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tenaient & la Société de Jésus (1 ). Jean-Ferdinand Michel, que j'ai déjà cité à la page 44, était le contemporain de Claude BroBsette. Né eu 4675, et petitrfils de Jacquea- Michel (2), originaire de la Bresse , receveur des consignations et seigneur de la Tournles-ChaiDps (de la Belle- Allemande), il fut reçu chanoine d'Ainay en 1687, et vendit, comme je l'ai déjà dit, sa bibliothèque k la ViUe. Il mourut le i 4 décembre 4740.
Antoine Trollier (3), échevio, reçu à l'Académie de Ljon, en 1733, conseiller d'bonnenr en la Cour des Monnaieâ, succéda à Aubert à l'Académie. Aubert (Pierre), né le 9 février 1642 , procureur du Roi à la Conservation, membre de l'Académie, juge du comté de Lyon, échena en 1699 , était mort en 1733. J'en ai déjà parlé à Is page 30. Antoine Trollier aimait les livres et surtout les estampes ; e& belle collection fiit achetée par M. de Pleurieu. Charles-Pierre Claret de Fleuiieu, né le 42 juillet 1738, capitaine de vaisseau, ministre de la marine et des colonies sous Louis XV!. sénftt?iir et comte de l'empire, menibre de l'Institut, mort le 17 août \HiO, a'ét&ii formé auHsi une riche collection Je livres ; mais il quitta '
(1) Cette famille existe encore en Lyonnais, mai* représentée p*f àei lir.inches i?ol latéral es. (Note de M. Moral de Voleine}.
i'ij Son consin germain, Uîchel de Villars. eut deui fille* œarii-'w il MM. de Moiildor et Du Breuil de Sanonnay. (Noie de M. Mor^l df Voleine).
[3) Il épousa en deuxièmes noces la fille de Jacques UîllièrPt receveur des tailles k Lyon. Son origine remoate à Claude Trolber échcvin en 1661 . La branche des Trollier, seigneara de Hessimieui. prSs Anse, el de Fétans en Dorabes, doit subsister encore en la p^fsnnne de M. Alexandre de Mesïimienx, ù Paris. (Noie de M. MaT«l dn Voleini'i. '
Lyon au moment de la Révolation ; sa bibliothèque s'est àispetaée et il n*en reste plus que des ex libris. Ces simples petites feuilles, que les possesseurs de collections aiment à fixer sur la couverture de leurs livres, et s- dont quelques-unes sont des plus remarquables, sont >; des plus recherchés aujourd'hui. II en existe même :> plusieurs belles collections à Lyon. C'est à leur aide que M. Morel de Voleine, entre autres, est parvenu à retrou- \^: ver les noms de beaucoup de possesseurs de bibliothèques ■^■^. privées, dont le souvenir s'était perdu. Je vais les énu- . :; mérer :
,\ 1® Bibliothèque d'Estienne Clavier, juge à la Cour crimi- / nelle de la Seine, en 1804, et dont les filles ont épousé : Tune, Paul-Louis Courrier, et l'autre, M. Faye, né à Lyon, en 1762.
2^ Bibliothèque de M. Béraud, proviseur à la vénerie pour la maison du Roi, en 1760.
3° Bibliothèque de François Morel, né en 1724, mort à Lyon en 4 778, conseiller à la Cour des Monnaies, seigneur d'Epeisses, en Beaujolais. Une partie de sa nombreuse bibliothèque fîit vendue par lui-même et par son fils aîné, llorel Bambion, conseiller à la Cour royale ; le reste est aujourd'hui en la possession de M. Morel de Voleine, petit^Qs de François MoreL
4® Bibliothèque NoyeL — Cette famille remonte à Gilbert Noyel, échevin de Villefranche. Jean-André Noyel, seigneur de Fontenailles, fils de Jean-Baptiste, qui vint à Lyon en 465&, et de Françoise Cartier de Sermezy, épousa Claire Constant (1744). Son frère, Jean-François Noyel, seigneur de Sermezy et de Parranges, conseiller à la Cour des Monnaies en 1 71 5, président en 1 737, échevin en 1727 et 1728, fut père de Marc-Antoine Noyel, reçu chanoine d'Ainay le 8 mars 1758. (Preuves d'Ainay).
5** Bibliothèque Ollivier. — Ândré-Maxie OUivier, troisième fils de David Ollivier, receveur général des finances à Lyon, et échevin en 1735 et 1736, et de Françoise de Combles, fut mis à mort pendant la Terreur.
6** Bibliothèque Peyssan. — Philibert Peysson de Bacot, petit-fils de Jean Peysson, échevin en 1717 et 1718, originaire du bourg de la Sausse, près de Montélimart, et marchand-drapier, fut reçu conseiller à la Cour des Monnaies, le 18 août 1734, et épousa la fille de Jean Posuel, libraire, qui lui apporta la terre de Bacot, en Beaujolais.
7° Bibliothèque Rigod. — Aimé-Julien Rigod, reçu trésorier de France et échevin.
8® Bibliothèque Ruffier. — Claude Ruffier, reçu trésorier de France, à Lyon, le 3 septembre 1734.
9^ Bibliothèque Rast, — Jean-Baptiste-Antoine Bast- Maupas, médecin, membre de l'Académie de Lyon, né à la Voulte, en Vivarais, le 27 décembre 1732, mort à Albigny, près Lyon, en 1810.
Mathieu Rast , né à la Voutte , fut échevin à Lyon en 1776.
10° Bibliothèque Souchay. — Pierre-Hélène Souchay, fils de Joseph Souchay, secrétaire du Roi, célèbre biblio* phile, qui épousa, en 1760, Jeanne-Marie Vionnet.
Ex libris avec ses armes, accolées de celles de Vionnet, gravé par de Boissieu.
11** Bibliothèque Soubry. — ^Jean-André Soubry, né en 1705, trésorier de France le 10 mars 1741 , fils de Jacques Soubry , originaire des environs de Montauban, en Languedoc, qui vint à Lyon en 1680, et frère de Jacques Soubry, échevin en 1737.
Enfin, d'autres ex libris permettent de penser qu'ils proviennent de collections plus ou moins importantes.
Ex libris. — Joseph-François Terrier, architecte.
(Inconnu.) Ex libris. — Antoine Desvignes. Nicolas Desvignes,
échevin, 1653.
Ex libris. — Charles Adine, directeur général des
fermes du Roy, à Lyon, 4755.
Ex libris. — Joseph Steinman , échevin , 4788 et
Ex libris . — Bibliothèque des Grands - Carmes de
Lyon, 4770. (Voir page 24.) Ex libris . — Jacques - Hugues Dondain , prêtre et
sous-maître à la Primatiale.
Ex Ubris. — Jean -Victor Genève. Jean - François
Genève, échevin, 4753.
Ex libris. — Remiche, homme de loi à Lyon, 4794 . Ex libris. — Lambert-Clande Dugad, curé de Saint- Pierre et Saint-Saturnin, xvin* siècle.
Ex libris . — Antoine Morand de Jouflfrey, procureur du Roi au bureau des finances, conseiller à la Cour d'appel en 4 84 4 , fils de Jean-Antoine Morand , architecte , représenté par son petit-fils à Lyon.
Ex libris. — Couvent des Grands-Augustins de Lyon. Ex Ubris. — Jean-Joseph Cinier, xvin* siècle. Le fonds Coste, si riche en documents lyonnais, m'a révélé aussi, par ses ex libris, Texistence de plusieurs de nos anciennes bibliothèques particulières qui sont dispersées. Ces ex libris sont tous aux armes des propriétaires de ces diverses collections de livres dont il serait difficile, cependant, d'apprécier l'importance. La gravure des exlibris est généralement assez médiocre ; cependant il s'en trouve trois ou quatre qui sont de véritables objets d'art ; je citerai entre autres ceux de Jean-Philibert Peysson de
Bacot^ de Pierre de Jouvencel, du chevalier Desfours, et enfin ceux de P.-H. Souchay : ces derniers sont d'une remarquable exécution, l'un est si^é par de Boissieu, les autres, tirés en couleurs différentes, accusent un burin des plus exercés. Les ex libris de François Genève et de M. de Lachapelle présentent cela de particulier que l'artiste, qui les a faits, a reproduit le même groupe d*amours qui portent les écussons, en les retournant seulement, en sens inverse, et en changeant la forme des banderolles sur lesquelles on lit les noms différents de Genève et de Lachapelle.
Ex bibliotheca Joannis-Baptistœ Constani, equitis, régi a consiliis qucestorio Galliarum apud Lugdunenses Procuratoris regii generalis.
Armes sur Vex libris : d'azur^ au sautoir onde d'or chargé en abime d'un cube de sable.
Un Antoine Constant était échevîn en 1 697 ; une autre famille du même nom a donné un secrétaire du roi au xviii® siècle.
Ex'bibliotheca Antonii Ber giron. In summo Senatu Parisiensi. î. C. et C.P.
D^azur, à la fasce d'argent chargée de trois trèfles^ accom" pagné en chef d'un phénix d'argent et d'un croissant d^or en pointe.
Bergiron de Fortmichon, seigneur de FontenalUes au xviii* siècle.
Ex libris Cellier.
P. Cellier était un libraire qui demeurait quai Saint- Antoine. Il tenait aussi un cabinet de lecture et louait des
livres. Son ex libris représente une vaste bibliothèque au milieu de laquelle est une table couverte d'un beau tapis à ramages, chargée de livres.
Eœ libris Jaeobi Annibalis Claret DeUUowreHe^ equitis, régi
a consiliis in suprema Lugdonensi monetalium Judicum
caria prœsidis capitalium rerum Prœtoris Primarii.
Autre ex libris avec cette simple mention « M. le comte de La Tourrette. »
Le premier porte un écusson d'argerU^ à la bande d'azur chargée d*un soleil d'or. — Supports : deux aigles.
Le second un écusson : icartelé, au 4*' et 4* de gueules, au lion passant d^argent^ et au 2* et 3* d'or, au lion passant de gueules. — Supports : deux lions.
Fleurieu (Jacques-Annibal, Claret de) seigneur de la Tourrette, président de là Cour des Monnaies, trois fois prévôt des marchands, secrétaire perpétuel de FAcadémie de Lyon, né en mai 4692, mort le 48 octobre 4776.
Le second ex libris est étranger au Claret de la Tourrette et appartient à une maison des environs de Lyon.
Ex bibliotheca Carm. dise. conv. lugd.
J'ai déjà parlé plus haut, à la page 24 de la bibliothèque des Carmes. Je me bornerai donc à citer ici Vex libris qui nous en reste. H porte les armes de la communauté qui étaient : chappé^ arrondi d'argent et de sable à trois molettes de l'un en Foutre ei une croix patie de sable en chef.
Ex libris D. Domini Demarbeuf, episcopus Ednensis.
Armes : d'azur, à deux épies d'argeni en sautoir, la pointe en bas.
Dominique de Marbeuf, comte de Lyon, évéque d'Au^ tun en 4767, archevêque de Lyon en 4787, né à Rennes, en 4732, fils d'an président à mortier au Parlement de Bretagne, mort en émigration à Lubeck, en 4799 ; n'a jamais occupé le siège de Lyon.
Dominici de Ponsaimpierre, Domini du Perron, equitisregi consiliis in curia monetali Senescallica et Prœsidiali et Âcademici Lugdunensis.
Dominique de Ponsaimpierre, seigneur du Perron, fils de Barihélemi, conseiller à la Cour des Monnaies, en 4708, de r Académie de Lyon, auteur de mémoires restés inédits, né le 44 novembre 4685, mort le 20 novembee 4755.
Cet ex libris porte un écusson : d'azur, à deux cohnnes d'argent f timbre, une couronne d'argent. — Supports : deux lions; inscription au-dessous.
Ex libris Benedicti Goy, equitis in curiis Paris et Lugdun.
advocati.
Benoît Goy, avocat, né le 47 août 1704, mort le 27 septembre 4784, de l'Académie de Lyon, substitut du procureur du roi en la juridiction de la Conservation, échevin, auteur d'un ouvrage imprimé : Discours sur les naissances tardives, et de nombreuses notices inédites sur des sujets d'bistoire, de philosophie et d'économie poUtique.
Son ex libris, gravé sur bois et d une mauvaise exécution, représente ses armes : d'azur, au chevron d'or^ accom^ pagné de trois monis de trois copeaux d^argeni au chef de même chargé d'un ours de sable surchargé de • (rois étoiles d'argent. — Un Abraham Goy était échevin en 4722.
Rey, lieutenant général de police.
Claude-Antoine Rey, lieutenant général de police, à
Lyon, se signala par sa vigilance et son zèle pendant le rigoareux hiver de 4789. Il émigra en môme temps que les princes et mourut en Sicile, en 4840.
Ecusson portant : (Tazur, au chevron d'or accompagné de deux roses eî de deux hâtons de justice en sautoir, en poinUf au chef de gueules chargé d'un croissant d'argent. — Inscription au-dessous ; gravée sur bois ; mauvaise exécution.
Ex bibliotheca Augustiniana majoris conventus Lugdu-
nensis ad Ripam.
Armes : d^argent, à trois fasces écotées de gueules. Deux ex tibris différents. L'un est aux armes de la maison dans une cartouche surmonté d'une crosse ; le second est accompagné de deux religieux mitres et portant une crosse.
Ex libris D. Rozier.
Armes : d'argent^ au rosier au naturel sur un tertre de sinopk.
L'abbé François Rosier, savant agronome, curé de la paroisse Saint-Polycarpe, né le 23 janvier 4734, mort pendant le siège de Lyon d'un éclat de bombe, le 29 septembre 4793.
Ex libris Claudii Martin.
Claude Martin, major général au service de la Compagnie anglaise des Grandes-Indes, fils d un tonnelier de Lyon, né en janvier 4762, mort à Lucknow, dans le Bengale, le 43 septembre 4800, fondateur de l'Ecole de La Martinière.
Cet ex libris représente un paysage. Au fond est la mer ; dans cette mer, à droite, est une ville fortifiée derrière laquelle le soleil se 16ve ; à gauche est un navire qui se dirige sur cette ville. Sur le second plan est un roc au milieu des flots ; sur ce roc se dresse un lion tenant de la patte droite une épée et de la gauche un fanon triangulaire, de gueules, à un poisson â^ argent entouré d'une gloire. Au-dessus de ce fanon est une banderole suspendue dans les airs avec ces mots : Labore et Constantia. Enfin sur le premier plan se voient des tentes, des canons, des boulets, des armes, un cheval et un éléphant couché. Le tout surmonté de lauriers et de drapeaux triangulaires, rouges, au poisson radieux d'argent, A l'angle inférieur, à droite, se lit : Bid' del. et s'.
Ex libris Joan, Francisci Genève,
Genève, Jean-François, premier syndic du commerce, à Lyon, échevin, de TAcadémie de Lyon, né le 25 décembre 4706, mort le 45 mai 4776.
Auteur de mémoires importants snr le commerce, sur le décreusage des soies, l'an des fondateurs de l'Ecole de dessin» avait épousé M^^® Serre dont J.-J. Rousseau s'était vivement épris. Mort subitement en sortant d'une séance de l'Académie.
Ex libris gravé habilement sur cuivre ; un écusson mipartie : 4" dargenî, h un aileron d'argent et 2® de gueules, à une clef d^ argent. — Timbre : une couronne de baron. — Supports : deux petits génies sur des nuages desquels sort une banderolle avec l'inscription ci-dessus.
Ex libris Desfours, equitis.
Desfours a été le dernier président de la Cour des Mon-
naiesde Lyon; en 1748, on trouve aussi Biaise Desfours de Grange-Blanche, conseiller à la Cour des Monnaies, n était janséniste.
Cet ex libris est aussi aux armes de la famille : (Tazur, à la croix engrilée mi-pai^ie d'argent et d'or^ à une tile de lion arrachée à semestre. — Timbre : une couronne de marquis. — Supports : deux lions. — Gravure sur cuivre d'une bonne exécution.
A . M. Roman de Rives.
Roman de Rives (Jean-François), chanoine et chambrier de Tabbaye de TDe-Barbe, auteur de dissertations inédites sur la numismatique et Tarchéologie, né en Provence, en 1666, mort à l'Ile-Barbe, le 20 juillet 1 740. Le P. Menestrier le cite avec éloge. Les numismates invoquaient aussi son témoignage. Il a laissé un manuscrit autographe contenant plusieurs lettres et mémoires qui se rencontraient dans la bibliothèque de feu J.-J.-P. Gay. (Lyonn. dign. de mim.^ p. 257.)
Armes : écartelé,au i^ d'azur, au sautoir d'or; au 2* èchiqueti (for et de gueules^ au franc quartier d'azur bandé d'or ; au 3* d'azur, au dauphin d'or; au 4* contrécartelé, au l*' et 4* de gueules à la guivre en pal d^argent et une fasce vivrée d'or brochante, au 2* et 3^ de vair, au lion de gueules; sur le tout, d'argent, au lézard de sinopk, au chef d'azur, à trois étoiles d'or.
Ex Museo Latnberti Claudii Dugad, parochiœ sacrum Pétri
et Satumini Lugduni rectoris.
Aimes : d'azur ^ à trois fasces ondées d^argent.
Bibliothèque de M. Saulnier Dulac de la Tour.
Armes : d* argent, au chêne arraché au naturel accompagné de trois trèfles de sinople.
3dâ
Bibliothecœ Gabrielis DegUUigny, equitis régi a consiliis in suprema monet. Senesc. et Prœsid. caria Lugdanens, regiaram causanim actoris.
J'ai déjà mentionné plus haut cette fiunille et sa bibliothèque.
Gabriel Deglatigny p6re et Gabriel Deglatigny fils, ont été tous deux avocats généraux, Tun en 4706 et Tautre en 1717.
Cet ex libris est aussi aux armes des Deglatigny : de g%mles^ au ehwmn d'or accompagné de trots quirUefeuilles de mêmCy au chef d'or. «— Timbre : une couronne de comte. — Supports : deux cignes. — Gravure sur cuivre, bonne exécution.
Ex libris Josephi Stephani Estival, Lugdanensis.
Inscription à la main, au-dessus d*un écusson : de gueules^ à deux branches de pcdmier en sautoir^ au chef d'orgeni chargé de trots hermines de fasce. — Timbre : on casque de chevalier fermé avec riches lambrequins.
Jean Estival, drapier, échevin en 1650.
Joseph -Etienne Estival, procureur du roi au bureau des finances de Lyon, le 20 janvier 1736.
Les Estival étaient seigneurs de la Garde, en Forex» au commencement du xvin* siècle. J. Estival, échevin , en 1708. (Steyert.)
« fapartiens à DespervillCy écuger du roy, h F Académie
de Lyon. »
n parait qu'on pouvait être de TAcadémie de Lyon (Ecde vétérinaire) sans savoir l'orthographe, comme le démontre l'inscription ci-dessus.
D'Esperville portait en ses arnies : d'or, à une foy d^ar-gent, sommée d*un épervier au naturel, au chef d'azur à trois coquilles d'argent de fasce. — Timbre : un casque fermé de cheyalier.
Il se qualifiait « d'écuyer du roy. »
De la bibliothèque de Jacques-Guillaume Trolieur, escuier,
sieur de la Vaupière.
D'argent, au chef>ron de sable , au chef d'azur , chargé de trois besans d'argent. — Timbre : une couronne de baron.
M. Steyert en citant cette famille lui donne le nom de TrouiUeur, et cependant sur Yex libris que j'ai sous les yeux et qui a dû nécessairement avoir été &it sur les indications de Tun de ses membres, on lit Trolieur.
M. Steyert a consacré la notice suivante à cette maison : tt Trouilleur de la Bochette, seignevrs de la Douze (Odenas) d'Amarcin et de la Vaupière, aliénèrent aux de la Chaize-d'Âix, en 1660, le fief de la Douze; un président au Parlement des Dombes au xvii* siècle. Dans les forces de Lyon, le champ de leurs armes est d'azur ; il n'y a pas de chef et les besans sont rangés. Jacques-GhiiUaume Trolieur, écuyer, sieur de la Vaupierre, portait le champ égorgent et le chevron de sable. »
De la bibliothèque de M. le marquis de Vichy.
Armes : deux écussons accostés d'argent, à la croix de gueules, à dextre, de vairs et contre vairs d'argent et d'awwr, à sinestre, une croix de chevalier du Saint-Esprit en sautoir. — Timbre : une couronne de marquis.
De la bibliothèque de M. Rast de Maupas, négociant à Lyon. Armes : écartelé, au 1'' et 4* sable; au 2^ et 3* d'azur; le
UnU chargé de trois quintefeuilles d'argmt, 2 eH .—Timbre : une couronne de baron. — Gravure de mauvaise exécution.
Rast, Mathieu, échevin, en 4776. Ils tenaient en francalleu une maison dans la rue Tramassac. (Steyert.)
Ex mtJMo nob. viri d.p.g. de la Chapelle.
Armes : d'azur, au chevron ffor^ accompagné de trois étoiles d'argent, i et \ en pointe sommée d*un mouton d*or. — Timbre : une couronne de baron. — Supports : deux petits génies portés sur des nuages d'où sort une banderole avec Tinscription ci-dessus. — Gravure à l'eau-forte, dessin gracieux.
On trouve André de la Chapelle, conseiller de ville en 4572. P. Geof, échevin, en 4748. Il était possessioné à Pierre-Bénite.
Nobilis D, D. Petrus de Jouvencel, eques, Monetarum
Lugdunens. Senator.
Pierre de Jouvencel était conseiller à la Ciour des Monnaies de Lyon, en 4744 .
La gravure de son eœ libris est d'une grande finesse» il représente un écusson aux armes des Jouvencel surmonté de trois casques de chevalier, de face, entourés de lambrequins.
P. Jouvencel était échevin en 4737.
Ses armes : d'or, à deuxpalmes de sinopk mouoant d'un croissant de gueules au chef d'azur, chargé d'un soleil d'or entre deux étoiles d'argent.
M. Jean^Philibert Peysson de Bacot, procureur-général en
la Cour des Monnayes de Lion.
Armes : d'or, au chevron de gueules sommé d'une croix de
mime , au chef d'azur chargé d'un poisson d^argent. — Timbre : une couronne de baron. — Support : un lion rampant.
On trouve, en 4752, Jean-Bapiiste Peysson de Bacot, conseiller à la Cour des Monnaies.
Ex libris P. H. Souchay^ equîtis.
Soucbay (P.-H.), ancien négociant, ancien directeur honoraire de TEcole de dessin de Lyon, associé de l'Académie de la même ville, élève particulier de Coffin, passait pour un amateur distingué de livres, communicatif et modeste, mort en 1807. Sa bibliothèque riche en classiques et en éditions rares et précieuses fut vendue au mois de décembre de la même année. Il était beau-frère de Laurent-Pierre Bérenger, de l'Académie de Lyon, né à Kez, en Provence, le 27 novembre 1749, mort le 26 septembre 1822, à Lyon, auteur de nombreux ouvrages en prose et en vers. Ancien censeur royal à Paris.
Souchay figure sur la liste des académiciens de Lyon, comme associé libre et domicilié à Chaponost.
n possédait deux ex libris; Vxm représente un paysage ; au fond est la mer avec des navires qui côtoient une tour ; sur le premier plan est, à gauche, un groupe d'arbres contre lesquels est appuyée une grosse pierre sur laquelle est gravé un écusson armoirié avec lambrequins, et au centre une autre pierre couchée sur laquelle on lit ces mots : « Ex libris P. H. Souchay, equitis. » Cette gravure àTeau-forte, par de Boissieu, est d'une belle exécution et signée par l'auteur.
Le second ex libris représente une femme de haute taille, le casque en tête, armée d'une lance et d'une cuirasse, tenant un écusson ovale aux armes de Souchay et
reposant sur un socle sur lequel se lit : « Ex libris Souchay, equîtis Lugduni. » (Gravure sur cuivre d'une remarquable exécution), sans nom d'auteur.
Ex biblioiheca de Meaux.
Cette maison avait deux ex libris de dimensions inégales et à ses armes : cTazur^ au chevron d'or, accompagné en chef de deux étoiles d'or et en pointe d'un trèfle de même. — Supports : deux griffons. — Manteau d'hermine.
Jean-Etienne de Meaux, président à mortier du Parlement des Dombes, fils d'Etienne de Meaux, premier président du bailliage de Mftcon, marié en 4694. (Note de M. Morel de Voleine.)
<2® Bibliothèque Ponsaimpierre. — François de Ponsaimpierre, négociant lucquois, naturalisé à Lyon, eut de lafiUed'OdetCroppet:
\^ Lambert de Ponsaimpierre, échevin en <675, prévost des marchands en 1683, qui acheta le chftteau du Perron.
2^ Dominique, échevin en \ 661 .
3^ Jean-Baptiste , conseiller d^honneur à la Cour des Monnaies.
Dominique fut père de Barthélémy de Ponsaimpierre, trésorier de France, reçu le 26 juin 1673, mort en 1731 , père de Dominique de Ponsaimpierre, né à Lyon le 1 4 novembre 1 685, conseiller d'honneur àla Cour des Monnaies en 1708, reçu de l'Académie de Lyon en 171 4, mort le 20 novembre 1755, qui, de sa femme Bonne d'Ambournay; n^eut que deux filles mariées à MM. Regnauld de Parcieu et à Pierre Dugas.
13* Bibliothèque Clapeyron. — Clément Clapeyron , de Saint-Chamond , vint s'établir à Lyon vers 1648 (registre des étrangers) .
Simon Clapeyron, fils de Jean, bourgeois de Lyon, receveur des deniers communs, et de Catherine Crupisson, naquit à Lyon le 46 juillet 4636, fut député au Conseil de commerce, reçu marchand à Paris, en 4687, exilé à Saint- Plour en 4720, mort en 4724, laissant , entre autres enfants :
N. Clapeyron, protonotaire du Saint-Siège à Paris, chanoine et chantre de TIsle-Barbe, mort à Sainte-Foy-lès- Lyon, le 2 décembre 4 772 , auteur d'un cours de rhétorique.
N., Chevalier d'honneur à la Cour des Monnaies.
Estienne Clapeyron, né en 4702, trésorier de France en 4730, subdélégué de l'intendance. (Pemetti).
Jean-Louis Clapeyron Dubuisson, chevalier de Saint- Louis, prévost général de la maréchaussée du Lyonnais en 4789, eut de N. Berton de La Gardière, ou plutôt d'une seconde femme, une fille mariée à M. Verne de Bachelard, conseiller à la Cour royale de Lyon et député du Rhône.
li"* Bibliothèque Constant. — Jean-Baptiste Constant, chevalier, seigneur de Fontenailles, procureur du Roi au bureau des finances, le 42 mars 4742, mort en octobre 4734. n était fils d'Antoine Constant, échevin en 4697, et petit-fils de Joseph Constant, du Puy-en-Velay, qui vint s'établir à Lyon en 4674. Il avait épousé la fille de Joseph du Soleil, trésorier de France, dont il eut Pierre Constant, seigneur de Bohan, capitaine au régiment de Provence, qui laissa postérité.
15** Bibliothèque Foy. — Nicolas Foy de Saint-Maurice, président et commissaire du Conseil pour l'intérieur de la Monnaie de Lyon, chevalier de Saint-Lazare en 4706, conseiller d'Etat par brevet; il épousa Claudine Riverieulx, et fut père de Augustin-Nicolas Foy de Saint-
Maurice, brigadier des armées du Roi, tué à la bataille de Dettingen, en "1743. Il s'était occupé de gravure. On trouve beaucoup à'eœ libris de cette bibliothèque.
16® Bibliothèque MontheroL — Jean-Baptiste-François- Marie de Montherot, fils de Pierre de Montherot, conseiller au Parlement de Dijon en 1778, et de Jeanne-Claudine-Françoise-Etiennette Grimod de Biverie, fut membre de T Académie de Lyon. Sa bibliothèque remarquable a passé à son petit-fils. Il avait eu, de ses alliances avec M"® de Nogent et M"« de Lamartine, deux filles, M"~ de La Chapelle (Pa'sserat) et de Chatelus (GuiUet), et un fils, Charles, marié, en 1859, àM*^ Blanc de Faverges.
La bibliothèque de Pierre Aubert, dont j'ai parlé déjà à la page 30, était ouverte au public ; elle était placée dans la maison qu'il occupait place Saint-Jean, au coin de la brèche. Elle se composait de 7 à 8,000 volumes, et était ouverte le lundi et le vendredi de chaque semaine, matin et soir. Brossette y avait son logement. Les appointements du bibliothécaire étaient de 1 ,000 livres par an, seulement pour les six premières années, et furent ensuite réduits à 500 livres ; il devait être nommé pour six ans. Le sous-bibliothécaire avait 300 livres et devait être avocat. Le garçon de peine avait 200 livres et le logement. Le Il août 1736, cette Bibliothèque fut transportée dans rhôtel de feu M. Sève de Fléchères, près le palais de Roanne ; elle contenait 16,000 volumes et beaucoup d'estampes. Pierre Aubert était décédé le 18 février 1733, âgé de 93 ans ; il avait cédé sa Bibliothèque à la Ville, à la charge de 2,000 livres de rente viagère, et, après lui, 1 ,500 livres au sieur Chol, son neveu, car il n'avait pas eu d'enfants. Brossette mourut le 17 mai 1743. M. Perrichon, prévôt des marchands, avait fait nommer en survivance, pour la charge de bibliothécaire, Tavocat Deschamps, dont
j'ai déjà parlé aussi plus haut ; mais M. de Fleurieu le remplaça par M. Chappe (1), qui lui était utile. L'abbé Michon avoue, dans ses Mémoires , qu'il avait sollicité cette place « par inclination. » Au reste, dit-il, M. Chappe est un honnôte homme et un avocat de mérite. M. du Perron (Ponsaimpierre) disait de M. Chappe « qu'il était capable de mettre les Opéra sancH Augustini avec les opéras de Lulli. » L'Académie ne voulut jamais le recevoir. En 4746, la ViHe nomma M. Chappe son archiviste, au traitement de i,000 livres par an, et on sait avec quelle supériorité il dressa l'inventaire, encore conservé, de ses belles Archives. Chappe remplaça le sieur Bezuchet, tombé en démence.
J'ai déjà dit aussi que la bibliothèque Aubert, devenue Bibliothèque de la Ville, s'était enrichie du médailler de M. de Fleurieu et de celui d'Antoine Laisné (2).
LBS BIBLIOTHàQUBS PA.BTICULIÉBKS DB LYON APBàS LA RÉVOLUTION.
Lyon, nous l'avons vu, était riche (3), avant la Révolu-
(i) Louis Chappe de Saint-Marc était receveur des octrois de la ViUe en 1715.
Marc-Antoine Chappe, avocat, échevin en 1740, était originaire de Saint-Jean-de-Losne en Bourgogne.
Antoine-Suzanne Chappe de Brion (1774) épousa Scholastique de Lyobard.
(2) Antoine Laisné, né à Paris, en 1668, frère de Mathurin Laisné, mort à Lyon, en 1723, directeur de la Monnaie, fat membre de l'Aca-. demie de Lyon et lui laissa son cabinet de médailles. 11 mourut à Paris, le 21 octobre 1746.
(3) Déjà vers la fin du xv< siècle, Lyon était riche en livres.
tion, en bibliothèques particulières, formées, la plupart, par des magistrats distingués, de savants ecclésiastiques ou par d'opulents hommes de loisir et lettrés ; — mais ces précieuses collections , nous Ta vous dit aussi déjà, sont venues ensuite se fondre, en partie, dans nos Bibliothèques publiques. Comme celles-ci n*ont pas été entraînées par le flot révolutionnaire, qui a englouti alors tant de belles choses, on retrouve encore aujourd'hui, dans nos grands Dépôts publics, des épaves de ces bibliothèques particulières.
Tant que dura la tempête, on songea peu aux livres ; mais avec le retour du calme, et alors que la France, rui-
M. A. Péricaud l'aîné, dans sa Biographie lyonnaise, LyoDi Perrio, 1851, cite, à cet égard, on poète Pierre Grosnet, qui s'arrêta dans nos murs, au retour d'Italie, et termina par ces deux vers son blason i la louange de Lyon :
Dediins Lyon sont en grini quantité Livres monlt beaalx pour garder vérité.
On peut, sans exagérer, ajoute M. Péricaud, évaluer à près de dnq cents le nombre des ouvrages imprimés a Lyon, pendant les vingtsept dernières années du xv* siècle ; à ce moment, Lyon comptait plus de 60 imprimeurs dont les éditions sont venues jusqu'à nous. Un poète moderne a dit aussi :
De tes riches tissns, déployant les iplendears, Si tn treues là soie en longs tapis de flenn, Il n'est pai, A Lyon, de cité qui t'égale. De tes Tienx imprimeurs, si les types choisis Gravent sur le papier de fragiles écrits, Il n'est pas de cité rivale Qai snrpasse ta gloire et t'enlève le prix.
Outre les imprimeurs sédentaires» il y eut, à rorigine, des prestes ambulantes. Les premiers typographes ne séjournaient dans les villes où ils passaient qu'autant qu'ils y étaient retenus par les libraires qui acceptaient leurs services. Dès que leurs presses devenaient oisives, ils allaient chercher de l'ouvrage ailleurs. [Idem, p. 2).
née et saccagée, commença à renaître à la vie, sous la main puissante et glorieuse du Premier Consul , les hommes studieux ou de goût reprirent courage.
Plusieurs, et des plus distingués, avaient survécu ; — mais, ils vivaient isolés, pensaient et travaillaient, à part, dans le silence de leurs cabinets. De tous côtés, cependant, on désirait un centre de communication qui offrît les mêmes avantages que l'ancienne Académie, en réanissa^t, par une heureuse alliance , les littérateurs, les savants et les artistes. « On sentait généralement (1] qu'il
(1) On était alors à Lyon comme au zti* dëcle. An commencement da nôtre, Lyon devenait de nonvean une ville littéraire, et tont présageait, en 1800, qu'elle brillerait avec éclat dans un prochain avenir.
En 1501, se réunissaient, sur la colline de Fourvières, dans la maison de Nicolas de Langes, des littérateurs et des savants, parmi lesquels figuraient Jean Le Maire, de Belges, qui devint, plus tard, si célèbre comme historien et comme poète ; le médecin Gonzalve de Tolède ; le philosophe André Victon ; Claude Patarin, plus tard premier président du Parlement de Bourgogne ; Téchevin Barthélémy IL de Bellelièvre, père de Claude, auteur du Lugdunum priscum ; le jurisconsulte Humbert Foumier.
Simon de Phares, qu^ possédait 300 volumes dans son estude, donnait alors des leçons d'astrologie ; Symphorien Champier faisait un cours de médecine ; deux dominicains, Jean de Gênas et Guillaume Totain, qui furent l'un et Tautre amis de Josse Bade, professaient la théologie ; Jacques d*Amoncour, chanoine et comte de Lyon, le droit canon, et Jean de Grès, le droit civil ; maistre Anthoine Chivalet et maistre Jean Perréal, dit de Paris, lidsaient, Tun lapoëterie et versifkatian, Tautre, de la paincture et décoration pour le Consulat, lors de l'entrée du roi à Lyon. Tout était alors prêt, à Lyon, pour la renaissance des lettres et des arts.
En 1800, il en fut de même : « Les Muses, effrayées par la Révolutioui étaient rentrées à Lyon après la paix ; elles attendaient qu'on
manquait, à Lyon^ un foyer de lumières propre à éclairer les divers domaines de l'esprit humain et à servir de noble encouragement à ceux qui les cultivaient (1 ) . » Ce vœu fiit entendu par M. Verninac, alors préfet du Rhône. Homme de lettres lui-môme, diplomate habile, il avait été choisi par le Premier Consul , qui se connaissait si bien en hommes , pour réorganiser l'administration lyonnaise et relever notre ville de ses ruines. Il réunit donc autour de lui, dans son hôtel de la rue Boissac, un gprand nombre de personnes qui s^intéressaient aux lettres, comme aux arts et aux sciences, et leur proposa de fonder une association, une Société hbre des sciences, lettres et arts, sous le titre d'Athénée. Les préjugés et les circonstances ne permettaient pas alors qu'on donnât à cette compagnie le nom d'Académie; mais c'était réellement l'ancienne Académie de Lyon qui renaissait ; d'ailleurs, M. Verninac ne le cachait pas : « C'est avec les restes précieux de l'ancienne Académie , dit>il , et avec des hommes que l'opinion publique indique par la réputation dont ils jouissent, que je vous propose de former V Athénée. Votre cité possédait une Académie célèbre ; j'en contemple, avec chagrin, les débris épars et mutilés, comme mes regards se sont placés douloureusement sur ces ruines accusatrices qui obstruent vos places où s'élevaient autrefois des édifices majestueux, — sur vos magnifiques quais si dégradés, — sur vos fontaines, veuves du dieu qui entretenait leurs ondes, et sur vos ateliers renversés ou languissants. » M. Verninac voulait « que les savants, les littérateurs
rouvrît leur temple et que leurs adorateurs leur présentassent des offrandes... » (I) Dumas, Histoire de VAcadémie^ p. 370.
0t les artistes donnassent le signal de la reconstruction, qn'ils entendissent, les premiers, les sons de la trompette qui annonce la résorrection (4 ) et se relevassent du tombeau avant tous autres. » Tout était, en effet, à régénérer : commerce, beaux-arts, instruction publique, établissements scientifiques et littéraires, tout avait péri dans la tempdte révolutionnaire. La religion même, persécutée, n'osait pas encore rouvrir ses temples dévastés. Mais, comme dit Bossuet, un homme s'était rencontré: cet homme, désigné par la Providence pour accomplir ses grands et mystérieux desseins, se nonmiait Bonaparte. Vainqueur aux Pyramides, il était rentré en France pour voir tomber le Directoire, haï et méprisé de tous les partis par l'inunoralité et l'incapacité des hommes qui le composaient ; puis , après avoir écrasé l'Autriche dans les plaines de Marengo, avec la rapidité de la foudre, il était revenu, avec l'auréole de la gloire et du génie, pour prendre de sa main puissante le pouvoir avili par le gouvernement révolutioimaire. La France l'avait acclamé ; les Lyonnais le conduisirent aussi, en triomphe, à THôtelde-Ville, et, comme pour montrer qu'il voulait régénérer notre ville, il scella lui-môme la première pierre des façades de BeUecour, a de cette place que j'ai vue si beUe, dit-il alors, et que je retrouve si hideuse. » Et cependant.... n'avons-nous pas vu des Lyonnais, en 4870, débauhnmr et vendre, comme vieux cuivre, la statue de ce grand bienfaiteur de notre ville ? Il est vrai que ces
U) < Cette espèce de r^arrection fat accueillie arec enthousiasme, comme tout ce qui se faisait de bien en France. Alors le génie damai cessait d'y planer avec ses ailes de feu... » {Histoire de V Académie de Lyon, par J.-B. Dumas, 1. 1, p. 377).
mômes hommes avaient appelé un condottieri italien pour les protéger contre Tinvasion, qu'ils ne savaient et n'osaient repousser eux-mdmes, et devant laquelle ce bravi a fui lâchement lui-mdme avec ses bandes d'aventuriers
pillards (1)
La première réunion de T Athénée se tint le 4 0 juillet i 800. M. Veminac fut élu président ; le comte de Laurencin (2), vice-président ; Roux, secrétaire pour la daâse des sciences, et Bérenger (3), pour celle des lettres. On était avide des jouissances de l'esprit au sortir des temps
(1) A Autan, entre autres, an moment où cette ville fut surprise par les Pnissîeus et bombardée, Garibaldi, les principaux officiers de ses bandes et le maire d'Antun, un de ces vigourmx républicains^ montèrent dans un omnibus et se sauvèrent jusqu'à Montchanin... Pendant ce temps, les mobiles, seuls^ pointèrent l'artillerie, abandonnée
par les garibaldiens, et plus de 80 se firent tuer sur leurs pièces
Les Prussiens, étonnés de cette courageuse résistance, se replièrent... Garibaldi et ses tristes compagnons rentrèrent nuitamment à Autnn, et recommencèrent leurs orgies à Fhôtel de la Poste..., sans songer, bien entendu, à poursuivre les Prussiens.... J'étais à Autun peu de temps après ces tristes événements. Avec quelle fierté on montrait les murs troués par les obus prussiens et où avaient péri nos braves et jeunes mobiles ! et quel concert de justes imprécations contre les lâches fuyards des bandes italiennes !!1
^2) Jean-Espérance BUndine, comte de Laurencin, chevalier de Saint-Louis, des Académies de Lyon et de Villefranche, auteur de quelques opuscules en vers et en prose , né à Chabeuil , près Valence (Drôme)f le 17 janvier 1733, mort le 21 janvier 18i2, président du Conseil général du Rhône.
(3) Bérenger (Laurent-Pierre) , né à Riez-en-Provence, le 27 novembre 1749, mort à Lyon, le 26 septembre 1822, auteur de plusieurs ouvrages en prose et en vers, ancien censeur royal à Paris, professeur délégué à l'Ecole centrale de Lyon, correspondant de l'institut.
afieux qu'on venait de traverser. Les séances de T Athénée forent suivies avec assiduité, et on y entendit souvent de grandes célébrités littéraires.
Tous les hommes de lettres lyonnais, que la révolution avait éloignés de leur ville, applaudirent aussi à la fondation de TAthénée, dans lequel ils revoyaient l'ancienne Académie où ils avaient passé des heures si agréables ! Cflaret-Fleurieu, devenu conseiUer d'Etat, écrivait à ses anciens collègues : « Quelle satisfiiction ne dois-je pas éprouver de me voir réuni de nouveau, après tant d'orages, à une partie des savants, des littérateurs et des artistes auxquels j*eus l'honneur d'être associé pendant les plus belles aimées de ma vie ! » J.-B. Say, né à Lyon, mandait aussi aux membres de l'Athénée « sa reconnaissance pour ceux de ses concitoyens qui avaient fait renaître dans sa ville natale le goût des arts et des connaissances utiles et agréables. » Le célèbre avocat général Servan écrivait, à la même époque : « Sur le bord de mon tombeau , je ne m'attendais guère à être rappelé dans un nouveau temple des arts et des sciences. Honneur à qui l'a relevé de ses ruines ! Honneur aussi à qui pourra l'habiter dignement et s'y faire entendre avec l'applaudissement public !!! » Laharpe , Ducis, de Saint-Ange, anciens membres de l'Académie de Lyon, s'applaudissaient non moins de venir s'asseoir dans les fauteuils de FAihénée. De Saint-Ange, traducteur d'Ovide, s'écriait : c Si les villes les plus célèbres de la France se disputaient le droit d'avoir une Académie, quelle ville leût emporté sur la votre, par la légitimité et par l'ancienneté de ses titres ? Ne sait-on pas que Lyon était savant et poli, quand Paris était encore barbare ? Et puis-je songer au préfet qui vous a rendu la votre sous le nom à'Athénéey qui, par ses soins, sa libéralité, fait fleurir les arts et les lettres qu'il
cultive lui-môme, — et ne pas me rappeler que, sous l'empereur Trajan, Pline, préfet de la même province, établit , à ses frais, dans vos murs, une Bibliothèque publique et un gymnase littéraire ? »
Mais l'Athénée ne suffit pas au goût, de plus en plus prononcé, des Lyonnais pour la culture des lettres ; ils voulurent avoir encore un autre point de réunion. Des savants se réunirent ; de ce nombre était M. Breghot du Lut ,devenu, plus tard, conseiller à la Cour de Lyon, l'un des hommes les plus érudits de Lyon, helléniste des plus distingués , auteur de travaux des plus remarquiables. Avec le concours de sept de ses amis, gens de goût et d'études , ils fondèrent la Société littéraire en 4 807 ; ses attributions différaient peu de celles de l'Athénée. Cette Société devint une pépinière où l'Athénée (plus tard, l'Académie] recruta souvent ses membres. En môme temps, on fondait, à Lyon, VAlmanach des Muses et le BuUetin de Lyon^ seuljournal littéraire que la ville posséda longtemps, et dans lequel tous les savants lyonnais se plurent à insérer de nombreux et beaux travaux.
La renaissance des arts eut lieu alors en môme temps que celle des lettres et des sciences. On sait que, dès qu'un peu de calme eût succédé aux orages de la révolution, un représentant du gouvernement , Poulain de Grandpré, envoyé en mission à Lyon, pour y calmer les esprits surexcités par une coupable réaction, avait pensé que l'un des meilleurs moyens, pour ramener la concorde et l'appaisement, étaient de les appeler et de les diriger vers le culte des arts et du beau. Dans ce louable but, il avait pris, dès le 10 novembre 1795, un arrêté par lequel, tout en consacrant le palais Saint-Pierre à divers services publics, il entendit y créer une école de dessin, un musée et des cours publics sur les beaux-arts.
Ce beau palais était Tune des plus belles œuvres de François de Royers de la Valfeniàre, artiste éminent, issu dWe fisunille d'architectes, originaire du Piémont, établie ensuite à Avignon. Ce palais se prêtait parfaitement à la réalisation de la bonne pensée de Poulain de Grandpré ; ses vastes portiques pouvaient recevoir tous les monu* ments épars de Tart gallo-romain ; dans ses salles et ses immenses déambulatoires des étages supérieurs, il était des plus faciles de créer des galeries de tableaux, des musées, des bibliothèques, d'installer des cours publics et des amphithéâtres pour des conférences. Mais Poalain de Grandpré n'avait pu achever sa grande œuvre ; toutefois, il eut le mérite de sauver le palais d'une destruction certaine , que des entrepreneurs cupides avaient voulu acheter pour le démolir et bâtir des maisons sur son vaste emplacement.
Un Conservatoire (1]des arts fut installé dans le Palais*
(1) Ge Conservatoire a rendo les plus grands services aax arts et aux sciences à Lyon, et on ne s'aperçoit que trop de sa disparition. Il arait pour but la limitation de la désastreuse autocratie que les directeurs des services, installés dans le Palais-des-Arts. ont toujours exercée; mais M. Artaud, que ce contrôle salutaire gênait, parvint à s'en afiranchir et à faire nommer une Commission des artSy qui est sans action, sans influence et qui, je regrette de le dire, n'a pas compris sa mission. Il est donc urgent que l'administration supérieure rétablisse l'ancien Conservatoire et oi^anise aussi une Direction des Bea/ux-ÀrtSt laquelle, avec le concours du Conservatoire» aurait spécialement à s'occuper de tout ce qui touche aux arts, àLyon, dans le palais Saint-Pierre et dans tous les édifices publics, qui sont la proprité de la Ville, et dont le délabrement est une véritable honte pour Lyon.
Déjà, dans un écrit spécial, j'ai signalé cette situation regrettable et indiqué le moyen d'y remédier. Mes doléances, je suis heureux de le
dea-Arts, en Tan X, avec la mission d'y organiser le Musée, les galeries de toutes sortes et tons les services auxquels ce palais fiit alors afiecté. Cette Commission avait pour présidents d'honneur le préfet et le maire du canton du Nord. Ses membres étaient : /.^. de Boisrieu, Mayeuvrû'^hafnfwieuXf Fingumiin^ Pemon et DeUiormô' Delille ; Dechazelles était son secrétaire ; le conservateur, MouUmnei.
Déjà, en Tan VT, on avait institué une Ecole de dessin, en vue de donner à la fabrique de la soierie de bons dessinateurs. L*Ecole publique de dessin avait Cogett, d'origine suédoise, le dernier peintre officiel de la ville sous l'ancien Consulat de Lyon, comme professeur pour la figure ; Devarenne, professeur pour la fleur; Leclerc,pour la mise en carte ; Raymond enseignait la chimie. L'Ecole spéciale de dessin^ instituée par un décret du S5 germinal an Xm, comptait, comme professeurs, des artistes de grand mérite : Bevoil , Chinard, Grognard, Baraban, Leclerc et 6ay.
Le maire» M. Fay de Sathonay, et le nouveau préfet, M. d'Herbouville , réalisèrent le projet de Poulain de Grandpré, en ce qui concernait la création d'un musée et de l'Ecole des Beaux-Ârts. On réunit, sous les portiques
dire, ont troayé de Técho près de réminent administrateur de notre Tille, qui en a reconnu la justesse, et de notables améliorations ont en déjà lien, malgré le mauvais vouloir de certaines personnes. Avant bientôt, je dirai encore, dans un nouvel appel à l'opinion publique, ce qui reste à (aire pour sortir de Vomière dans laquelle les arts se traînent à Lyon. Des clameurs intéressées s'élèveront encore, je le sais d'avance, mais que m'importe !II L'art e$t en péril h Lyon, il faut U uauvtr, et tous les honmies de goût et de savoir marcheront avec moi dans cette louable entreprise.
da Palais-des-Arts, les plus beaux vestiges du temps de la domination romaine » si florissante à Lyon, et tout ce qu'on avait pu réunir de Tépigraphie de cette époque. Le Louvre donna des tableaux pour le Musée de peinture, qui s'ouvrit dans une vaste galerie ; de généreux amateurs y apportèrent leur contingent, et la victoire nous céda plusieurs de ses trophées. Artaud fut le conservateur de ce riche dépôt.
L'Ecole des Beaux-Arts sut bientôt se faire un nom par ses élèves, qui devinrent de si habiles dessinateurs de fabrique et des artistes d'un vrai mérite.
L'Ecole de dessin fut fondée par l'empereur , surtout avec la préoccupation de développer l'industrie lyonnaise; c'est pour cela que Devarenne, Leclerc, puis Baraban et encore Leclerc, figurèrent parmi les professeurs les mieux I rétribués. Les élèves arrivèrent en foule dans le seul éta-
blissement gratuit offert par l'administration pour Tétude des arts du dessin.
Bevoil s'acquitta dignement de sa tâche et travailla»
Avec conviction, à faire renaître les arts à Lyon, et il fut
secondé, d'une manière spéciale, pour la figure, par Ghro-
S^rd, en même temps que Chinard comptait déjà parmi
^es statuaires célèbres. Si Richard appartient peut-être
®ûcore, ainsi que les précédents, à TEcole du xvni* siècle,
***^i que Grobon, on voit arriver, peu & peu, Magnin»
^otinefond, Thierriat, Bellay, Trimolet, Jacomin, Bever-
^aoxi, Chometon, Genod, Bey, Orsel, Jacquand, Hippolyte
^axidrin, etc., etc. ; ces noms se remarquent parmi les
^UjTéats des plus anciens de l'Ecole des Beaux-Arts de
C^) Les irayaux présentés au concoors par ces artistes célèbres et
Déjà, en 4817, figuraient parmi les élèves remarqués dans la sculpture, Prost, Legendre-Héral, Charles et Foyatler. Il ne faut pas non plus oublier les succès dans les tableaux de fleurs de Berjon, Déchazelle, Régnier et Saint- Jean. D'autres, dessinateurs comme ceux-ci, d'après le règne végétal, donnèrent à la fabrique lyonnaise l'essor tout particulier qui fit sa fortune pendant près de la première moitié de ce siècle.
Toutes les branches des connaissances humaines étaient étudiées aussi avec non moins d'ardeur. En peu de temps se formèrent la Société d'agriculture, encore aujourd'hui haut placée dans l'opinion par le mérite et le savoir de ses membres, comme par les services qu'eUe rend, — les Sociétés de médecine et de pharmacie, — et la Société Linéenne. Chacun de ces corps savants se mit aussi résolument h Tœuvre, en suivant des routes spéciales, mais pour contribuer toutes au développement des sciences.
L'instruction publique se réorganisait en même temps. Le collège de la Trinité, si florissant sous Thabile direction des PP. Jésuites et des Oratoriens, avait été fermé aussi
coaroDoés dans ces coneonn existent eneore en partie, ce sont des moDoments des plus intéressants pour l'histoire de Tart moderne, à
Lyon Et cependant, le croirait-on? Ces toiles sont relégnées, faute
de place, dans un réduit inconnu du public, dans le palais Saint- Pierre, au lieu d'être exposées dans un salon spécial ou les élèves de nos Ecoles pourraient les voir, les étudier journellement et s'inspirer de la pensée de leurs devanciers. U y a donc là aussi une grande amélioration à faire et j'aime à espérer qu'elle sera réalisée prochainement. Des projets sont à l'étude et quand on aura fait table rase des errements actuels, on donnera à nos Musées la splendeur et l'utilité qu'ils doivent avoir.
par la Réyolution. Une Ecole centrale y avait été d abord ûustallée, mais l'organisation de ces écoles avait été si défectueuse que l'Etat s'était vu obligé de les fermer. Les Lycées les avaient remplacés. Celui de Lyon installé , . le 4 juillet 1 803, eut pour proviseur Bérenger et Champapiy pour censeur ; Jauffret prononça le discours d'ouver* tare; cette grande école prospéra bientôt. L'instruction industrielle, grâce à la libéralité du major général Martin devait aussi être organisée plus tard ; toutefois, l'école de La Martinière ne put s ouvrir qu'en 1826.
la religion n'avait pas été oubliée, non plus, par le ^rand régénérateur de Lyon ; il rouvrit nos églises prônées par les saturnales de la Révolution, les séminaires ^^Batés, et le nouveau clergé dirigé par le cardinal Fesch ^ ^e faire entourer bientôt d'une grande considération. ^ H serait difficile, dit M. Montfalcon, de donner une ^Xltcte idée de l'empressement des Lyonnais à fréquenter les églises et & suivre les pieuses cérémonies du culte ; toutes les classes de la société rivalisaient de respect pour la foi catholique ; dix années d'anarchie et de proscription avaient donné à cette même foi plus d'ardeur et Tendu la piété des habitants plus démonstrative. »
L'imprimerie était, nécessairement, tombée, à Lyon, avec la Révolution, dans un état de décadence complet. Les savants avaient été proscrits ou décimés par la hache révolutionnaire. — Qui eût osé même écrire à cette douloureuse époque où la liberté ne fut plus qu'un vain mot, où la plus odieuse tyrannie avait succédé à ce qu'on appela à. stupidement la tyrannie de la royauté ; les tristes hommes qui tenaient le pouvoir étaient pour la plupart presque illettrés ; et il ne s'imprima plus à Lyon que les actes de l'administration, des discours politiques, des
pamphlets odieux, des journaux immondes, des proclama-
tions souvent sanguinaires, des rapports officiels, des pétitions, des « Catéchismes enrichis de la déclaration des droits de r homme et de maximes de morale républicaine, propres à rédueation des enfants de Vun et de l'autre sexe, par un sans^cuhtte français » ou bien — « les Listes des contre-révo^ lutionnaires mis à mort, à Commune-Affranchie » — ou bien encore « les Saints fondus ou le paradis à louer » — ou bien « le Miracle de la sainte omelette ou Jésus-Christ révolutiofinaire, par deux ex--eurés, hommes libres, prêtres selon le sacerdoce révolutionnaire et sans-culottes, ouvrage dédié aux
sages »
Voilà ce qu'on écrivait et ce qu'on imprimait alors
et il s'est trouvé un écrivain, en 1846, M. Gonon, qui a eu le courage de publier le catalogpue de cette littérature révolutionnaire lyonnaise, à dater de 1 789 jusqu'au 1 4 nivôse de Tan XIV, composé de 3,044 articles où souvent l'odieux le dispute au ridicule...
L'imprimerie était, au commencement du siècle» entre des mains nécessairement peu expérimentées, mais dont le goût se forma peu à peu. Les imprimeurs, d'après le iVbtiveau Spon, étaient Eindelem, Jean-Marie Brujset, Joseph- Françoi»-Anne Buynand des Echelles, Ballancbe et Barret , aux halles de la Grenette, Roger, Mistral, Rejmann, Boursy, Bohaire, Milon, de 1800 à 1825.
Peu à peu, de bonnes éditions sortirent de leurs ateliers, mais sans qu'on puisse les comparer à celles publiées, plus tard, par la maison Louis Perrin dont les presses ont produit tant de belles choses, ni à celles de M. Aimé Vingtrinier. Les libraires rouvrirent aussi leurs magasins, les Rusand et les Périsse, entre autres ; on étala des quantités énormes d'excellents ouvrages anciens» débris des bibliothèques saccagées, ou vendues, à vil prix, par leurs propriétaires ruinés par les événements. Le bouqui-
niste avait su tirer aussi parti des misères du temps et emmagasiner des monceaux de livres d une origine souvent suspecte (1). Alors se formèrent à Lyon de nombreuses bibliothèques et ce qu'on a appelé des cabinets, selon le goût des collectionneurs, et qui sont choses bien différentes (2).
M. le Roux de Lincy, un bien savant bibliophile, a su par&itement définir Tune et l'autre.
Une bibliothèque^ dit-il, se compose de la réunion toujours incomplète des ouvrages imprimés ou manuscrits sortis de l'esprit humain, à toutes les époques. Suivant le godt, les facultés, les occupations de celui qui l'a formée» elle contient une série plus ou moins considérable de livres, soit sur la théologie, soit sur la jurisprudence, soit
(1) C'était le bon temps, dit M. Claudin. Lyon* la riche, comme l'appelle Pétras Borel, était riche en livres rares : chacun en profila pour se former une bibliothèque. (Préface des catalog. des bibliot. Randin et Rostain.)
Toutefois les livres n*étaient pas à aussi bon marché qu'on pourrait le supposer. M. Breghot du Lut, notre célèbre bibliophile lyonnais, qui habitait Paris, en 1806, écrivait à son ami Pencaud, notre savant bibliothécaire de Lyon : « Les livres sont fort chers dans « cette ville, et je crois t'avoir dit que le plus mince bouquiniste est « meilleur bibliographe que nos premiers libraires. Aussi ne peut-on « pas espérer de faire dans leurs boutiques de bons marchés, il ne « s'en fait guêtre que dans les ventes publiques. Les éditions, cum c noUs variorwm, qui deviennent de plus en plus rares^ et qui sont « très-estimées, coûtent beaucoup d'argent, les premières surtout... » (Corresp. inédite de Breghot du Lut.)
(2) Alors se formaient aussi des relieurs dont les œuvres ne sont pas ao-dessous des œuvres de leurs devanciers desxvr, xvii« et xvin* siècles, que Ton cite avec distinction et qui se nomment Koehler, Niedrée, Gapéf Duni, Bauaonnet, Trauz, à Paris, Bruyère à Lyon.
sur les scienceB et les arts, ou bien encore sur les lettres ou rhistoire. On y trouve également des chefa-d'œuvre de littérature ancienne et moderne. Une bibliothèque doit aussi renfermer des biographies, des dictionnaires, des manuels, dont il est impossible de se passer, non-seulement si Ton veut se livrer aux travaux de l'esprit, mais encore faire quelques lectures sérieuses et profitables. En un pareil plan, il est difficile de n'admettre que des livres de choix ; aussi l'on pardonne au bibliophile qui se fait une bibliothèque des exemplaires médiocres, même défectueux, surtout quand ces exemplaires complètent une série d'ouvrages rares, curieux, nécessaires à ses travaux. Un cabinet se compose aussi de livres anciens et modernes, en diverses langues. Seulement, le nombre en est plus restreint que dans une bibliothèque; les livres, plus choisis, ne doivent jamais être d'une condition médiocre. La majeure partie, au contraire, doit se faire remarquer, ou par la rareté, ou par la beauté de l'impression, ou par la reliure. Il faut même que plusieurs volumes possèdent ces trois qualités réunies. Tout livre, pourvu qu'il soit beau,
peut entrer dans un cabinet. Les bibliophiles choisissaient naguère encore les chefs-d'œuvre de resprit humain, Homère, Virgile, Horace, chez les anciens; — Dante, Boccace.. Arioste, chez les modernes ; et en France, Corneille, Racine, La Fontaine et Molière. Aujourd'hui, le goût a changé ; sans exclure le moins du monde les œuvres des grands génies que je viens de nommer, les bibliophiles poursuivent, avec ardeur, les anciennes chroniques, les mystères, les romans de chevalerie, surtout les vieux poètes et les facéties. Généralement, celui qui compose un cabinet poursuit la âérie des ouvrages écrits par un seul homme et s'applique pendant toute sa vie à les rassembler, n'acceptant jamais que des exemplaires de choix, dans un
état parfait de conservatioii. Ici, je vois sourire ceux de mes lecteurs qui ne comprennent rien aux innocents plaisirs de la collection, et le mot de bibliomane est sur leurs lèvres. Sans doute c'est de la bibliomanie, mais cette passion peut avoir aussi son côté utile ; grâce à la persévérance de certains chercheurs obstinés, toutes les éditions de nos meilleurs écrivains ont été poursuivies, étudiées» comparées entre elles. Les œuvres de Villon, de Rabelais, de Corneille, de La Fontaine, de Molière sont maintenant classées avec soin et mises au nombre des livres les plus précieux. On le voit, la bibliomanie dont les gens du monde aiment tant à se moquer, peut aussi rendre aux lettres quelques services... «
Je concède & M. Le Roux de Lincy que « les innocents plaisirs de la collection peuvent rendre aux lettres quelques services. » Le bibliomane, par ses incessantes recherches chez le bouquiniste, sur les ponts et sur les quais, même chez Tépicier ou dans les greniers poudreux des vieilles maisons, peut sauver de la destruction des ouvrages précieux par leur rareté (1) ou par leur curiosité. —
(1) Il est une manie contre laqaelle on ne saurait non plus protester assez. Bien des aatears, et ce ne sont pas les meilleurs, se plaisent à n^ faire tirer leurs ouvrages qu'à un nombre parfois très-restreint d'exemplaires, pour se donner la puérile satisfaction de faire des raretés, de leur vivant, et de les voir coter bien haut dans les ventes publiques. — Quand un livre est bon, pourquoi ne pas le publier à un nombre sufiSsant d'exemplaires pour vulgariser ce qu'il peut contenir d'utile. — S'il n'est que médiocre, ce n'est pas la peine de faire gémir la presse et les lecteurs... Je considère même ces livres comme des embarras, — ils encombrent inutilement les rayons d'une bibliothèque.
!!• Téméniz est un exemple de ces amateurs, qui ne publient des livres qu'à un très-petit nombre d'exemplaires et ne les distribuent
Mais la science et les hommes d* étude, qui ne peuvent pas collectionner, ne sont-ils pas privés, pour ainsi dire, absolument de ces monuments de la typographie et des lettres? Le bibliomane, quand il les a découverts, habiUés, façonnés à son goût, n'est-il pas un peu comme lavare avec son trésor ? Ne les ferme-t-il pas dans des armoires bien closes, qui ne s'ouvrent presque que pour lui et auquel le public, dont il se défie, n'a qu'un rare accès. Et comment, dès lors, les vrais lettrés qui auraient besoin, pour leurs utiles travaux, de ces raretés, peuvent-ils savoir seulement qu'elles existent? Si cependant, on leur ouvre ces sanctuaires, quelles transes ne causent-ils pas à leurs égoïstes propriétaires ! avec quel effroi ceux-ci regardent ces hommes d'étude, avides de trouver un document longtemps cherché, feuilleter brusquement ces éditions si
qa'à de rares amis, poar avoir le plaisir de faire des r.r.r. de leur vie. Cependant, quel gré ne loi saurait-on pas s'il eût tiré à plusieurs centaines d'exemplaires, 1* son Entrée de Charles VIII en Datêphiné ; — 2* l Inventaire des titres reciieiUis par Guiehenon, et 3* Tune des Œuvres du poète Papon? Où trouver maintenant ces raretés?
Le bibliomane a une autre manie, celle de faire des livres, c'est-àdire de travestir ceux que leurs auteurs ont souvent faits avec tant de peines et de labeurs, mais sans pouvoir les orner de gravures ; le bibliomane alors y intercale souvent les images les plus médiocres et les plus vulgaires, pourvu qu'elles aient trait à quelque partie dn livre. J'ai vu ainsi, à Paris, une Henriade splendide par sa typograpbie et son papier, triplée de volume par l'interfoliation de grotesques dessins ou gravures. D'autres divisent des ouvrages pour faire d'un volume plusieurs plaquetêest on composent des reliures d'ouvrages et de temps différents, pour le plaisir de poser des énigmes aux
bibliopbiles futurs, etc., etc Ces jours derniers, on annonçait la
vente d'un Virgile dans une rrliiire de GroHer L'acquéreur, n^f
et trompé, fait un procès à son vendeur
bien habilUes, ou toucher leurs tranches dorées et ornementées en creux ! Comme ils maudissent ces savants plus soucieux d'une date vraie que des couvertures d'un luxe
exagéré, d'un livre souvent sans aucun mérite , mais
coté au poids de l'or par des monomanes ! ! Je considère donc ces cabinets comme d'une utilité bien relative pour la science qui ne peut pas en profiter, surtout si leurs heureux propriétaires ne savent pas, par des écrits et des publications, initier le public studieux aux choses importantes qu'ils possèdent ; car le bibliomane souvent n'écrit pas ou ne sait pas écrire , — il se borne à £aire des catalo^es, et ces catalogfues, qu'il néglige de faire imprimer pendant sa vie, se dispersent et se perdent souvent à sa mort ; alors seulement les héritiers chargent un libraire ou un érudit du soin de dresser un inventaire ; le commissaire*priseur survient, les enchères ont [heu, les amateurs arrivent alléchés de tous les coins de la France et même de l'étranger (1), et en quelques vacations ce trésor accumulé, con amare , après tant de patientes et coûteuses recherches , est dispersé comme le sont les feuilles desséchées de nos bois, par un vent d'automne. Le savant, qui ne parcourt souvent que longtemps après ces catalogues, ne les connaît que quand il n'est plus temps, — et les conservateurs de nos Bibliothèques pubhques, convoqués à ces ventes, y sont condamnés, presque toujours, au supplice de Tantale (2). Ils voudraient acheter
(1) Londres est aujourd'hui le principal marché des vieux livres et des belles éditions anciennes , les prix y sont cependant inférieurs à ceux des marchés de Paris et de Lyon.
(2) Ces malheureux bibliothécaires ressemblent alors assez à des pauvres affamés qui passent devant un restaurant où dînent de riches
et ne le peuvent pas Comment lutteraient-ils, avec
leurs minces allocations, contre les enchères ardentes , affolées des amateurs millionnaires qui offrent le pesant d or d'un livi'e qu'ils tiennent à avoir à tout prix, par passion, pargoûtet même... par vanité seulement. Combien notre ville n'a-t-elle pas perdu de la sorte de monuments ii^trouvables maintenant ! Qu'on parcourre les catalogues des nombreux cabineis vendus aux enchères depuis le
et joyeax convives. Ils regardent tristement le somptaeox repas servi sur la table, et mettant la main dans leur poche vide, ils se disent : « Tout cela n'est pas pour moi ; si, au moins, une miette de pain tombait de la table, on me la laisserait peut-être ramasser. » Ce ne sont plus que des miettes qui tombent aujourd'hui dans nos Bibliothèques devenues des pauvres honteux
Tombés dans une espèce de discrédit durant une longue snite d'années , les incwMbles sont de nos jours beaucoup plus recherchés qu'ils ne l'ont jamais été ; personne n'y a plus contribaé à les remettre en honneur que l'abbé Mercier de Saint-Léger, Lyonnais de naissance et un des plus savants bibliographes français. Les éditions princeps des classiques grecs et latins ont reconquis toute Festime qu'elles avaient perdue ; elles sont aujourd'hui poussées à des prix exorbitants dans les ventes aux enchères; il en est de même des livres français du XV* siècle et surtout des romans de chevalerie, qui se vendent dix fois plus qu'ils ne se payaient lorsqu'ils sortirent des presses de nos premiers typographes. »
M. Pericaud aine écrivait ces lignes, en 1851, dans sa Bibliographie lyonnaise du xv« siècle, page 12. Que ne dirait-il pas aujourd'hui, après ce laps de vingt-trois ans, des prix qu'ont atteint ces éditions? C'est presque aijgoard'hui de la folie et ces prix interdisent
à toute Bibliothèque publique, même la mieux subventionnée, la possibilité d'en acheter. Les bibliomanes, au lieu d'aider au progrès de la science, la font stationnaire ; les hommes studieux, mais de modestes moyens, sont privés absolument de la jouissance de ces ouvrages accaparés.
commencement de ce siècle, et on verra avec douleur que de livres lyonnais^ que de documents lyonnais inédits^ inconnus même, sont allés s'enfouir au loin dans d'autres cabinets et d'où ils ne reviendront plus h Lyon!!! J'aime donc peu ces cabinets ^ et je ne peux qu'adjurer, au nom de la science, leurs fortunés détenteurs! à penser aussi un peu à leur ville et au modeste savant qu'ils privent souvent de ses meilleurs outils, par la claustration de leurs sanctuaires, en laissant au moins, à leur heure dernière, quelques bribes de leur trésor au pays qui les a vu naître. G*est là aussi une manière de faire preuve de patriotisme. N'est pas patriote seulement celui qui va à la frontière donner son bras et son sang & sa patrie ; mais le riche qui glisse une obole dans la main du pauvre, qui fonde un lit pour lui à l'hospice, qui crée une école pour donner le pain de l'esprit à l'enfant du peuple et qui laisse ses livres à la Bibliothèque de sa commune, celui-là aussi fait acte de charité chrétienne et de patriotisme. Que les détenteurs de nos riches cabinets actuels me permettent donc de leur tendre la main, au nom d'un pauvre presque honteux, qui s'appelle Lyon, — et de les prier de songer à lui, quand Dieu aura mesuré le nombre de leurs jours. Ce grand pauvre a le cœur plein de reconnaissance ; il écrira leur nom sur le marbre, — et la postérité, qui n'oublie rien, leur dira aussi merci. La générosité est une grande vertu. — Qui ne doit s'estimer heureux de pouvoir la pratiquer? et il est si doux de le &ire !!!
Je voudrais pouvoir dresser ici une liste complète des bibliothèques et des cabinets formés à Lyon depuis le commencement de ce siècle, mais cette tftche est au-dessus de mes forces ; — elle demanderait des loisirs que je n'ai pas, et, d'ailleurs, je n'ai nullement la prétention de faire une histoire de nos Bibliothèques. Je n'entends
ÎKO
en donner qu'un rapide et sommaire aperçu, et publier des documents que j'ai pu réunir, qui, parfois, sont inconnus et dont d'autres, après moi, pourront tirer un utile parti en écrivant les annales de la Bibliographie lyonnaise, qui est encore à faire.
Bibliothèque Téménlz
La bibliothèque particulière la plus ancienne en date et formée après la Révolution est, sans contredit, celle de de M. Yéméniz ; mais U n'était |pas Lyonnais. Né à Constantinople, il était Grec d'origine; après avoir reçu une éducation libérale, il vint s'établir à Lyon, s'y livra fructueusement au commerce, qui venait de renaître de ses ruines, et s'occupa de la fabrication de la soie. Il sut même y acquérir une réputation méritée. Parmi les œuvres remarquables sorties de ses ateliers, on cite une belle portière d'une seule pièce, de 2 mètres de largeur sur trois de hauteur, aux armes du duc de Luynes, et destinée au célèbre château de Dampierre : en outre, on parle aussi des beaux rideaux qui ornent deux salons de l'ancien hôtel de Pimodan, aujourd'hui la demeure du baron Jérôme Pichon.
Naturalisé français, il a été, pendant de longues années, consul de Turquie et de Grèce. Malgré les soins donnés à son commerce et à sa grande industrie, Yéméniz put se livrer à l'étude des belles-lettres et surtout à ses goûts très-vifs de bibliophile. Une note mise par lui sur Tun des feuillets de Y Histoire civile et consulaire de la viUe de Lyon, par le P. Ménestrier, nous apprend que, dès 4804, il formait sa collection : « J'ai rencontré, dit-il, cet ouvrage, a en 1804, par hasard, en feuilles, ce qui m'a permis de « conserver les cartons signalés et de le posséder sans
« la moindre imperfection. » Joie heureuse et innocente du collectionneur ! Mais il ne coUigea pas seulement. Il sut trouver le temps de publier à ses frais, mais toujours à très-petit nombre, des ouvrages d'histoire, de littérature et d'archéologie.
En 4846, il publia l'ouvrage de Fustailler sur la ville et les antiquités de Mftcon, en latin, avec une traduction française par M. Baux, archiviste de l'Ain.
En 1848, il confia au savant Boissonnade la publication de plusieurs ouvrages de grammaire, ju^u'alors inédits, de Georges Pachymëre.
En 1850, il fit imprimer, encore à très-petit nombre, sans la mettre dans le commerce , une entrée de Charles VIII à Vienne, pièce inédite tirée des manuscrits de Ouichenon.
En 1851, il publia, chez Perrin, un inventaire resté inédit jusqu'alors des titres recueillis par Samuel Guichenon, suivi de pièces, aussi inédites, concernant l'histoire de Lyon, avec un avant-propos curieux, de sa plume. C'est une œuvre méritoire dont le monde sar vant lui a su gré ; mais pourquoi, lui demanderai-je, n'a^t-il pas usé de son grand crédit, de sa position sociale et de sa grande fortune pour obtenir de la Faculté de médo' cine de Montpellier la remise à la ville de Lyon de ces précieux manuscrits dont Tex-maire de Lyon, M. Prunelle, a fait gratifier cette docte Faculté par l'ex-ministre Chaptal, en les enlevant à la ville d'Auxerre? M. le sénateur Valsse, alors tout-puissant, eût secondé M. Téméniz dans cette bonne action, tandis qu'aujourd'hui cette savante Faculté de Montpellier, qui n'a que faire de ces monuments tout spéciaux au Lyonnais* et au Forez, s'enttte à ne pas vouloir les échanger, et ne permet mdme
pas d'en laisser prendre des extraits par ceux qui en ont besoin.
En 1 852, M. Yéméniz fit imprimer aussi, à ses firais, un ouvrage important sur le commerce de la soie, en Occident et en France principalement, pendant de moyenâge, avec le concours de M. Francisque Michel.
En 4857, il donne, chez Perrin, une belle édition du poète forézien Papon, et, en 1860, un supplément aux œuvres de ce poète, mais aussi tiré à un très-petit nombre d'exemplaires.
Mais un événement bien douloureux pour son cœur aimant, comme pour la société lyonnaise , brisa la plume de M. Yéméniz, en 1860. Le 10 mai de cette année, il perdait sa femme, riche de beauté et d'intelligence, et que le génie poétique avait souvent môme inspirée.
(n Depuis lors, écrivait-il à un ami, j'ai été saisi d'un « tel découragement, d'un tel dégoût de tout, que je n'ai (( pas ouvert une seule fois les livres de ma bibliothè- « que. » Ces livres, en effet, étaient couverts de poussière quand il les remit au libraire pour les vendre : il ne voulut plus revoir ces vieux amis, car
Un livre est yn ami qai ne change jamais
il se sépara d'eux pour toujours, et chargea un ami de la publication du catalogue destiné à la mise en vente de sa riche et nombreuse collection, qui se composait de 3,954 articles. Cette vente s'est effectuée à l'hôtel Drouot, en 1867.
M. Yéméniz avait formé une biblioihèqw et non un cabinet, et ce qui frappait surtout, c'était le soin qu'il avait pris de recueillir les éditions originales et les ouvrages de tous les genres produite en France, sa patrie
adoptive. II préféra surtout les ouvrages publiés du xv^ au xvii* siècle, s'attachant aux éditions princeps, quand elles étaient dans de bonnes conditions (1). Il les divisa en quatre séries : 4^ les ouvrages relatifs à la langue française ; 2^ les anciens poètes dans la même langue, depuis le XV* jusqu'au xvii* ; 3** les mystères ; 4° les romans de chevalerie. La section des livres consacrés aux arts et aux sciences était aussi des plus remarquables et se composait de plusieurs milliers de volumes. Celle des belleslettres était non moins considérable, et on y voyait briller beaucoup des œuvres de Champier et du P. Menestrier.
(i) Les reliures qu'a fait exécater M. Téméoiz par les Bauzonnet, les Traatz, les Miédrée» les Simier, les Thouvenin. les Gapé, les Koehier, les Dum, les Bruyère sont les dignes filles de celles que le trésorier Grolier confia à des artistes malheureusement restés inconnus ; toutefois, on peut dire que nul artiste n*a pu surpasser les finesses élégantes de Fornementation délicate qui caractérise les reliures exécutées au xti* siècle pour Grolier. « Ils sont tous dorez c avec une délicasse inconnue aajourd'huy (1699), » a dit le moine bibliophile Bonaventure d'Ârgonne, dans ses Mélanges d^histoire et de liUéralwre, publiés sous le nom de Vigneul de Marville, in-i2, p. 155.
La Bibliothèque de M. Téméniz renfermait des spécimens nombreux des modèles de tous les genres de reliures usitées en France jusqu'à nos jours. Les noms de Lefaucheux, de Clovis Eve et de son père, Nicolas, relieur de Charles IX, de Henri III et de Henri IV, do célèbre Gascon qui florissait de 1632 à 1641, de Ruette et d'autres maiires relieurs, moins connus, ceux de leurs successeurs, les Du Seuil, les Pasdeloup, les de Rome, les Bozérian y brillaient en grand nombre, mais parmi ces livres dont l'art du relieur a rehaussé la nreté on la valeur figurent au premier rang quatorze volumes ayant fait partie de la bibliothèque de Grolier. (Notes sur deux bibliophiles IfowMis, 1562-1867, par M. Paul de Cazenove.)
Les ceuvres lyonnaises (1) se composaient de 505Baméros, dont 55 du xv* siècle et 450 du xyi*. 96 sortaient des presses de Jean de Tournes et 4 3 ouvrages de celles du célèbre et malheureux Dolet.
M. Yéméniz possédait aussi des exemplaires uniques, ces rara avis tant recherchés des bibliomanes, entre autres les œuvres de Pemette du Ouillet, femme poète de Lyon, qui fiit aussi bibliophile et parente de Grolier.
Quant aux reliures de la collection Yéméniz, elles étaient aussi riches que nombreuses, depuis la fin du XV* siècle jusqu'à nos jours. L*histoire des reliures, dont on commence à s'occuper avec passion dans le monde des bibliomanes paraît, d'après M. Leroux de Lincy, se diviser en trois grandes périodes. La première comprend les origines et tout le XVI* siècle. Les reliures en bois couvertes d'étoffes ou de peaux de bêtes fauves, sont d'un usage .commun en France pendant plusieurs siècles ; puis celles plus riches faites en Italie et en France, sous Charles VIII, Louis Xn, François P' Henri II, etc., par les plus habiles artistes, dont plusieurs habitaient Lyon, et dont Grolier utilisa le talent pour sa riche bibliothèque.
La deuxième période s'étend du xvi* au xvni* siècle , et qui comprend parmi les principaux relieurs Le Gascon, Pierre Gaillard, Ruette, Boyer, du Seuil, Derome et Pasdeloup, reliures en maroquin, doublées de même et de filets d'or et d'armoiries.
(i) H. Yéméniz avait formé d'abord le projet de réanir une bibliothèque lyonnaise ; mais, laissant bientôt à son collègue, M. Coste, rhonneor et le travail des persévérantes recherches qui ont aboati à la collection sans rivale qui orne aujourd'hui la bibliothèque de la ville de Lyon, M. Yéméniz s'attacha à d'antres poursuites. (Idem.)
Enfin la troisième période comprend notre siècle, et on cite Simier, Thouvenin, Eochler, Niedrée, Cape, Dura, ChamboUe, Bauzonnet, Trautz.
M. Yéméniz utilisa ces derniers artistes pour ses
livres. La vente s'en est faite aux conditions les plus
ayantag^uses ; on se les arrachait. Dans les premières
vacations, du 9 au M mai, comprenant 600 numéros,
cette vente s'est élevée & 430,000 fr., soit une moyenne
de 245 fr. par numéro. Le livre de Cleradius et Meliadice
(4495), in-fol. goth., relié en peau de truie, par Bau-
zonnet, exemplaire unique sur vélin, a atteint le chiffre
de 40,000 fr. Lee Faiz de Maistre Alain Charetier, sur
vélin, imprimé à Paris, par Pierre Le Caron, relié en bois
et recouvert en velours vert, coins et fermoirs en cuivre,
P&yé 3,605 fr. par M. Yéméniz à la vente Bourdillon,
^ monté à 44,050 fr. pour Mgr le duc d'Âumale (4).
Comment nos bibliothécaires de Lyon pourraient-ils lutter,
dans ces ventes publiques, contre ces riches amateurs ?
Bibliothèque Breghot dn Lut.
^e nom de M. Breghot du Lut (2) me rappelle des sou-
(^) Il foat remonter jusqu'en 1756 , à la Tente de Boze , dit
' ^^oqI de Gazenove, où le président de Cotte acheta au prix «nom^Q de 11,000 livres, qui correspondent à près de 20,000 fr. aulOQitl'iiQj^ Tun des exemplaires du Christianissifni Restitution de
*^^t, 1553, pour trouver des prix semblables attribués à des ou- ^'^ee imprimés. Les Faiz ont été acquis par Mgr le duc d*Âuma]e, ^''^ que le Temple de Ghire, 3,200, et nombre d'autres livres des
V^^ rares de cette bibliothèque .
^) M. Claude Breghot du Lut naquit à Montluel le 11 octobre 1784.
^ ^toine-Joseph Breghot du Lut et de Suzanne Péricaud. Il apparte-
venirs des plus heureux de ma vie. J'étais encore au collège royal de Lyon, très-médiocre élève en philosophie, sous l'excellent abbé Noirot, lorsque je connus M. Breghot du Lut. n était alors déjà conseiller à la Cour de Lyon. Je le rencontrais souvent dans une famille qui s'allia, depuis lors, à la mienne, et quoique collégien, je trouvai chez M. Breghot du Lut un accueil qu'un magistrat grave et un vieillard aux cheveux blancs ne fait pas toujours à un jeune homme turbulent. Je savais qu'il était un savant. J'aimais aussi les livres, j'en avais contracté le goût, de bonne heure, au collège de Cluny, où, très-jeune, je me plaisais à lire de longues heures dans les cloîtres, aux silences si majestueux, de cette grande et beUe abbaye bénédictine. M. Breghot voyant mes goûts, les encouragea, me prêta des livres et se plut à me montrer les éditions les plus belles et les manuscrits les plus rares de sa riche bibliothèque. Il voulut bien m'ouvrir aussi la bibliothèque publique du collège, alors aux mains de son ami, de son collaborateur et parent M. Pericaud, qui m'y laissait toute liberté. Avec quelle joie je feuilletais alors, avec le fils de M. Breghot du Lut, les manuscrits, les incunables, les plus belles éditions de la typographie lyonnaise.
nait à une famille originaire d'Auvergne, mais établie déjà depuis trois générations à Montluel, où elle s'allia à la famille Prost-Alabe.
Avocats au Parlement de Dijon, les ancêtres de Claude Breghot du Lut s'occupaient aussi de littérature, et son grand-père a hix paraître quelques poésies dans VÀlmanach des Muses.
C'est celui-là même que YAlmanaeh astronomique et historique de la ville de Lyon pour 1786, désigne comme receveur des traites de la ville de Montluel sous le nom de Bregeot de Leu (sic.) (Voy. Arm. histor. de Bresse, Bugey... par E. Révérend du Hesnil, Lyon, Aimé Yingtrinier, 1872).
Leaoir, après ces attrayantes explorations, M. Breghot du Lut m'expliquait, avec cette rare bonté qui le caractérisait et à laquelle se mêlait la plus douce gaieté, ce que j'avais vu, souvent sans le comprendre ; et m'iqitiait à la science du bibliophile avec une patience et une bonté souvent peu ordinaires. Dans nos promenades dans les champs, o\x dans des courses sur la Saône de Lyon à Gollonges, où nous allions souvent chez des parents communs, il me citait aussi avec joie nos poètes lyonnais, ses auteurs bienaimés, qu^il savait par cœur, ou me racontait les légendes des châteaux des bords de la Saône. On ne pouvait rencontrer un honmie plus affectueux, plus sympathique et qui s'était voué, cependant, au double et austère sacerdoce de la Magistrature et des Lettres.
n les aima aussi de bonne heure, et j'en trouve la preuve dans une lettre qu^U adressait de Paris, en 4 806. à son ami Péricaud, il avait alors 22 ans (1). Alors il commençait sa bibliothèque et ses goûts de bibliophile étaient déjà très-prononcés.
H mandait, entre autres, le 7 décembre 4806 à son ami Péricaud, « Carelly m'a remis le Martial de MaroUes. Cet ouvrage est plus précieux que nous ne le pensions. J'en
(1) H. Breghot du Lut fit ses premières études au collège de AI ontloel, pois il passa à Lyon dans le pensionat Reydellet. A l'âge de 12 ans, il moDtrait déjà des dispositions pour la poésie et se trouvait toiyours le premier de la classe en vers latins et français. Il eut entre autres pour professeur l'abbé Forestier ^ dont le vrai nom était de Villers^ 8008 lequel il se cachait pour se soustraire aux lois révolutionnaires, comme prêtre non assermenté. Plus tard il reçut des leçons d'un éréque schismatique grec qui remplissait alors les modestes fonctions deprote chez l'imprimeur Rindelem. (Eloge hist. de M. Breghot du Lot, par M. d'Âigueperse, p. 8.)
ai va vendre ici un exemplaire moins bien conservé , 1 2 f r. , ce n'est, au demeurant, que sa rareté gui en fait le prix. Les livres sont fort chers dans cette ville, comme tout le reste. Je crois t'avoir dit que le plus mince bouquiniste de Paris est meilleur bibliographe que vos premiers libraires ; aussi ne peut-on pas espérer de faire dans leurs boutiques de bons marchés, il ne s'en fait guère que dans les ventes publiques, après décès.
« Les éditions cum noiis Variorum et celles ad usum Delphini^ qui deviennent de plus en plus rares et qui sont très-estimées coûtent beaucoup d'argent, les premières surtout. Quand tu en trouveras, ne manque pas de les prendre. Un Variorum in-8, de Hollande, en bon état, se vend ici 12 à 15 francs, tandis que nous en avons acheté plusieurs à Lyon pour 6 ou 7 francs, car tu as le Phèdre, de Burmann, et j'ai VAulugelle^ d'Oiselius, et le Pétrone, de Blain, qui sont tous trois très-recherchés.
« Prends bien garde que les éditions préférables sont celles dont le texte est imprimé en grosses lettres rondes, celles en italiques sont de bien moindre valeur »
Ne croit-on pas entendre converser deux bibliophiles déjà en cheveux gris et qui ont blêmi sur les vieux livres, et cependant c'est une causerie de deux amis encore bien jeunes, mais l'un et Tautre avaient le feu sacré. Pour eux il n'y avait de plaisir que dans les livres, d'autre joie que d'en collectionner et d'autre satisfaction que d'en parler. Leur correspondance est presque un traité sur l'art du bibliophile et un catalogue raisonné des éditions des divers auteurs grecs et latins. (1) A 22 ans ils en avaient déjà
(1) Vers la fin de sa vie, M. Breghot avait commencé un catalogue dea traductions françaises des classiques latins.
tous les secrets. Je dirais presque les finesses et les ruses innocentes.....
M. Breghot du Lut était déjà, à ce moment, inscrit comme avocat au barreau de Lyon, mais avant d'aborder la barre il avait voulu se perfectionner à l'école des grands modèles de Paris. Il travailla comme secrétaire de M. Oairal, son parent, un des membres les plus distingués du barreau de Paris, où brillaient alors avec tant d'éclat les de Sèze, les Bellart, les Berryer, père, Chauveau- Lagarde et DelamaUe. Il ne négligea pas, cependant, ses études littéraires et surtout les cours d'Andrieux et de Gaîl, alors si renommés. Boissonnade et Clavier Taccueillirent avec la plus vive sympathie ; il se lia avec eux et ils Tinitîèrent dans ce que la langue grecque avait de plus difficile. Bientôt après, on put le compter parmi les hellénistes les plus distingués de son temps. Beuchot fut aussi son ami, et cette liaison dura tant qu'ils vécurent, Martial et l'Anihologie grecque étaient surtout Tobjet de de sa prédilection ; il fouilla toutes les bibliothèques de Paris pour étudier ce qui les concernait.
Son père, avocat au Parlement de Dijon avant la Révolution, puis ensuite juge de Paix à Montluel, sa ville natale, le rappela au bout de deux ans auprès de lui, et rattacha au barreau de Lyon où il avait débuté. Tout en en exerçant sa difficile et grande profession, il céda aussi souvent à ses goûts littéraires et n'oublia pas ses livres favoris. Lyon possédait alors, comme aujourd'hui, et c'est bien peu pour un ausfei grand centre, un seul journal littéraire, YAlmanachdes Muses et le Maniteur de Lyon. Il lui
La mort l'a empêché de finir cet ouvrage, mais le manuscrit, quoique très-incomplet, renferme des indications fort cnriruses.
donna quelques imitations en vers français de r Anthologie grecque j de Martial et d'Owen, mais déjà à Tâge de 16 ans il s'était essayé dans la poésie et avait publié dans des journaux et dans des recueils des imitations de Martial et de Y Anthologie grecque, sous le pseudonyme d'Isidore Forlis de Lyon. Ces précoces essais avaient révélé un savant profond avant l'âge^ et un poète qui savait faire passer dans notre langue les finesses et les beautés du latin et du grec.
Raconterai-je ici sa vie si bien remplie? M. d'Âigueperse l'a déjà fait avec un goût si parfait à la Société littéraire dont Breghot du Lut fut l'un des fondateurs, en 1807, et qu'il présida souvent. Je n'essaierai donc pas même d'esquisser ici à grands traits cette existence si modeste^ mais pourtant non sans gloire, d'énumérer ces jours dont chacun, jusqu'à sa dernière heure , fut consacré aux travaux les plus sérieux, aux œuvres les plus utiles et qui ont assuré déjà à leur auteui* une place si belle parmi les hommes de science et de grand savoir d'élite de notre ville.
La magistrature, je Tai dit, l'enleva au barreau. D'abord substitut, il fut plus tard vice-président du tribunal civil de Lyon, et la Cour tint ensuite à honneur de le compter dans ses rangs. À cette même Cour siégeait alors, conmie procureur-général, un homme d'un rare mérite, M. de Couryoisier, que le roi appela ensuite dans ses conseils; mais cet hoB^^me éminent à tant de titres croyait, comme d'autres l'onti^çru naïvement, qu'an magistrat, dans ses moments de loisj^s ne pouvait pas, sans déroger presque , se consacrer à des travaux scientifiques ou littéraires. M. de Courvoisier ne pardonna pas à M. Breghot du Lut d'être un savant ; un soir, assis à une table de jeu, se retournant brusquemeut vers M. Breghot, qui était mêlé à une conversation
sur des auteurs de lantiquité, il Tinterpella en lui disant : « Monsieur, vous avez perdu beaucoup de temps à ces choses-là. » — « Je ne joue jamais au boston, » répartit H. Breghot; on ne pouvait mieux répondre Aujourd'hui encore il se rencontre dans quelques Cours des magistrats hauts placés, non par leur mérite, comme Tavait été M. de Courvoisier, et qui se permettent d'infliger de semblables mercuriales à des magistrats écrivains. Je me souviens que l'un de ces hauts dignitaires, qui, le soir, consacrait ses veillées à toute autre étude que celle de Cujas et de Pothier, blâmait, aussi vivement, un de mes excellents amis, Henri Nadault de Buffon, avocat général, d'un si noble cœur et si distingué, par ses écrits comme par sa brillante éloquence, de se livrer à des travaux littéraires..
M. Breghot du Lut était lié avec les hommes les plus éminents de son temps, et entretenait une correspondance des plus suivies avec le savant bibliothécaire d'Âix , M. Rouard, avec François de Neufchateau, Boissonnade, Leclerc, Bouchot, Oazzera de Turin, Peignot, Weiss, Babouisse-Rochefort, Amanton,ValIot, etc. Dugas-Montbel le consulta souvent sur son travail sur Homère. En 4821 , l'Académie de Lyon (I) lui ouvrit ses portes, et M. Jean- Baptiste Dumas, dans Thistoire de ce corps savant, a donné la liste à peu prëa complète de ses œuvres. Je n'en parlerai donc pas, qui, du reste, ne les connaît pas?
M. d'Aigueperse, en écrivant la biographie de M. Bre-
(1) M. Breghot du Lut était aussi de TAcadémie de Hacon, de Dijon, de Marseille, de Turin, du Cercle littéraire de Lyon, de la Société linéenne de Narbonne, de la Société philomatique de Perpi* gnan, de la Société française de statistique universelle, du Comité des études, membre de la Commission des prisons, du Conseil du Dispensaire et du Conseil municipal de Lyon.
ghot dtt Lut, a dit de lui, avec raison : « Si, remontant dans les siècles passés, nous cherchons à le comparer avec Tun de ces hommes qui se sont fait un nom dans les lettres et les sciences , nous n'en trouvons aucun avec lequel il ait autant de points d'analogie que Gilles-Ménage, l'homme le plus savant de son siècle et que ses contemporains ont comparé à Varron, le plus savant des Romains. M. Breghot, de même que Ménage, connaissait à fond les étymologies de notre langue. Tous deux nous ont laissé de précieuses recherches sur ce sujet ; tous deux possédaient la langue grecque, latine et italienne, et tous deux avaient une prédilection marquée pour Martial. Tous deux s'étaient placés au rang des critiques les plus distingués de leur époque ; tous deux avaient une érudition immense et variée à Tinfîni. »
La vie de M. Breghot du Lut s'écoula, douce et paisible, dans sa belle bibliothèque, au milieu da ses livres qu'il aimait tant, partageant ses heures entre ses travaux de tous les jours, ses graves fonctions et sa famille dont il était adoré. Chez lui, une piété sincère et sans faste, s'alliait avec les connaissances les plus variées et avec toutes les qualités de Thomme public et privé.
Quand la mort vint frapper à sa porte, il ne s'en effiraya pas. n la vit approcher avec le calme d'une conscience pure et sans tache , et Tespoir d'un meilleur avenir. M. Breghot s'éteignit doucement et sans agonie, le 30 novembre 1849, au milieu de sa famille, à laquelle il a laissé un noble héritage, celui d'un nom que la science et la vertu ne sont plus à illustrer.
M. Breghot du Lut s'était attaché, comme je l'ai déjà raconté, à se former une bibliothèque et non un cabinet. Il bouquinait , dès Tftge de seize ans , et fut souvent heureux dans ses trouvailles. Tout en connaissant et
les livres, comme nos bibliomanes de
achetait, non pas parce qu'ils étaient
<^ qu'ils lui étaient nécessaires pour
lait le livre en bon état, savait
édition ; mais, interrogé sur ce point,
ué rédition fautive, quand bien môme il
rare. En un mot , il aimait les livres , non
o vignettes, leur papier ou leurs reliures, mais
d qu'ils renfermaient. Il les lisait attentivement, en
.isant des extraits ou des analyses, — notes précieuses
qui forment une vingtaine de cahiers assez volumineux,
qui sont comme le résumé, la moelle ou la quintessence
de sa grande bibliothèque.
Voici le résumé du catalogue de la bibliothèque de M. Breghot du Lut ; chaque partie de cette nombreuse collection rappelle un ouvrage de ce savant et patient Lyonnais.
Le catalogue comprend 209 numéros, mais, à partir du n® 4938, les ouvrages sont groupés sous des titres généraux, avec un seul numéro. Ainsi, sous le n*^ 1953, nous trouvons la collection des œuvres de Gabriel Peignot, environ 35 volumes ou brochures, le tout enrichi, le plus souvent, de notes manuscrites et d'ex dono de Tauteur, qui était un ami de M. Breghot.
Aujourd'hui, la plus pet^ie de ces brochures aurait un numéro particulier.
La théologie, la jurisprudence, la philosophie et les sciences sont comprises sous les 407 premiers numéros. Avec le n^ 408 commencent les Orateurs, suivis des poètes grecs et latins, jusqu'au n^ 808.
Parmi ces derniers, il faut remarquer 49 éditions d'Ânacréon, 7 de l'Anthologie grecque, 44 de Catulle, 20 d'Horace, 42 d'Ovide, etc., mais surtout 54 éditions de Martial.
M. Breghot a passé sa vie à préparer une édition de cet épign^mmiste, les résumant toutes; 4i manuscrits volumineux renferment des notes pour cette œuvre, que la mort ne lui a pas permis d'achever.
Le n® 808 commence la série des poètes français, et, sous ce même numéro, sont classés 39 volume de VAlmanach des Muses, le numéro suivant se compose de 47 tomes de YAlmanach littéraire.
Les poètes étrangers, les romans, facéties, ouvrages de philologie, de critique, viennent en leur place jusqu'au nM241.
Le n^ 1242 comprend une collection de 22 ana^ dont quelques-uns sont considérés comme rares.
Les œuvres de Cicéron (20 volumes, traductions partielles), les voyages et l'histoire ecclésiastique, conduisent jusqu'au numéro 4 566, où commence la suite des ouvrages sur l'histoire de la ville de Lyon et des provinces voisines.
A première vue, cette collection semble ne compter que 440 volumes, mais l'on s'aperçoit vite que l'auteur du catalogue a maladroitement dispersé les œuvres appartenant à la hibliog^raphie lyonnaise. Ainsi, l'on trouve les éditions de Louise Labé dans la série des poètes français, les ouvrages de Commarmond sur les antiquités lyonnaises, et ceux de L. Foulqu^ sur l'hdtel des monnaies, dans la série de TArchéologie, etc.
Puis, à partir du n** 4985, se retrouve une collection lyonnaise, 50 pièces de théâtre, dont les auteurs ou les sujets sont lyonnais ;
36 pièces imprimées sur l'Eglise de Lyon ; 82 pièces sur les origines de la révolution à Lyon ; 40 pièces sur les affaires de Lyon, de 4846 à 4847 ; 4 84 pièces sur la statistique lyonnaise : toutes ces bro-
chures, signées Cochard, Delandine, Nolhac, Pérenon, Dugas^Montbel, etc. ;
440 pièces signées de noms lyonnais, ouvrages présentés à TÂcadémie de notre ville ;
60 biographies lyonnaises ;
Tout ce qui avait paru des œuvres de MM. Gonon, Moniherot» Pericaud, etc., vient terminer cette suite d'ouvrages précieux pour l'histoire de notre ville. Cette biUiofhèque est dispersée maintenant, mais la correspondance de M. Breghot avec ses nombreux amis et les savants de son époque est conservée encore par sa &mille« Son petit-fils, M. Francisque Breghot du Lut se propose de publier cette importante correspondance ; elle ne saurait être confiée à de meilleures mains.
Bibliothèque Perieaud.
C'est la plume de M. A. Vingtrinier que. je vais emprunter pour parler de cette bibliothèque et de son fondateur (1), si bien connu à Lyon et dans le monde des lettres.
(1) La famille Péricand ou Perricaad, ancienne famille lyonnaise, fut anoblie, le 21 novembre 1696, en la personne de Pierre Perricand. Un registre de la Bibliothèque impériale, tenu en vertu d'un édii du roi, qui autorisait l'annoblissement de 500 personnes les plus qualifiées du royaume, contient cette mention : Pierre Perrieaud, marchand de Lyon, porte : (for, au poirier arraché de sinople, aeeosié de deux eoqi affrontée de gueukê.
Tont M qo'oB dit de Perieaid, Ob pent Taiipliqner I Bref hot.
C'est n Ufêni qie Perieiod ; Ces est •assi ta qte Bregbot; Il ett poète Perieaad, CoBB« Isi e'eit sassi Breghot
Le dimanche, 27 octobre 1867, dit M. Vingtrinier/ont a &it les obsèques de M. Antoine Péricaud aine, ancien bibliothécaire de la Ville, éradit, archéologue, historien compilateur, membre de TÂcadémie de Lyon, et une des figures les plus originales, les plus accentuées de la ville. Le Dictionnaire des contemporains, de Vapereau, rappelle Marc-Ântoine, le confondant avec son frère cadejt, ancien avocat, décédé, il y a quelques années.
Ce n'est, du reste, pas la seule erreur qu'ait à reprocher aux biographes cet écrivain, dont la vie entière fut consacrée à épelucher l'histoire et à rectifier les erreurs commises par les historiens lyonnais. Il était né à Lyon, le 4 décembre 4782 et non en 4792, comme l'a dit la Biographie de Babbe. Il est décédé à Lyon, le 25 octobre 4867, âgé de 85 ans, et non en 4840, comme l'a dit la Biographie de Feller, dans une intention où on a cru voir une pointe d'hostilité.
M. Péricaud aîné était un des sept fondateurs du Cercle de Lyon, créé en 4807, et devenu la Société littéraire. Jusqu'à son dernier jour, il n'a cessé de travailler, de transcrire , de compiler, amassant des matériaux pour l'histoire lyonnaise, et communiquant volontiers le fruit
L'Académie I PériMod
Donne va flinteitil comme à Bref bot;
Et ponr en finir. Périeaod
Est le beao-frère de Brefhot,
Ce qsi fiit croire qoe Bregtaot
Set le beao-frère de Périctnd.
(Biographie contemporaine des gens de lettres de Lyon, Lyon et Paris, 1826.)
Ce petit opnseole satyriqne est d'an nommé Eugène Lamerliëre, aateor de quelques pièces de théâtre, et auquel FÂcadémie de Lyon avait refusé admission.
de 808 recherches aux érudits qui avaient besoin de ses ses conseils. Ses productions ont été des plus nombreuses, et leur liste, jusqu'en 1859, se trouve dans un fascicule intitulé Bibliographie lyonnaise au xv* siècle , quatrième partie, Lyon, 1859, in-8'.
M.Péricaud avait une mémoire prodig;ieuse ; il indiquait les dates et les noms des auteurs sans hésitation ; il connaissait les livres et les aimait ; il préférait les ouvrages de travail et d'érudition aux riches reliures ; il tenait surtout aux éditions lyonnaises et n'achetait que les livres qui pouvaient lui être utiles pour ses immenses travaux.
Vert et droit jusqu'à^ plus extrême vieillesse, Tair railleur et ne craignant pas de laisser tomber un mot piquant, armé en guerre et la plume leste,- il avait, dans le courant de sa vie, soulevé plus d'une tempête; mais prompt à revenir, il ne gardait pas rancune à ses adversaires, et il n'était pas rare de le voir se promener le lendemain, appuyé sur le bras de son ennemi de la veille.
Bibliophile sérieux et convaincu, M. Péricaud évait maintenu dans la classification des livres de la grande Bibliothèque de la ville une méthode logique, précise et
rigoureuse . C'est de sa retraite que datent la désorgani* sation et le désordre qui régnent aujourd'hui dans notre vaste et précieuse collection.
La mort de M. Péricaud équivaut à la perte d'une bibliothèque. Nul plus que lui ne méritait, par sa Tie âpre au travail, de rappeler cette comparaison devenue si banale, d'encyclopédie vivante ou de bénédictin. Lui-même se rattachait à la littérature ancienne par sa signature, ilnlonius Pericaldus, et surtout par cette anagramme, dont il aimait Jt se parer « Secula nudo pristina, y>
Son style, dépourvu de grâce et d'imagination, était court, h&ché. Il rappelait le fait dans toute sa simplicité,
mais on pouvait dtre certain de T exactitude, on peut dire de la minutie de ses recherclies. D écrivait l'histoire avec un microscope, ne négligeant aucun détail, même de ceux que délaissent et oublient les écrivains à grand vol. Ses Notes et Documents pour servir à V Histoire de Lyonne pourraient être lus avec suite ; ils sont indispensables aux historiens.
n laisse une quantité considérable de manuscrits d'un prix inestimable pour l'histoire de Lyon. Espérons que ces richesses ne seront pas perdues et qu'une main habile saura en tirer parti.
M. Pericaud a eu la bonne fortune de rencontrer sur sa route un parent, un ami (4 ) partageant ses goûts littéraires,
(1) Le Cenfeur, journal de Lyon, 29 juillet 1839, appréciait ainsi Tune des œuvres de Pericaud.
La Bibliographie ltoniiaisb. -^ Notes et Documents pour tervir a
Vhistoire de Lyon, de 4SS0 h 4483^ par M. Pericaud.
Catalogue des Lyonnais dignes de mémoire^ par MM. Pericaud
et Breghot du Lut.
On doit savoir un gré infini aux hommes d'étude qui se livrent à des recherches approfondies sur l'histoire des villes, des monuments qu'elles renferment, des événements qui s'y sont passés; qui mettent en relief les hommes célèbres à quel titre que ce soit, fouillent dans les archives pour retrouver une date perdue, mettre en lumière un nom oublié, retrouver un champ de bataille ignoré et rendre ainsi à chaque époque son caractère et sa physionomie. Ces hommes sont d'autant plus louables, que, sans faire d'histoire complète, ils fournissent aux historiens des documents indispensables, des matériaux prépavés, mis en ordre et disposés pour toutes les formes ; ils prennent ainsi pour eux les peines, les travaux fastidieux, et sèment ce que d'autres recueillent.
Parmi les hommes qui se recommandent le plus, à Lyon, par ce travail consciencieux et utile l'un des plus infatigables est sans con-
savant, peut-être même plus savant que lui, un helléniste consommé, versé dans le latin comme un écrivain du du XVII* siècle, et collaborant avec lui. Je veux parler de M. Bregbot du Lut, conseiller à la Cour de Lyon, son beau-frère. Liés d'amitié dés leur enfance, sérieux et graves conmie on ne Test pas à leur ftge, aimant tous deux pasionnément les livres, et surtout les vieux livres, les vieux poètes lyonnais principalement, ne recherchant d'autre plaisir que dans le travail, Us passèrent leur vie dans la plus intime communauté de pensées et de labeur. Quand les circonstances séparaient ces deux amis, une active correspondance les rapprochait encore. Une partie de cette correspondance subsiste encore ; elle est intéressante à lire, instructive même ; ce ne sont pas les lettres, je parle des premières, de deux jeunes étudiants aimant à se raconter leurs plaisirs, leurs travaux. Ils ne connaissaient d'autre bonne fortune que celle de rencontrer un vieux livre, une belle édition ardemment recherchée et convoitée, et de l'acquérir quand leur argent de poche le leur permettait. Et avec quelle joie ils s'entretenaient de ces trouvailles! comme ils aimaient à disserter ensemble, en vrais connaisseurs, de vieux auteurs de leurs doctrines et de leurs idées !
A cette collaboration sont dues plusieurs publications importantes :
tredit M. Pericaad, bibliothéeaire de notre ville, savant, dont tons les loisirs paraissent être employés à rassembler des matériaux pour 1 histmre de Lyon. Ses notes et documents forment une brochure fort remarquable par la quantité de faits, de dates et de noms qui y sont comigoés. On retrouve là en quelques lignes d'utiles appréciations de faits qui, sans cela, pourraient être mai compris, et sur leurs causes des détails pleins d'intérêts. Il a fallu, pour composer cette brochure, <Itii n'a pas cent pages, lire trois ou quatre cents volumes.