‹ Les bienheureuses Filles de la Charité d'Arras [microform]Chapitre 39 sur 58 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

IMPRESSION PRODUITE A CAMBRAI ET A ARRAS PAR LA PROPHÉTIE ET PAR LA MORT DES SŒURS.

Vénération du peuple de Cambrai pour les martyres. — Leur mort glorieuse regardée comme une bénédiction du ciel. — Les prisonniers rendus à la liberté leur attribuent leur délivrance. — Leur souvenir reste très vivant après plus d'un siècle.

Impression à Arras. — La famille Cartier rattache son salut à leurs prières. — Les quelques meubles et habits qu'elles ont leiissés sont attribués à la Maison de Charité.

Dès que la vérité de leur prophétie lui parut «vidente, le peuple de Cambrai conçut pour les sœurs une grande vénération. Il fut frappé tout d'abord de ne plus voir couler le sang sur l'échafaud où les Vierges consacrées à Dieu s'étaient offertes en sacrifice, puis un certain désarroi chez les persécuteurs attira son attention; bientôt il entrevit l'heure où conformément aux promesses djs martyres, la tranquillité et la paix seraient rendues à la ville.

Joseph Lebon, il est vrai, voulait faire mentir la prophétie ; il laissait fonctionner à Arras le tribunal révolutionnaire et la guillotine ; à Cam-

brai, il maintenait les prisons toujours pleines et l'échafaud toujours dressé; il ne faisait rien pour donner le change sur ses intentions du reste très connues; mais déjà lui et les siens se trouvaient frappés d'impuissance, ils continuaient à former des projets de mort et ne savaient plus leur donner de suite comme les jours précédents ; on aurait dit qu'une force invisible les dominait,, et les obligeait à surseoi^^a^lx. exécutions sanglantes,, jusqu'au jour de leur chute qui était imminente. Le peuple de Cambrai comprit qu'il touchait à la fin de ses maux.

Alors commença à naître, dans les esprits, la persuasion intime que la prière et la mort des 'quatre Filles- de 'là Ghaiaté,- avaient^ été pour' la ville et pour ses hahhànts (c. une. bénédiction du ciel y).: Quelques jours^après/uquand les .prisons s'ouvrirent et rendirent à la liberté et, aii: bonheur les malheureux détenus, .<;e-sentinient- s'accrut et se grava' si ' profondément ' dans fies «œurs 'qu'il n'est pas éteint après un siècle, et aujourd'hui encore, nombreuses' isonfci les \ famiUes .dans- le- sein desquelles il. se peirpétué; GesfamilleSj; témoins des événem.entsique nouS'ra«ontons,'^peuyent;se;vrameiner à troîsi eatçgories.r Nous n'avons :|»as apparier delà haute (noblesse. quivénjigréetoutienlière. ou à peuiprès^-^se .trouva en-réalité étcangère à «e qui se ;: passa' en France,' .pendant? les longs .mois ; de la Terreur.

En première ligne il; fantplacer la petkeinoblesse

et la haute bourgeoisie; elles sentirent durement

les .coups de la . Révolution,^ leursi .membres, les plus^

; influentsrlanguirent: dans: les prisons < ou; m^^oururent

sur l'échafiaud,. les moinsien .Y.ue,^;après la; confis-

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-deuils - ! et tristesses, :■ «ussi ■ n'aimaientrôls -upas à

; parler .^e^-la. Révolution, l Qoelquefoisï-oependant

. i ils .rappelaientulai délivranceides' prisonniers j- et,.

-nousiorit assuré destémoinsvrceEtainesi.Éaaniires ne

la '^paraient pas tdes. promesses» deiisaluitifaites^par

ii les 'sœurs^dé. Charité.

j II y^ a ensuite' les I familles dont^ilesj chefs ou . fondateurs' participèrent à .la -Révolution ^ s'enrichirent' des. dépouillés.de; l'émigration et-fdeiL'Eg lise, et ..se .-^ hâtèrent deMout •ôublierji.elleshnex'yeulent rien savoin sur les sœurs .et nous avons- évitée de: Je» interroger.

Enfin^ il >y.a Jes.familles .descendant ,î -des «omnaerçants et industriels,, de la petite bourgeoisie, des- ■ maraîchers, de>tous ceux enfin quiji sans attirer ,1 particulièrement l'attention;, se trouvèrent mêlés aux événements > et eurent moins à: en s souffrir. . Plus de iîinquantè -de ces familles, à Cambrai, parlent encore des sœurs, de.-tleur prière fervente, -de leurs promesses .de ^salut,'. de ; l'impression ^énorme qu'elles firent sur. tous. ..Gomme autrefois, idans la primitive. Église,..les chrétiens aimaient à set transmettre par. tradition l'iiéroïsme.des martyrs et les- . marques ; sensibles, que ; Dieu avait . données = de sa présence, et de .Nsa< protection, jsdnsi" les bons Gambrésiens s'entretiennent depuis, m un • siècle ;des vierges héroïques,. dontiDieu se servit pourannoncer au peuple . sa prochaine iatervention.

A Arras l'impression ne fut pas : mioîns forte, quoique peut-être' dans un^ jiO;mbre .de familles plus restreint. .La . Terreur s'était ■ abattue plus

ruineuse et pendant plus longtemps sur cette malheureuse ville. Tandis que Cambrai déplora la perte de cent cinquante-deux victimes de Lebon, Arras en compta trois cent quatre-vingt-six; des rues entières, paraît-il, perdirent leurs habitants ; les exécutions y continuèrent plus de deux semaines après le départ des sœurs; aussi le souvenir des circonstances extraordinaires qui accompagnèrent la mort des Filles de la Charité, ne s'est-il retrouvé que Sans les familles Béreux, Paris, Delignières, Meynieux descendant de M™* Cartier, et dans la Maison de Charité où les sœurs de saint Vincent de Paul reprirent de bonne heure les œuvres des martyres. Il est vrai que dans ces quatre familles et à la Maison de Charité, la vénération pour la « mère Fontaine et pour ses compagnes » a toujours été profonde, les souvenirs des adieux et de la prophétie sont demeurés très vivants, et on aime à parler avec détail et respect des canaux de cette tradition : de M°° Cartier, de M"'^ Béreux, des premières Filles de la Charité qui revinrent à Arras après la B.évolation.

Nos recherches sur ce point important, nous ont fait trouver aux Archives départementales du Pasde-Calais une pièce intéressante, relatant la conduite tenue à la mort des sœurs par Mury, le triste directeur de la Maison de Charité, que nous avons montré plus haut, acharné a dénoncer les eœars et à poursuivre leur condamnation à mort. Dès qu'il apprit leur exécution, ce malheureux réclama au District, comme bien de l'ancienne Maison de Charité, les effets que les quatre victimes avaient laissés à la prison des Baudets. Il estimait que rien ne leur appartenait; d'après lui

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