ARRIVÉE A CAMBRAI. — PREMIÈRES IMPRESSIONS. ITT
condamnation à mort et commencer la série des exécutions sanglantes de la journée?
Des femmes du peuple très émues de ce douloureux spectacle et ne voulant pas se trouver sur la Place en face de la guillotine, quand coulerait le sang des Vierges consacrées à Dieu, vendirent au plus tôt, presque pour rien, leurs légumes, beurre ou autres produits, et quittèrent le marché.
La voiture entourée par un peuple sympathique pénétra dans la cour du collège. En attendant l'heure de comparaître devant leurs juges, les sœurs furent enfermées dans la chapelle qui servait de prison. Elles trouvèrent la, parmi les détenus, une dame de Cambrai, dont le nom a toujours été en vénération dans les familles les plus honorables de la ville. Madame de Merviel demeura peu de temps en contact avec les sœurs, mais dans ces circonstances graves entre toutes, elle remarqua bien vite leur grandeur d'âme, admira leur vertu, et leur souvenir se grava profondément dans son esprit. Plus tard, quand les Filles de la Charité reparurent à Cambrai, sous la conduite de la digne sœur Amblârd, l'amie des dernières heures se plut à rendre témoignage à ses compagnes d'un moment dans la prison du Séminaire. Elle et une vieille bonne attachée à sa maison, rappelèrent souvent les circonstances extraordinaires qui accompagnèrent leur sainte mort et le caractère prophétique de leurs dernières paroles.
Deux sentiments surnaturels dominaient les généreuses Filles de saint Vincent de Paul : avant tout le sentiment de la présence de Dieu qui se traduisait par la prière continuelle, l'abandon complet entre les mains de la divine Providence et une
espérance supérieure à toute crainte ; puis la conviction intime que leur sang coulerait le dernier. Leur attitude calme et résig-née, leur compassion pour le malheur des autres, mais surtout les promesses qu* elles faisaient de paix et de délivrance prochaine émurent vivement les détenuk et gravèrent pour toujours dans leur esprit, la figuré si sympathique des quatre martyres.