parents et amis.

M. Mon&lcon, ayant été appelé à la conservation de la Bibliothèque du Lycée , en 4 847 , eut pour successeur M. de Laprade (4). « L'administration de M. Mon&lcon avait été des plus habiles, dit M. Fraisse dans son discours de réception à T Académie de Lyon, en mars 4854 ; aussi, ajoute cet auteur, il laissa une tftche Ssicile à ses successeurs ; les travaux qu'il ne put terminer furent repris et menés à bonne fin par M. Victor de Laprade. Celuici sut allier le culte de la poésie et les hautes méditations du professeur au patient et modeste travail du bibliothécaire. »

(1) M. Laprade (Pierre^Marin- Victor-Richard de), né le 13 janvier 1812, & Montbrison, avocat à Lyon, a débuté par le poème les Parfvmi de Madeleine, en 1839. Bibliothécaire dn Palaia-des-Arts,— profesaeor à la Faculté des lettres de Lyon, en 1847, — démissionnaire de la place de bibliothécaire en 1849, par scmpale, — membre de VAcadémie française, le 11 février 1858, — révoqué de ses fontions de professeur, par décret motivé (satire politique, les Muses d^EtaQ, du 14 décembre 1861, — chevalier de la Légion d'honneur, en 1846,— député à r Assemblée nationale, le 8 février 1871, démissionnaire pour cause de santé en 1872.

HZ

Mais M. de Laprade ne conserva pas Icmgtemps ses fonctions. Il donna sa démission de bibliothécaire, par scrapule, ne voulant pas cumuler deux fonctions publiques. Bel exemple de rare désintéressement.

Son successeurfîit M. le docteur Fraisse, ancien adjoint au maire de Lyon, nommé en novembre 4 849. Son administration fut secondée par M. de Valous (1), nommé bibliothécaire^joint, en 1856, en remplacement de M. BoUe. Ce dernier avait commencé le classement des estampes et publié, en 4 854, le catalogue raisonné des Ëcoles française et anglaise, — ouvrage demeuré inachevé. Ce fut sous la direction de M. Fraisse que les salles de la Bibliothèque reçurent de nouveaux aménagements, et que les anciens fonds et ceux dus à des dons furent inventoriés et classés. Le catalogue général, par ordre de matières, entrepris et en voie d'exécution, comprend 45 volumes in-folio, ouvrage d'un rare mérite.

Après le décès de M. le docteur Fraisse, en 4870, la Bibliothèque du Palais-des-Ârts fut confiée aux soins éclairés de M. Joséphin Soulary qui en est encore aujourd'hui le conservateur (2).

(1) M. de Valons (Jean-Vital), né à Flenrieux-snr-rArbresle , le 2 mars 1825, a publié, entre autres :

En 1862, une NoUee «ur les Maisons communes de Lyon.

En 1863, les Origines des familles consulaires de Lyon,

En 1864, on Essai d'un nobiliaire lyonnais.

Et de 1865 à 1873, plusieurs Mémoires et des Notices d'un \rai mérite, insérées dans la Revue du Lyonnais,

(S) M. Soulary (Joséphin), né le 23 février 1815, à Lyon, ancien chef de division à la Préfecture da Rhône, chevalier de la Légion d'honneur, a publié :

1856. * Les Sonnets humouristiques, 1 vol. in-8.

M. Soulary, je n'ai pas besoin de le dire, est auteor de piuflieura vjolumes de remarquables poésies et cbevalier de la Légion d'honneur. On lui doit aussi la création, en 4 866, des séances du soir, suivies avec un si louable empressement par une foule nombreuse déjeunes ouvriers ou employés du conmierce, qui ont la sage pensée de consacrer à l'étude tant d'heures de la veillée, gaspillées par tant d'autres dans l'oisiveté ou dans de ruineux plaisirs.

M. Soulary fut, à l'origine, le directeur de ces séances du soir. Ce service, spécial dans le principe, est rentré maintenant, depuis 4870, dans Tadministration ordinaire. Les deux bibliothécaires le surveillent tour à tour.

M. de Valons , bibliothécaire-adjoint , depuis 1 856 , est digne de ces importantes fonctions, par divers travaux de mérite qu'il a pubUés sur Tarchéologie et la bibliographie lyonnaise. Son savoir et son obligeance sont connus ; on n'y recourt jamais en vain, et il est pour l'homme d'études un guide toujours sûr et empressé.

Telle est, en résumé , l'histoire encore courte de la seconde BibUothèque de Lyon, [i) M. Fraisse disait d'elle.

1859. — Les Figuline$ (poésies), 1 vol. in-8*.

1869. — Les Diables bleus (poésies), 1 voL iD-8«.

1870-71. — Pendant l'invasion (poèmes), on vol. in-8*.

1871. — Sonnets, poèmes et poésies (œuvres complètes), 2 volumes in-12.

(1) Dans son rapport au Sénatear*préfet, en 1859, M. Fraisse évaluait à 60,200 volumes tous les fonds conservés dans la Bibliothèque. Depuis, l'importance s'est accme par les collections Bonafous, Thiol- Hère, des Gvidi mentionnés ci-dessus, par les acquisitions annuelles et les dons faits soit au fonds de la ville, soit à celui de FAcadémie des sciences. L'effectif actuel (août 1874) peut être porté à 75,000

en 4854 : a Aujourd'hui» notre établissement est non tout ce qu'il peut fitre, mais tout ce qu'il pouvait devenir avec les fidbles allocations dont il dispose. Nos richesses augmentent tous les jours ; les dons splendides du gouvernement viennent, chaque année, accroître le département des Beaux-Arts. On doit à l'honorable M. Fulchiron plusieurs de ces beaux ouvrages qu'un bibliothécaire montre avec orgueil. Aussi, bientôt, inscrit en lettres d'or sur des tables de marbre récemment votées par le Cionseil municipal, le nom de ce généreux citoyen ouvrira-t-il glorieusement la liste de nos bienfidteurs.

c La spécialité de cette Bibliothèque est riche et variée ; elle répond à des besoins qui se manifestent et grandissent chaque jour. A Lyon , — le &it est incontesté , — les sciences et les arts sont incomparablement plus cultivés que les lettres, et il devait en être ainsi dans une ville essentiellement industrielle. La Bibliothèque du Palaisdes-Arts ne se plaint donc pas du lot qui lui est échu ; elle n'a rien à envier à son aînée. Tout, en effet, concourt à loi fiiire de belles destinées. Retraite silencieuse, au milieu des bruits de la vUle, située au centre même de l'industrie, dans un palais où sont assemblées toutes les richesses scientifiques et artistiques de la cité ; voisine de TEcole des Beaux-Arts, dont elle est la succursale, et de ramphithéfttre de la Faculté, où d'éloquents professeurs Tiennent, tour à tour, enseigner les belles-lettres et les sciences, quelles circonstances plus favorables pouvaient sasorer son avenir! Aussi, voit-on, chaque jour, un public

Tolomes, dont 20,000 appartenant à rAcadémiet 2,000 à la Société de médecine, plos 300 volumes de manuscrits et 25,000 estampes et une quantité de brochures. (Note de M. de Valous).

nombreax et choisi prendre place autour des tables ; une jeunesse studieuse et recueillie vient demander aux livres et aux collections de rétablissement le complément de la parole des maîtres...,.

« On le voit donc, la Bibliothèque du Palais-des-Ârts n a plus à faire ses preuves. Le temps a prononcé sur elle et constaté sa haute utilité. Etablissement scientifique, créé surtout pour TenfiBint du peuple, elle est devenue pour cette partie si intéressante de la population un moyen puissant d'étude et de moralisation ; ouverte à tous les âges, à toutes les professions, à tous ceux qui, par goût et par état, cultivent les sciences et les arts, les services qu'elle rend l'ont placée, dès longtemps, à la tête des institutions les plus libérales et les plus utiles de la cité. ».

Vingt^eux années se sont écoulées depuis le jour où M. Fraisse écrivait ces lignes, et la France a subi deux cruelles révolutions dans ce court espace de temps ! ! ! Toutefois, disons-le avec bonheur, la Bibliothèque du Palais-des-Arts a toujours progressé, malgré ces douloureuses vicissitudes, et rien ne manque à sa splendeur. — Mais, cependant , on peut dire d'elle qu'elle ressemble quelque peu à ces personnes d'une constitution vigoureuse auxquelles une alimentation trop substantielle finit par donner la pléthore. Son habit, devenu trop étroit, éclate Ses tablettes, bondées de livres, sont insuffisantes, ses dépôts regorgent et elle ne sait plus où mettre ses trésors, ni les étaler au public impatient de ne pas les voir. Le moment n'est-il donc pas venu, comme je le disais dans ma récente notice sur le Palais-des-Ârts, d'aviser, non pas d'agrandir cette Bibliothèque , qui ne saurait Fôtre, faute d'espace dans le Palais, mais de lui chercher un autre gite central.

Si la ville , presque ruinée par les hommes de 4870, et

aax expédients, ne peat songer, avant de longues années, à construire un monument affecté spécialement aux grandes Bibliothèques réunieSj et à abriter TAcadémie et les Sociétés savantes, pourquoi ne consacrerait*elle pas à la Bibliothèque le troisième étage du Palais ? Ce vaste local , aujourd'hui à F état de grenier et habité par toute une population de concierges, à côté de dépôts des plus inflammables, pourrait, à Taide d*un ciel ouvert, former une galerie de 400 mètres de longueur, consacrée en partie à la Bibliothèque et dont le reste formerait le musée des graveurs ly(mnais et des grands prix de TEcole des Beaux-Arts ainsi que des salles de cours pour l'Ecole des Beaux-Arts. Quant au local de la Bibliothèque actuelle du Palais* des-Arts, il compléterait celui de la galerie des antiques, devenu trèannsuffisani, et ce Musée prendrait alors toute ytxtension qu'il doit avoir. L'art ne peut pas rester stationnaire à Lyon ; — l'art est la source de la vie de notre indus^ trie. — n feut que cette source précieuse porte partout la

fécondité et que notre commerce, secondé par l'art,

inspiré par lui, s'élève, grandisse et atteigne de nouveau les hauteurs où il doit être placé dans le monde.

J'ai raconté sommairement, dans les chapitres précédents, les origines de nos deux grandes Bibliothèques, — leur transformation à Tépoque douloureuse de la Révolution, quand les bibliothèques monastiques y furent adjointes; — et décrit les locaux qu'elles occupent aujourd'hui, — mais ma tAche n'est pas achevée, car ces grands et riches dépôts ne sont pas ce qu^ils peuvent et doivent

^tre Hb sont loin encore de cette perfection que doivent

présenter « ces grands réservoirs de la pensée humaine,» où rhomme d'étude et Térudit viennent puiser le savoir ou goûter les charmes de la vie intellectuelle. Quiconque, en effet, s'est plu à visiter les Bibliothèques de nos grandes villes et de l'étranger, ne tarde pas, en parcourant les nôtres, à constater les imperfections de celles-là, et de désirer que bientôt aussi elles ne soient portées à la hauteur de tous les grands dépôts publics, auxquels les villes qui les possèdent s^empressent à l'envi d'apporter toutes les améliorations possiÏDles. Car partout on reconnaît enfin, par une douloureuse mais trop tardive expérience, que le niveau de l'instruction en France est inférieur à celui de tous les peuples de l'Europe, -^ que cette infériorité est pour beaucoup dans nos récents désastres, — et que, si jamais notre pauvre France, si déchue aujourd'hui, doit et peut reprendre son ancien et glorieux rang dans le monde, ce ne sera qu'à la condition que son instruction s'étende, se fortifie et ne reste pas superficielle comme elle l'est aujourd'hui. Nous n'avons que le vernis du savoir, — et sous ce vernis se cache une ignorance que je me permettrai d'appeler honteuse. Il importe donc d'ouvrir toutes grandes les portes de nos Bibliothèques, surtout à la jeunesse, de l'y amener par les séductions et l'attrait qu'elles doivent lui présenter, et de l'habituer à préférer une étude substantielle à des loisirs souvent si mal employés. En ornant ainsi l'intelligence, on parlera peut-être aussi au cœur. Quand le jeune homme lira les pages navrantes de nos derniers désastres, il se dira peutêtre aussi : « Mais tant de honte ne doit-elle pas être effacée? Le drapeau de la France, qui avait toujours flotté victorieux et respecté dans le monde entier, restera-tnil encore longtemps abaissé et couvert d'un crêpe ? Et il se demandera la cause de notre décadence. Il verra alors par

queUes détestables doctrines on a perverti la nation , amoindri le sentiment du devoir , du vrai patriotisme, de Tabnégationy — pour faire dominer partout Tignoble théorie des jouissances et des satisfactions matérielles. Il reconnaîtra aussi qu'à l'heure suprême du péril, quand notre malheureux pays, succombant sous le nombre, subit ses premières défaites, les mômes hommes qui avaient gangrené le cœur de la France et empêché son armement, commirent le plus grand crime que Thistoire moderne ait enregistré, celui de Tlnsurrection révolutionnaire, du décbaînement des plus ignobles passions, quand, au contraire, la patrie, mutilée, vaincue, demandait à tous ses enfants la concorde, l'abnégation et Funion de tous contre les barbares qui souillaient le sol sacré du pays. — Voilà ce que le jeune homme studieux reconnaîtra, et son cœur indigné, répondant au cri de la patrie en deuU, lui dira : « Ma mère, vous souffirez, mais vos enfants vous aiment encore », — et il donnera pour elle son sang et sa vie.

Il s'agit donc de donner à nos Bibliothèques, devenues Tan des moyens les plus efScaces de notre régénération, la plus grande perfection possible. Voyons d'abord ce qu'est aujourd'hui notre grande Bibliothèque, dite du Lycée.

En France, on aime à se payer de mots: — à Lyon, chacun répète, depuis quarante ans, cette phrase de M. Péricaud : a La Bibliothèque de Lyon passe, à juste titre, poor une des plus belles de l'Europe. » Mais combien (le Lyonnais vont-ils à cette Bibliothèque? Qui l'a visitée ('n détail, qui en connaît les grandeurs et les misères? Qui a souci d'effacer ces misères, — qui apporte son or pour les soulager seulement. Lyon, il est vrai, et c'est là sa seule excuse, Lyon n'a pas le temps de lire. — Les âoncis politiques absorbent tous les instants de ses admi-

nlBtrateurs, et le comptoir, le magasin et la fabrique pren«nent tout le temps de sa laborieuse population. Toutefois, celle-ci sera peut-être heureuse de savoir ce qu'est la Bibliothèque à laquelle je la convie si instamment à se rendre. Pour accéder à ce vaste dépôt, on firanchit, sur la place du Collège, une porte qui a le cachet de son temps et audessus de laquelle se lit l'inscription suivante : (\ )

COLLEGIUH TRINITATI SACBUM

HBNBICI MAGKI BT LUDOVICI JUSTI

BBGUM CHBISTIANISS. MUNTFICA VOLUNTATB

CAROLI DE NBUFVILLB PRO BBOnS AUSPICIIS

jBRB MUKICIPALI BXTRUBBUNT

BJUSD. COLL. AUTHORBS PATBOKI PBOPBIBTABTI

PBiBF. MBBC. BT COSS. LUOD.

Cette courte inscription résume toute l'histoire de la maison dans laquelle on entre.

C'est le collège de la Sainte-Trinité, — rebâti sous les règnes de Henri le Grand et Louis le Juste et avec leur concours, — sous le gouvernement de Charles de Neufville, — à l'aide du Trésor municipal. — par les soins de

(l) GeUe porte remonte tax premières années da xvir siècle. Le fronton brisé contenait un écnsson, sânsdoate, aux armes de la ville. A droite et à ganche de Tare qui forme la baie d'entrée, se trouvent deux compartiments, en forme d*ovale, an milieu desquels se voient encore deux crochets en fer, qui semblent attendre des écussons mobiles. Nous présumons que ces écussons étaient : i* Celui de Tordre des Jésuites ; 2* celui du collège de la Trinité portant un Père étemel tenant le Christ en croix devant lui, avec cette légende : imtM suMT n Hi TKis. (£(i>Nii/ MarUUangt. M. L. Charvet, p. 178}

ses mattres et patrons, le Prévôt des marchands et l'Echevinage de Lyon.

Un Lyonnais se sent donc chez lui dans cette grande maison, puisque ses pères l'ont bfttie de leur or, et il participe à sa prapriéié que TEtat, mal inspiré, s'entête à lui disputer. — Peut^tre bien des Lyonnais se plaisent- ils même, en passant cette porte noircie par les ans, à se rappeler des souvenirs de leur enfance et à se reporter vers ces temps heureux où se rendant, chaque piatin, aux classes de ce collège . . . sans peut-être bien savoir leurs leçons. . . ils voyaient déjà se dresser devant leur paresse, le spectre horrible de la retenue et du pensum ?

Quand on a firanchi cette porte basse, au milieu d'une foule de jeunes écoliers, toujours bruyants, on monte un étroit escalier, propre aujourd'hui , mais si long, que Tétranger qui le gravit se demande si c'est sur les toits que la Bibliothèque est placée... Après une pénible ascension, on se trouve à l'entrée d'un long corridor nu, désert, et où n'arrive d'autre bruit que celui des cris des écoliers qui jouent dans les basses fosses humiieSy privées d'air, qu'on appelle les cours du collège. Le visiteur s'arrête, malgré lui, à l'entrée de ce long couloir et se demande s'il n*e8t pas dans un de ces déambulatoires de monastère du xvn* siècle, où circulaient silencieusement de pieux reclus, heureux de vivre loin des agitations du monde ; car ces lieux n'ont pas perdu leur cachet primitif, et on s'étonne presque de ne pas voir sortir de Tune des portes des cellules de ce vrai cloître, un Oratorien en prières ; — mais rien n'y indique le vestibule d*une bibliothèque. Les murs de ce long couloir sont nus, sans aucun de ces monuments dont on aime à orner l'antichambre d'une bibliothèque, comme pour indiquer qu'on va entrer dans nne galerie consacrée aux Lettres et aux Sciences. Luoce

inutile, me dira-t-on, le luxe est proscrit à Lyon (4). Enfin, le voyageur trouve devant lui, au bout de ce corridor, une lourde porte en chêne, noircie aussi par les âges, ayant conservé également le cachet de son temps et auHiessus de laquelle sont écrits ces mots sur une plaque de marbre :

BIBLIOTHSCAM UTILITATI PUBLICiB OBDICAVIT SUAM

civiT. Luan.

Il est arrivé. — Il est dans la g^rande salle de la Bibliothèque. — Là, il peut, jusqu'à un certain point, répéter cette phrase de M. Pericaud, vraie il y a quarante ans et qu'on devrait se lasser de recopier sans cesse dans tous les livres qui parlent de notre Bibliothèque et que j'ai citée plus haut. La salle a un espect saisissant ; son vaisseau est hardi, immense, grandiose même(2). — On le parcourt avec une certaine admiration. — Il est pavé de mar-

(1) Ce corridor est sombre, long et étroit, mais son tort priacipal c'est l'existence de detuc latrines publiques^ toujours héantes^ devant lesquelles les lecteurs et les visiteurs doivent nécessairement passer. L'infection est permanente, (Rapport de M.Monfalcon, janvier 1874.)

(?) Elle mesure quarante-huit mètres de longueur, onze de largeur et environ treize de hauteur, — Son architecte est encore demeuré inconnu, malgré les savantes recherches de M. Charvet ; toutefois, on peut supposer qu'elle fut élevée d'après l'inspiration du P. Martellange et construite en 1641, car on trouve à la date du 13 noveml^re, uu acte par lequel la congrégation des Messieurs établie dans une chapelle au^essous de la Bibliothèque, s'engagea à concourir pour une somme de 3,000 livres, à la couverture de la Bibliothèque.

Cette chapelle, lies Messieurs, fut décorée à Tintérifar par T. Blanchet. Voici sa description, faite par André Clapasson, en 1761 : « Cette chapelle, dit-il, est magnifiquement ornée. Blanehet a fait le dessin de tous les embellissements, et fait toutes les peintures, à l'exception de celles de la voûte, qui sont du frcre L'Àbbé.Vvkiel est formé

bre, — le jour y pénètre à fiotSi par un double rang de larges baies, les livres reposent sur des tablettes grillées en chône sculpté , surmontées de bustes en marbre , et, au-dessus de ces tablettes, règne un vaste balcon, hardiment suspendu, et qui donne accès à un second rang de tablettes, chargées aussi de milliers de volumes bien rangés. Aux extrémités de cette belle et vaste galerie reposent, sur leurs pieds ornementés, ces énormes mappemondes, œuvres de savants religieux lyonnais, dont l'un a conservé les traces d'une bombe qui Ta troué. — Enfin, au milieu de la galerie, se trouvent trois immenses tables noires, autour desquelles s'asseoient les trop rares lecteurs pendant Tété. — Autrefois, un grand tableau, peint par Mignard , ornait le fond de la salle ; il représentait Louis XrV, à cheval, couronné par la Victoire (4).

par deux grandes colonnes corinthiennes de marbre de Savoie, dont les bases et les chapiteaux sont dorés et qui portent un fronton circulaire; le grand tableau posé dans le milieu représente une Assomption. Le pavé du sanctuaire et la balustrade sont aussi de marbre. Les côtés de la chapelle sont couverts par un lambris qui renferme douze tableaux de la Sainte-Vierge. Chaque tableau est accompagné de deux figures d^adolescents de marbre d'imitation. Au-dessous de ces tableaux étaient gravées des inscriptions. »

Il va sans dire que la Uévolulion a passé par cette belle et riche chapelle et qu'elle y a tout brisé et saccagé.... L'Université en a fait une salie de gymnastique pour les élèves du collège ; heureuse peoff e et pleine de prévoyance, qui a consisté à faire respirer aux eofants entassés dans cette salle, pour le développement de leurs muscles, le plus de poussière possible.... Et était-ce bien le cas de réserver à cet usage, une chapelle remplie encore de peintures religieuses^ L'Université et surtout les Normaliens, presque tous libres-penseurs, ne regardent pas de si près, — et cependant on veut que la jeunesse ait le respect de la religion ! ! '

(1) Ce tableau a clé lacéré en 1793 ; il est remplace par le portrait du P. Menestrier.

Au côté nord de la salle s'ouvrent le salon de leeiure, en hiver, si exigu qu'il ne peut contenir que dix-sept personnes, — et la Terrasse^ convertie en batterie de canons, pendant le siège, et du haut de laquelle on pouvait, jadis, admirer le cours rapide de notre fleuve et les chaînes neigeuses des Alpes.

Sur le côté droit de la grande salle, et presque vers son milieu, se trouve une vaste arcade, à vitrages et portes, qui donne accès dans une longue galerie qui a retenu le nom de Villeroif de Tarchevôque Camille de Neuville- Villeroi, lequel, en 4690, légua sa bibliothèque particulière au collège tenu alors par les PP. Jésuites. Cette galerie est établie au-dessus d'une partie des bâtiments occupés par le Lycée. Elle mesure 22 mètres de longueur sur 5 mètres de largeur.

Primitivement, elle était éclairée, au nord par des fenêtres donnant sur une cour, et, au midi, sur une rue. Il y a quarante ans, on jugea convenable de murer ces fenêtres latérales et de substituer à son ancienne toiture, un vitrage complet, à ciel ouvert, avec grillages, mais sans se rendre compte des g^raves inconvénients que présente ce genre de toiture. En effet, au moindre orage, les vitres de ce cielHmvert sont soulevées par le vent, et la pluie s'y infiltre largement. Le parquet de la galerie en témoigne hautement par ses nombreuses et larges taches, et les eaux sidérales coulent aussi k long des livres soumis ainsi à de fréquents lavages. Pendant les chaleurs de Fêté, les rayons d'un soleil ardent, que n*arrêtent ni un vélum en toile, ni même des vitres dépolies, décolorent et calcinent même le dos des livres déjà fanés par les bains auxquels ils sont soumis. Cette situation regrettable a été signalée souvent aux bureaux de la mairie, par M. le Conservateur Monfalcon, et, à défaut de réponse de leur part, il a du

faire coller du papier sur les vitres. Mais le mal est accompli. — Des milliers de volumes n'ont plus qu'une couverture décolorée pari'eau et le soleil, et desséchée au point de se briser sous la main. Cette galerie renferme 40,444 volumes (4).

Ajoutons aussi qu'elle est ^/aci'afe l'hiver, brûlante Tété et sans qu il soit possible de tempérer la chaleur sénégalienne qui règne dans cette serre^haude, fiante d'ouvertures et de vitres mobiles dont on a oublié de munir le ciel-ouvert. Pendant les neiges^ qu'on ne peut enlever, ce local présente aussi le graveinconvénientd'êtretrës^bscur.

Un moment, cette galerie avait pris le nom à'Adafnoli, de la bibliothèque de ce savant et généreux donateur ; cette bibliothèque, placée d'abord dans une salle de l'Hôtel-de-Ville, en 4762, d'après la volonté d'Adamoli, fut transportée, en 4792, dans le ci-devant claustral Saint-

(!) J'écrivais ces lignes dans un rapport adressé le 17 mars dernier à 11 . le Préfet, an nom de la Commission des Bibliothèques et des Archives ; mais, depuis lors, j'ai pu constater et voir de mes yeux, combien ce genre de toiture a été fatal à la galerie Villeroi. Duis la soirée du 21 juin, un véritable ouragan de grêle énorme est venu fondre sur la ville. ~ En moins d'un quart d'heure, toutes les vitres des ciels ouverts des gares, des passages et des escaliers ont été pulvérisées dans tout Lyon, et celui de la galerie Villeroi, malgré son grillage, a aussi beaucoup souffert. Le lendemain matin, quand je m'y transportai avec M. l'architecte en chef de la ville, l'eau pluviale tombait encore à larges gouttes sur le parquet et sur le dessus des tablettes des livres.

Depuis lors, ce vitrage a été modifié d'une manière fort intelligente : on a couvert en zinc toute la partie du vitrage qui est au-dessus des tablettes, — de manière a les préserver complètement des infiltrations et — un vélum, en toile grise sera placé au-dessous du vitrage, pour garantir les livres de l'action du soleil. Ces travaux sont dus à l'habile direction de M. Hirsch, architecte de la ville.

Pierre, puis apportée ensuite à la Bibliothèque du collège où M. Delandine lui réserva la galerie Villeroi. Mais , ce ne fut-là, encore, qu'une étape. L'Académie de Lyon, ayant pu rentrer dans la propriété de cette belle collection, celle-ci fit un nouveau voyage et se voit, en ce moment, au palais Saint-Pierre, en attendant qu'elle accompagne cette savante Compagnie dans le local que la ville lui assignera, un jour, pour résidence, ainsi qu'aux aufres Sociétés scientifiques campées actuellemei^t au môme palais, et où elles sont un embarras

Ala suite de la galerie Villeroi se trouvent deux cabinets ou petites pièces mal éclairées, délabrées, dont Tune est réservée spécialement aux éditions lyonnaises du xv* siècle qui forment une collection des plus précieuses pour l'art typographique de Lyon, à l'époque de son invention. Cette collection unique, et qui est un vrai titre de gloire pour notre ville, et qui, aurait dû être l'objet d'une pieuse sollicitude, a été aussi maltraitée que les livres de la galerie Villeroi. Trois fois elle a subi de véritables désastres, et voici en quels termes M. Mon&lcon en a rendu compte à la Commission des Bibliothèques.

tt Ce cabinet, dit-il, a subi, U y a quelques années, par la fiEtute des bureaux de la Mairie, bien avertis cependant, un désastre trois fois répété et considérable. Une gouttière, masquée par une armoire, se forma à l'angle d'un rayon supérieur ; — vint une averse énorme, — les éditions du XV" siècle furent aussitôt submergées et quatre -vingt volumes de cette vénérable catégorie coururent les plus grands dangers. Les maçons, appelés au secours, se pressèrent peu, leur travail fut môme inefiicace; trois fois Taccident se renouvela dans la même année. Bien qu'ils eussent pris des bains complets de plusieurs heures , les livres résistèrent et pas un seul ne périt^ tant les procédés

de desâication furent bien dirigés. Un ferblantier du voisinage imagina enfin un cbéneau qui a préservé la précieuse collection, mais on avait bien attendu ! ! ! n

Ces cabinets ont conservé leur décoration et leur mobiUer primitifs, fanés, il est vrai, par le temps, mais dont on aime à retrouver le cacbet spécial qui n^est pas sans charme.

Tels sont les divers locaux que la Bibliothèque occupe de pkin-pied, au deuxième étage du collège. Mais on lui en a concédé encore d'autres et dans lesquels nous allons pénétrer.

Mais quelle déception pour le visiteur ! et comment décrire ces galetas, ces greniers, ces escaliers qu'on a appelé les Dépôts, et cependant dans ces recoins obscurs où 'jamais la truelle du maçon ni le pinceau d'un peintre n'ont passé, depuis l'époque si lointaine de leur construction, se rencontrent des collections du plus grand prix... Faute de place^ quand il était pourtantsi facile d'en trouver ailleurs, on les a entassées dans ces réduits obscurs et incommodes, sans le moindre souci de V extrême péril qui les y menace journellement. Ainsi, dans le vaste grenier qui se trouve sur l'église du collège, on rencontre, sous les tuiles, la majeure partie de la riche collection Coste achetée par la ville, au prix de quarante mille francs. . .

Plus loin, dans un autre recoin d'un grenier, gît une collection non moins importante et que le Muséum de Pftris- nous envie. Je veux parler de la Bibliothèque de la Société d'Agriculture, d!Histoire naturelle et des Artsutiles de Lyon. Cette collection, peu nombreuse d'abord, contribua d'abord, on le sait, à la formation de la Bibliothèque du Palais-deS'Arts, lors de sa fondation par M. le maire Prunelle, — mais la Société se ravisant, plus tard, ne voulut plus que ses livres fussent confondus avec ceux

de la ville. On convint alors que la ville lui donnerait l'hospitalité dans les bfttiments du Collège, et, à la condition que le public studieux en aurait la jouissance. Mais comment ce pacte a-t-il été exécuté? La ville a ûsigné concéder à la Société un affreux grenier, obscur, dans lequel on a élevé des cloisons en briquetages et qu'on a éclairé par quelques vitres posées dans la toiture.... c'est là que se voient entassés tant de milliers de volumes, que M. le docteur Saint-Lager a le courage de cataloguer par une chaleur brûlante en été, et malgré le froid glacial de nos hivers

La Société d'agriculture s'est émue cependant enfin de l'état regrettable de sa riche collection. — Sur mes instances réitérées, elle a nommé une Commission pour avisera la bonne conservation de sa Bibliothèque, et j'ai lieu d'espérer qu'il sera peut-être possible de la caser dans un local spécial que l'Université finira. peut-être par céder à la ville dans le Lycée. Ce local serait l'une des deux chapelles du rez-de-chaussée, sur le quai, fermée depuis quinze ans, sans emploi et dans laquelle on semble respecter avec un soin pieux les araignées qui en tapissent les murailles.

Cette description, d'une exactitude scrupuleuse, ne justifie-t-eUe pas pleinement ce que j'ai dit plus haut de notre grande Bibliothèque, — que, sous les dehors d'une incontestable splendeur, elle cache aussi bien des haillons et des misères qu'il importe, pour l'honneur de notre ville et dans l'intérêt de ce grand dépôt, de fiadre disparaître sans retard. Mais le moyen à employer est difficile et bien embarrassant.

Cet embarras tient à deux causes : — l'extrême misère de la ville, réduite encore pour de longues années, à la triste nécessité de ne pouvoir entreprendre aucun travail

utile et important, et Tincertitnde de Tadministration sapérieure sur la destination définitive à donner à plusieurs de nos monuments, tels que le ci-devani claustral SairU'IHerre et le Collège de Lyon.

Dans Torigine, quand la ville demeura maîtresse définitivede cette ex-<ibbaye, elle décida bien, il est vrai, que ce vaste monument troué par les bombes, devenu ensuite une caserne, puis un entrepôt de livres de toutes les bibliothèques monastiques, deviendrait le Palais-des-Aris de Lyon. — Mais la ville, en lui donnant cette affectation, agit d'une manière très-inconsidérée, sans prévoyance de l'avenir, sans plan préconçu, et sans se douter qu'elle faisait une œuvre bien imparfiûte qu'il faudrait remanier complètement un jour. Ayant à caser, le même jour et dans le même local, les Musées, l'Ecole des Arts, la Bourse le Tribunal de commerce et d'autres services publics, elle ouvrit, comme au hasard, à chacun d'eux une salle ou une galerie, et leur dit : « Voilà de la place, fidtes-y votre lit et installe^vous comme vous le pourrez. » Chacun fit son ménage et se façonna de son mieux un logement ; mais, avec les années, chacun vit accroître sa fiunille , il vint de nombreux en£Emts et aujourd'hui ils sont entassés et étouffent dans l'espace qu'on leur a mesuré dans la maison. Le musée lapidaire n'a plus une place vide pour dresser ses monuments sous les portiques, le musée des Antiques empile ses richesses dans ses étroites galeries et ne peut en étaler d'autres qu'il est obligé de cacher dans ses tiroirs. La Bibliothèque sera bientôt obligée de refuser les dons qu'on lui fait ; l'Ecole des Beaux-Arts est dans des galetas enfumés (1) et ne peut même pas montrer à ses

(1) Cependant, aa moment où j'écris ces lignes, l'Administration

élèves les œuvres de leurs devanciers qui restent enfouies dans un grenier au lieu de servir d'exemples et de modèles. La galerie des gravures lyonnaises est demeurée à l'état de germe (1), le Musée des peintres lyonnais est devenu

en réorganisant sur de nouvelles bases notre Ecole nationale des Beaux-Arts, si déchue de son ancienne splendeur, vient de faire restaurer entièrement la galerie de cette école.

(1) H. le directeur des musées s'est décidé aussi à faire or^raniser enfin une galerie de gravures; mais le local dont il dispose est trop exigu et beaucoup de nos meilleure^ gravures resteront enfouies dans les portefeuilles.

La restauration de la belle salle dite de la Bourse, qui formait l'ancien réfectoire des Dames Bénédictines de Saint-Pierre, élevé par Tarchilecte La Valfenière et décorée par Çretet et Simon Guillaume, est aussi commencée.

On se proposait d'y placer les statues en plâtre dont on a encombre une galerie supérieure, comme si une ville telle que Lyon devait avoir une galerie de copies et de surmoulages dont la vraie place est à TEcole des Beaux-Arts; mais heureusement elle est réservée aux marbres antiques.

La galerie délaissée par ces plâtres sera destinée, dit>on, à recevoir la collection de tableaux dont M. Bernard, ancien maire de la Guillotière, a bien voulu faire don à la ville.

Enfin, il est question aussi de restaurer l'office, la cuisine et l'ancienne salle du Chapitre qui servent aujourd'hui encore d'annexé a l'Ecole des Beaux-Arts. La ville se propose d'installer, dans ces trois pièces réunies entre elles fiar de larges ouvertures, des sarcophages et des marbres entassés maintenant sous les portiques où le climat destructeur de Lyon les endommage si gravement. Cette restauration présentera aussi ce grand avantage que les réunions politiques seront exclues désormais du palais Saint-Pierre, ainsi que les faisemrs de conférences dites scientifiques et littéraires...

La décoration de ces nouvelles salles est confiée à M. Uirsch^ qui saura les rendre dignes de leur destination. 11 y placera les deux mosaïques qu'on ne peut plus conserver dans la (galerie qui va devenir

trop exigu ; la grande galerie ne peut plus donner Thospitalité aux toiles que le gouvernement ou diês particuliers lui cèdent,' — le Muséum si splendidement organisé par M. le docteur Lortet a la pléthore ; de nombreuses collections restent enfouies dans des caisses parce que son habile directeur n'a plus un rayon vide, ni un coin disponible.

le MMsée Bernard ; autour d'elles il groupera les plus beaux marbres antiques épars sous les portiques et couverts d'une si affreuse malpropreté, — les amphores et les vases en terre, les tauroboles, les autels votifis, — et reléguera à l'Ecole des Beaux-Arts les pl&tres qui ont trop longtemps emplâtre nos musées.

Mais qu'il me soit permis ici de parler aussi d'un projet émis par M. Bernard, le généreux donateur de la riche collection de tableaux, qui va former le nouveau musée auquel la ville reconnaissante a donné le nom de son donateur.

M. Bernard pensant, avec raison, qu'on ne devait plus continuer, désormais, les expositions de la Société des Arnig^s-Àrts dans la galerie des anciens maîtres dont les œuvres sont si détériorées par ces exibîtions, a présenté un plan d'après lequel on bâtirait au milieu de la cour du Palais-des-Àrts une salle pour ces expositions.

Si ce projet regrettable venait malheureusement à être réalisé, notre Palais-des-Arts déjà si défiguré par certains architectes, achèverait .de perdre tout son cachet primitif. Voit-on, en effet, ce que ressemblerait cette belle et vaste cour, si à son centre on édifiait une construction, laquelle, malgré tous les ornements dont on la couvrirait, ressemblerait à une immense boîte posée au milieu de cette cour ? Nos portiques déjà si sombres seraient dans une obscurité telle que Ton ne pourrait plus voir, ni lire les inscriptions de nos monuments, et une affreuse humidité achèverait de détruire ces monuments déjà si rongés par notre climat destructeur.

Espérons donc que M. Bernard, qui est un homme de goût, renoncera à cette fatale idée contre laquelle tout Lyon protestera aussi. Il ne manque pas d'espace à Lyon pour faire une salle d'expositions ; qu'on ne tnutiU donc pas tout un palais pour des exhibitions momentanées d'œuvres d'un mérite souvent si douteux. !!!

Et cette regrettable situation n'a d'autre cause que l'imprévoyance de l'administration quand elle organisa, dans l'origine, les divers services du Palais- des -Arts. Elle oublia alors que, lorsqu^on crée un musée, une bibliothèque, il &ut penser à l'avenir, c'est-à-dire à ce fait qu'une collection quelconque ne demeurant jamais stationnaire et devant nécessairement s'accroître toujours, chaque jour, sans cesse, il faut lui réserver ua espace suffisant pour y caser ses richesses à mesure qu'eHes lui arrivent. Par suite de cette imprévoyance et par l'absence de tout plan préconçu, on est arrivé aujourd'hui à cette situation désastreuse que j'ai signalée déjà, il y a quelques mois, dans un écrit intitulé le Palais Saint^Pierre. Après y avoir démontré toutes les énormes imperfections de ce palais et de toute son organisation intérieure, j'ai indiqué le moyen de sortir,unjour, de cette situationimpossible,par un moyen trouvé depuis longtemps et dont je n'ai nullement la pré-^ tention ridicule de m'attribuer la paternité, comme on s'est plu à le dire quelque part. J'ai dit et répété que nos musées si imparfaits aujourd'hui et notre Ecole des Beaux- Arts, malgré le bon vouloir de leurs habiles et savants directeurs, ne seront à la hauteur de leur situation que lorsque le Palais-des-Arts ne sera plus qp.' exclusivement consacré aux arts^ et que les sciences seront chez elles, dans une maison à part où elles ne gêneront plus Iwrs sœurs.

J'ai dit aussi, en partant de cette idée, qu'il fallait, dès à présent , nommer une Commission compétente laquelle, avec le concours de tous les chefe de service du Palais-des- Arts, étudierait la double question : 4 ^ de l'agrandissement du palais par la construction d'un vaste bâtiment parallèle à la façade sur les Terreaux, dans lequel on transporterait une partie des services qui encombrent aujourd'hui ce

palais, et 2* œlle de la construction d'an grand bfttiment, simple, sans ces ornements inutiles dont bien des architectes surchargent leurs bâtiments pour cacher la pauvreté de leurs lignes^ commode, bien approprié à sa destination, et uniquement réservé aux Sciences, à V Académie et aux Sociétés sdeffUifiques dont Lyon s'honore. Mais ce simple ▼ceu que j'ai émis trouvera-t-il de Técho dans notre ville ? L'Administration supérieure, avant moi, en a entretenu la Commission municipale, mais celle-ci, justement économe de nos rares deniers, a mal compris, je crois, les idées qu'on lui a soumises au sujet de l'achèvement du Palaisdes-Arts. Elle a cru que, dès demain, on voulait aller chercher le maçon sans avoir même de quoi lui payer sa journée, tandis qu'il ne s'agissait que de la confection d'un plan, mais d'un plan bien étudié, bien conçu, prévoyant Vavenir, et dont la réalisation serait remise au jour où les finances de la ville seraient à flot.

La même indécision se rencontre chez l'administration supérieure en ce qui concerne la destination définitive à donner aux bâtiments du collège dans lesquels est englobée notre grande Bibliothèque et qui étouffe aussi dans cetétau

J'ai déjà raconté, plus haut, et sommairement, l'histoire de notre antique collège et décrit brièvement ses bâtiments ainsi que les locaux réservés à la Bibliothèque. Le lecteur sait donc déjà que le Lycée forme, à la fois, un pensionnat dans lequel sont entassés un grand nombre d'enfiEmts manquant d'air et de lumière et emprisonnés dans des cours humides et malsaines, et un externat considérable. L'Université justement émue a déjà amélioré cette situation fâcheuse, en créant, pour les élèves les plus jeunes, un collège sur le riant coteau de Saint-Bambert, et elle

recherche en ce moment un autre local (4) aussi convenable que celui de Saint-Bambert et dans lequel on établirait un pensionnat pour les grands. Quand ce local sera trouvé et aménagé, le Lycée actuel ne sera plus qu'un externat, et alors, la ville pourra disposer d'une partie des bâtiments devenue superflue. Mais tant que cette grave question ne sera pas tranchée définitivement et mise à exécution f l'Administration supérieure ne saura quel parti prendre au sujet des locaux dont elle n'aura plus besoin pour un simple externat, et, par suite de cette per-

(i) Ce local serait facile à trouver. La maison des Frères de la doctrine chrétienne située à Galuire, sur un coteau ravissant, au milieu des plus beaux ombrages, dans un parc de treize hectares, serait cédée volontiers à l'Etat par ses propriétaires actuels. Ceux-ci ne doivent pas être, du reste, désireux de rester, plus longtemps, dans une commune qu'ils ont comblée de bienfaits et laquelle, en retour, a pillé leur maison, séquesûiré ses maîtres et commis sur leurs personnes les plus odieux attentats. Un récent procès a dévoilé tous ces actes iniques accomplis avec une apparence de légalité, avec le concours d'un préfet qui a laissé, sans s'y opposer ^ piller toutes nos maisons religieuses, et dont l'ami et Vavocat a du qualifier de truands les pillards de la maison des Frères.

L'Université s'est peu préoccupée, autrefois, de l'état sanitaire des pensionnaires. Je dois dire cependant qu'un de ses inspecteurs généraux, M. le baron Thénard, venant de visiter le collège et rencontrant un de ses amis, lui dit : « Si vous avez un fils, ne le mettez jamais pensionnaire dans cette affreuse maison... »

La question du dédoublement du Lycée a été soumise à la Commission municipale, il y a peu de temps, mais circonvenue par des personnes intéressées au maintien du statu q%to, elle n'a pas eu le courage de la trancher. Les enfants resteront, le jour, dans les basses fosses où ils sont parqués, et la nuit, ils respireront tous les gaz délétères qui se dégagent des halles centrales placées sous les fenêtres des dortoirs. C'est ainsi que l'Université comprend l'éducation de la jeunesse.

plexité, toiis les services souffrent ^ toutes nos richesses artistiques et scientifiques demeurent dans un statu quo fâcheux, n est donc d'une grande urgence, en ce qui concerne aussi notre grande Bibliothèque que dès à présent et en prévision de la suppression du pensionnat du Lycée, on étudie un plan indiquant les espaces qui deviendront libres un jour, et le parti qu'on pourra en tirer, pour donner à notre grande Bibliothèque l'extension qu'elle doit avoir dans le présent et dans V avenir, afin d*éviter des remaniements souvent mauvais et toujours très-^onéreux.

Si donc un plan est mis à l'étude, en ce moment, me serait-il permis de formuler à ce sujet, non pas mes propres idées, je n'ai pas la prétention d'en émettre à cet égard, mais celles que le bon sens indique, que la Commission des Bibliothèques a déjà émises dans un rapport spécial adressé par elle à M. le Préfet, et dont l'adoption serait si facile.

La Commission a raisonné daiis deux hypothèses. La première, dans la supposition du maintien du pensionnat pendant de longues années encore^ et la seconde, dans celle de la création d'un externat et de l'aliénation d une partie des bâtiments actuels du Lycée.

En partant de la première idée, elle a pensé qu'avant Umi, il fallait enlever des dépôts les nombreuses colleotions qui sont comme enfouies dans ces galetas où ils courent tant de dangers, puis leur chercher un local plus convenable dans V étroit espace réservé, actuellefnent, dans les bfttiments du Lycée à notre grande Bibliothèque. Ce local est tout trouvé, c'est d'abord.la grande salle actuelle; on y disposerait, comme cela existe déjà à la bibliothèque Sainte-Geneviève, à Paris, des tablettes doubles, perpendi^ culaires à sa longueur et suffisamment espacées pour la fiicUité du service. Ces tablettes ou meubles doubles n'au-

ruieut que 9^ 50 de hauteur afin de ne pas masquer le coup (l'œil de Tensemble du vaisseau de la salle. Un grillage eu défendrait Taccës au public. Au centre de la salle, on vaste espace serait réservé pour les trois grandes tables des lecteurs et le bureau des surveillants. Autour de ce carré et en avant des tablettes chargées de livres, seraient des vitrines ou casiers inclinés dans lesquels on exposerait, ouverts aux plus belles pages, les manuscrits ornés des plus belles miniatures classées par ordre chronologique, ainsi que des spécimens de Vari typographique lyonnais. Cette exposition permettrait au public curieux de les voir, aux hommes de science de les étudier, et appellerait peutêtre même des dons. — Tandis que, qui sait aujourd'hui s*il y a des manuscrits à la Bibliothèque, puisque le catalogue môme n'en est pas achevé et qu'on les garde dans des locaux où jamais le public n'est admis ou ne saurait pénétrer ? Ces trésors doivent donc sortir de leur cachette ; on doit les étaler dans un intérêt non de curicU site, mais de savoir, comme on le fait à Paris, comme on le fait en Allemagne. Je me souviendrai toujours avec un vrai bonheur des heures agréables que j'ai passées, un jour, à la grande bibliothèque de Munich (4). Là, son

(1) La grande bibliothèqae de Manich, Tone des plas riches de 1 £urope, a été formée par les anciens Electeurs de Bavière, et an moment de la sécularisation des couvents on y apporta toutes celles de ces maisons, mais on procéda alors moins brutalement qu'à Lyon* On n'enfouit pas les livres confisqués dans un grenier, pendant dix ans, sons un toit troué par les bombes, et on ne cha/uffa pas les poêles de la garde nationale pendant tout un hiver, avec les plus rares manuscrits, sur l'ordre d'un magistrat. Ces actes de sauvage vandalisme ne sont commis que par les révolutionnaires français. En Allemagne et en Angleterre, on a voulu aussi détruire la religion catholi-

savant et obligeant conservateur s'est plu, avec le plus exquis empressement, à me montrer, un à un, tous les manuscrits les plus beaux de son dépôt, largement installés dans des vitrines; j'étais avec des touristes de diverses nationalités. Le savant bibliothécaire nous parla à chacun dans notre langue , — ce fait paraît étrange à un Français, — mais en Angleterre, en Allemagne, en Russie tout homme bien élevé parle plusieurs langues. En France , nous savons à peine la nôtre ; et nous nous disons la première nation du monde!!!

que, mais le protestantisme a respecté partout les œuvres de l'art catholîtpie. En France» on les a pillées, volées, mutilées et détruites. A la bibliothèque de Munich, reconstruite par le roi Louis I^', un salon spécial forme comme un musée, au milieu de ce riche dépôt. Dans ce musée sont étalés dans des vitrines fermant à clef, entre autres, on manuscrit sur bois de palmier ; chaque feuillet est formé d'une mince planchette bien polie et couverte d'hiéroglyphes ; — un autre manoserit sur papyrus ; un livre de la religion de Brahma écrit sur une toile noire en caractères blancs, pliée comme une carte géographique ; — des tablettes de cire noire portant des caractères romains tracés avec une pointe d'acier ; — des caractères typographiques ayant servi à Gottenberg; — la première Bible imprimée à Mayence ;

— une Bible d'un grand format enrichie de peintures de Lucas Cranaeh ; — un manuscrit orné de dessins à la plume, d'Albert Durer.

— un livre de Luther entièrement écrit de sa main, daté et signé par loi; — on ouvrage de Melanchton, également manuscrit; — un livre de Charles-le-€hauve ; — un Coran turc donné par Louis XIY au Père Lachaise après l'avoir reçu d'un ambassadeur Ottoman, écrit en lettres d'or; des livres à couvertures d'or incrustées de pierres fines ou d'ivoire sculpté, etc.

Je dois ajouter aussi que j'ai vu dans ce sanctuaire» et non sans une pénible émotion, de magnifiques ouvrages français portant l'estampille de grandes bibliothèques françaises et enlevés de ces bibliothèques pendant les invasions de notre pays, en 1814 et ISIS, comme trophées de nos défaites.

Cette exhibition par les bibliothécaires des richesses de leurs bibliothèques aux visiteurs et au public studieux est prescrite, à l'étranger, par tous les règlements. En France, on n'a pas encore songé à le faire. Néanmoins J'ai lu avec une vive satisfaction dans un règlement fait à Lyon par l'Administration municipale, en Tan XI, l'article suivant : « Les fonctions de bibliothécaire consisteront à faire donner aux citoyens les livres qu'ils demanderont, à leur indiquer ceux qu'ils ne connattraieni pas et qui pourraient les aider dans leurs travaux »

Cette exposition dans des vitrines des plus beaux spécimens de manuscrits et de typographie pourrait avoir lieu bientôt, dans notre grande Bibliothèque. La Commission des Bibliothèques et des Archives l'a demandée avec instance à Tautorité supérieure , car une somme de 41,000 francs a été votée à cet effet par la Commission municipale. M. le conservateur s'associera sans doute avec empressement à cette installation.

Outre cette exhibition dans la grande salle, on pourrait aussi en &ire une seconde supplémentaire dans la galerie Villeroi, si bien disposée , par son toit vitré , pour ces sortes d'expositions.

Lorsqu'on aurait disposé, ainsi que je viens de le dire, dans la grande salle , ces étagères doubles et les vitrines^ une quantité très-considérable des ouvrages relégués dans les greniers obscurs, appelés singulièrement les Dépôts, pourraient y être installés en plein jour et en pleine lumière, et on n'aurait plus la crainte journellement de les voir incendier par des étincelles échappées des cheminées du collège. Toutefois, il en resterait beaucoup à caser ; mais leur casement ne présenterait aucune difficulté non plus. A la suite du cabinet de lecture, placé au nord de la grande salle , se trouvent deux logements complets de

concierges ou d'employés» dont les chambres donnent sur une cour intérieure du Lycée ce qui est un g^^nd inconvénient. Ce n'est, sans doute, que par un abus, ignoré de l'autorité supérieure, que ces locaux ont été affectés à cette destination. H s'agirait donc de reprendre ces locaux, d'en faire une seule salle, avec le salon de lecture actuel, qui est trop exigu. Cette nouvelle salle, éclairé par un ciel ouvert bien disposé, pourrait recevoir aussi des milliers de volumes, aujourd'hui relégués dans les Dépôts. Ce serait surtout le cas d'y placer la bibliothèque de la Société d'agriculture, cachée actuellement sous les toits, et laquelle aurait ainsi un local spécial pour elle et elle ne se confondrait jamais avec celle de la ville.

Enfin, si ce dernier local ne suffisait encore pas, il serait extrêmement fi^^ile d'en créer un autre, sans de grands frais, et qui formerait Jklui seul une splendide galerie.

J'ai parlé plus haut de la grande terrasse (1] qui règne

(1) Déjà, en 1845, cette idée avait été émise dans le sein da Conseil monicipal. Alors la ville songeait à construire un escalier monumental pour la Bibliothèque et à modifier plusieurs locaux de ce grand Dépôt. Une Commission, composée de MM. Acher , Bergier, Falconnet, Gnimet, Menoux, Mermet, de Vauxonne et Henri Sériziat, avait étudié ce projet avec le soin qu'on mettait alors à la gestion des intérêts de )a ville, et le rapporteur, M. Henri Sériziat, s'était exprimé en ces termes:

« La terrasse sera couverte par une toiture et, de distance en distance, on établira des travées perpendiculaires pénétrant dans Vintérieur. Ces travées recevront des livres qui ne peuvent trouver place dans la Bibliothèque, notamment les dons que nous recevons de généreux testataires. On les y réunira avec Tindication du nom de ces derniers, mettant ainsi la mémoire du bienfaiteur en regard du bienfait. »

au nord de la grande salle, et qui ne sert, aujourd'hui, qu'à la promenade des concierges, qui aiment à y respirer le ' frais du soir au pied de lauriers roses. Cette terrasse a 43 mètres de longueur sur 4 mètres de largeur. En élevant, à la place des balustres de son balcon, un mur parallèle à celui du bfttiment des concierges, et en y posant un toit à ciel-ouvert, on obtiendrait une galerie d'une vraie beauté, faisant suite à la grande salle , et le tout aurait une longueur de 96 mètres. Quelle galerie pourrait lui être comparable ? Elle serait mise aussi en communication avec celle qui formerait le salon de lecture en hiver. Pour établir

Ce projet, si simple et si hearenx, €Ut rapprobation unanime da Conseil municipal ; mais, comme on le verra plus loin, les injustes prétentions de l'Université à la propriété du collège, s'appuyant sur les lois honteuses de confiscaiion de 1793 et la Révolution de 1848f firent échouer ce projet.

L'administration actuelle de la ville ne doit-elle pas le faire étudier de nouveau, car il est le plus simple et le plus rationnel. En effet, d'abord, on aurait deux surfaces de murs parallèles d'une longueur de 43 mètres et d'une hauteur de 6 mètres pouvant recevoir des tablettes^ contenant 24 mille volumes ; ensuite , en créant quatre ou cinq de ces travées perpendiculaires, dont parle M. Sériziat dans son rapport précité, on obtiendrait de nombreuses surfaces, comme on en voit déjà dans la galerie du Muséum, au palais Saint-Pierre. Chacune de ces surfaces recevrait aussi des tablettes et on pourrait aussi y placer des milliers de volumes. Enfin, si Ton voulait donner à cette belle galerie un cachet vraiment monumental, on pourrait l'orner, au centre, de deux ou trois statues de Lyonnais illustres dans les lettres.

La construction de cette galerie ne serait même pas très-coûteuse. Il suffirait d'un simple mur à élever à la place des balustres du balcon de la terrasse , et d'y poser un toit h plusieurs ciels ouverts. Quant aux rayonnages, on pourrait s'abstenir de les ornementer.

Je me permets donc de recommander ce projet d'une manière toute particulière à l'attention de Vautorité supérieure.

cette communicatioD, il suffirait de changer en arcades les laides baies des fenôtres qui existent actuellement. Cette transformation a été indiquée aussi à M. le Préfet par la Commission des Bibliothèques et des Archives.

Telles seraient les modifications à apporter à notre* grande Bibliothèque, en supposant que le Collège conser- Tftt son pensUmfuU et que les enfants resteront enfouis dans les basses fosses où ils sont condamnés à végéter de par VUniversité.

Mais si TUniversité et la ville, bien inspirées, songent enfin à retirer les en&nts pensionnaires du collège pour leur donner un air pur et vivifiant sur un de nos coteaux voisins, et à ne laisser à Lyon qu'un externat^ dans cette seconde hypothèse, on pourrait songer à une toute autre installation pour notre grande Bibliothèque.

Alors , quand on aurait décidé quels seraient les bâtiments du collège , qui ne seraient plus nécessaires pour Vexlemaiy et dont on pourrait disposer, on examinerait le parti qu'on pourrait en tirer , soit en les conservant, soit en les vendant. Si on les conservait , on pourrait, après les avoir modifiés^ en consacrer une partie à Yagrandissemeni de la grande Bibliothèque, installer dans une autre la belle Bibliothèque du Palais-des-Arts, qui étouffe dans son local actuel , placer à côté d'elle l'Académie , la Société d'agriculture et les autres Sociétés savantes de Lyon. Chacune de ces compagnies pourrait trouver dans ces vastes bâtiments, bien appropriés à leur nouvelle destina-fiofi, un local commode, spacieux, pour ses séances comme pour ses collections particulières^ et le tout formerait un monument complet j et qui manque à Lyon.

En réorganisant ainsi la Bibliothèque , il serait facile de lui donner aussi, enfin^ une entrée digne délie et qu'on ne serait plus obligé de chercher comme à tâtons. Cette

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porte monumentale avait été décidée déjà il y a environ trente ans. Alors la ville se proposait d'en établir une autre qui eût eu son ouverture sur le quai. M. Henri Sériziat s'exprimait ainsi, à ce sujet, dans la séance du Conseil municipal du 6 novembre 4845: « La délibération du U avril 4842 a prescrit Texécution d'une mesure qui, depuis longtemps^ est dans le vceu de nos concitoyens. La Bibliothèque de la Ville est un des monuments les plus remarquables. McUheureusementf elle na point un escalier extérieur pour la desservir ; on y arrive en empruntant, sur la place du collège , tin escalier étroit et obscur ; on parvient ensuite à un immense corridor , semblable à celui d'un cloître, et, après y avoir longtemps cheminé, on entre brusquement dans la galerie de la Bibliothèque, dont la façade est sur le quai de Retz. Nous aurons tout dit, pour compléter la critique de cette déplorable disposition, en ajoutant que cet escalier n'avait, dans l'aménagement primitif, d'autre destination que le service des cuisines du principal. Le véritable escalier de la Bibliothèque étant dans l'intérieur, se trouve, par ce fait, interdit au public. « Pour mettre un terme à des reproches malheureusement trop fondés, vous avez décidé qu'un escalier convenable serait pratiqué, en le plaçant à l'extrémité du passage qui débouche sur le quai de Retz, par une porte cochère près la rue du Pas-Etroit ; arrivé au second étage, cet escalier entrera dans un appartement qui s'y trouve. D'après le plan de l'architecte, cet appartement subira une métamorphose complète, il deviendra une salle qui tantôt servira de lieu d'attente pour le cortège universitaire, les jours de distribution des prix dans la Bibliothèque, tantôt de cabinet de travail pour les savants qui, pendant le cours de l'année, viennent compulser nos livres rares et précieux. » Mais ce projet ne put malheureusement pas rece-*

voir d'exécution. L'Université qui se croit propriétaire des bâtiments du Lycée (1 ) , refusa de livrer l'appartement dans lequel devait être placé une partie de cet escalier ; puis, survint la Révolution de 4848.. .. et avec elle, nécessairement, des émeutes, des troubles incessants, le gaspillage de nos finances municipales, en pure perte, — cortège ordinaire, mais honteux, de toutes nos perturbations politiques. L'Empire n'a pas eu le temps de reprendre ce projet— exclusivement absorbé par les grands travaux de reconstruction et d'assainissement du cloaque infect qu'on appelait le centre de la villey il avait remis à d'autres temps, après l'achèvement de ces travaux gigantesques, le soin d'achever nos monuments. — Mais, la Révolu* tion, cachée derrière la porte, gfuettait encore le moment d'injQiger à notre malheureux pays de- nouvelles hontes et de nouvelles misères ; elle se rua sur le gouvernement,

(l) n est vraiment étrange de voir Tentétement que met TUnivenité à réclamer la propriété des b&timents da Collège. Les cartons de nos ArdÛTes municipales et les registres du Conseil sont pleins de documents des plus intéressants sur cette incompréhensible prétention basée sur un seul texte de loi, à double sens, de l'époque des confiscations et sur une transaction équivoque. Il est non moins intéressant de lire les mémoires savants publiés au nom de la ville sur cette question par MM. Gastine et Sériziat (Henri), conseillers municipaux.

L'Université installée révolutionnairement dans ces bâtiments s'y était fait un lit de roses. Les élèves manquaient d'air, il est vrai, « mais M. le recteur occupait lieu» étages sur le quai. Le censeur, > outre un énorme appartement sur la place du Collège avait encore « quatre pièces au centre du collège. Le professeur de mathémati- < ques s*est adjugé six pièces, le professeur de sixième cinq pièces, c et ainsi des autres.... » (Rapport de M. Sériziat au Conseil municipal, séance du 6 novembre 1845.)

J'ignore si aiqourd'hui l'Université persiste encore dans ces pré* twtions.

quand il eût falla le soutenir, malgré ses fietutes, et nous savons tout ce que cette nouvelle révolution a fait de la France et de notre pauvre ville. La caisse de la ville a été mise à sec par les folies et les stupidités du triste Cofniié de défense, par les pillages légaux, et il a absorbé 25 mil^ lions pour la défense à outrance et près de trois millions qu'il &ut compter maintenant aux victimes des pillages

Le moment de bfttir cet escalier n'est donc pas venu encore — mais, dès à présent, ne peut-on pas décider en préparant le plan définitif de la nouvelle destination à donner aux bâtiments du collège qui ne doivent plus contenir de pensionnat, que cet eocsL^er , indispensable sera construit sur les plans arrêtés depuis 4 845 ? Ce serait là un acte de bien sage administration.

Telles sont les principales améliorations à fidre dans notre grande bibliothèque, le jour où la ville le pourra ; — mais je ne saurais assez le répéter, il est de toute urgence que, si l'administration supérieure se rend au vœu général de tous les hommes d'étude et de savoir qui réclament instamment ces améliorations , elle en ordonne immédiatement une étude sérieuse et approfondie, car rien ne saurait être fait utilement sans un plan mûrement élaboré, avec une entière connaissance des moindres besoins d'un étarblissement aussi considérable, et avec le concours de ses conservateurs. Ceux-ci, convaincus aussi de l'urgence de la régénération complète du magnifique dépôt confié à leur garde vigilante et prévoyante, voudront aussi aider Tadministration de leur expérience déjà bien longue et de leurs lumières.

Ils indiqueront, comme ils l'ont déjà fait à la Commission des Archives et des Bibliothèques, toutes les imperfections dont ils se sont plaints et les améliorations qu'on

leur a refusées. Ils demanderont des fonds pour l'achèvement du CakUogue^ pour les reliures si nombreuses qu'on n'a pu fidre, et pour tant de choses demeurées en souffrance depuis un trop long temps déjà. . .

Ds verront aussi, avec une vive satisfisustion, rétablissement de ces nombreuses et larges vitrines dans lesquelles on e^^osera nos beaux manuscrits, nos plus belles miniatares des xv^ et xvi* siècles, nos éditions princeps^ tous les spedmens de la typographie lyonnaise si belle et si peu connue, — puisque tous ces trésors sont enfouis aujourd'hui dans je ne sais quel recoin recuU de la Bibliothèque, et avec quel empressement ils en feront les honneurs aux visiteurs savants et studieux ! ! !

Ne voit-on pas, non plus, avec quel empressement, chaque dimanche, la foule avide de voir et de s'instruire qui encombre nos musées, se portera à notre Bibliothèque publique, dont la majestueuse monotonie est si glaciale aujourd'hui, et qui sera si attrayante pour l'ouvrier petntre, typographe, dessinateury omemeniiste toujours à la recherche de modèles, parce que c'est sa vie, son pain quotidien. On le verra alors étudier, con amore, ces modèles si parfaits qu'on lui cache presque aujourd'hui, les imiter, les surpasser peut-être mdme ; quelles douces heures on lui réservera ainsi, et quelle reconnaissance n'aura-t-il pas pour ceux qui, mus d*une véritable sollicitude pour lui, lui auront permis Taccès de tant de richesses qu'on ne semble acquérir que pour les enfouir ! ! ! Et la moralité publique qui doit être aussi le principal souci de ra^jUorité, negagnera4-eUe pas aussi à cette exhibition? Le Pouvoir, qui a aussi charge drames, doit éclairer, guider la jeunesse, faire de nos jeunes gens des honmies, mais des honmies dignes fils de leur patrie, tout dévoués à sa gloire, à sa grandeur rt prêts aussi à tous les sacrifices ! ! !

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Je terminais cette partie de mes recherches sur nos anciennes Bibliothèques de Lyon, lorsque M. Morel de Volôine voulut bien me remettre quelques notes du plus grand intérêt sur plusieurs bibUothèques que j'avais omises et que le temps a aussi dispersées. J'ajouterai donc encore quelques lignes à ce chapitre de ma notice, non sans remercier M. Morel de Voleine de son obligeante communi* cation. Outre les bibliothèques que j'ai déjà citées plus haut on comptait aussi dans le dernier siècle, à Lyon, d'autres collections de livres peu nombreuses, mais formées avec goût. Outre celle de Laurent Pianelli de la Valette dont j'ai parlé à la page 37 on citait d'abord celle de M. de Fléchères, intendant général , personnage considérable et dont rhOtel(4), acquis par la ville, servit d'annexé au palais

(1) Cette maison remonte à Léonard Sève, père de Maurice Sèfe, conseiller de ville, en 1604, lequel fat père du poète Maorice Sère, mort vers IMO. La deuxième branche a fourni deux prévôts des marchands, en 1621 et 1648. Ce dernier marié à Marguerite de Lérâ- Chàtean-Morand, n'eut qu'une fille qui s'unit à M. de Roehebonne. La terre de Villars, en Dombes, fut érigée en comté sous le nom de Sève, en 1713, par le duc du Maine, en fareur de Pierre de Sève. Etienne-Borace-Gabriel de Sève, son arrière-neven et an huitième degré, de la troisième branche, conseiller au Parlement, en 1733, retira ce comté de M. de Roehebonne et obtint, en 1751, de nouYelIes lettres d'érection. An cinquième degré de cette branche, se trou?e Pierre de Sève, fils de Mathieu, échevin en 1609, baron de Fléchères, conseiller au Grand-Conseil, Ueutenant^énéral en la sénéchaussée de Lyon, le 24 novembre 1633, président au Présidial, le 19 mai 1636, conseiller d'Etat, le 2 mai 1644, prévôt des marchands, de 1644 à 1647, — Père de Mathieu de Sève, lieutenant-général en la sénéchaussée, le 23 mars 1657, président au Présidial, le 30 janvier 1662, conseiller au Ck>nseil d'Etat et privé, baron de Fléchères, trésorier de France, de 1694 à 1695, ^ père de Pierre de Sève, baron de Fléchères, lieutenant-général en la sénéchaussée, président au Présidial,

de Roanne, siège de la sénéchaussée. Pais, M. Bay de Caris s'était £Bdt aussi un nom par son cabinet. M. Jean-Baptiste Bay (h) était fils de Louis Bay, marchand drapier, et de Catherine d'Aubarède, petit-fils, peut-être, de Jean Bay, notable bourgeois à l'entrée du cardinal Chigi, secrétaire du roi, en 4731 , subdélég^é de l'Intendance, seigneur de Caris.

M. Vaginay (2) s'était formé également une bibliothèque; c'était un magistrat et dont le nom s'est illustré aussi dans l'écheyinage. Né à Cony, paroisse de Montpiney (Beaujolais), en 4649, il remplit, d'abord, la charge de procureur du roi à la Cour des Monnaies et à la sénéchaussée et présidial de Lyon, et fut appelé, de 4700 à 4703, à celle plus éminente encore de prévôt des marchands, après Louis Dugas et avant Benoit Cachet, et mourut le 4 4 mai 474 4 .

Un autre magistrat aimait également les bons livres, c'était Gabriel de Glatigny (2), issu d*une famille originaire

en 1691, président en la Cour des Monnaies, en 1705, mort le 8 fé- Tiier 1736, enterré à THÔtel-Dieni auquel il avait fait un don de 20,000 liTTes; on voit encore ses armes dans sa chapelle. (Note de M. Morel de Toleine.)

(1) Jean-Baptiste Bay de Curis, né à Lyon, le 90 avril 1674, mort à Paris, le 19 juin 1761, — était eonseiller à la Cour des Monnaies* — anteur de quelques mémoires, lus à TAcadémie, en 1718. — Mis an nombre des honoraires, le 20 janvier 1733, et son éloge a été prononeépar M. de Fleurieu.(i7ï8f. de VAead. de lyon, par J.-B. Dumas, 1. 1, p. 242.)

(2) Jean Vaginay était aussi seigneur de Néronde ; il ne laissa pas d'eafimts et légua sa bibliothèque à la Cour des Monnaies. (Note de M.Morelde Voleine.)

(3) n était fils de Gabriel de Glatigny, avocat général à la Cour des Monnaies» -> né à Lyon le 23 juin 1648, mort le 1*' septembre 1726,

de Bayonne, né le 40 octobre 4690, mort le 24 mai 4755» premier avocat général à la Cour des Monnaies, de l'Académie de Lyon, auteur de divers ouvrages.

A côté de Glatigny, on remarquait François Oayot de Pitaval, fils de J.-J. Gayot de la Bajasse, échevin en 4683 et de Hélène de la Roue. Célèbre avocat et jurisconsulte, né à Lyon le i juillet 4673, mort le 4" janvier 4743, il se maria à N. Gumillon, dont il eut une fille unie à M. de Sorbière (4).

— échevin en 1696, et de Marie de Rivière. De ce mariage iasarent : 1* Gabriel, dont il s'agit ici; 2* Barthélémy, jésuite, mort à Besançon, en 1755 ; S» JfarceUtn, chanoine de Saint-Jast, et Mathieu, né en 1700, avocat au Parlement et aux Cours de Lyon, membre de l'Académie de cette ville, échevin en 1742 et 1743, mort sans alliance.

Gabriel de Glatigny I" était aussi de TAcadémie de Lyon; il a laissé en manuscrit un Discoure sur la probité, prononcé à l'ouverture des audiences, en 1744.

Gabriel de Glatigny II fut un des premirs membres de l'Académie de Lyon et prononça à sa première séance publique, tenue au palais de l'archevêché, le 12 décembre 4724, un discours sur l'origine, le progrés et le rétablissement de la compagnie. Dans cette même réunion siégaient H. Glatigny I, M« de Glatigny II et M. de Glatigny, conseiller au Parlement de Paris, lequel épousa, en 1745, Marie Pichon de Madières. A cette famille appartenait aussi Mathieu de Glatigny, né à Lyon, en 4700, mort en 4742, avocat, échevin. (Hist. de VAead. de Lyon, par J.-B. Dumas, tome I, p. 248.)

(4) Cette famille a fourni plusieurs branches et occupé beaucoup de charges et d'emplois honorables à Lyon. Elle remonte à Catherine Gayot, moulinier de soie à Saint-Chamond, lequel, en 1557, épousa Antoinette le Sage. La branche de la Bussière subsiste encore. (Notes de M. Morel de Toleine.)

Gayot de Pitaval est auteur c de la Bibliothèque des gens de la cour,— de l'Art d'orner l'esprit,— des Causes célèbres, etc. » M. Dupin aine le cite dans son Manuel des étudiants en droit. (Lyonn. dig. de mémoire, p. 425.)

Pais c'était encore Laurent Dugas, né à Lyon, le 1 0 septembre 4670, mort le 8 mars 4748, fils de Louis Dugas, écayer, seigneur de Savounoux et de Bois Saint-Just, conseiller au Présidial , auditeur de camp, prévôt des marchands de 1 696 à 4 699 . Laurent Dugas remplit , comme son père, la charge éminente de prévôt des marchands, de 4724 à 4729, et fut président en la sénéchaussée. L'un des fondateurs de l'Académie de Lyon, il offrit souvent l'hospitalité à cette compagnie dans son hôtel, avant qu'elle n'eût un lieu fixe pour ses réunions, et écrivit, entre autres des a Réflexions sur le goût » imprimées dans le recueil d'opuscules littéraires de M. l'abbé d'Olivet (4).

Chaque magistrat semble s'être plu à se former, à cette époque, une bibliothèque d'une certaine valeur. C'est ainsi qae nous rencontrons encore celle de Jean Camille de Moulceau, seigneur de Grigny, conseiller d'honneur au présidial de Lyon, membre de l'Académie, échevin, né à Lyon, en 4650, mort en 4717, traducteur en vers français d'une églogue latine que le P. Binet prononça, en l'honneur de Puget, dans la grande salle du collège de la Trinité où l'Académie était assemblée (2) .

(1) Laurent Dagas avait épousé Marguerite Groppet de Varissan Cette lunille originaire de Thurins, en Lyonnais, s'est éteinte en 4866, en la personne de Antoine Alegonde, dit le marquis Dugas, mort sans alliance. (Note de M. Morel de Toleine.)

(9) J.-C. du Mouîceau ou Dumoulceau fut père de Thomas du Moulceaui religieux minime et célèbre mathématicien, mort à Moulins le 43 avril 1748- Il était fils de Thomas de Moulceau, seigneur de la Galée et du Mas, [urévôt des marchands en 1679 et 4680, et d'Isabeau Ihilieoy et petit-fils de Jean du Moulceau, échevin en 4645. (Note de M. Morel de Voleine.)

C'est ainsi que nous trouvons encore François de Begnaud du Buisson, seigneur d'Oullins et du Buisson, né en 4683, mort en 4 766, conseiller à la Cour des Monnaies, membre de TÂcadémie de Lyon et Tun de ses fondateurs, savant mathématicien, mais qui ordonna, en mourant, que tous ses ouvrages resteraient manuscrits ; TAcadémie possède encore son discours de réception et plusieurs autres qu*il prononça comme directeur (4).

Camille Falconnet (2), l'un des fondateurs de F Académie de Lyon, aimait aussi les livres. Ami et correspondant de Guy Patin, petit-fils d'André et fils de Noël, il était né à Lyon, le 4 •' mars 4 67 4 et mourut le 8 février 4 762 . Médecin à Avignon, il s'établit ensuite à Lyon, fut médecin des écuries du roi, en 4747, de la maison de Bouillon» et, en 4709, de la Chancellerie. Lié aussi avec Mallebranche et Fontenelle, il fut admis, en 4746, à l'Académie des Inacriptions. Sa bibliothèque composée de 50,000 volumes était autant à ses amis qu'à lui. Il légua à celle du roi tous ceux des ouvrages qu'elle ne possédait pas ; le nombre en fut évalué à onxe milU, mais il oublia sa ville natale. L'Académie de Lyon possède son buste qui lui a été donné par M. Durand. M. de Fleurieu a prononcé son éloge.

Pemetti cite la bibliothèque de Pierre Gacon, négociant et homme de lettres, de l'Académie de Lyon, né le 48 juil-

(i) Cette bnnche des Regnaald est représenté» à Lyon, par MM. de Bcllescites, et la bnnche de Parcieu par M. le marquis de Parciea, du nom et armes de Regnauld, Les deux premiers degrés de cette famâle ont -leur tombeaa dans TégUse Saint-Panl, dans une diapelle fondée par eux. Voir Quincamon. (Note de M. Morel de Toleine.)

l2) La hmille Falconnet est originaire d'ExiUes, en Sayoie. Chaiies Faloonnet était médecin de la reine Maq^erîte de Valob. (Note de M. Morel de Voleine.)

let 4664, mort le 23 avril 1749. Ce Pierre Gacon était frère de François Gacon, né à Lyon, en 4667, mort dans son prieuré de Bâillon, que Tarchevêque de Cambrai, M"' de Saint-Âlbin, lui avait donné. Son nom, dit M. Dumas, est effacé sur la liste des académiciens de Lyon ; il s'était surnommé le « poëte sans fard » et avait remporté, par une Ode, le prix de l'Académie française, en 4747 (1).

On parlait aussi, au ]^iii* siècle, à Lyon, de la bibliothèque de Jean Hubert, seigneur de Saint-Didier, échevin en 4705 et 4706, auteur de Y Histoire du Franc^Lymnais^ dont il était le syndic général. Jean Hubert était [né en avril 4646, et mourut le 4" juin 4737 (2).

Vers la même époque, vivait aussi Claude Brossette, dont j'ai déjà parlé plus haut, à la page 30. Son fils, issu de son mariage avec Marguerite Chavigny , aima les livres comme son père et devint même bibliothécaire de la Ville. n épousa la fille du médecin Pestalozzi. Ses frères appar-

(i) Il y eut trois frères du noiQde Gacon : 1* Pierre Gacon, échevin en 1714 et 1715, jage au Tribunal de la Conservation, trésorier de la Chambre de commerce, reçu, en 1738, de la Société royale des Beaux- Arts de Lyon, mort en 1749 ; ^ François Gacon, poète satirique, elerc de k chapelle du duc d^Orléans, prieur de Bâillon, près Beaumont- 8QrM)i8e« où il mourut le 15 novembre 1725, et S^* un autre François Gacon, auteur aussi d'épigrammes. reçu avocat en 1698, au Parlement de Paris, mort le 29 avril 1737. (Note de M. Horel de Voleine).

(2) Il épousa Marguerite Duport, dont il eut Benoit- Victor Hubert, sûgneur de la baronnie de Saint-Didier en Franc-Lyonnais, né en 1689, aToeat au Parlement, trésorier de France le 16 juin 1713, mort en 1775, marié à la fille de Jacques Anisson d'Auteroche. Cette famille est représentée, à Lyon, par Ennemond de Saint-Didier, administrateur des hospices en 1844, fils de Balthazard-Auguste Hubert de Saint*Didier, amateur distingué de peinture et gravure à Teau-forte, et par deux autres frères et une sœur. TNote de M. Morel de^Yoleine)*

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