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L'assemblée eut lieu et, le 19 janvier, la Gazette de Québec annonçait que Messieurs Gravé, supérieur du séminaire de Québec, Adam Mabane, juge et membre du conseil, François Baby, conseiller législatif, Pierre Fargues, Marchand, et James Monk, juge en chef, avaient été choisis comme adminis-
trateurs de la bibliothèque avec MM. Robert Lester et Arthuz
Davidson, comme trésorier et se, ‘aire, Le journal faisait sa-
voir en même temps que plusieurs citoyens de Montréal ayant exprimé le désir de voir le Projet s'étendre à toute la province, une souscription était ouverte aux bureaux de Edward William Gray, à Montréal, aux conditions suivantes : “Cinq livres sterling en souscrivant et deux livres sterling annuellement Par la suite.” Les administratenrs assuraient le public qu'une attention tonte spéciale « serait portée à ce qu'aucun des livres ne blessât la religion ou la morale, ” et ils terminaient Par un appel à la générosité des donateurs.
Dans toutes ces Pièces publiques le nom d'Haldimand n'apparaît qu'une fois Pour autoriser la fondation, mais les lettres suivantes qui ont été retrouvées dans ses papiers nous en apprennent heureusement plus long. Le 1er mars 1779, le Souverneur écrit de Québec à son ami le général de Budé qui paraît avoir été un des chambellans de Georges III :
Le peu de ressources de la place, l'ignorance des gens qui, je le constate tous les jours, est bien le
plus grand obstacle à vaincre pour les amener à comprendre leurs intérêts et leur devoir, m'ont donné l’idée d'établir une bibliothèque Publique, J'ai réussi à convaincre l'évêque (Mgr Briand) et le supérieur dn séminaire de l'avantage qui en résulterait. Ils sont entrés dans mon idée, et, en même temps que plusieurs autres prêtres,presds anglais et un bon nombre de Canadiens signé la souscription que j'avais fait ouvrir. dir le zèle de ces messieurs, j'ai chargé les de dresser un catalogue que j'envoie à M. Cu agent de cette Province, avec un crédit de 5
, ils ont Afin de ne Pas laisser refroidirecteurs de la bibliothèque mberland du Board of Trade, 00 louis sterling. Si ce dernier
s'en occupe assez diligemment, nous espérons recevoir les livres l'hiver prochain, C'est ma profonde conviction que cet établissement sera des plus avantageux et mérite d'être encouragé.
Je ferai remarquer que, n’ayant pas le texte original sous la main, je suis obligé de traduire cette lettre de l'anglais, quoiqu’elle ait été écrite en français. En effet, il n’est peutêtre pas sans intérêt de rappeler,en ces temps troublé: où nous sommes, que la majeure partie des papiers d’Haldimand et même son journal intime ont été écrits en français. Ce général anglais, barré de suisse et mâtiné de prussien, ne fut jamais, on le sait trop, un bien grand ami de la race française. Mais nous notons quand même cet hommage inconscient qu’il rendit à notre langue.
Le lendemain, 2 mars, Sir Frederick écrit à Richard Cumberland lui-même, le dramaturge bien connu, qui était en mème temps l'agent du Canada à Londres,
Monsieur,
Dans la conviction où j'étais que l'ignorance des habitants de ce pays était la cause principale de leur conduite mauvaise et de leur attachement à des intérêts qui leur sont évidemment préjudiciables, j'ai cherché à encourager une souscription en faveur d’une bibliothèque publique et je dois dire que l’on a répondu à cet appel au-delà de toute attente. Une assez jolie somme a déjà été souscrite, et, lorsque le projet sera suffisamment mâûri par l'expérience, je ne doute pas qu’il contribuera grandement à créer un meilleur accord de sentiments et une plus complète union d'intérêts entre les anciens et les nouveaux sujets de la Couronne.—Les messieurs qui ont été choisis comme administrateurs par la majorité des souscripteurs, cennaissant votre goût pour les lettres, vous sollicitent d'acheter en leur nom les livres dont ils vous envoient la liste, d'y ajouter ceux que vous jugerez convenables, et, en un mot, de les aider de vos avis et de votre appui. Quoique l’idée se recommande d'elle-même, je n'ai pu refuser à ces messieurs la satisfaction de joindre ma requête à la leur, et je puis vous assurer que je considèrerai comme fait à moi-même tout ce que vous ferez pour eux,
née
ar AE à
Près de vingt mois Plus tard, le 24 octobre 1780, le gou- Vérneur accuse réception des livres que lui envoie Richard Cumberland par l'intermédiaire d’un nommé Roberts, Il
regret qu’il n’y a que les
e plus d’impatience, Afin il n’annoncera Pas l’arrivée que les livres français ne lui soient Ce dernier trait est Particulièrement
qui se faisaient souvent tirer l'oreille et oubliaient presque régulièrement de faire leurs versements. Voici ce qu’en écrit M. de la Rochefoucauld-Liancourt, le cé]
français, qui fit le voyage des Etats-Un 1795 à 1798.
Il n'y a de bibliothèque publi Elle est petite et £énéralement co d'y voir les Ouvrages des asse
A l’Almanach de Québec près,
tout le PUYS. — (La Rochefou Unis d'Amérique, t. 2, p. 208.)
il ne s'imprime Pas un seul volume dans
Une dizaine d’années plus tard, vers 1807, le voyageur anglais John Lambert écrit à son tour :
La seule bibliothèque publique du Canada se trouve à Québec, dans l’une des chambres du palais de l'évêque. Elle est petite et maigrement fournie de publications nouvelles. Les livres ne circulent que dans cette ville et parmi les habitants qui souscrivent, Ce sont les romans qui sont le plus en faveur auprès des dames canadiennes, comme d’ailleurs auprès des dames d'Europe, Il n'y a que ces livres qui paraissent avoir quelque charme pour le beau sexe moderne, — (John Lambert: Travels through Canada and the United States, 2nà Edition. London, 1813. Vol, I, p. 325.)
Mais ce qui est sans doute encore plus intéressant, c’est de savoir comment était composée, la première de nos bibliothèques publiques canadiennes. Grâce au prudent collectionneur que fut l'honorable M. Baby, nous sommes assez heureux pour posséder encore aujourd’hui ce que je crois être ses deux plus anciens catalogues. Ce sont deux pièces modestes, mais vénérables, qui, en plus de leur intérêt historique, offrent aussi un grand intérêt bibliographique. La première est Gatée de 1785 et, bien qu’elle ne porte pas de nom de lieu ni de nom d'imprimeur, elle est certainement sortie des presses de Guillaume Brown, à Québec. Elle compte par conséquent parmi nos plus rares incunables canadiens et vous la chercherez en vain dans l'{nventaire Chronologique du Dr NE. Dionne à qui elle a échappé, à cause même de son excessive rareté. Si La Rochefoucault-Liancourt a pu écrire, sans trop d’exagération, qu’en 1791, “ à l’Alnanach de Québec près il ne s’imprimait pas un seul volume dans tout le pays ”, combien plus indigente encore était la production typographique en 1785! Nos dix doigts suffiraient presque à énumérer les publications émanées jusqu’à cette date de l’imprimerie québecquoise au berceau. Le second catalogue, imprimé en 1796 par la Nouvelle Imprimerie, n'est guère plus connu quoiqu’il soit de onze ans plus récent. Dans l’un comme dans l’autre, il
Me
Een
J a matière aux Plus instructives réflexions, Connais peu de lectures plus attachantes que
Plaquettes de 23 at de 32 Pages, où l’on re
Pour ma part, je celle de ces deux trouve ce que lisaient nos grands-pères ji] ÿ à 130 et 120 ans. Voici, d’après les divi-
sions mêmes du Premier catalogue, quelle était la composition de la Bibliothèque de Québec, après cinq ans d’existence, en 1785. J'ai cru que cela valait la peine de faire le calcul.
Anglais Français Total }
leligion et Exriture Sainte... ,.., 88 89 177 foi et Souvernement, 20 108 128 Médecine ,,,.., co... .. 4 10 14 Philosophie et mathématiques 79 127 206 Histoire, mémoires, voyages... : 262 258 520 Littérature, Poésie, théâtre. . 233 339 672 Dictionnaires et grammaires, 23 70 93 Atlas et cartes 5 — 5
Total... 814 1001 1815
ngues. Il assurait délibéré.
prépondérance appréciable,
Idimand avait eu pour but avoué, en fondant cette bibliothèque, de régénérer intellec-
tuellement et moralement le peuple Canadien-français. J'ai cité plus haut la lettre pen flatteuse et bien Prussienne où il déplore a dépravation d'esprit des
Mais il faut voir quel aliment il offre à 4 Sagesse pour leur refaire une mentalité ans la section littéraire, qui est toujours celle où
à la fois l'ignorance et ] habitants du pays.
nos pères dans s meilleure, D,
8e fait le plus sentir l'influence des idées, l’on rencontre bien le doux Fénelon et le sévère Bourdaloue, Mais ces auteurs de tout repos sont écrasés sous le poids des 40 tomes de Voltaire, des 23 volumes de Rousseau et des 35 in-folios de l’En- Cyclopédie de d’Alembert et Diderot. Ce brave Haldimand avait choisi de singuliers médecins Pour ramener à la santé morale le peuple Canadien. Et le palais de l’évêque, qui les logeait, n’en frémit-il pas sur ses bases ?
Il convient aussi de noter qu'en Composant sa bibliothèque, Haldimand ne s'était pas fort préoccupé de renseigner les lecteurs canadiens sur l’histoire de leur Propre pays, Si nous ne tenons pas compte de l'Histoire d'Amérique de Robertson, de l'Histoire des Deux-Indes de Raynal et de l’His. toire des Voyages de Prévost, qui ont trait à l'Amérique en général, nous ne rencontrons dans tout le Catalogue anglais et français de 1785 que deux ouvrages qui aient un rapport direct avec le Canada: l’Aistoire de la Nouvelle-France, par Charlevoix, et les Voyages de Carver. C’est un peu maigre. Voici maintenant quel était l’état de la Bibliothèque de
Québec en 1796, d’après l’autre Catalogue que nous avons sous les yeux :
Anglais Français Total
125 98 223 261 141 402 Science, arts et littérature... 296 278 574 Histoire, mémoires et voyages... 367 408 775 Poésie, théâtre, romans.......... 137 149 286
Misce!lanées ,......,,,,..,,..... 155 248 403
À cause de la différence de classification, il est difficile de se rendre un compte exact de l'accroissement de chacune des sections, Tandis qu’en 1785 la littérature était beaucoup Plus sensément jointe à la poésie ec au théâtre, le bibliothé. Caire de 1796 a eu la singulière idée de l’accoler à la science et aux arts, ce qui ne l’a d’ailleurs Pas empêché d'inclure dans
tation considérable de la section “ Joi et Souvernement ” du côté anglais s'explique Par l’adjonction d’au moins 150 volu-
volumes de Consultation utile nne fois par ci Par 1à, mais que ne devaient Pas se disputer les abonnés. Dans la même section, du côté français, l’augmentation vient en grande partie du fait de la Révolution française qri paraît avoir intéressé énormément ses Contemporains, nos grands-pères, C’est R que nous retrouvons les Décrets de l’Assemblée Nationale de France dont la Présence dans une institution Quasi-officielle, SOUS un gouvernement anglais, étonnait si fort, ainsi qu'on l’a vu tout-à-l’heure, le voyageur La Rochefoucault-Liancourt.
La bibliothèque dans son ensemble paraît s’être augmentée plutôt lentement. De 1785 à 1796, en onze ans, elle ne s’est enrichie que de 871 volumes Nouveaux, ce qui ne fait même pas 80 pour chaque année. Festina lente, telle devait être sa devise,
Notons enfin, pour en finir avec elle, que la Bibliothèque de Québec était des plus modestes à tous les Points de vue, aussi bien en qualité qu'en Quantité. Elle n'avait rien d’un musée bibliographique. la presque totalité des Ouvrages
temporains. Sur les 2,866 volumes de 1796, il n’y en avait que
n'était représenté que Par un seul Ouvrage, une édition grecque de Thucydide, dont on ne mentionne que la date, 1578.
Mais, en toute justice pour Montréal, il est temps de signaler une grave erreur historique commise successivement par La Rochefoucault-Liancourt et pur John Lambert dans les passages que nous avons cités plus haut.
+ En 1797, d'après le premier, et même en 1807, d'après le second, la Bibliothèque de Québec aurait été la seule bibliothèque publique du Canada. Cela n'est pas exact. Nous savons aujourd’hui que dès 1796 une bibliothèque publique avait été établie à Montréal par le moyen d’une compagnie à fonds social dont le capital était divisé er 120 parts de 50 dollars chacune. Malheureusement, c'est à peu près tout ce que nous connaissons des premières années de cette bibliothèque.
Il faut croire cependant qu'elle ne satisfaisait pas tout le monde puisque, d'après ce que nous apprend Alfred Sandham dans son précieux ouvrage Ville-Marie or Montreal past and present, certains citoyens de Montréal songèrent à en établir une autre. Le 24 décembre 1810 apparaissait dans un des journaux de la ville une annonce intitulée Aux amants de Belles- Lettres, qui faisait savoir qu'à la demande de plusieurs citoyens. le gouverneur Craig avait accordé la permission d'établir une bibliothèque à Montréal sous son patronage. La nouvelle institution deväit porter le nom de Craig Library. Pour être membre propriétaire il fallait payer £6 au départ, et ensuite 20 chelins par année pour les dépenses courantes et pour l'achat des livres. Les simples souscripteurs ne payaient que 5 chelins par trimestre. 11 paraît que la bibliothèque fut ouverte au printemps de 1811, mais c'est là tout ce que nous savons de son existence qui fut probablement éphémère.
3n tout cas, il est certain que Montréal s'enrichit plus rapidement que Québec en matière de biviiothèques, bien
MT
Ris
qu'elle eût commencé Plus tard. Dans son Directory de Montréal, le premier en date, publié en 1819, Doige nous apprend que la Bibliothèque de Montréal, qui était alors logée dans l'aile nord du Mansion Iouse Hotel, avant d’être transportée dans la vieille chapelle méthodiste de la rue Saint- Joseph, et plus tard, en 1837, dans l'édifice de la Société d'Histoire Naturelle, possédait déjà 7,000 volumes, dont un grand nombre rares et de haute valeur. Elle l’emportait ainsi notablement sur son aînée, la Bibliothèque de Québec, qui ne contenait encore que 4,000 volumes en 1822, lorsqu'elle se retira du palais de l’évêque pour occuper de nouveaux quartiers, Doige nous apprend également qu'en cette même année 1819 i] ÿ avait d’autres bibliothèques à Montréal, mais dans sa liste alphabétique nous ne découvrons mention que de la bibliothèque cireulante de Nickless et Macdonald, établie en face du Palais de justice, au No 98 de la rue Notre- Lame, Enfin nous savons par l'Hochelaga Depicta du pasteur Bosworth que la Montreal Library, vers 1839, contenait environ 2,000 ouvrages français et 6,000 ouvrages anglais.
Mais il importe aussi de faire ques parlementaires dans cette his ques Canadiennes, M. NE. Dionne à raconté les nombreuses vicissitudes de leur existence dans un intéressant mémoire Ju devant la Société Royale en 1902. Sous sa conduite, je vais essayer d’en résumer les grandes lignes.
La bibliothèque de PAssembl
une place à nos bibliothètoire rapide des bibliothè-
ée Législative de Québec ent issance extraordinaians pour atteindre, Elle en comptait 5,500
des débuts plus que modestes et une cro rement lente. I] Jui avait fallu 25 en 1817, le chiffre de 1,000 volumes,
en 1835,après les trois ans d'administration d’Etienne Parent, et 7,000 en 1841, au temps de l’Union.
Avec l’Union s’opéra lu fusion des deux bibliothèques du Bas et du Haut-Canada. L'appoint de cette dernière fut plutôt faible, ne consistant qu'en quelques centaines de volumos amassés depuis 1815.
Huit ans plus tard, en 1849, les deux bibliothèques de l’Assemblée et du Conseil comptaient ensemble 22,000 volumes, lorsqu'elles furent incendiées avec les édifices du Parlement à Montréal, au cours de l'émeute soulevée par le bill d’indemnité. Jamais l’on ne pourra trop regretter ce sauvage attentat qui place nos tories de 1849 au même rang que les barbares Germains brûlant en 1914 la bibliothèque de l’Université de Louvain. Ainsi que le dit si bien et avec tant d’émotion Jacques Viger dans sa Notice sur la destruction des Archives des bibliothèq-tes des deux Chambres, publiée en 1849, ce fut une perte irréparable. Les flammes consumèrent une admirable collection de près de 2,000 volumes, tous relatifs à l'Amérique, que l'infatigable bibliophile Georges-Barthélemy Faribault avait pris de longues années à rassembler et dont un grand nombre d'ouvrages ne peuvent plus se retrouver aujourd’hui.
Avec la persévérance de la fourmi qui refait sa maison aussitôt que le pied brutal du passant l’a détruite, Feribault se remit à la tâche, et, avec le concours actif du bibliothécaire en titre, Alpheus Todd, il avait réussi à reconstituer une bibliothèque de 17,000 volumes, lorsque les flammes s’y attaquèrent de nouveau en 1854, à Québec, et la consumèrent aux trois quarts. L'élan toutefois était donné et, en 1867, le gouvernement fédéral en emportant avec lui dans Ottawa, la capitale nouvelle, la bibliothèque des Provinces-Unies, se trouvait quand même en possession de 60,000 volumes. Aujourd'hui ce chiffre est plus que quadruplé et notre bibliothèque
ag
parlementaire compte parmi les plus importantes d’Amérique. On sait par quelle chance providentielle elle vient d’échapper ces jours derniers à une complète destruction, Souhaitons que les autorités, averties par tant de leçons, se décident enfin à l’entourer d’une Plus sûre protection.
Quant à la Province de Québec, elle fut laissée en 1867 sans un seul volume et il lui fallut recommencer tout à neuf. Mais, grâce au zèle et à l’activité de ses bibliothécaires, elle possède aujourd’hui plus de 100,000 volumes logés enfin depuis quelques mois dans un édifice de tout repos, à l’abri du fléau destructeur.
Mais j'ai hâte de Passer à un autre chapitre de l’histoire des bibliothèques canadiennes qui me paraît totalement ignoré et qui, si je ne m'abuse, est en même temps singulièrement amusant.
L'on croit avoir beaucoup dit contre la lenteur de nos institutions, en rappelant qu’il y a plus de vingt ans que s’agite à Montréal la question d’une bibliothèque municipale, Et pourtant — Plusieurs seront probablement surpris de l'apprendre — ]a chose fut bien près d’être accomplie, il y a déjà 75 ans, en 1840. 11 ne s’en fallut, pour ainsi dire, que d’un cheveu. Dernièrement, comme je parcourais du coin de l'oeil la Table analytique des Statuts, publiée en 1857 par M.
Wicksteed, mon attention fut soudainement arrêtée par la mention suivante: Ordonnance pour autoriser la corporation de la cité de Montréal à construire un édifice public, selon le plan de M. Vattemare ?. (8-4 Victoria, chap. XXVII). Légèrement intrigué Par cette mention un peu mystérieuse, j’eus la curiosité de recourir au document lui-même et, à mon grand étonnement, j'y découvris tout un projet de bibliothè-
que municipale à Montréal, et un projet de vastes proportions, Cette ordonnance, qui fut sanctionnée par lord Sydenham en 1841, et eut par conséquent force de loi, mériterait d'être citée en entier, s'il n'y avait pas la raison d'espace et surtout si elle n'était pas rendue presque illisible par la plus pitoyable des rédactions, Je ne connais pas, en effet, de pire échantillon de cette insupportable phraséologie que nos législateurs ont toujours crue indispensable x la clarté des lois et qui en fait au contraire de véritables énigmes, Je me contenterai donc d'en résumer les articles principaux, après les avoir dépouillés autant que possible du fatras législatif,
La corporation du maire, des échevins et des citoyens de la cité de Montréal, après avoir, pur requête, représenté le grand avantage qui résulterait de la construction d'un édifice public de dimensions suffisantes pour contenir un Hôtelde-ville, une Bourse, un Bureau de Poste, une Maison de la Trinité, une grande salle pour les assemblées des citoyens et un endroit convenable pour l'Institut “qui sera établi par la réunion des sociétés littéraires et scientifiques de la cité, selon le projet de M. Vattemare"”, demande l'autorisation d'emprunter les sommes nécessaires à cette fin. L'autorité législative, jugeant expédient que la requête soit accordée, statue et ordonne que le conseil pourra emprunter une somme n’excédant pas cinquante mille livres courant, afin d'acquérir un terrain dans un site central et d'y ériger un édifice convenable pour les fins mentionnées, Après plusieurs provisos qui n'ont-trait qu’à l'emprunt et à sa méthode de remboursement, l’ordonnance passe à la constitution du fameux Institut que doit loger l’édifice projeté. Et il est manifeste que cet Institut est la raison même de l'ordonnance. Le préambule parle bien aussi d’un Hôtel-de-Ville, d’une Bourse, d’une Maison de la Trinité, mais il n’en est pas autrement question dans la loi qui est consacrée tout entière au seul Institut Vattemare.
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Attendu qu'il est très à désirer pour 1 des arts et pour l'avantage des € raires et scientifiques établies dan:
d'Histoire Naturelle, soient réunies et pla statué et ordonné :
'encouragement des sciences et ltoyens que les diverses sociétés littés lu cité de Montréal, à savoir la Société l'Institut Mécanique et ln Bibliothèque de Montréat, cées sous le contrôle des autorités municipales, 11 ent
10 Qu'aussitôt l'édifice érigé, la Société d'Histoire
Naturelle pourra transporter à In cité
de Montréal ln propriété de ses biens réels et mobiliers, livres, Instruments, ete...
20 Qu'aussitôt l'édifice érigé,
ln corporation de Montréal pourra accepter e
t recevoir des propriétaires de la Bibliothèque de Montréal ces-
sion de tous leurs livres, et des propriétaires de l'Institut Mécanique, cession de tous leurs livre:, instruments et objets d'art,
30 Qu'après un avis notarié donné à la corporation de Montréal par la Société d'Histoire Naturelle, par l'Institut Mécanique et par la Rébliothèque de Montréal, conjointement, de leur intention de céder à la cité leurs propriétés réelles et leurs biens mobiliers, et acceptation faite par la corporation de Montréal, les trois sociétés seront réunies sous le nom d'Institut de Littérature, des Sciences ct des Arts à Montréal, et dès lors formeront une société sous le contrôle de la Corporation de Montréal,
40 Que la société nouvelle sera composée d' trois sociétés qni la composent et ensuite de tou Pourront y être adjointes par voie d membres ordinaires,
abord des membres des tes autres personnes qui l'élection selon les règlements, comme Correspondants ou honoraires.
50 Qu'aussitôt que le nouvel édifice s'y prêtera convenablement, le m'ure y convoquera par avis publie tous les membres de l’Institut, et qu'à cette assemblée, présidée par le maire, la majorité des membres élira un conseil de direction, composé d'un président, de trois vice-présidents, de
deux secrétaires, d'un trésorier, d'un bibliothécaire, d'un gardien de musée et de deux consultants,
60 Qu'une nouvelle élection de ce conseil se fera
chaque année de la même manière et au même endroit.
70 Que les membres de l'Institut, convoqués en assemblée par le pré-
le quorum étant de douze, ont nseil, de fixer les taux de la
sident, aussi souvent qu'il le juge à propos, le pouvoir de prescrire les fonctions du co
contribution annuelle, d'expulser membres ou officiers, en un mot de faire tous les règlements nécessaires, Pourvu que ces règlements soient approuvés et sanctionnés par le conseil de la cité de Montréal.
80 Que les contributions et amendes seront recouvrabies par poursuites intentées au nom de la corporation de la même manière que les cotisations établies ou les amendes imposées par le conseil de la cité.
So Que les membres du conseil de la cité de Montréal seront ez-officio membres honoraires de l’Institut.
100 Que la bibliothèque publique et le musée seront, sous la direction de l'Institut, ouverts pour le libre usage du public, avec les restrictions de temps et autres qu'approuvera et sanctionnera le conseil de la cité.
110 Qu'après l'établissement de l'Institut, le conseil de la cité. pourra approprier annuellement, sur ses fonds généraux, une somme n'exoédant pas 300 livres, afin d'augmenter la bibliothèque et le musée.
Voilà, on en conviendra, un assez beau projet de bibliothèque municipale pour le temps, et nous ne saurions trop déplorer le cheveu encore inconnu qui en empêcha l'exécution.
Mais quel est donc ce M. Vattemare qui fut assez persuasif pour engager la corporation naissante de Montréal, en 1810, à dépenser 250,000 dollars pour une bibliothèque publique, pour du luxe comme quelques-uns le disent encore aujourd'hui? Or, voici que je découvre, dans le Canadien du 14 décembre 1840, la courte nouvelle suivante :
Les journaux de Montréal annoncent que M. Alexandre Vattemare, aussi célèvre dans l’art du ventriloque qu’il l’est comme philanthrope, s'est rendu aux instances de ses amis de Montréal et qu’il va donner dans le cours de cette semaine une soirée de ventriloquisme, sous la forme d’une pièce dramatique intitulée Les friponneries de Nicolas, où il joue sept personnages.
Comment, serait-ce ce bateleur, ce ventriloque de foire, qui a réussi à déclencher en sa faveur tout le mécanisme lé-