FONTAINE
Payen, fermier de' Neuville- Vitasse, fait partie du convoi des sœurs pour Cambrai. — Entrevue avec Madame Cartier. — La sœur Fontaine lui donne comme souvenir un chapelet, lui confie un peu d'argent pour les sœurs qui reviendront à Arras, et lui annonce qu'elle et sa famille seront épargnées.
Des scènes touchantes se passèrent alors dans la prison des Baudets, puis à la Providence. Lés adieux des sœurs, faits dans des circonstances si exceptionnelles, frappèrent vivement les prisonniers et se gravèrent profondément dans les esprits. L'heure avancée de la nuit, la précipitation du départ, l'ignorance de ce qui se passait au dehors, tout contribuait à remplir les âmes d'effroi. Pourquoi ces nouvelles mesures de rigueur contre des religieuses inoffensives, oubliées, semblait-il, depuis quatre-vingt-deux jours au fond de leur cachot? Pourquoi tant dUnjustices, de violences, de brutalités? Qui donc pouvait se croire en sûreté, et à quoi ne fallait-il pas' s'attendre?
Pendant ces tristes adieux, et tandis que les <c gendarmes » préparaient le convoi, le District
s'était assemblé ea toute hâte. La lettre de Gaubrière faisait travailler les esprits. Lès créatures de Lebon voulaient, avant tout, plaire au représentant et prévenir ses moindres désirs. Frappés de son impatience à recevoir sans retard les Filles de la Charité, ils pensèrent à un autre prisonnier, lui aussi poursuivi, pour des motifs religieux, d'une haine implacable, et résolurent de l'envoyer à Cambrai, en même temps que les sœurs.
Au dernier moment, ordre fut donné au convoi de se diriger sur l'Hôtel- Dieu situé à quelques pas seulement de la Providence, et d'y prendre le détenu Jean Payen. Ce compagnon de route allait suivre les sœurs au tribunal révolutionnaire, i«s précéder immédiatement sur l'échafaud et avoir ses derniers moments intimement liés à leur sainte mort.
En attendant il devait être pour elles, à son insu, l'occasion d'une grande joie. La situation de la maison d'arrêt où il était détenu, ramenait nécessairement les sœurs auprès de leurs anciennes compagnes de captivité, et allait rendre possible, à la prison même de la Providence, une entrevue des plus touchantes avec M*"" Cartier.
Jean-François-Chrétien Payen était un riche fermier de Neuville- Vitasse, attache à la maison du prince de Vaudemont. Au début de la Révolution et de la persécution religieuse, il se déclara pour les prêtres fidèles, et ne put jamais se résoudre à témoigner la moindre sympathie aux curés constitutionnels, dont le premier à Neuville-Vitasse — appelée bientôt Neuville-la-Liberté — fut l'ex-oratorien Joseph Lebon. Celui-ci garda de cette attitude hostile un vif ressentiment. Revenu^ bientôt à