‹ Les bibliothèques canadiennes [microforme]Chapitre 4 sur 8 · A TT · texte numérisé non relu

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petite société à l’image de Paris, moins brillante sans doute, Mais non moins ambitieuse de s'élever, Un commencement de Mouvement intellectuel se créait, et, pour le mieux activer, les livres traversaient l'Atlantique en bien plus grand nombre qu’autrefois, et, il faut bien l'avouer aussi, avec beaucoup

française, M. Benjamin Sulte écrit ce qui sit :

"il n’y avait Pas moins de 60,000 volumes dans les bibliothèques particulières du Canada vers l’année

il y avait dans la province au moins un Quiconque est un peu au cou-

la lecture et l'usage de la Conversation. La littérature des règnes de

Louis XIV et de Louis XV Composait les pri thèque Canadienne à la fin du 18e siècle,

les articles de presse, Nous Connaissons d’ai qui se trouvaient alors en Canada, nous,

la plupart ayant été conservés jusqu'à

Ce que M. Benjamin Sulte dit de la seconde moitié du 18e siècle, il aurait peut

la première moitié.

eu

Longtemps avant la cession nous rencontrons plusieurs bibliothèques privées d'une réelle importance et qui laissent bien loin derrière elles les humbles lisoires d’un Lambert Ciosse ou d’un Jean Nicolet. Dans ces bibliothèques les livres religieux abondent toujours, mais on y découvre une plus grande variété d'ouvrages, et surtout un très grand nombre de classiques latins, voire même grecs. La proportion des livres de droit est particulièrement remarquable, et cela ne doit guère nous surprendre. Fils de Normands, nos pères s’amusaient beaucoup à plaider, et se tenaient ferrés sur le Corpus juris civilis.

Une des bibliothèques les plus remarquables de se temps fut certainement celle qu fameux intendant Claude-Thomas Dupuy. Elle est restée particulièrement célèbre,non seulement à cause de sa valeur objective, mais à cause du tracas qu’elle occasionna pendant un assez long temps à l'administration française des colonies. Chacun sait comment le brouillon Dupuy fut inopinément relevé de ga charge d’intendant, à la suite de son intervention malheureuse dans le démélé que souleva l'enterrement de Mgr de Saint-Vallier entre le chapitre de Québec et l’archidiacre M. de Lotbinière, Mais ce n’était pas tout de partir, il fallait auparavant satisfaire aux créanciers. i

Le 6 mai 1732, le président du consei: de marine mandait à Hocquart de vendre les meubles du sieur Dupuy après son départ du Canada pour le règlement de ses dettes. Exception est faite cependant pour les livres et les instruments d'astronomie que l’intendant déchu s’oppose à laisser vendre au Canada parce qu’ils ne trouveraient d’acquéreurs qu’à vil prix. Un an plus tard, Hocquart reçoit l’ordre de faire passer en France où ils se vendront mieux les dits livres et instruments, Et, en effet, d’après la correspondance officielle que l’on retrouve aux archives de la marine, Hocquart exé-

orme

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Cuta ponctuellement les ordres reçus et expédia le tout à Rochefort. Mais la justice d'alors était apparemment aussi lente que celle d'aujourd'hui. Quatre ans Plus tard, en 1737, le même pré ‘dent du conseil de la marine mande qu’il ne doit Pas oublier que les effets qu’il Québec à Rochefort ne sont pas encore vendus, et que les créanciers de Québec qui ont Un gage dessus ont le droit d'exi. ger qu'ils soient vendus au plus tôt Dour être payés de leur créance. L'année suivante, en 1738, Dupuy reçoit une der. nière Communication le prévenant qu’il est impossible d’attendre plus longtemps et que ses effets seront vendus pour ce qu'ils Fapporteront, M, Régis Roy, à qui j'emprunte ces notes publiées dans le Bulletin des Recherches 1] istoriques de mars 1910, ne nous dit pas si la vente tant différée ent lieu enfin. Je crois être en mesure d'affirmer aujourd'hui qu’elle ne se fit jamais, En effet, au premier volume du rapport des Archives Canadiennes pour l’année 1905, dans le sommaire

des documents à Paris, nous lisons ce qui suit à la date du 20 avril 1759 :

à Dupuy à fait venir de

M. Dupuy étant mort, sa veuve réclame

qui sont restés en dépôt à Rochefort, depuis 26 ans!).

les effets lui appartenant 1738 (c'est-à-dire depuis

Et, deux mois Plus tard, le 11 juin :

lumes qui ont appartenu à l’intendant Dupuy et qui portent tous empreint en rouge son ez-libris : “ Ex bibliothecà Claudii Thomae Dupuy, oratoris regii. ” Ces livres ont-ils été détachés de la bibliothèque avant son expédition à Rochefort ou sont-ils revenus de Rochefort après 1759 ? C’est ce que je n’entreprendrai pas de déméler.

J’ai parlé tout à l’heure de Hocquart, le plus illustre de nos intendants après Jean Talon. I1 mérite lui aussi une place d’honneur dans l’histoire de nos bibliothèques. A la Bibliothèque Saint-Sulpice toujours, nous possédons au bas mot une soixantaine de volumes lui ayant appartenu. Ils comptent parmi nos plus riches trésors, non seulement à cause de leur provenance glorieuse, mais à cause de leur condition, de leur rareté et 4e leur choix. Quelques-uns sont reliés aux armes de leur propriétaire — de gueules à trois roses d'argent posées deux ct une— mais tous portent au moins en bel autographe la signature : Aegidius Hocquart.

Il est certain cependant qu’à l’époque dont parle M. Benjamin Suite, vers 1760, les bibliothèques privées étaient encore plus abondamment fournies. Le patient et infatigable chercheur qu’est M. E.-Z. Massicotte a été assez heureux pour déterrer le catalogue complet d’une de ces bibliothèques dans un des précieux inventaires de biens-meubles dont regorgent les archives du Palais de Justice à Montréal et qui sont de véritables mines encore inexploitées. C’est la liste des livres trouvés au logis du sieur Joseph Fournerie de Vezon, à Montréal, après sa mort en 1760. I] me semble que je n’ennuierai pas trop mes lecteurs en reproduisant ce document, une vraie trouvaille inédite. Je donne les titres sans ordre

hate net hd a tu,

— Oeuvres de Destouches , , COOL EP ET TRE —- Nouveaux éléments de Gécinétrie , — Comédies RER ONE SUITE SES Es al a def — Oeuvres de Virgile , , , AE — Voyages du Levant , , An AR ICT — Histoire Ancienne (de Rollin probablement) — Histoire de Cyrus (par Xénophon) , , — Oeuvres de Bourdaloue DRE RSR EE EE — Recherche de la Vérité (par Malebranche) He — Le Spectateur français (de Marivaux) mat Ce — Le Doyen de Killeraine (par l'abbé Prévost) . — Les Révolutions romaines (par Vertot) , , — Histoire romaine (par Rollin) , — Oeuvres de Molière ee — Oeuvres d'Horace CROITLE — Oeuvres de Crébillon , LL re — Conquête du Mexique (par Antonio de Solis) , , -— Oeuvres de Racine RS ENS RER Re re — Les Lusiades de Camoens . , , DNS TS — Introduction à l'Histoire universelle de Puffendorff — Gil Blas de Santillane (par Lesage) . . ste — Le Siè'e de Louis XIV (par Voltaire) .

Bernard le Picart) , , . .

— Histoire de Marseille , , .

— Oeuvres de Desgouttières — Dictionnaire de Richelet , , MLD TEL ONE — Traité de la fabrique et de Ja manoeuvre des vaisseaux — Histoire d'Angleterre -— La Science de la Cour , SOIF LEP CAE, — Dictionnaire de la Martinière. . RU RE — Histoire du Peuple de Dieu (par Berruyer) . — L'esprit des lois (de Montesquieu) FETES

Procès-verbal, et je n’ajoute

9 vols, 4 vols, 3 vols, 14 vols, 2 vols, 17 vols, 4 vols, 7 vols, 2 vols.

2 vols.

2 vols, 3 vols.

3 vols.

9 vols, 4 vols.

2 vols, 3 vols.

T vols, folio

2 vols.

4 vols,

2 vols.

6 vols, folio 9 vols.

3 vols.

— Oeuvres de Regnard . .

— Dictionnaire de Moreri,, , — Traité de trigonométrie . . CA — De l'usage du PR ET Cle 6 ele — Les Ilustres françaises (de Chales) , — Dictionnaire de Bayle . , , . MALPUT IT r US — Oeuvres de Machiavel, en italien . . , , , — Éléments de Mathématiques . , , , — Moeurs des sauvages (par Lafitau) . , , , — Histoire de la Nouvelle-France (par Charlevoix) . — Histoire de Saint-Domingue (par Charlevoix) .

— Dictionnaire italien-francnis (d'Antonini) .

— Ordonnance de Louis XIV . .

— Traité des Arbres. , , , — Histoire de France, , .

— Traité du navire .

— Histoire du commerce des colonies anglaises — L'ami des hommes (par M. de Mirabeau) , , , . — Entretiens d'Ariste et d'Eugène (par le P, Bouhours) — Discours sur l'origine et le fondement de l'inégalité parmi les hommes (par Jean-Jacques Rousseau) — Voyages de Dampierre .. Re ea re — Dictionnaire Philosophique (de M. de Neuville) . — Oraisons funèbres de Mascaron .

— Lettres d'Arnauld d'Andilly .

— La Pharsale de Lueain . , . ER et ce — La Jérusalem délivrée, du Tasse, en italien . — Histoire de la Bible , TER LEE ST Ne — Le Décameron de Bocence .

— Eléments d'Euclide . , . , — Epitres et Evangiles . . . . CNE ENT AS — Fables de La Fontaine . , — Mémoires sur le règne de Louis Se — Grammaire italienne .

—Manière de bien penser (par le P. Bouhours) — Oeuvres de J.-B. Rousseau . , .

— Théâtre italien . , , .

— Elégies d'Ovide . , Re. EN en ea RU US — L'Eloge de la folie (d'Erasme) . , . ,

3 vols, 4 vols. folio

2 vols.

4 vols, folio

2 vols,

4 vols.

2 vols.

2 vols.

3 vols.

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me.

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— Dialogues de Cicéron

— Histoire du Cardinal Alberoni , — Confessions du comte de...

— Esprit de Fontenelle .

(par Duclos) ,

— Poème de la Religion (de Louis Racine) — Principes sur le mouvement

— Vocabulaire français-allemand .

— Essais de Théodicée ,

— Mémoires de Mile de Montpensier ,

— Bigarrures et Touches (de Tabourot

Réflexions sur es finances

— Oeuvres de Chaulieu .

— Roman comique de Scarron

— Histoire du clergé ,

— Théâtre anglais ,

— Jugurtha Par Salluste — Satires de Juvénal

— Oeuvres de M hiavel

— L'Aminte du Tasse

— Don Quichotte de Cervantès ,

des /

— Jérusalem déliv rée, traduction française ,

— Histoire du droit public ,

— Histoire des Indes —— Synonymes français ,

— Dictionnaire latin-français .

— Oeuvres de Boileau ,

— Conférences de Bornier , —Illiade et Odyssée d'Homère on

— Essais de Montaigne , — Bibliothèque française — Dictionnaire de rimes — Les Causes célèbres ,

(de Goujet)

— Nouvelle grammaire géographique,

— Entretiens de Cicéron — Théâtre des Grecs :

— Mémoires de Sully — Logique de Port-Royal

— Histoire secrète des femmes galantes de l"

(par Dubois)

en anglais ,

antiquité

2 vols, 2 vols, 2 vols, 2 vols, 2 vols, 2 vols, 3 vols, 3 vols, 6 vols,

4 vols,

2 vols, ? vols.

2 vols.

3 vols,

? vols.

2 vols, 5 vols,

6 vols, 20 vols, 3 vols,

6 vols, 8 vols,

6 vols.

— Le Secret des arts, , , PORT etn e, rir 7 UNE — De l'origine des idées . OMR ER ET CT Let +0 DRE — Traité du commerce , LS AT EC NE TEE AA UT à — Institution d'un CR NN A * + + 4vols, — Entretiens de Fontenelle CNRC RCE Tr RUE

— Les Lettres Juives (du Marquis d'Argens) . , , , 6 vols,

— Mémoires d'un homme de qualité (par l'abbé Prévost) 3 vols,

— L'Ane d'or d'Apulée , , , CR 2 vols.

— Lettres de Pline ,

— Révolutions de Portugal ,

— Histoire des Empereurs , 2 vols,

— Le Spectateur ou le Socrate moderne (par Aïdison). 6 vols, — Lettres de Gui Patin, , PR Tee Cf d K VO

— Métamorphoses d'Ovide . POELE — Traité de l'opinion (par Legendre, marquis de St-Aubin) 7 vols, — Oeuvres de Lucrèce , A ET LEE TE 2 LE VRRRE — Catéchisme de Bourges , , , , , ÉD SE + Ces + CC TOR — Description de Paris , É TE C to AE vale — L'Ancien Testament . . . CCMIOR CRETE AE TEEN 174

Les Mille et une nuits , . PRO ET Se ce 0: GVOlR

J'en passe et des Meilleurs. Mais cela suffit, je crois, Pour les fins de notre démonstration. 11 est assez surprenant de voir une collection aussi variée dans un foyer canadien de 1760. Voilà une bibliothèque dont plus &’un homme de goût même aujourd’hui ferait ses beaux dimanches, M. Benjamin Sulte avait parfaitement raison de dire que la littérature des règnes de Louis XIV et de Louis XV était largement représentée dans les bibliothèques de nos bères à la veille de la cession.

Car la bibliothèque dont nous venens de lire le catalogue, quoique dépassant probablement la moyenne, ne devait pas être tout à fait une exception. Tout, indique en effec qu’elle avait été formée peu à peu. Le sieur Fournerie de Vezon avait été envoyé au Canada en 1757, comme officier, avec un bataillon de recrues. ‘11 n’est Pas probable que, s’en allant en

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Nan à

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temps de guerre dans un Pays nouveau, il ait transporté avec lui une collection aussi encombrante de volumes. Sans doute Îl en a apporté quelques-uns et je le soupçonne fort Pour ma Part d’avoir fourni l'élément le moins orthodoxe, comme Je Discours de J.-J. Rousseau, dont la première édition avait Paru précisément en 1755.

Peu après son arrivée, il avait épousé Marie-Louise de Couagne, veuve d'un membre de la famille bien connue des Réaume, et c’est elle qui a dû lui apporter la plupart des livres qui figurent à son procès-verbal d'inventaire.

Mais, sous Je régime français tout entier, nous n'avons Suère vu que des bibliothèques privées, Il fout attesdre encore administration anglaise avant de rencontrer 1 première de nos bibliothèques publiques, fondée à Québec, en 1779, par le général Halimand.

A moins, toutefois, qu’il ne faille accorder le droit de priorité à cette biblinthèque qui fut établie en 1764 à Québec Par le sieur Germain Langlois et dont M. Pierre Georges Roy nous paraît avoir signalé l'existence Pour la première fois dans le Bulletin des Recherches Historiques du mois de mai 1900. D'après le Prospectus que publia alors Langlois, sa bibliothèque aurait consisté en plusieurs centaines de volumes bien choisis, tant anglais cüe français, écrits Par les meilleurs auteurs, sur des sujets intéressants et amusants, L'on Pouvait s’y abonner aux conditions suivantes :

Payer six sols d'argent courant d'Halifax Par semaine; ne prendre

qu'un seul livre à la fois; ne pas le garder plus d’une semaine ; payer tout dommage fait au livre.

Mais nous nc trouvons aucune autre trace de cette entreprise apparemment aussi éphémère qu’ingénieuse, et il nous faut bien continuer à considérer la bibliothèque d'Haldimand comme l'ancêtre véritable de nos bibliothèques publiques canadiennes,

l’histoire de cette fondation n’est pas banale et mérite assurément d'être contée, Bien qu'on en trouve les détails principaux ici et là dans les papiers Haldimand que catalogua l’archiviste fédéral, M. Brymner, en 1887, et bien que M. F.-C. Wurtele l'ait exposée encore Plus complète dans un mérioire lu devant la Société Littéraire et Historique de Quévec en 1888, cette histoire ne semble pas beaucoup connue. Plusieurs même de ceux qui ont essayé depuis cette date de remonter à l'origine de nos bibliothèques publiques l’ignorent complètement ou la connaissent si vaguement qu'ils confondent la bibliothèque d'Haldimand avec une simple association littéraire qui aurait été fondée, non plus en 1779, mais en 1785. Quoique la nouvelle institution portât officiellement le nom de Bibliothèque de Québec on de Quebec Library, j'ai cru pouvoir l'appeler la bibliothèque d'Haldimand parce que cest bien ce fameux gouverneur qui en fut le véritable fon-

dateur. Le 7 janvier 1779 apparaissait dans la Gazette de Québec l'annonce suivante :

Une souscription vient d'être ouverte pour l'établissement d’une bibliothèque publique dans la cité et le district de Québec ; elle a l'approbation de son Excellence le gouverneur-général et de l'évêque, et l’on espère qu'une institution si utile au Pays sera généralement encouragée, Une liste de ceux qui ont déjà souscrit est déposée au bureau du secrétaire où ceux qui le désirent peuvent y ajouter leurs noms. Les souscripteurs sont priés de se réunir au palais de l'évêque à midi, le 15 courant, afin de choisir les administrateurs de la bibliothèque.

CA LA 2 Ages»

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