DÉLIBÉRATION DE LA COMMISSION MUNICIPALE
Séance du \9 janvier 4855.
Présents : MM. Devienne, président, Acher, Arnaud,
Auberthier , Benoit , Brisson , Brollemann , Droche ,
i)ucruet, Faye, de Gatelier, Guimet, Mathevon, Michel,
Million, Monnier^ Seriziat, Vachon, Vidal-Galline et
Bruneau, secrétaire.
Vu le rapport de M. le Sénateur à la séance de ce jour ;
VvL la lettre de M. Victor Coste, ancien notaire, firère
^ héritier de M. Louis Coste, contenant les conditions
auxqxielles il offre de céder à la ville de Lyon la partie
^^ IsL bibliothèque de ce dernier qui a trait à l'histoire de ^yon ;
A^ttendu que cette collection a un intérêt particulier et '^^ \raleur spéciale pour la viUe, et que c'est un devoir P^ur» l'administration d'en enrichir la bibliothèque ;
Adoptant les conclusions du rapport de M. le Sénateur ;
DéUbère:
r ^^ - le Sénateur est autorisé à acquérir, pour la ville de ^^^, la collection lyonnaise de la bibliothèque Coste aux \x ^^iitions exprimées dans son rapport sus-visé, c'est-à- ^^^ au prix de 40,000 francs payables en dix annuités de \ 5)00 francs chacune» dont la première serait exigible dans le courant de Texercice 4 855 et ainsi successivement d'année en année jusqu'à parfait paiement de ladite somme, avec intérêts au taux de i 0/0.
(Suivent les signatures).
Cette partie lyonnaise est aujourd'hui à la bibliothèque du Lycée. Ses raretés sont dans le cabinet du conservateur. Le surplus n'a trouvé d'autre place que dans un grenier, qu'on décore pompeusement du nom de Dépôt, eton ascindé Ainsi m tout qu'il fallait laisser entier. Aussi, on se demande
pourquoi la ville, après avoir acquis le fonds Goste, n'a pas su compléter sa libéralité en lui consacrant un local spécial digne de lui et n'a pas surveillé mieux sa conservation. Qui n'eût été heureux de voir cette collection installée dans un cabinet à part portant le nom de Coste, avec son buste et une inscription commémorative , et d*admirer, sur une suite de tablettes, cette bibliothèque toute lyonnaise réunie en un seul corps et classée selon ses exigences. De faibles ressources annuelles eussent suffi pour cette installation, et aujourd'hui, on aurait aussi la satisfoction de voir reliées tant de brochures importantes et de documents rares, en feuilles, épars dans des cartons relégués dans un galetas.
Mais une pensée nous console. Bientôt peut-être la ville va modifier son lycée empesté. La bibliothèque recevra de nouveaux et vastes locaux, et le fonds Coste nécessairement devra y occuper le premier rang, que jusqu'à présent, on a oti6Ii^ de lui donner.
Si le fonds Coste est, en partie, enfoui dans un grenier, le monde savant sait au moins ce qu'il contient par le catalogue que M. Vingtrinier en a dressé avec la patience et le savoir d'un Bénédictin. Un des rêves de la vie de M. Coste avait été de faire un catalogue (4), qui fût resté comme un modèle et un monument. Luxe de typographie, fac-similé, lettres ornées, culs-de-lampes, vignettes, ornements au-
(1) M. Vingtrinier n*a dressé le catalogue que de la partie purement historique et lyonnaise, comprenant 18,641 numéros. Le plan neuf et original qu*il a religieusement suivi, et qui s'adapte si complètement à rhistoire de Lyon, lui avait été tracé d'avance par M. Coste. On doit penser quel intérêt il eût présenté s'il eût compris les éditions lyonnaises, et surtout s'il eût été écrit sous les yeux et les conseils de celui qui en était l'auteur.
raient été consacrés & cette œuvre, à laquelle il s'était proposé de consacrer trente à quarante mille francs. Il aurait enrichi son livre de notes précieuses qui l'eussent fait ^^chercher des savants. Déjà il s'était entendu avec un ^primeur dont Lyon se glorifiait alors, mais la mort n'a
pas pu attendre
M. Coste était Lyonnais ; il vit le jour dans notre ville
le 2 juin 1784, et appartenait à une &mille qui avait
occupé des charges dans la magistrature. Son père voulut
aossi qu'il fît partie de la grande famille judiciaire et lui fit
suivre, à Paris, les cours de la Faculté de droit ; mais le
goUt des lettres et des arts était inné en lui, il les aima
dés sa jeunesse, les cultiva déjà sur les bancs de Técole,
^^ il allait publier même ^une œuvre assez importante,
?i2axid sa famille le rappela (4). Un mouvement général
6Qtra.Inait alors tous les esprits vers les lettres. On était
^ lendemain de la Révolution qui avait fietuché tant
sctvants ; les lettres , les sciences et les arts en
aetxîl , s'étaient cachés : c'était presque un crime que de
leojr «tdresser un hommage public, mais le premier consul
Boxx«tparte les appela à lui, les consola et les mit sous sa
P^^^^sunte égide. Le temple des Muses se rouvrit, comme
on élisait alors, leurs disciples y accoururent en foule, et
^ ftxt une véritable renaissance.
^oste, à son retour à Lyon, trouva l'Académie rouverte
t^) Etant étudiant en droit, à Paris, il avait écrit un drame tiré
^ ' Histoire de Russie. L'ouvrage allait être reçu, quand lui-même
'appelé à Lyon. Quelques mois après, son œuvre était jouée sous
i^om et an bénéfice d'un de ces flibustiers littéraires qui abondent ^^^ les grandes villes. M. Coste protesta timidement, mais il allait
^^^ dans une carrière qui s'accommode peu des pièces de théâtre*.
^^t le parti de se laisser dépouiller sans faire de bruit.
pourquoila ville. ^'. ^"^ ^'^«^ ^^ sanctuaire
su compléter sr ^ /^.^aelques privilégiés et dont
digne de lui e • '^^':Ve était jeune, ardent, com-
n'eût été h ^ / ^ ^' ^^^^""^ ^^ *'^^' ^ ^^ ''^''^*
un cabinf ^K^J^ ^* ''®°'' *'®''*'^^'' ^*''* ^® ^*' buste et ^'^^^J/ï»^'"® ^®® P^^^ °® ^® fussent jamais
^^^ ^ il chercha autour de lui des amis
sur u' ^y j^: ^
l nr ^,^ j 5/îopathique, ayant le feu sacré de Té-
^^ tec AUX lô Cercle littéraire qui fut plus tard
^*ff^^'!^0re. Ces amis étaient les deux frères Peri-
, iî**f^james, Acher, Amard, Breghot du Lut,
i/ V^ de Marnas, Rieussec, Segaud et quelques
*^^ une pléiade de jeunes hommes instruits, et
f^lga laisser un nom parmi nous. C'était en !807,
^^' 0B ^^^ ®> ^^ fonctions d'auditeur au Conseil d'Etat [\ )
fjl(.|ient à ses études littéraires. Une mission importante
. ^ confiée à l'étranger, il la remplit avec distinction ;
^ ]a fortune abandonne bientôt le moderne César, la vic-
^jre lui devient infidèle dans les plaines de la Russie, puis
jans celles de Leipzig ; nos armées se replient écrasées.
Coste lui-même est un moment prisonnier (3) des Cosaques;
(1) M. Goste fut nommé auditeur au Conseil d'Etat le 7 novembre 1810. En 1812 le directeur général des domaines le plaça auprès de loii en service ordinaire, et en janvier 1842, un décret impérial loi confia le poste important et difficile de Commissaire spécial à Varel et Oldenbourg, dans le nouveau département des Bouche^-du-MTeser.
Pendant son séjour dans cette résidence, il sut par son énergie réprimer une sédition qui avait éclaté à Oldenbourg et des tentatives de pillage, à l'occasion du départ d'un corps de gendarmerie. Cette action d'éclat lui valut les plus vives félicitations de la part du duc de Rovigo et de plusieurs éminents fonctionnaires.
(^) 11 fat fait prisonnier avec le fils de M. Froehot, préfet de la
rnardotte le délivre et il rentre en France pour assister aux malheurs de notre double invasion. Retiré à Lyon, il y accepta un siège à la Cîour royale (4 ), pour y vivre près de sa fiunîlle, de ses amis et consacrer les loisirs de sa charge aux lettres qu'il avait toujours tant aimées (2). Toutefois, il renonce encore jeune aux fonctions judiciaires, et se consacre dans sa retraite, tout entier, à ses livres et à des œuvres de bienfaisance (3).
Maître d'une belle fortune et privé d*enfants qui eussent <^ptivé ses affections (4), Coste s'attacha avec passion ^ ses livres. Bien ne lui coûta pour enrichir sa collection lyonnaise ; il acheta des éditions lyoïmaises au
^ioe et conduit à Stettin où Bernadette et le comte de Bentenck obtinrent leur élargissement (idem).
(p Présenté au roi Louis XVI II le 28 juillet 1824, il fut nommé six ^018 après Conseiller à la Cour de Lyon, en remplacement de M. Fa- ^'^'f «léinissionnaire (idem).
(^j X>é8 son retour à Lyon, il lut le 23 février 1815, à la Société lit- 'Vt^^ Un mémoire où il se proposait de consacrer une partie des '^^^es ^des travaux ayant pour objet Thistoire politique, littéraire, ^'^^^^'^f^liiqae et biographique de la ville de Lyon (idem). '^' ^l Tut aussi membre de la Société d'émulation, 4808.
^^ Société d'encouragement pour Tindostrie nationalei 1814. ^ ^dispensaire, en 4818-1827.
^^ Commission de statistique du Rhône, 1822. ^ ^ Société d'agriculture, 1823.
^*>»^nistratcur des Hospices, 1823-1828.
^^«eiller municipal, 1828.
^^i^émicien libre en 1841.
^^valier de la Légion d'honneur, le 22 mai 1825. ^) U avait épousé mademoiselle Péclet, fille d'un magistrat très- T^AOmniandable.
poids de Tor ; mille francs un Tolame de Louise Labé. II aimait aussi les belles reliures et confiait ses livres les plus rares aux relieurs les plus en renom ; il n'épargna aucun luxe pour eux; ces reliures étaient signées par Bauzonnet, Niédrée, Cape, Dura ou par notre compatriote Bruyère. Tous ces trésors étaient réunis dans un élégant cabinet de travail : il y recevait journellement ses amis, ou des étrangers et leur ouvrait avec empressement ses belles armoires dont les rayons chargés d'un triple rang de volumes brillaient comme des vitrines d'orfèvrerie. A côté de ce cabinet, trois pièces indépendantes, sous la surveillance de son bibliothécaire, recevaient, de 9 heures à 4 heures, les savants et les travailleurs qui pouvaient compulser les ouvrages qu'ils tenaient à consulter. Plumes, encre, papier étaient mis à leur disposition, bon feu pendant l'hiver. On travaillait en liberté comme dans un établissement pubUc.
Dans l'achat de ses livres, dit M. Vingtrinier, M. Coste n'avait qu'une pensée. Lyon était le centre auquel tout se rapportait. Si aux ouvrages ayant trait à sa ville natale, se joignaient les chefs-d'œuvre de nos littératures ancienne et moderne, c'est que presque toujours ces livres avaient été imprimés à Lyon. Son Virgile était de Roville ; Horace, de Gryphe ; Ovide, de Jean de Tournes ; Juvénal, de Jean de Vingle. Si Ton trouvait encore à côté, et sous des reliures magnifiques, des ouvrages d'auteurs inconnus ou obscurs, c'est que ces auteurs étaient des compatriotes, recevant, à ce titre, un honneur qu'ils devaient moins à leur mérite qu*à leur naissance. Il ne faisait d'exception à cette règle qu'en faveur de l'histoire de France, dont les documents nombreux, les pièces sur la Saint-Barthélémy, les pamphlets de la Ligue ou de la Fronde, les ma-
zarinades avaient été réunis sans préoccupation d'origine ou d'imprimeur (1).
Cette collection formée avec tant d'amour, de peines et de soins éclairés finit par atteindre des proportions peu ordinaires ; on y comptait 1 ,600 manuscrits, 1 ,500 ouvrages imprimés et 7,000 brochures, 800 cartes, vues, plans divers, gravés ou lithographies et 2,600 portraits de personnages célèbres (2).
M. Chelle, archiviste du Bhône, qui a connu aussi la bibliothèque Coste, signalait au Congrès scientifique qui s'est tenu à Lyon, en 1 841 , comme les plus remarquables des manuscrits de Coste :
Un cartulaire d'Ainay ; une réfutation de l'hérésie des Vaudois ou pauvres de Lyon du xin" siècle, deux missels in-folio avec miniatures et ornements du xiv* siècle et du xv^ siècle, les titres du couvent des Célestins supprimé avant 4789, une charte d'af&anchissement du xin* siècle publiée depuis lors par le gouvernement, l'armoriai et les
(4) Non-seulement If. Co8t& vonlait avoir nn exemplaire d'un ouvrage, mais il lui en fallait un de chaque édition, Tun sur grand, l'autre sur petit papier ; pas une seule déchirure, pas une seule marque d'humidité, pas la moindre imperfection n'était supportée. Aussi, quand de son temps, on voulait donner une idée de l'excellente condition d'un livre, on disait dans un certain monde « un exemplaire Cosie », comme on disait un « exemplaire Temeniz ». {Notice hisi. sur Coste^ par Gh. Fraisse, p. 19).
(2) M. Charles Fraisse dans une notice historique, publiée en 1851, sur M. Coste, dit que ce dernier possédait dans sa collection 2,d00 portraits ; plusieurs s'y rencontraient de deux à six fois sans qu'il y eut jamais des épreuves semblables. Les Neufnlle-Villeroy y étaient au nombre de 87, le ministre Roland et sa femme y étaient reproduits €0 fois et saint François-de-Sales, 73 fois.
Ne serait-il pas à désirer que ces collections fussent continuées ?
généalogies des comtes de Lyon, les armoriaux consu> laires et le recueil des annoiries d'un grand nombre de familles nobles de la province.
L'histoire moderne n'était pas moins riche en manuscrits remarquables. Il suffit de citer les pièces originales relatives à la révolution de Lyon en mai 4793| la collection des arrêtés des représentants du peuple avec leurs signatures et annotations, les registres des sociétés populaires, et enfin, comme simple objet de curiosité, un grand nombre de lettres autographes d'auteurs ou hommes illustres du Lyonnais.
La partie des livres imprimés ne méritait pas moins d'attention. Elle renfermait, entre autres raretés, les ouvrages suivants :
« Missale secundum usum Lugdunij \ 497, premier missel imprimé à Lyon.
« Breviarium cameread usum Lugduni, 1487, premier bréviaire imprimé à Lyon.
<f Statuta ecclesiœ Lugduniy imprimé peu avant 1488, par ordre du cardinal-archevêque Charles de Bourbon.
« Les Antiquités et la Fondation de la Métropole des Gaules et de ses chapelleSy par de Quincamon, 1673, seul exemplaire connu. »
Beaucoup de pamphlets publiés à l'époque des grterres de religion et de la Ligué ; les plus anciennes entrées des rois et des reines dans la ville ; diverses facéties rarissimes et relatives à des fêtes et à des anciens usages ; une histoire de la Révolution écrite en 1793, probablement par Guerre, sur grand papier de Hollande, une collection de journaux politiques littéraires et scientifiques qui ont paru à Lyon depuis le milieu du xvm* siècle.
Indépendamment de ces ouvrages manuscrits ou imprimés qui se rattachent tous à l'histoire de Lyon, M. Ck>6te
avait réuni les ouvrages d'un intérfit général composés par des Lyonnais, surtout ceux du xvi^ siècle , tels que Louise Labéy Pemette du Guillet, Maurice Sève, Taillemont, Champier, dont il possédait les éditions primitives, n avait recueilli, en outre, un grand nombre des principaux ouvrages imprimés à Lyon au xv* et au xvi* siècles. Citons-en quelques-uns seulement de cette collection si belle et si nombreuse :
Spéculum vitœ humanœ, 1477. — Liber de consolacione medicinarum^ J. Heben Mesue, 1478. — Guidon de la fractique en cirurgie, de Gengon de Calliac (Guy de Cbauliac), 1478. — Le très plaisant livre nommé Mandeville, 1480. — Le livre des Enéydes^ compiïlé par Virgille, 1483. — Jehan Bocace, de la ruyne des nobles hommes et femmes, U83. — Le roman de Fier-^BraSy 1486. — Le procès de Belial, 1487. — Le rommantde la rose, Lyon, G. Leroi, sans date, première édition de ce poème. — La danse aux aveugles y sans date. — La farce des Théolog astres, édition originale d'un dialogue satyrique fort singulier, imprimé à Lyon, vers 1341, le seul exemplaire connu. — L* Apocalypse figurée, par Jehan Duvet, 1341, figures très-curieuses et fort rares qui paraissent avoir été gravées sur plomb.
Woeriot, Pinax iconicus, 1 355, un des premiers essais de la gravure à Lyon (1).
M. Goste possédait aussi plusieurs volumes qui avaient appartenu à Grolier, notre célèbre bibliophile lyonnais duXVP siècle, avec la célèbre devise Grolerii et amicorum .
Telle était, en peu de mots, cette bibliothèque particu-
(1) Jehan Duvet serait, d'après Jansen (Essai sur la gravure), le premier Français qui ait manié le burin (note de M. Ghelle).
liëre sans égale, qui, à elle seule, eût mérité une longue description, que ne me permettent pas les étroites limites de ce court précis historique. Qu'il me suffise seulement d'ajouter que s'il existe beaucoup de bibliothèques remarquables par le nombre des raretés ou par le luxe des reliures, elles ne présentent presque jamais un caractère de spécialité. Ce sont presque toujours des collections formées eaprideuaemfint de diverses branches de la bibliographie pour la satisfaction personnelle du goût de Tamateur. M. Coste a eu un plus noble but en créant sa bibliothèque. Lyonnais de cœur et d'âme, il n'a eu en vue que Thistoire de Lyon; il n'a cherché, pour ainsi dire, que les monuments de ses annales et de sa typographie, et de toutes les branches de l'art qui s'y rattachent. Dans cette louable pensée, poursuivie toujours, sans cesse, avec une persévérance que rien ne pouvait lasser, il entretenait une correspondance des plus actives avec les principaux libraires et marchands de livres de France et de l'étranger. Pour que rien ne lui échappât de ses desiderata, il en avait dressé même im catalogue imprimé, en 4838, chez L. Boitel, qu'il répandait partout pour provoquer des recherches et se procurer des raretés que, bien entendu, on lui faisait payer au poids de l'or. Ce catalogue, lui-même, est une curiosité et un excellent guide, utile non-seulement au bibliomane à la recherche de raretés et de curiosités, mais à l'écrivain sérieux pour l'histoire d'une bibliographie lyonnaise et de notre littérature locale. Il se compose de 291 numéros divisés en séries : Théologie, Jurisprudence, Sciences et Arts, Belles-Lettres, Histoire de Lyon, Histoire générale. Le post-scriptum de ce catalogue portait cette mention en gros caractères : « On (Achètera les livres portant sur la reliure rinscriptùm : Grolerii et amicorum, ou à la fin du volume la signature de Grolier, » Il serait utile de recher-
cher combien d'œuvreâ lyonnaises étaient ainsi rentrées à Lyon, et combien il en a sauvé d'une perte certaine par leur détention entre les mains de grands ignorants ou gens peu soigneux de leurs livres (1).
M. Coste, non content de colligerdes livres, voulut en éditer lui-môme; cédant à Tune des regrettables manies des bibliomanes qui éditent des livres, mais pas dans la pensée si louable de vulgariser de bons ouvrages, il ne fit tirer des publications qu'à un trës^petit nombre d exemplaires. De la sorte, il a créé des raretés que s'arrachent quelques opulents possesseurs de cabinets^ mais la science y a-t-elle gagné?.... En 4837, il édita deux ouvrages à vingt-cinq exemplaires seulement. Le Récit tourchant la comédie jouée par les Jésuites et leurs disciples en la tille de Lyon, au mois d^aoust 1607, s. n. d. 1. (1607), réimpression avec une préface de Pericaud aîné, Lyon, Léon Boitel, 4837, in-8, suivi de la Conviction véritable ou récit fabuleux divulgué touchant la représentation exhibée en face de toute la ville de Lyon, au collège de la Compagnie de Jésus, le 7 d^aoust de la présente année 1607. Lyon, Â. Cloquemin, 1607. Réimpression, Lyon, Léon Boitel, 1837, in-8.
Le second est la Notice sur Louis Garon, par Pericaud aîné, suivie des Stances sur V ancienne confrérie du Saint- Esprit, fondée en la chapelle du pqnt du Rhône, à Lyon, et de r Hymne pour le jour de la Pentecôte, par Louis Garon, Lyon, Léon Boitel, 1837, in-8.
(1) M. Coste entreprit lui-même de longs voyages à la recherche de livres rares, en Italie, en Angleterre, et il en trouva jasqa'au fond de l'Ecosse. (Introd. du catal. de la biblioth. Coste, par N. Aimé Vingtrinier, p. IX).
M. Coste n'eut pas la satisfaction de jouir pendant de longues années de cette bibliothèque qui avait fait la joie de sa vie. La mort frappa à sa porte le 5 mai 1851. Il avait 67 ans. Une courte maladie Tavait enlevé. Homme de bien et homme religieux, affable envers tous, bon aux pauvres, qu'il soulageait de son vivant (1) et qu'il n'oublia pas à sa dernière heure, sa mort fiit un événement douloureux pour notre ville. Il repose à Caluire, dans sa propriété des Brosses.
Bibliothèque de M. Oay.
Joseph-Jean-Pascal 6ay, né le 14 avril 1756, mort le 16 mai 1832, a laissé, à Lyon, son pays natal, un nom justement estimé et des monuments non sans valeur. Il a conistruit, entre autres, les bâtiments de la Condition des soies, de la Halle aux blés et de la Caserne de gendarmerie, auxquels on peut reprocher trop de lourdeur, le défaut de lignes élégantes, mais qui trouvent leur excuse dans les temps où il a vécu. L'architecture, à cette époque de transition, manquait d'inspiration ; elle dédaignait nos maîtres français, qu'elle ne comprenait pas, et imitait mal les Grecs et les Romains ; de là ce style bâtard, qu'on a appelé le style du premier empire.
Oay était dans toute la maturité de l'âge et du talent lorsqu'il fut choisi par l'administration lyonnaise pour être profei^eur d'architecture et d'ornement à Técole spéciale de dessin, fondjée à Lyon en exécution d'un décret
(1) Il envoyait régnlièrement son bibliothécaire dans, certaines familles et« dans plusieurs, ces secours étaient attendus à jour fixe et comme une rente due.
du 25 germinal an XIII. Il eut pour collègues Revoil, Chinard, Grognard, Baraban, Leclerc. Il ne pouvait être en meilleure compagnie et on sait combien cette école forma d'élèves distingués.
Un de ses amis, M. F. Richard, lui a consacré quelques lignes de souvenir, en écrivant la préface du catalogue des livres qu'il s'était plu à amasser pour ses travaux, comme pour son agrément. Ce catalogue fut dressé en 4832, par J. Janon et la vente de la bibliothèque de Gay eut lieu à Lyon, le 2 décembre 4833. Elle se composait de 957 numéros.
Voici en quels termes en parle M. Richard : « L'artiste recommandable qui recueillit pendant sa vie les livres dont on publie le catalogue, jouissait à juste titre de la réputation d'habile architecte et de savant littérateur. Doué d'une mémoire extraordinaire, il apprit de bonne heure les langues anciennes. Les auteurs grecs et latins excitèrent les premiers son admiration, et toutefois il n'eut point d'exclusion dans son goût pour leurs ouvrages. Il s'appliqua à étudier en même temps les, sciences relatives à son art ; ses connaissances devinrent étendues et variées ; l'archéologie et la numismatique occupaient ses loisirs. Il Usait tout ; il retenait tout ; on peut dire à sa louange que ses amis ne se séparaient point de lui sans avoir appris quelque chose dans sa conversation. Cette justice, que nous prenons plaisir à rendre publiquement à M. Gay, ne lui sera refusée par aucune des personnes qui l'ont connu aussi particulièrement que nous. Le choix des livres de sa bibliothèque ne fera que confirmer avantageusement ce que nous disons de son intelligence et de son savoir. Vitruve était pour lui l'objet d'une sorte de culte ; il éprouvait une grande satis&ction
à posséder les rares éditions de ses œuvres. Il en citait et
en expliquait les enseignements, qu'il suivait lui-même avec une étonnante sagacité. A cette application des meilleures règles de Tarcliitecture, M. Gay joignait une véritable habileté dans la recherche des beaux ornements de toutes les époques. Le xvi® siècle et même le moyenâge lui fournissaient, en ce genre, des détails précieux que son génie adaptait, sans servilité, à la composition de riches tentures ou à des décorations intérieures de monuments publics ou particuliers. De là, son goût pour les collections de livres, d*emblèmes, d'estampes anciennes et pour toutes les vignettes gravées en bois dont se trouvent enrichis la plupart des ouvrages imprimés du temps de Léon X et de François P'. La religion catholique, ses temples et ses cérémonies étaient aussi pour notre savant compatriote des sujets d^études de prédilection. Son dernier travail, le sanctuaire de Téglise de Saint-Just, à Lyon, présente un admirable résultat de cette disposition de son esprit à bien concevoir Tordonnance de choses sacrées. On ne devra donc pas être surpris de voir figurer parmi ses livres im aussi bon nombre d'ouvrages de théologie, de traités particuliers sur les rites des chrétiens, sur la pratique de leurs devoirs et sur le but de leurs efforts ; il les relisait et les expliquait avec foi. Ses parents et ses amis ont eu la consolation de le voir uniquement préoccupé de cette science salutaire pendant les jours qui précédèrent son passage à l'éternité.
Bbliothèqne de M. J.-L. Babet
M. J.-L. Babet, ancien négociant, mort à l'âge de 78 ans, était un bibliomane consommé. Depuis plus 4e trente ans, il collectionnait ; chercheur infatigable, ilcoUigeait tout,
et se fonna une bibliothèque, composée de livres singuliers et curieux dans tous les genres. A part sa collection lyonnaise, sa bibliothèque n'avait pas de caractère particulier; ainsi, on y trouvait un nombre considérable de livres ascétiques et mystiques ; une réunion plus importante encore et très-riche de controversistes de la Réforme, Sur la Détnanohgie, il y avait un groupe considérable et très-original. On y remarquait : La Pratique curieuse ou les oracles des Sybilles, par de Conniers. La Haye, 1694. — Des Satyres brutes, m>onstres et démons, de leur nature et adoration, par F. Hedelin. Paris, 4626. — LOrinocrite musulman ou r interprétation des songes selon les Arabes, trad. de l'arabe par Vattier. Paris, i664. — Cinq livres de r imposture et tromperies des diables; des enchantements et sorcelleries, pris du latin de J. Vinier et faits /ronçoi», par J, Grévin, de Beauvoisis. Paris, 1569. — Discours des sorciers avec six advis en faict de sorcellerie, par H. Bog^et. Lyon, 1 608. — La Chiromancie médicinale, La Haye. 1665, etc., etc...
Les beaux-arts étaient représentés par de forts beaux ouvrages. Les belles-lettres offraient plusieurs âéries trèsnombreuses, tels les poètes, les romanciers, les fabulistes et les chansonniers. On y trouvait surtout ces charmants poètes du xviii* siècle, si richement illustrés par le burin des Eisen, des Cochin, des Mariller, etc.
L'histoire était remarquable dans la section d'archéologie. M. Babet tenait aussi aux reUures. Presque tous les ouvrages curieux étaient en bon état et beaucoup même dans des conditions remarquables.
Cette collection se composait de 2,722 numéros et a été
vendue à Lyon le 11 novembre 1867.
U collection lyonnaise, dont je n'ai pas le catalogfue,
^^ été mise aux enchères que plus tard.
Bibliotbèqae de M. Morel
Cette bibliothèque, créée par un homme de goût, était des plus remarquables, mais s'est dispersée aussi malheureusement. Formée à Lyon, composée de nombreux ouvrages lyonnais, elle a été vendue à Paris le 25 juin < 873- M. Claudin a écrit la préface du catalogue qu'il en a dressé. Ce catalogue, à lui seul, est un chef-d'œuvre d'impression. Il restera comme monument typographique, et sera recherché, à son tour, par les bibliophiles.
Pour décrire cette belle collection, je cède encore la parole à M. Claudin, si habile appréciateur des beaux livres, et dont le nom fait autorité :
« Le catalogue que nous publions, dit-il, intéresse vivement les bibliophiles. Ce n'est pas une bibliothèque proprement dite,, mais une petite collection choisie de livres rares, précieux ou singuliers formant le cabinet à peu près ignoré d'un curieux de province, que nous allons présenter aux enchères. On y trouvera particuUèrement une suite remarquable de romans de chevalerie et une série très-riche de conteurs et de facéties. On y distinguera aussi un certain nombre de petits livres piquants et fort rares, provenant de collections célèbres et qui, depuis très-longtemps, n'avaient pas reparu dans les ventes et n'avaient pas passé dans le commerce. Ceux qui prendront le soin de lire ce catalogue éprouveront de véritables surprises et reconnaîtront sans peine que les raretés et les curiosités françaises y dominent, la plupart du temps, en exemplaires de choix. »
Parmi les livres lyonnais, on remarquait, entre autres des éditions sorties des presses de Cayne, en 1498, de
Gaeynard, en 1515, de Rigault, en 1556, 1574, Didier, 1576, Olivier Amoullet, 1522, Estienne Dolet, 1542, Huguetan, 1583, François Aubry, 1599, Sulpice Sabon, 1544, Mathis Husz, 1498. La collection entière se composait de 562 numéros.
Bibliothèque de M. M.-Balthazar Alexis.
M. Alexis, né à Lyon, le 1" mai 1786, mourut en la môme ville, le 2 juillet 1872 et a laissé la réputation d'un habile graveur. Amateur éclairé et collectionneur intrépide, il avait su pendant le cours de sa longue carrière se former un riche cabinet de livres concernant les beauxarts, de tableaux, d'estampes, d'eaux-fortes, d'aquarelles, de dessins, de faïences et de porcelaines anciennes et de vieux meubles. Mais & sa mort, tous ces trésors ont été dispersés dans une vente publique commencée à Lyon, le 18 février 1873. Toutefois, à sa dernière heure, plus patriote et plus généreux que bien des collectionneurs, il se souvint de sa ville natale et légua au Musée de Lyon trois remarquables tableaux; Tun est le chef-d'œuvre de Bellay, artiste lyonnais, l'autre un admirable portement de croix attribué à Holbein , et le troisième est son por^ trait par Trimolet. Ah ! si tous nos collectionneurs avaient la même mémoire du cœur ! comme nos bibliothèques et nos musées s'enrichiraient bien vite!!!
M. Alexis, dit M. Lays dans la préface du catalogue da cabinet de cet artiste, aimait à fréquenter les ateliers des jeunes artistes, les encourageant par ses bonnes paroles et ses bons conseils. Il était honnête, surtout ennemi des coteries qui sont le fléau des vrais artistes ; il était juste et les injustices le révoltaient ; il aimait les
artistes honnêtes et se plaisait à causer avec eux de beaux arts.
M. Alexis, ajoute M. Lays, avait du cœur et du patriotisme; aussi, combien il était heureux, pour la gloire de Lyon, de citer souvent les noms de ses artistes célèbres : Hippolyte Flandrin , Saint-Jean , Victor Orcel , Lemot , Chinard, Legendre Herald, de Boissieu, Bichard, Duclaux, Bevoil, Saint-Eve I Michel Grobon, Bonnefond et tant d'autres. II les avait tous connus et la plupart étaient ses amis. Vivant déjà, à une époque où les belles œuvres d'art n'étaient pas aussi rares qu'aujourd'hui, et où les amateurs étaient moins nombreux, il put facilement enrichir son cabinet des plus belles choses, et il ne recula devant aucune dépense pour satisfaire son goût artistique.
Bibliothèque de M. de Montherot
Cette bibliothèque devait être dispersée le 20 janvier 1873, mais au moment de sa mise en vente, elle a été retirée. Son catalogue est précédé d une courte notice de M. Vingtrinier qui a connu M. de Montherot et ses livres ; il les a décrits avec bonheur, je ne saurais donc mieux faire que de reproduire en partie cette charmante notice :
« A qui aurait des préjugés contre les nobles et la noblesse, nous aurions voulu présenter M. François de Montherot, décédé le 42 juillet 1869, au château de la Rouge, près Meximieux.
a Gentilhomme, issu de gentilshommes, il était un type complet de sa race. Né à Lyon, le 9 mars 1784, il fiit tenu sur les fonds baptismaux par M. J.-B. de la Martine d'Urigny, son bisaïeul maternel.
« n eatpour beau-frère M. Alphonse de Lamartine, de l'Académie française ; son père était messire Pierre de Montherot, chevalier, seigneur de Béligneux, ancien conseiller au Parlement de Dijon qui assista en 4789, k Bourg, à l'assemblée de la noblesse de Bresse, réunie pour Télection des députés aux Etats-Généraux. Loin d'être infatué de sa naissance et d^être imbu des préjugés d'un autre temps, il était parfaitement de son époque. Maire, depuis < 833, de la c#i(mune de Gharnoz, humble village près de la rivière d'Ain, il vivait au milieu des paysans et des cultivateurs, les connaissant, les aimant et partageant leur vie modeste. Parfois, il venait à Lyon et le plus souvent à pied, par hygiène, par tempérament, par plaisir et pour se préserver d'une vieillesse hâtive par l'exercice énergique d'un corps qu'on est trop porté à ménager. Son costume était simple, son affabilité charmante et sa gaîté de tous les instants.
({ M. de Montherot était membre de TAcadémie de Lyon, et avant, comme après son admission dans cette savante compagnie, il avait écrit nombre de volumes, produit de nombreux travaux parmi lesquels ses Promenades dans les Alpes, Lyon, 4836, in-8. Fragments d'un royage au BaspAorc, Lyon, 4831 . Milo, Chio, Majorque, Alger et Gozzd, Dijon, 4837-38, in-8, et de nombreuses brochures en vers dont la gaîté, le tour facile, l'entrain de bon aloi charmaient le public lettré, soit que l'auteur en donnât les primeurs lui-même, soit qu'imprimées, il les offirit à ses amis.
« Ces pièces charmantes ont été recueillies sous le titre ^^ Mémoires poétiques^ Paris, Techner, in-8, et Opuscules en ^^s, Lyon, Bossari, in-8. Mais tirées & petit nombre, elles ^6 se trouvent que dans les bibliothèques privilégiées, et ^ lûodestie de l'auteur était si grande que son bagage
manuscrit l'emporte sur ses imprimés. Il a laissé inédits . LitUrature allemande, 4 vol. ; Jugements sur Alfieri, ^ vol. ; Voyages dans les Alpes et dans le Jura, 2 vol., de nombreux discours lus à l'Académie et à la Société littéraire et des travaux publiés par la Revue du Lyonnais, le Réparateur ou d'autres publications, avides et heureuses de sa bienveillante et saine collaboration, qu'il n'accordait, d'ailleurs, qu'à des feuilles estimables et d'une haute moralité.
« Il fut digne sans morgue , savant sans pédanterie, jovial sans trivialité, fidèle dans sa ligne politique comme dans ses amitiés^ et ce qui le distinguait surtout des hommes d'à présent, et ce qui le rejetait peut-être dans les rangs d'une génération oubliée, c'est qu'il était sans ambition d'honneurs, sans avidité de richesses.
« Sansfiiir le monde qui l'accueillait avec bonheur» M. de Montherot ne craignait la vie d'intérieur ni à la ville, ni à la campagne. Il avait une galerie de tableaux bien choisie et une bibliothèque riche et formée avec goût. Il lisait, se tenait au courant de la littérature du jour, mais il préférait les grands écrivains du siècle passé à tous les Sue et à tous les Soulié de son temps. Son amour des livres ne se bornait pas là. Pour reposer son esprit, sans se séparer de ses chers volumes, il avait appris l'art difficile de reUer, et s'il ne rivaUsait pas avec les Bruyère et les Bauzonnet, il n'en était pas moins un relieur fort présentable.
a Aujourd'hui le souvenir de M. de Montherot est entouré de respect et d'estime, et qui sait si cette méfiance de luimôme, cette modestie si dig^ne et si calme ne le grandissent pas plus que ne l'eût fait le gouvernement même habile de notre chère et malheureuse cité. »
Dans sa galerie de tableaux on comptait 48 toiles des écoles flamandes, allemandes et hollandaises, 33 de l'école française et de magnifiques gravures.
Bibllothèqaes Randln et Rostain
Je ne saurais mieux décrire ces belles . bibliothèques qu'en reproduisant en partie la préface, écrite par ilf. CUmdin en tête du catalogue dressé , par cet habile et savant connaisseur^ pour la vente de ces deux collections.
Ces collections, dit M. Claudin, sont l'œuvre de deux bibliophiles lyonnais qui, chacun en ce qui le concerne, y ont consacré les soins assidus de toute leur vie. Le premier d'entre eux fit la connaissance du bon Charles Nodier, qui lui communiqua ses goûts de bibliophile. Encouragé par l'exemple et aidé des conseils d'un maitre aussi sûr, il se mit à l'œuvre.
C'était alors le bon temps. Lyon la Riche, comme l'apelle Pétrus Borel , était riche en livres rares. Les Cailhava, les Yemeniz, les Lacarelle, les Coste, les Chastel et tant d'autres en profitèrent pour former leurs collections. M. Randin fut du nombre des privilégiés. II recueillit avec ardeur les curiosités théologiques dont Lyon a toujours eu la spécialité, les vies particulières des saints et des saintes, ainsi que les histoires de magiciens, de revenants et de sorciers, qui peignent si bien les mœurs naïves et les croyances populaires des temps passés.
La partie historique fut, de sa part , l'objet d'un goût prononcé. Des ouvrages rares sur les antiquités nationales, les viUes, les abbayes et les châteaux de la vieille France vinrent , à force de recherches persévérantes, et souvent d'heureux hasards , augmenter les rayons de sa bibliothèque naissante et formèrent, plus tard, une suite intéressante et des mieux choisies. Dans cette série, la place la
plus large était naturellement consacrée au Lyonnais et aux provinces voisines.
C'est aussi avec un soin véritablement jaloux que M. Randin collectionnait ce qui concernait l'ancien Forez, ne laissant échapper aucune occasion d*acquérir tout ce qui pouvait intéresser , de près ou de loin , sa province natale.
Les auteurs forésiens répandus dans sa bibliothèque, et parmi lesquels on remarquait l'exemplaire unique d'un livre de Loys Papon, chanoine de Montbrison, témoignent de sa prédilection marquée pour cette sorte de curiosités littéraires. Cet amour du clocher lui valut les encouragements les plus flatteurs de la part de ses compatriotes, entre autres de M. d'Assier de Valenches.
Les impressions si remarquables du regretté Louis Perrin, l'habile typographe lyonnais, les réimpressions à petit nombre y les opuscules consciencieux de Gabriel Peignot, les ouvrages du P. Ménestrier étaient encore Tobjet de ses recherches particulières. Les belles éditions, les livres rares , singuliers , curieux à divers titres, venaient se grouper insensiblement et formèrent, à la longue, un ensemble des plus respectables.
En véritable bibliophile de goût, M. Randin n'admettait dans sa bibliothèque que des exemplaires de bonne condition. Il choisissait les livres anciens , de préférence, dans leur première reliure, et les voulait aussi grands de marges que possible. Il n'hésitait pas à changer ses exemplaires chaque fois que l'occasion se présentait de les avoir plus beaux. Les livres les plus récents étaient également l'objet d'un choix sévère et étaient reliés avec soin, sans être rognés, par Bruyère ou par Prudhomme, deux artistes lyonnais, qui rivalii^ent alors avec Thouvenin, Thomson
SM
etEœhler, de Paris. Les livres de travail ou de renseignements, dont Tétat intérieur était satisfaisant, mais dont la vieille enveloppe avait trop souffert, étaient, la marge toujours respectée, simplement recouverts en basane marbrée, imitant les bonnes reliures en veau, bien conservées, du dernier siècle, parure correcte que Ton réussissait particulièrement à Lyon, il y a quelques années, et dont le secret de bonne main-d'œuvre semble aujourd'hui perdu. P. Bostain ^ ancien notaire , était un véritable érudit, d'une rare modestie. Il appartenait à cette pléiade de savants dont Lyon s'honore à juste titre, phalange qui a commencé par Mercier, abbé de Saint-Léger, et s*est continuée par Cochard , Breghot du Lut, Pericaud, Collombet, etc. D'une complaisance sans bornes, il fournissait des notes et des renseignements inappréciables à qui voulait le consulter. L.-D. Payen, si connu par ses travaux sur Montaigne , lui devait maints éclaircissements et I>on nombre de découvertes sur son auteur favori. M. Octave Delpierre, de Londres, ne publiait pas un livre sans avoir recours à ses vastes lumières. M. Pericaud soumettait d'avance ses travaux littéraires à sa critique, toujours sûre et bienveillante. M. Randin, plus favorisé de la 'oituue, se passionnait pour les livres rares et recherchés. ^- Rostain, plus limité dans ses ressources pécuniaires, ^ ^^ntentait de livres moins connus, mais peut-être plus utiles, dans lesquels il découvrait toujours quelque parti- ^^'^l^Jlté littéraire ignorée. C'était un fouilleur intrépide, ^^ chercheur infetigable , rerum minuiissimarum scisci- ^^^^<^^ comme il s'appelait lui-môme dans le Minuciana^ V^ il composa en collaboration avec son ami Peric^ud ; ga bibliothèque était très-nombreuse ; on y remar- ^^^it diverses séries curieuses , telles qu'une suite de ^^erses éditions et traductions de l'imitation des poètes
latins, anciens et modernes, des écrivains de Técole romantique, des mélanges de bibliographie et d'histoire littéraire.
Ces deux belles bibliothèques, formées avec tant de goût, de science et de patientes recherches, n'ont eu, malheureusement , comme toutes les bibliothèques particulières, qu'une durée éphémère; roses, elles ont vécu ce que vivent les roses. Ce bouquet aux fleurs si rares, d'un si doux parfum, a dû, un jour, être délié par la nécessité des exigences de famille et de fortune, et le commissairepriseur les a impitoyablement jetées à tous les vents. Que sont-elles devenues, Dieu le sait ? Qui pourrait les suivre dans les mains qui les ont emportées ? Si, au moins, elles étaient devenues le partage de vrais savants, pour qui un livre est un outil avec lequel ils fabriquent d'autres livres utiles , instructif, profitables à la société, à l'enfiEait qui étudie, à l'homme mûr qui médite, à l'ouvrier qui travaille et a besoin de guide. Mais le jour de la vente, les ama^ teurs favorisés de la fortune, les bibliomanes qui ne colligent les livres que pour eux-mêmes, comme Tavare qui ne réunit son or que pour sa jouissance personnelle, les spéculateurs, et surtout les émissaires étrangers, sont venus s'asseoir avides et rapaces autour de la table de la salle aux enchères. On s'est arraché ces belles éditions, on a couvert d or les livres lyonnais , et tous ces trésors sont partis le lendemain. Combien nous en est-il resté ? Combien nos Bibliothèques publiques ont-^lles pu recueillir d'épaves de ce naufrage ? A quoi aura servi à la science vraie, sérieuse et utile, cette empilation de livres ? Lyon la Biche s'est appauvrie une fois de plus, et, avant peu, quand un Lyonnais voudra avoir une histoire de sa ville, un livre de ses poètes, un cartulaire de ses chartes, il se verra obligé de prendre le chemin de Londres, devenu le
grand marché actuel des vieux ouvrages ; mais Thomme de science qui n*aura pas mille francs dans sa modeste escarcelle, lui sera-t-il possible de chercher, au-delà de la Manche , le livre qui lui est indispensable ? Il est condamné par la monomanie du bibliophile qui a oublié de léguer à sa ville natale le trésor qui devrait lui appartenir, ^ se croiser les bras devant un froid catalogue inutile, inais qui ne lui rappelle que trop tout ce qu'il a perdu pour toujours. C'est un ami qui pleure sur la tombe d'un ami. La collection Bandin et Rostain se composait de 3,250 articles, et elle s'est vendue à Lyon le 27 novembre et jours suivants, en 1873.
Bibliothèque de M. Desq
p^tte bibliothèque, d'après le libraire Potier de Paris, 'v^ Va vendue en 4866, bien que formée en peu d'années, ^t^t une des plus remarquables qui aient été mises aux enchères dans ces derniers temps. Elle ne renfermait pas seulement des volumes précieux acquis çà et là, elle offrait aussi des séries déjà riches et bien composées qui témoi- ^aient de l'ardeur mise par M. Desq à les compléter. Il recherchait aussi beaucoup les beaux manuscrits, et avait su s'en procurer de plus d'un genre' : manuscrits ornés de miniatures, volumes écrits par Le Gagneur et par Jarry, copies fig^ées, exécutées par Fyot et par le bibliophile, A. Vemant. Les livres ornés de gravures sur bois et en taille douce avaient un charme particulier pour lui, et ils abondaient dans toutes les divisions de son catalogue. On y trouvait aussi réunis beaucoup de livres curieux de théologie mystique, de médecine, de sciences occultes, d'exercices gymnastiques, mais la partie la plus brillante de sa