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LA CONTRE-RÉVOLUTION ET LES EXCÉS DE LA RÉVOLUTION

Est-il vrai, comme on l’a soutenu, comme on le soutient encore, que la Révolution, criminelle, injustifiable dans tous les excès qu’elle a commis, a empêché le développement pacifique du progrès politique et social auquel la monarchie était non-seulement résignée, mais dévouée; que les excès de la démasogie, le sang versé, les crimes multiples de la Terreur n’ont fait que paralyser le grand et fécond mouvement de 89 qui poussait toutes les classes de la s0ciété à une réforme complète ; que la liberté a péri par la faute des révolutionnaires exaltés et a ainsi vu surgir, dans la suite des temps, des adversaires résolus, là où elle n'avait et n’aurait jamais eu que des amis:sincères.

Il importe de voir, l’histoire en main, ce qu'ont de fondé des assertions pareilles, et, l’histoire en main, chacun répondra qu’elles sont inexactes.

De même que ce furent les abus de lancien régime qui amenèrent la Révolution de 89, de même ce fut la contre-révolution, obstinée et coupable, qui détermina les excès de la Révolution.

Ces excès, qui font haïr le régime passager de l'anarchie et de la Terreur, loin d’être, comme on l’a

dit, l’inévitable résultat de la passion révolutionnaire, furent le fruit des résistances, des intrigues, des complots, des luttes incessantes de la plus aveugle des réactions.

On voit la réaction à l’œuvre, de nos jours, contre les libertés modernes, contre les principes du siècle, contre les décrets du suffrage universel, contre les plus indiscutables affirmations de l'opinion publique. On peut juger par là de ce que pouvaient faire à la fin du siècle dernier des réacteurs autrement furieux que ne le sont ceux de nos jours, car la noblesse et le clergé de l’ancien régime ne luttaient point seulement pour les idées, mais pour la revendication de priviléges très-réels dont ils venaient d’être dépouillés.

Il est prouvé par l’histoire que les privilégiés de la noblesse et du clergé, et la cour, et le roi, résistèrent par tous les moyens, par toutes les machinations possibles, au mouvement de 89 et à ses suites, qu'ils firent la contre-révolution opiniâtre et déterminèrent successivement toutes les crises pour aboutir à la période sanglante de 93.

Les faits sont là, du reste, qui instruisent.

Voyons d’abord les débuts de la Révolution.

Les idées de 89, nous l’avons vu, remontaient pour la plupart à quatre siècles, à Étienne Marcel. L’absolutisme royal, de plus en plus puissant, les avait étouffées. Le passé prouvait que leur succès n’était guère possible sans une grande secousse.

Voyez seulement ce qu’il advint des réformes les plus pressantes, les plus humaines, que Turgot et Malesherbes voulurent accomplir quelques années avant 89 et avec l’assentiment du roi!

« M. de Malesherbes, dit Madame de Staël (1), voulait le rétablissement de l’édit d'Henri IV en faveur des protestants, l'abolition des lettres de cachet et la suppression de la censure... M. Turgot, ministre non moins éclairé, non moins ami de l'humanité que M. de Malesherbes, abolit la corvée, proposa de supprimer dans l’intérieur les douanes qui tenaient aux priviléges particuliers des provinces et se permit d’énoncer courageusement la nécessité de soumettre les nobles et:le clergé à payer leur part des impôts dans la même proportion que le reste de la nation. Rien n'était plus juste et plus populaire qne cette mesure, mais elle excita le mécontentement des privilégiés ; M. Turgot leur fut sacrifié. »

La cour conspira, la reine en tête, avec les prélats, les financiers, le Parlement, contre les audaces de Turgot. M. de Malesherbes avait donné sa démission. Turgot fut prié par le roi de donner la sienne. C’est alors que le roi dit : « Il n’y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple. » Et Turgot dit à son tour : « La destinée des princes conduits par des courtisans est celle de Charles I®. »

Plus tard Necker obtint du roi la publication du compte-renglu de son administration des finances. C'était là, disait-il, tout le secret de la prospérité financière de l'Angleterre. Que fit la cour? Elle s’indigna de cette innovation révolutionnaire, et obligea Necker à se retirer.

Plus tard encore, Calonne essaya de faire adopter par l’assemblée des notables, en 1787, quelques réformes empruntées à Turgot. Que fit la cour ? Elle

(1) Consid. sur la Rév., 28.

s'indigna encore, l'assemblée souleva des difficultés et Calonne dut se retirer.

Après son départ, les notables voulurent adopter quelques-unes des réformes proposées. Qui fit alors de l’opposition? Le Parlement. Qu'arriva-t-il ensuite ? On parla d'États-généraux, le Parlement appuya et la convocation des États-généraux en 1789 fut décidée.

Voyons maintenant les difficultés que rencontra la convocation des États-généraux.

Ce fut en peu de temps la pensée unique du pays tout entier. On agita la question de savoir comment se ferait la réunion.

Jadis le Tiers-État était annihilé comme rôle aux États-généraux. Les deux ordres coalisés de la noblesse et du clergé, ayant deux voix contre la voix unique du Tiers, étaient toujours sûrs de faire prédominer leur volonté. On demanda que le Tiers-État eût une représentation égale à celle des deux autres ordres réunis, autrement dit que le Tiers eût autant de députés à lui seul que la noblesse et le clergé ensemble, et que les votes eussent lieu ensuite, non par ordre, mais par tête. Le Tiers, se composant des quatre-vingt-dix-huit centièmes de la nation, selon le calcul de Necker, c'était bien le moins qu'il eût voix égale à celles des deux autres centièmes. On convoqua de nouveau les notables pour examiner la question. Les notables se prononcèrent dans cinq bureaux sur six contre le doublement du Tiers. Qu'arriva-t-il pourtant ? l'opinion contraire étant l'opinion unanime en France, en dehors des privilégiés, le conseil du roi, sur le rapport de Necker, adopta l'avis que le Tiers serait doublé. On ne parla

point du vote par tête, mais c'était la conséquence forcée du doublement, sans quoi le doublement n'avait ni signification ni portée. Voyez maintenant ce qui arrive.

La cour, la noblesse, le clergé et le Parlement, font l'opposition la plus vive à la réunion des Étatsgénéraux. Les ordonnances de convocation sont attaquées ; on lutte jusque sur la place publique. C’est en Bretagne et en Franche-Comté qu’éclatent les premières résistances. Le parlement de Besançon rend un arrêté qui déclare les priviléges de castes « issus des décrets de la Providence. » En Bretagne, où la noblesse fait une protestation solennelle et fomente des troubles, il y a du sang versé. En Provence, il y a une grande agitation, mais c’est là que Mirabeau triomphe. Dans le reste de la France, les protestations se multiplient, sauf en Dauphiné, où les trois ordres élisent leurs députés en commun.

Ainsi, presque partout violemment combattu, que pouvait retirer le Tiers-État d'une pareille lutte, sinon de puissants motifs d’irritation et de haïne contre les ordres privilégiés ? Le haut clergé avait pris part à l'agitation, en agissant sur les âmes ; partout les évêques avaient publié des mandements ; l'archevêque de Lyon, Marbœuf, tonnait contre les idées nouvelles. Ce ne fut pas tout. On provoqua, dans Paris même, une sédition qui fut étouffée dans le sang, le sac de la fabrique Réveillon; six cents ouvriers du faubourg Saint-Antoine y furent tués ou blessés. La provocation fut dénoncée par Réveillon lui-même, réactionnaire signalé, et cela dans un mémoire où il accusa formellement un abbé Roy, secrétaire du prince de Conti et censeur royal, lequel

en EE re

fut décrété de prise de corps, mais parvint à se cacher.

On voit jusque-là si rien des idées nouvelles trouvait faveur dans ces classes privilégiées qui ne voulaient absolument rien perdre de leurs prérogatives et de leur prédominance sociale et politique.

Arrivons maintenant à l'ouverture des États-généraux. Elle eut lieu le 5 mai 1789. Les intrigues avaient repris. Les agents de la cour avaient leur centre de réunion dans le fameux cercle de Madame de Polignac, amie de la reine. C’est là qu'on méditait de tenir le Tiers-État dans un état de dépendance ou d’infériorité absolue.

On ne négligea rien, d’abord, pour Phumilier. Pour la présentation au roi, on ouvrit les deux battants au clergé et à la noblesse, que le roi reçut dans son cabinet. On n’en ouvrit qu'un aux députés du Tiers, qui, après avoir longtemps attendu, entassés dans le salon d’'Hercule, furent reçus dans la chambre de Louis XIV oùils durent défiler avec rapidité.

À la procession des États-généraux, le haut clergé et la noblesse étalèrent la pompe de leurs costumes autour du dais. Le Tiers suivait, simplement vêtu de noir et comme portant le deuil. IL est vrai qu'il recevait les applaudissements de la foule.

Dans le local des séances, le roi, la cour, les députés du clergé et de la noblesse entrèrent par la grande porte. Les députés du Tiers, après avoir été abrités sous un hangar, durent entrer par une porte de derrière.

Nous ne parlerons pas des propos méprisants des gens de cour à leur adresse, ni des chansons colportées contre eux dès le premier jour.

La distinction des ordres se traduisait d’ailleurs d’une façon parfaite dans le discours de M. de la Fare, évêque de Nancy, disant au roi : « Recevez, Sire, les hommages du clergé, les respects de la noblesse et les très-humbles supplications du Tiers- État. »

C’étaient de vieux usages, il est vrai, mais intentionnellement maintenus, bien que la dernière réunion des États remontât à 1614.

Arrivons aux actes politiques, et suivons pas à pas les débuts de la contre-révolution. Nous sommes au point de départ d’un système qui amènera toutes les crises, toutes les violences ultérieures.

Il fallait, avant tout, vérifier les pouvoirs des députés des trois ordres. Pour cette vérification, le vote par tête semblait indiqué. C'était, nous l'avons dit, la conséquence du doublement du Tiers. Que firent la noblesse et le clergé? Ils refusèrent la délibération en commun et le vote par tête. Tel était le mot d'ordre du parti de la cour qui voulait semer la division pour annuler l’œuvre des Étatsgénéraux.

En même temps on intriguait pour affamer Versailles, afin de forcer les députés à regagner leurs provinces. Il fallut que Necker prit des mesures pour déjouer ces moyens perfides.

Du complot qui existait alors contre les États-généraux, on a les preuves aujourd’hui dans les publications qui ont été faites. On a les lettres de l'abbé Maury, écrivant à l'abbé de Vermont, confident de la

reine {1} : « Cela’ne commence pas mal Pa déjà la désunion dans les trois ordres, avant même leur réunion. Il faut que les partisans de la déconvocation continuent à faire naître de nouvelles difficultés et à aigrir les esprits par de nouveaux sarcasmes. Quand le trouble sera bien établi, le roi aura alors un droit légitime pour défaire ce qu'il a fait. Entendez-vous ou allez-vous en, leur pourra-t-on dire ; et comme on trouve toujours des moyens pour empèêcher qu'on ne s’entende, il faudra bien qu’on $e sépare. aussi le parti ministériel doit-il fout employer pour fomenter un désordre qui puisse faire désirer la permanence de l’ancien régime. » De son côté, l'abbé de Vermont écrivait à Brienne : « On avait ajourné les États-généraux sous prétexte que quelques provinces étaient en retard; mais de vous à moi c'était dans l'espoir de trouver quelque moyen de les éloigner à jamais. Maintenant nous sommes dans l'attente des premiers évènements. » D’autre part, l'évêque de Clermont, l’un des chefs de la cabale, publiait un mandement où il disait : « Voyez l'esprit d'indépendance et d’insurrection qui éclate de toutes parts, les citoyens armés contre les citoyens, une effervescence générale, les principes les plus sacrés livrés à l'arbitraire, l'autorité confondue avec le despotisme, et la licence avec la liberté ; sous le nom de fraternité, les défiances et les haïnes ; sous le nom d'égalité, la confusion et l'anarchie. Le voilà donc ce règne tant vanté de la philosophie ! Telle estkla révolution que nous devons attendre des nouvelles lumières !... Ce n’est ni notre crédit national anéanti, ni

(1) Wallon, 295 et suiv.

nos finances épuisées, ni notre considération perdue chez l'étranger, qui sont nos véritables calamités ; c’est le mépris des anciens principes, c'est le dégoût de toute subordination, c’est l'éducation publique corrompue, c’est la fureur d'innover sans fin. Craignons, pour nous servir des expressions de Bossuet que « ces terres trop remuées, devenues incapables de consistance, ne tombent enfin de toutes parts, ne laissant plus voir que d’effroyables précipices, et tenons-nous-en à notre forme de gouvernement. »

À travers ce déchainement des passions rétrogrades, dont nous ne donnons ici qu'une idée, le Tiers invitait les deux autres ordres à se réunir à lui pour la délibération en commun. Qu'arriva-t-il? Précisons bien. Ici est l'origine vraie de la Révolution, et c’est au bas clergé qu’elle remonte. Sans les faits que nous allons indiquer, la Révolution eût peut-être avorté. — Le 13 juin, trois curés du Poitou, Lecesve, Ballard et Jallet, se présentent, leurs pouvoirs à la main, à la chambre du Tiers-État. « Nous venons, dit Jallet, précédés du flambeau de la raison, conduits par l'amour du bien public, nous placer à côté de nos concitoyens, de nos frères ; nous accourons à la voix de la patrie qui nous presse d'établir entre les ordres l'harmonie d'où dépend le salut de l'État (1). » On applaudit, on s’embrasse et on pleure. L’élan est donné. Le lendemain, 14, six autres curés viennent déposer leurs pouvoirs : Dillon, Joyeux (du Poitou), Grégoire (de Nancy), Besse (d'Avesnes), Loaisel (de Rédon), Guégan (de Pontivy}. Puis deux autres, puis sept autres et ainsi de suite. Le 17 juin, à midi, le Tiers-État décida, aux

(1) Wallon, 310.

applaudissements de quatre mille spectateurs venus de Paris, qu’il se constituait, à la majorité de quatre cent quatre-vingt-onze voix sur cinq cent quatre viugt-trois membres présents, en Assemblée nationale. La Révolution était accomplie, sauf les complots à déjouer encore. Elle était due au bas clergé.

Le 19, l’ordre du clergé tout entier décida, à la majorité, qu’il se réunirait au Tiers-État ou aux députés des Communes, comme on disait également.

L'irritation de la cour était grande. Que firent la reine, les princes, la noblesse, le Parlement ? Ils complotèrent la dissolution de l'Assemblée nationale. «Il fallait au plus vite, disait le comte d'Antraigues dans une lettre publiée, dissoudre .cette assemblée rebelle à coups de canon. »

Seize mille hommes de troupes furent concentrés à Versailles, et le 20 au matin, on fit annoncer que le roi, voulant tenir séance le 22, suspendait jusque-là toute réunion des députés.

Le Tiers trouva ses salles fermées et gardées, Il se réunit au Jeu de Paume, et là, prononça le mémorable serment du 20 juin par lequel il s'engageait à ne point se séparer sans avoir achevé la Constitution.

La Séance royale du 22 fut renvoyée au 23. Le Jeu de Paume fut occupé par des gens de cour qui le louèrent pour empêcher le Tiers d'y tenir séance.

Le Tiers-État-se réunit alors à l’église Saint-Louis, et c'est là que le 22 l'ordre du clergé vint se réunir à lui, au milieu d’un vif enthousiasme. Quelques membres de la noblesse suivirent le mouvement. La Cour S’exaspéra.

Le 23 eut lieu la séance royale. Comme précédem-

ment, on humilia le Tiers en le faisant entrer par une porte séparée, après l'avoir laissé assez longtemps dehors, exposé à la pluie. Le discours du roi fut rempli de sévérités et de menaces. Il maïntint la distinction des trois ordres, déclara nulles les délibérations prises par le Tiers et exposa un programme de réformes où il fit de nombreuses réserves notamment pour le maintien des droits féodaux et des dîmes. Puis, il ordonna aux trois ordres de se séparer et de se rendre le lendemain dans leurs salles respectives. La noblesse et le haut clergé sortirent de la salle avec le roi. Le Tiers et les curés restèrent en séance. Le moment était solennel. Si le Tiers cédait aux injonctions royales, c’en était fait de la Révolution. La cour triomphait et la dissolution était proche. Un chambellan vint sommer le Tiers de sortir. Mirabeau se leva, et fit la réponse si connue : « Nous sommes ici par la volonté du peuple, nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes. » L'assemblée resta en délibération, décréta qu'elle persistait dans ses arrêtés et se déclara inviolable.

L'énergie du Tiers, l’éloquence de Mirabeau, l’emportèrent. La cour eut envie d'employer la force, maints projets dans ce but furent formés, mais l’attitude de la population épouvanta les conjurés qui ajournèrent leurs résolutions.

Le 25, quarante-sept membres de la noblesse se réunirent à l’Assemblée. « Que je les plains, disait de bonne foi un homme de la cour, voilà quarante-sept familles déshonorées, auxquelles personne ne voudra s’allier. »

Le roi céda. Le 27, il invita les deux ordres privilégiés à se réunir à l’Assemblée. Pour comprendre

comment fut accueilli cet ordre par la noblesse, il suffit de dire que l’avant-veille il y avait eu dans la salle où elle était réunie un effroyable tumulte à la nouvelle qu'un certain nombre de ses membres voulait se rendre dans la salle commune. On alla jusqu'à tirer l’épée, et il y aurait eu du sang répandu si le président n’eût promptement levé la séance {1}. A la réception de l’ordre du roi, ce furent des cris et des protestations sans nombre. Cazalès s’écria « qu’il fallait préférer la monarchie au monarque. » Cependant l'avis de se rendre prévalut. Tout transpirait au dehors. La population était irritée. La cour fit savoir secrètement à la noblesse qu’elle pouvait céder, qu’il ne s'agissait que d’une concession passagère, que des mesures se préparaient pour réduire les factieux. La noblesse se rendit et affecta de n’assister aux séances que debout et en se moquant.

Néanmoins la réunion définitive des trois ordres provoqua une allégresse générale. Le peuple courut au château et acclama le roi. La moindre concession changeaiït sa colère en témoignages touchants d'affection. Et ce fut longtemps ainsi, jusqu’à ce que la rage contre-révolutionnaire eût lassé sa patience.

La fureur de la cour ne connut plus de bornes. Le projet de dissoudre l’Assemblée par la force fut immédiatement élaboré. On osa même s’en vanter hautement. Alors Paris s’agita. On y colporta une lettre du maréchal de Broglie au prince de Condé : «Je l'avais toujours prévu, disait-il, et je l'ai dit une fois à Votre Altesse que la plupart des députés natio-

(1) AI. Lameth, Hist. de l’'Ass. const.

naux seraient des loups affamés qui chercheraient une victime et que cette victime serait la noblesse... Avec cinquante mille hommes, je me chargerais volontiers de dissiper tous ces beaux esprits et cette foule d’imbéciles qui applaudissent, écoutent et encouragent ; une salve de canons ou une décharge de fusils aurait bientôt dissipé ces argumentateurs. » Presque en même temps, on apprit qu'une armée de quarante mille hommes était réunie autour de Paris et que le maréchal de Broglie en prenait le commandement en chef. On vit en effet camper soit au Champ de Mars, soit à Saint-Denis, les régiments de Royal- Cravatte, Royal-Pologne, Hesse-Darmstadt, les régiments suisses de Diesback, Salis-Samade et Chateauvieux, les hussards de Berchiny, Esterhazy, Royal-Dragons ; les régiments de Provence, de Vintimille, de Besançon, de La Fère. D’autres troupes étaient massées aux environs.

L'Assemblée supplia le roi d’éloigner les troupes. Le roi, inspiré par l'entourage, refusa ironiquement, offrant à l'Assemblée, si elle avait peur, de la transférer à Noyon ou à Soissons, c’est-à-dire de l'exposer davantage entre l’armée de Paris et les troupes de Flandre et d'Alsace. Cette réponse était faite le 11 juillet. Le plan de la cour était arrêté.

Le 12, le ministre Necker fut exilé, avec ordre de sortir secrètement du royaume dans les vingt-quatre heures. Paris devait être attaqué dans la nuit du 14 au 15 sur sept points à la fois. L'Assemblée de Versailles devait être enlevée par trois régiments, puis le roi devait faire enregistrer au Parlement sa déclaration du 23 juin et pourvoir aux besoins du Trésor

par une banqueroute {1}. Le plan fut connu de l’Assemblée.

Le 13, Paris apprit l'exil de Necker et se remua. Les bustes de Necker et du duc d'Orléans furent promenés par la foule. Le prince de Lambesc exécuta aux Tuileries des charges de cavalerie. Le tocsin sonna. Le peuple s’arma.

Pendant ces troubles que faisait la cour ? Elle donnait une fête de nuit aux soldats allemands de Nassau, dans l’Orangerie de Versailles.

La municipalité de Paris forma une garde bourgeoise de quarante-huit milles hommes, avec la cocarde bleue et rouge. C'étaïent les couleurs d'Étienne Marcel, trois siècles auparavant, qui étaient restées les couleurs de la ville.

Et le lendemain, 14 juillet, eut lieu la prise de la Bastille.

On le voit. Jusqu'ici c'est la cour qui a provoqué toutes les crises, et le 17 juin et le 20 juin et le 23 juin, et enfin le 14 juillet, c’est-à-dire la prise de la forteresse qui symbolisait l’'absolutisme.

L'Assemblée envoya le même jour, 14 juillet, deux députations au roi pour le supplier d'accorder le retrait des troupes. Deux fois le roi fit des réponses vagues.

Dans la nuit, le duc de Larochefoucault-Liancourt parvint à pénétrer jusqu’au roi, l’éclaira sur la situation, lui montra la Révolution victorieuse à la Bastille. Le roi ne croyait qu'à une émeute. « Sire, lui dit le duc, c’est une révolution. »

Le lendemain le roi se rendit à l'Assemblée. Il fut

(4) Lavallée, 12, Marquis de Ferrières, Mém.

accueilli par un morne silence. Quand il annonça pourtant qu'il se fiait à la nation, et qu’il éloignait les troupes, ce furent des acclamations, des transports. Les députés et le peuple escortèrent le roi jusqu'au château. La joie fut générale.

Le soir même, c'était le 15, le roi écrivit au comte d'Artois une lettre qui, publiée plus tard, fut la confirmation éclatante des complots de la cour {1). Il disait : « J'avais cédé, mon cher frère, à vos sollicitations, mais j'ai fait d'utiles réflexions. Résister en ce moment, serait nous perdre tous... je crois plus prudent de temporiser. »

Puis le roi rappela Necker, se rendit le 17 à Paris, fut accueilli avec enthousiasme, et prit la cocarde rouge et bleue à laquelle on ajouta la couleur blanche. Ainsi naquirent nos trois couleurs nationales.

Enfin le roi approuva tout ce qui avait été fait jusqu'à ce jour. Malheureusement, il avait écrit à son frère : je temporise.

Le premier complot, sérieusement organisé, avait donc avorté, grâce à un évènement majeur, la prise de la Bastille. Qu'arriva-t-il? La cour se résigna-telle à accepter les fait accomplis ? Non. Elle se partasea simplement en deux partis, Le parti de ceux qui voulurent continuer la contre-révolution à l’intérieur, et le parti de ceux qui voulurent la faire à l’extérieur. Ceux-ci émigrèrent et portèrent à l'étranger la haine contre la France. Ce furent les princes, les d'Artois, les Condé, les Broglie, les Polignac.

Qu'avait fait jusqu'ici la nation pour mériter ces

(1) Corresp. inédite de Louis XVI, t. I, p. 131, d'après Buchez. — Louis XVI peint par lui-même, 1817.

haines ? A la moindre occasion, elle acclamait son roi. Mais la cour ne voulait ni réformes, ni progrès, voilà la vérité, et elle avait horreur du peuple libre.

Le peuple, après le 17 juillet, se livrait à la joie La garde nationale allait aux églises, en grande tenue, musique en tête, faire bénir ses drapeaux. Un prêtre, tribun éloquent, l’abbé Fauchet, prédicateur ordinaire du roi, prêchait la liberté à Saint-Roch, à Sainte-Marguerite, à Saint-Jacques, à Notre-Dame. Chargé de l’oraison funèbre des victimes de la Bastille, il s’écriait : « Le jour de la Révolution est arrivé; les os se sont levés à la voix de la liberté française ; ils déposent contre des siècles d’oppression et prophétisent la régénération de la nature humaine... Ah! qu'ils ont fait de mal les faux interprètes des divins oracles ! Ils ont consacré le despotisme et rendu Dieu complice des tyrans..…. Ils triomphent parce qu’il est écrit : rendez à César ce qui est à César. Mais ce qui n’est pas à César faut-il aussi le lui rendre ? Or, la liberté n’est pas à César, elle est la nature humaine (1). »

Quelques jours plus tard, le 27 juillet, un archevêque, Mgr de Bordeaux, présentait un rapport à l’Assemblée sur le projet de constitution, où il disait : QEt d'abord, nous avons jugé, d’après vous, que la Constitution devait être précédée d’une Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, non que cette exposition pût avoir pour objet d'imprimer à ces vérités premières une force qu’elles tiennent de la morale et de la raison, qu’elles tiennent de Ia

(1) Wallon, 389.

nature qui les a rendues inséparables de l'essence et du caractère de l’homme; mais c'est à ces titres mêmes que vous avez voulu que ces principes ineffacables fussent sans cesse présents à nos yeux et à notre pensée... {{) »

Cette déclaration des droits, tant bafouée encore par les réactionnaires de nos jours, c’est un prélat éminent qui en louait les mérites en un magnifique langage |

Mais, dans l'intervalle, les complots de la cour et la nouvelle de l’émigration commençante avaient effrayé les esprits dans les campagnes, où l’on eut des visions étranges. Il n’était bruit que de brigands et d’accapareurs. D'un bout de la France à l’autre les paysans étaient soulevés et brûlaient les châteaux pour détruitre les titres de la féodalité.

On sait ce qui suivit, c’est-à-dire, la nuit du 4 août, où la révolution sociale fut accomplie dans une séance d'enthousiasme. Nous en avons parlé.

On a bien dit que l'enthousiasme fut dicté par les événements, mais il n’en est pas moins enregistré par l'histoire.

On a constaté aussi que, dans les séances postérieures, quelques tentatives furent faites, mais en vain, pour reprendre en partie les concessions décrétées.

La suite des faits prouva malheureusement que l'obstination du parti de la cour à soulever des obstacles allait toujours grandissant. On agit sur l'esprit du roi de telle façon qu’il refusa de sanctionner les décrets du 4 août. Il fallut que l’Assemblée les

(1) Wallon, 404.

déclarât constituants, c’est-à-dire pouvant se passer de la sanction royale.

On fit davantage ; on suscita de nouveaux désordres partout ; des incendies, des pillages se produisirent Sur divers points, et le garde des sceaux Champion de Cicé, évêque de Rodez, monta à la tribune, pour signaler la réaction qui provoquait ces troubles.

On fit ensuite, pour la déclaration des droits, ce qu'on avait fait pour les décrets du 4 août. Le roi opposa les mêmes difficultés, les mêmes refus.

On résolut enfin de soustraire le roi, par la fuite, à la prétendue oppression de l'Assemblée, et on revint aux mesures qui avaient provoqué le 14 juillet. On rappela des troupes autour de Versailles, on appela les officiers au Château où on les fêta, on organisa un repas qui fut offert par les gardes du corps aux officiers de diverses armes. La fête eut lieu le 1°" octobre à la salle de spectacle ; il y eut des scènes significatives ; Le roi et la reine y parurent ; on distribua des cocardes blanches, on foula aux pieds la cocarde tricolore ; les dames de la cour prodiguèrent leurs félicitations. Ce banquet fut renouvelé le 3 octobre.

Tout Paris en fut bientôt informé et la multitude se souleva.

On sait ce que furent les journées des 5 et 6 octobre, Versailles envahi par les femmes, le rôle de la garde nationale, les scènes au palais, la promesse du roi d'aller à Paris, et finalement le départ de la famille royale escortée par la troupe et la population.

Jusqu'ici, on le voit, et il convient de le répéter, il n'est pas un mouvement populaire, pas un acte énergique de l’Assemblée, pas un trouble, pas un soulè-

vement, qui n'ait sa cause première et immédiate dans une intrigue, un complot, une menace ou une provocation quelconque du parti de la cour, autrement dit, de la réaction opiniâtre et acharnée.

Il en sera toujours de même jusqu'à l'explosion des fureurs civiles qui prirent le nom de La Terreur.

Toute réforme, toute loi nouvelle, votée par l’Assemblée, fut ou frappée du veto royal ou criblée de sarcasmes et d'outrages au dehors, et dans certains cas, suivie de troubles suscités. «Les partisans de l’ancien régime, dit M. Mignet, saisissaient tous les moyens d'inquiéter l’Assemblée dans sa marche : la noblesse excitait les provinces, les parlements prenaient des arrêtés, le clergé faisait des mandements et les écrivains profitaient de la liberté de la presse pour attaquer la révolution. » Pendant plus de deux ans il parut cinq ou six brochures par jour contre l’Assemblée, sans compter les chansons. On y renouvelait sans cesse les mêmes images ; le roi était un martyr entre les mains de brigands.

La division de la France en départements, le nouveau système électoral donnant l'élection pour base à tous les pouvoirs, la nouvelle organisation judiciaire, la mise des biens ecclésiastiques à la disposition de la nation et enfin la constitution civile du clergé, suscitèrent toutes les oppositions imaginables. « Dès lors, dit M. Mignet, éclata la haine du clergé contre la Révolution. Il avait été moins intraitable que la noblesse au commencement des États-généraux ; depuis la perte de ses richesses, il se montra aussi opposé qu'elle au nouveau régime, dont il

devint (le haut clergé surtout) l'ennemi le plus tenace et le plus acharné. »

« Les évèques, dit le marquis de Ferrières dans ses Mémoires, refusèrent de se prêter à aucun arrangement et par leurs intrigues coupables fermèrent toute voie de conciliation, sacrifièrent la religion à un fol entêtement et à un attachement condamnable à leurs richesses. »

La seule attitude de la noblesse et du clergé, au sein même de l’Assemblée, fait comprendre d’ailleurs tout ce dont ils étaient capables au dehors. Le marquis de Ferrières, qui siégeait avec eux au côté droit, ne peut s'empêcher de les juger avec sévérité. Voici ce qu’il dit encore dans ses Mémoires (1) :

« Les nobles, les évêques, ne tendaient qu'à dissoudre l'Assemblée, qu’à jeter de la défaveur sur ses opérations... Ils sortaient de la salle lorsque le président posait la question, invitant les députés de leur parti à les suivre, ou bien s'ils demeuraient ils leur criaient de ne point délibérer. A cette conduite insensée ils joignaient une insouciance insultante et pour l’Assemblée et pour le peuple qui assistait aux séances. Ils n’écoutaient point, riaient, parlaient haut. Toutes ces sottises venaient de ce que les évêques et les nobles ne pouvaient se persuader que la Révolution était faite depuis longtemps dans l'opinion et dans le cœur de tous les Français. Ils s'entètaient avec opiniätreté à l’ancien régime, base de toutes leurs actions, de toutes leurs oppositions, mais dont personne ne voulait. Ils forçaient, par cette obstination maladroite, les révolutionnaires à

(1) Ferrières, t. 2, p. 122.

étendre leur système de révolution au delà même du but qu'ils s'étaient proposé. »

Dans les provinces, les nobles et les évêques provoquèérent des troubles par des excitations de toute nature. Les mandements épiscopaux étaient d’une violence excessive. L’évêque de Tréguier, par exemple, disait dans le sien, « que les ministres de la religion étaient réduits à la condition de commis appointés par les brigands. »

Dans le midi, à Montauban, Montpellier, Toulouse, Nimes, on réveilla toutes les fureurs religieuses, et il y eut des émeutes, des meurtres, des massacres de protestants.

Chaque jour on apprenait à l’Assemblée de quelle infinie variété de moyens on usait, du côté des nobles et du clergé, pour soulever le peuple. En Normandie, une marquise de Lépinay du Lut était surprise répandant une adresse au roi où l’on accusait « la ville de Paris de s'être fait décharger des impôts pour en rejeter le poids sur les campagnes. » Dans le Périgord, on persuadait aux malheureux paysans « qu’ils seraient condamnés à des amendes s'ils ne se livraient point au pillage. » Dans une foule d’endroits on arrêtait des hommes inconnus distribuant de l’argent avec des conseils perfides. À Montclair, on arrêtait un chef de bande « qui donnait aux paysans vingt francs par jour pour incendier les châteaux. » Des quantités de faits de cette nature furent portés et vérifiés exacts à la tribune de l'assemblée.

La conspiration permanente ne se borna pas à ces moyens. Elle multiplia les tentatives pour enlever le roi, l’éloigner de sa capitale, et le mettre à la tête d'une armée, afin de « réduire la Révolution. »

Le 25 octobre 1789 on arrêta le garde des sceaux de la reine, Augéard, et l’on trouva chez lui un mémoire où tout un plan était développé pour conduire ie roi à Metz. On ylisait ces mots significatifs : « Ruser, attendre, simuler la confiance, laisser filer cinq ou Six Mois. »

Deux mois plus tard, le marquis de Favras, ancien lieutenant des gardes de Monsieur, fut arrêté, jugé et condamné à mort pour avoir tenté d'enlever le roi. Cinq cents hommes, enrôlés par lui, devaient transporter le roi à Péronne, d’où on aurait déclaré l’assemblée dissoute et annulé tous ses actes.

Plus tard, vint le complot de Maillebois, sous la haute inspiration du comte d'Artois et des émigrés réfugiés à Turin. On avait établi des intelligences avec Lyon. On comptait sur une foule d'ouvriers de cette ville qui, séduits par l'argent et les promesses, devaient marcher en armes à la rencontre des princes et leur ouvrir les portes. Alors devait arriver Louis XVI et en récompense de son dévouement à la bonne cause, Lyon aurait été proclamé capitale du royaume. Le complot fut découvert et avorta.

Enfin, de tous les plans celui qui convint le mieux au roi et à la reine fut celui du baron de Breteuil, qui fut ourdi en octobre 1790 pour être exécuté ultérieurement. Le roi, seul à la tête du mouvement, devait relever son trône sans le secours de personne. Il devait quitter Paris secrètement, rejoindre l’armée de Bouillé, et s'établir dans une place forte d’où il notifierait ses volontés à la France. Si ses « bienfaits » étaient repoussés, si la persuation d’abord, puis la force, ne réussissaient pas, le roi devait s’adresser à ses frères les souverains étrangers et de

préférence au roi d'Espagne et à l’empereur d'Autriche. Bouillé seul fut averti.

On sait comment s’exécuta ce plan et ce que fut la fuite à Varennes. Le roi reconnu à Sainte-Menehould, arrêté à Varennes, fut ramené sous escorte à Paris. C'était en juin 1791.

On sait aussi qu’elle fut la conséquence de cette tentative de fuite. L'assemblée prit en main le pouvoir exécutif et décréta la suspension provisoire du roi jusqu’à l'achèvement de la Constitution qui serait présentée à son acceptation. La royauté commença à perdre son prestige. On parla de République. La fuite fut considérée comme une abdication. Ces idées que les actes du roi et de la cour avaient fait naître, progressèrent si bien que le peuple se réunit au Champ de Mars pour signer une pétition de déchéance. Mais la loi martiale fut proclamée, on tira sur la foule, et Lafayette et Baïlly perdirent leur popularité. C'était le 17 juillet 1791.

À l'étranger, les émigrés, furieux de l'arrestation du roi à Varennes, redoublèrent leurs intrigues et leurs menaces. L'empereur d'Autriche, le roi de Prusse et le comte d'Artois, réunis à Pilnitz, formulèrent la fameuse déclaration ou convention du 27 août qui prépara l’invasion de la France, et dans laquelle ils réclamèrent la liberté pour le roi de se rendre où il voudrait, la dissolution de l'assemblée et le rétablissement des princes de l’empire dans leurs droits féodaux en Alsace. L'irritation en France fut énorme ; les frontières furent mises en état de défense, et on leva cent mille hommes de garde nationale.

Sur ces entrefaites, l'Assemblée, ayant achevé la

Constitution, la présenta au roi qui l’accepta. L'acceptation fut faite en des termes qui excitèrent de vifs applaudissements. Mais le roi rédigea en même temps une protestation secrète, et écrivit au roi de Prusse une lettre qui fut placée l’année suivante sous les yeux du Conseil exécutif, ainsi que l’atteste Servan, ministre de la guerre, dans son Histoire des guerres des Français en Italie (1). Voici la lettre et les lignes de Servan qui la précèdent :

« En 1792, on mit sous les yeux du conseil exécutif, dont je faisais partie, la lettre ci-dessous, adressée au roi de Prusse, et on y avait joint toutes les preuves qui pouvaient en constater l'authenticité.

« Décembre 1791.

« Monsieur mon frère,

€ J’ai appris par M. Dumoustier l'intérêt que Votre « Majesté avait témoigné, non-seulement pour ma « personne, mais encore pour le bien de mon royau- « me. Les dispositions de Votre Majesté à m'en « donner des témoignages dans tous les cas où cet « intérêt pourrait être utile au bien de mon peuple, « a excité vivement ma sensibilité. Je le réclame « avec confiance dans cet instant où, malgré l’accep- « tation que j'ai faite de la Constitution, les factieux « montrent ouvertement le projet de détruire entiè- « rement le reste de la monarchie.

« Je viens de m'adresser à l’empereur, à l’impéra- & trice de Russie, aux rois d’Espagne et de Suède, et « je leur présente un congrès des principales puis- « sances de l’Europe, appuyé d’une force armée,

(1) Voir aussi Lavallée, 4, 4?, et Hist. parl. de la Révol., t. II.

LA CONTRE-RÉVOLUTION. 471 « comme la meilleure mesure pour arrêter ici les « factieux, donner le moyen d'établir un ordre de « choses plus désirable, et empêcher que le mal qui « nous travaille puisse gagner les autres États de « l'Europe. J'espère que Votre Majesté approuvera « ces idées, et qu’elle me gardera le secret le plus « absolu sur la démarche que je fais auprès d'elle. « Elle sentira aisément que les circonstances où je « me trouve m'obligent à la plus grande circonspec- « tion; c’est ce qui fait qu'il n’y a que le baron de « Breteuil qui soit instruit de mon secret. »

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