‹ Les bienheureuses Filles de la Charité d'Arras [microform]Chapitre 24 sur 58 · TROISIEME PRISON : LES .BAJUDE-ES · texte numérisé non relu

TROISIEME PRISON : LES .BAJUDE-ES

16 Germinal — 7 Messidor an'ïl.

5 Avril — 25 Jmn 1794.

L'ancien hôtel d'Épinoy changé en maison d'arrêt du tribunal révolutionnaire. — Terreur qui règne dans cette prison. — Nombreux détenus amenés pendant le séjour des sœurs. — Motifs futiles et quelquefois incorenBS. dé leur arrestation. — Noble attitude des sœurs<auitttilieu de tant de malheurs et d'infortunes. — Nouvelle dénonciation, de Mury. — Nouvelle perquisition infructueuse à là Maison' de 'Charité. — Une fois encore et sans témoin -Mury prétend 'avoir trouvé des papîers.coHtre-révolutlonnaires.à la charge des sœurs. — Le District les envoie avec le dossier à Cambrai, où se trour vent Joseph Lebon et Gaubrière accusaterur public près le tribunal.

Les sœurs furent incarcérées à la maison d'arrêt des Baudets. Le registre aux écrous de cette prison fait mention de leur entrée, à la date du i6 germinal (5 avril). « L'an a* de la République une et indivisible ont été amenées en la maison des Baudets, les citoyennes Madeleine Fontaine, Marie Lanel, Madeleine Fanto (sic) et Jeanne Gérard^ toutes quatre^ cy-devant sœurs de la Charité, transférées de la maison de la Providence, et ce, par ordre du Comité de surveillance et révolutionnaire

-TROISIEME PaiSÔN : LES BAUDETS. Vid

/d' Auras, avec : défense au .gardien ' de les laisser sordr.avant (ju'il en soit rautreittent ordonné ». — Eamarg-e, noua lisons cette -note ifroide; et laconique :<(. Les dénommées ci~contr.ej sorties le ij' messidor pQur iêtre transférées: à . Cambrai. », c'est-àdire conduites à la laort.

= La prison des Baudets, située dans la rue.' de ce nom, faisait partie avant. la iRévolution, de l'ancien hôsel d'Épinoy. Elle sert aujourd'hui de refuge, au compte du Département, pour « les mendiants les plus inconrigibles et pour quelques vieillards indi- .gents ».

Les sœurs trouvèrent, dans leurtniouvelle prison, plas.det désolation; et. de tristesse que dans lamaison de^ia Providence. Laj maison d'arrêt des Baudets à Arras, coinme la Goneiergerie à Paris, était- le vestilaule: du tribunal révolutionnaire, sinon le premier degré, de l'échafaud. Les malheureux; qu'elle renfermait se. sentaient plus que les autres désignés à l'accusateuripublic; des départs fréquents pour la guillotine entretenaient? parmi eux la terreur : tous pouvaient se demander chaque jour avec angoisse : « N'est-ce pas mon. tour aujourd'hui? » Il j avait dans icette ^maison d'arrêt, un mouvement extraordinaire de; ; prisonniers ; les gendarmes et autres agents de. lia force publique s'y trouvaient presque en permanence, soit pour écrouer quelqa'unj soit pour extraire des malheureux appelés au tribunal révolutionnaire ou. destinés à d'autresi prisons. Les sœurs y furent retenues quatre-vingt-deux jours, du 1 6 germinal (5 avril) au ^ messidor (a5 juin). Pendant ce temps ^ elles virent arriver sept cent soixante-six malheureux : hommes, femmes, soldats, vieillards, enfants, jeunes filles. Les différents

sexes, âges, conditions, on peut dire toutes les catégories, se trouvaient réunies aux Baudets; tons y attendaient dans de cruelles angoisses qu'on décidât de leur sort. Chaque jour amenait ses victimes. Les II et 22 floréal et le i8 prairial seulement, les sœurs ne virent incarcérer personne. En retour, le aS germinal, il y eut aux Baudets cinquante-cinq entrées, trente-quatre le 26, quarantehuit le 2|7, trente-huit le 3o; vingt-deux le 10 floréal, vingt le i3 du même mois, vingt et une le i5, vingt-quatre le 17; vingt le 22 prairial; vingtneuf le 2 messidor, quatre le 7 messidor, ]our du départ des sœurs pour l'échafaud.

Les motifs de ces arrestations étaient souvent ignorés de ceux-là mêmes qui devaient en porter la responsabilité. Cette monstruosité nous est révélée par deux lettres du Comité révolutionnaire d'Arras, aux Comités de Sûreté générale et de Salut public. Ceux-ci avaient demaïidé à la fin de ventôse (mars 1794)» ^Q état général des prisons, et donné huit jours pour le dresser. Le Comité d'Arras se mit à l'œuvre sans perdre un moment. Prévoyant bientôt des retards prolongés et des difficultés insurmontables, il crut prudent de prévenir toute complication du côté des autorités supérieures. Il écrivit donc le 4 germinal (24 mars) pour annoncer ses listes, donna en attendant le nombre approximatif des prisonniers, mais déclara dès lors, qu'il lui serait impossible de préciser pour chacun, les motifs de son arrestation; c'est que certaines « autorités constituées » avaient agi en dehors de la loi et fait arrêter des citoyens dont les crimes n'étaient pas connus.

Neuf jours après, le 1 3 germinal, ses enquêtes et

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ses rapports étant terminés, il envoya <c en i8 feuillets signés et paraphés » « le tableau des détenus de la Commune », tableau qu'il déclarait incomplet, parce que des listes lui avaient été refusées malgré ses plus vives instances. La raison du refus « nous la soupçonnerions, ajoute-t-il timidement, dans les arrestations mêmes de quelques personnes qui paraissent en avoir été l'objet, comme suspectes, et qui à ce titre ne pouvaient être arrêtées que par le Comité ». Les auteurs du rapport ont ainsi grand soin de rejeter toute responsabilité pour certaines arrestations, qu'eux seuls pouvaient ordonner et qui avaient été faites sans leur participation et à leur insu.

Un billet très curieux de Joseph Lebon est plus instructif encore sur ce triste sujet, que les deux lettres du Comité révolutionnaire. Sur un ordre donné verbalement par le représentant du peuple, un garde national avait arrêté un certain Vittu. Le Comité, surpris, demanda à Lebon s'il pouvait se fier à la parole du garde, Joseph Lebon eut l'impudence de répondre : « Tout individu qui s'aviserait de transmettre un ordre que je n'ai pas donné même verbalement, payerait sa témérité.

« Si le Comité de surveillance exige des formes éternelles j lorsque les conspirateurs nous assas' sinent sans Jorme de procès et que je peux à peine suffire à leur scélératesse, je m'adresse^ rai à des hommes plus dignes d'opérer le Salut public. »

Ces quelques mots nous font pénétrer bien avant dans l'administration tyrannîque et dans 5 l'âme perverse du farouche représentant qui osa les écrire! Pour lui les lois les plus atroces étaient

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