LES SŒURS A AKUAS EN
<îe douze cent soixante-six livres, treize sols, quatre deniers qui provenaient annuellement tant de gratifications des Etats d'Artois, que de quêtes qui se faisaient dans les Ghambres ». Nous verrons que les dons et aumônes dont il est ici question continuèrent au plus fort de la Terreur, tant était grande la sj^mpathie dont jouissaient les servantes des pauvres.
Un autre document de 1792 fait, en quelques mots, cet éloge complet de la Communauté des Filles de la Charité et de la maison d'Arras :
« Cette congrégation utile, connue dans toute la France par les services qu'elle rend à l'humanité, dont elle soulage les maux et les besoins, a une maison à Arras composée de six sœurs. (La septième était partie depuis peu de temps.)
« Ces vertueuses Filles fournissent aux pauvres du linge, des aliments et des remèdes. Elles ont .chez elles une pharmacie, où les pauvres trouvent, dans leurs maladies, les secours nécessaires.
« Elles enseignent aussi les enfants gratuitement. »
Pour soutenir toutes ces œuvres, les sœurs étaient, en 1789, au nombre de sept. Nous les distinguons immédiatement en trois groupes bien différents : D'abord les quatre bienheureuses dont nous avons parlé : la sœur Madeleine-Fontaine supérieure, et les sœurs Marie Lanél, Thérèse Fantou, Jeanne Gérard.
Puis deux sœurs appelées à relever plus tard de ses ruines la maison de Chxiri té : Rose Micheau « de Maran, diocèse de La Rochelle » et Jeanne Fabre « de Béziers » .
Enfin une septième sœur qui ne persévéra pas : Françoise Coutocheaux « de Nantes ».
Nous établissons cette distinction à cause des voies très différentes que nous voyons, de bonne heure, les servantes des pauvres choisir librement, et aussi pour reconnaître le haut enseignement qu'elles nous donnent à ce sujet. Il y a d'abord la' plus jeune des sœurs, Françoise Coutocheaux, de Nantes, qui reste sept ans dans la Communauté dont six ans à Arras, et se retire plus de deux ans après avoir fait les saints Vœux. Peut-être aurait-elle persévéré à une époque de tranquillité et de paix, où elle aurait pu se dévouer pour les enfants et pour les pauvres, sans entendre des menaces continuelles d'expulsion, de prison, de mort violente. Mais devant ces menaces répétées, elle prend peur, se décourage et, en juillet 1792, retourne dans sa famille. ' On n'entend plus parler d'elle. Deux autres, les sœurs Rose Micheau et Jeanne Fabre,. sont très attachées à leur vocation, à leurs vœux, à leurs pauvres ; elles ne songent à retourner ni dans le monde, ni dans leurs familles, mais elles sentent une répugnance trop naturelle pour la guillotine et pour les prisons de la Révolution. Elles tiennent à se dévouer pour les pauvres, et à rester unies à leur supérieure et à leurs compagnes, sans vouloir courir les risques d'une arrestation brutale, et sans oser comparaître devant les tribunaux révolutionnaires. La prudente supérieure accède à leurs désirs, elle prévoit tout et prend de sages mesures dans ce but; aussi, la nuit qui précédera l'emprisonnement, les sœurs Fabre et Micheau pourront-elles, ferme» dans leur projet, sortir d'e la ville d' Arras et gagner saines et sauves la frontière de Belgique.