‹ Les bienheureuses Filles de la Charité d'Arras [microform]Chapitre 31 sur 58 · LE CONVOI. — DERNIÈRES HEURES DES SŒURS · texte numérisé non relu

LE CONVOI. — DERNIÈRES HEURES DES SŒURS

nécessairement attirer sur sa chère Communauté. Elle pria, en conséquence, M°^° Cartier de recevoir son humble héritage, de le conserver avec soin et de le donner un jour à ses chères filles revenues dé l'exil.

M™® Cartier accepta, avec un religieux respect, d'être la pieuse légataire des sœurs. Quelques années plus tard, elle eut le bonheur inespéré de transmettre aux deux exilées, revenues de Pologne, et rétablies dans leur ancienne Maison de Charité, les dernières paroles et le dernier souvenir de leur supérieure et de leurs compagnes martyres. Jusqu'à sa mort, M"® Cartier aima à raconter ce fait, qui rappelle si bien les chrétiens des premiers siècles marchant à la mort, après avoir distribué leurs biens aux fidèles et annoncé comme prochain le triomphe de l'Église.

Ce triomphe, la sœur Fontaine l'annonça elle aussi, au moment de partir pour Cambrai.

M™^ Cartier était atterrée : elle redoutait tout pour ses enfants, pour sa famille, pour elle-même, et le départ précipité des sœurs redoublait toutes ses craintes et toutes ses appréhensions. La sœur Fontaine, vivement touchée d'une si grande infortune, ne cachait pas son émotion ; mais d'autant plus forte que la violence qu'elle souffrait était plus injuste, elle cherchait dans sa foi inébranlable et dans sa confiance en Dieu, des paroles de consolation et d'espérance. Tout à coup, remplie de l'esprit d'en-Haut, elle se sentit pressée d'annoncer la fin de la persécution, de promettre la libération prochaine des détenues et de rassurer en particulier M™* Cartier et ses jeunes enfants.

« ConsoleZ'OQus, dit-elle plusieurs fois avec

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assurance, nous serons les dernières^ victimes », c'est-à-dire les dernières, captives envoyées d'Arras à.la g^^uillotine, de Cambrai. Et son accent; convaincu prouvait qu'elle était éclairée, d'une. lumière divine et pressée par une force supérieure.

M™^ Cartier ne saisit pas tout. d!abord la portée de ces. paroles consolantes. . Sa désolation était trop grande pour lui permettre de. croire à des promesses qui; allaient si. à l'enoontre de ses «raintes et de. ses noires prévisions* La vérité ne tarda pas cependant à se faire jour dans son esprit, et, dans la suite, elle ne cessa de rattacher sa déli^ vrance et celle de sa famille, à la « prophétie » et aux prières de la sœur Fontaine et de ses compagnes martvres.

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