‹ Les bienheureuses Filles de la Charité d'Arras [microform]Chapitre 9 sur 58 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LA. SŒUR FANTOD.

3a famille. — Son village. — Son Postulat à Plouër. — Son Séminaire à Paris. — Ham. — Ghauny. — Cambrai. —

Arras.

La sœur Fantou était originaire de Bretagne, de a petite ville de Miniac-Morvan, dans l'ancien iiocèse de Dol. Les descendants de ses sœurs et de ses oncles, les familles Huet, Goger, Chenu, Fan-' ou, encore nombreux, profondément chrétiens, esimés dans le pays, conservent de la martyre un souvenir précis et religieux. Un de ses pelitsleveux, Pierre Goger, mort à l'âge de quatre-vingtm ans, au mois d'octobre 1900, fit deux ans de îongé militaire à Arras et à Cambrai. De retour au îays, il raconta avec attendrissement le bonheur {u'il avait eu de parcourir souvent les rues suivies lutrefois par sa tante, de visiter ses prisons, de iontempler l'endroit où elle avait versé pour la ^o\ son sang innocent et mérité la palme du Maryse. Cet événement raviva au village des souvenir i )récieux qui remontaient à la Révolution ellenême.

Pendant la Terreur, des relations purent s'éta-

blir entre Miniac-Morvan et Arras. Nous disons ailleurs le rôle noble et désintéressé de la sœur Fantou pendant ses longs mois d'angoisse, nous relevons les conseils qu'elle donna à sa famille et qui montrent une âme complètement détachée de la terre et n'aspirant plus qu'à vivre de Dieu. Aussi la tradition relative à nos Martyres, a-t-elle revêtu en Bretag'ne un cachet tout à fait distinctif, ' qu'elle ne conserve pas ailleurs. Les catholiques Bretons rapprochèrent, leur- enfant montant à l'ér chafaud, un chapelet sur la tête, de Notre-Seigneur Jésus-Christ montant au calvaire couronné d'épines. C'est qu'au moment où la sœur Fantou souffrait dans les prisons d'Arras et mourait à Cambrai, en Bretagne sa famille et tout le pays soutenaient la guerre sainte et mouraient généreusement pour la défense de la Foi. Les bois qui entourent son village et qui lui étaient familiers étaient sillonnés des détachements républicains et permettaient à ses concitoyens, peut-être à ses plus proches parents, d'organiser la guerre de guérillas et de tendre des embûches à l'ennemi.

Thérèse-Madeleine Fantou naquit à Miniac- Morvan le 29 juillet 1747» et reçut le jour même de sa naissance le sacrement de baptême. Miniac- Morvan est une grande paroisse de trois à quatre mille habitants. Le bourg est situé sur la ligne du chemin de fer stratégique qui relie la Normandie à la Bretagne et Brest à Cherbourg, par Dinan et Dol. Dès le ix^ siècle, on trouve une mçntion de cette localité qu'aurait traversée saint Malo. Plus tard de nombreux religieux, surtout les Bénédictins de Saint-Florent-de-Saumur, eurent des droits, des dîmes et autres intérêts à Miniac.

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Louis Fantou et Marie Robidou, père et mère de notre martyre, eurent sept enfants, deux fils et cinq filles. Ils fermèrent de bonne heure les yeux à leurs deux fils et à leur fille Madeleine, Dieu leur laissa Marie-Madeleine née le i3 juillet 1736, Gillette-Jeanne née le 6 décembre 1743, Mathurine-Charlotte du 24 février 1745 et Thérèse- Madeleine la plus jeune de la famille. Ces quatre enfants furent élevées dans la foi simple et vive des vieilles familles bretonnes, foi qui se manifesta par la suite dans toute sa beauté et sa pureté, et qui dure encore aujourd'hui dans les descendante.

Une maîtresse d'école recevait par an, du seigneur de Miniac, huit livres de rente pour tenir l'école du village. C'est avec elle, probablement, que Thérèse-Madeleine Fantou apprit à lire, à écrire et acquit l'ensemble des notions qui formaient à cette époque l'instruction et l'éducation des jeunes filles. Cependant il ne serait pas téméraire de dire qu'elle sortit de Miniac dans son enfance et fréquenta les Filles de la Charité. En 1764, quand elle n'avait encore que dix-sept ans, deux sœurs de la Sagesse vinrent .k Miniac tenir les classes-et soigner les malades ; la jeune Fantou les connut pendant sept ans, dut les voir de très près, et pourtant, résolue de quitter le monde et de se donner à Dieu, ce n'est pas à la Sagesse qu'elle se réfugie, mais à Plouër dans la famille de saint Vincent de Paul. Évidemment il y eut à cette préférence des raisons peut-être locales, peut-être de famille : il nous a été impossible de les découvrir.

Les Filles de la Charité soignaient les pauvres à Plouër depuis 1707. Appelées par Messire Vincent Delahaie, chanoine de l'église cathédrale de Saint-

Malo, bien partagées au point de vue matériel, elles formaient une petite communauté de trois sœurs et s'occupaient principalement des pauvres : œuvre favorite de leurs Fondateurs et de leur Compagnie naissante. Elles gardèrent la jeune Fantou les trois mois du Postulat, lui firent connaître leurs œuvres et, jugeant sa vocation sérieuse, la présentèrent au Séminaire de Paris, où elle fut reçue le 29 juillet 1771. Elle, avait vingt-quatre ans.

Son Séminaire se prolongea pr?s de douze mois. En juillet 1772, elle fut envoyée à Ham. Trois sœurs avaient été appelées dans cette ville en 1716 « pour tenir l'Hôtel-Dieu » et prendre soin des pauvres et des malades ; bientôt une quatrième leur fut adjointe, probablement pour s'occuper des enfants, car le contrat de fondation ne mentionnait pas l'école aux petites filles.

Il n'en était pas de même pour celui de Chauny où la sœur Fantou se rendit en quittant Ham. Là, deux sœurs seulement avaient été demandées en 1668 par les administrateurs de l'Hôtel-Dieu. Il était prévu qu'elles soigneraient les malades, et, dans la mesure où le temps le leur permettrait, feraient la classe aux petites filles.

La sœur Fantou passa encore par la Maison de Cambrai avant d'être envoyée à Arras. Peut-être y rcncontra-t-elle la sœur Lanel qui en 1769 y avait fait les saints Vœux.

N'ayant pas les dates de ces différents placements, nous ne pouvons rien préciser. Mais la remarque faite pour la sœur Lanel s'impose pour la sœur Fantou. Dieu ne semble-t-il pas avoir ménagé le séjour de ces deux martyres dans la ville de Cambrai, pour, un peu plus tard, attirer davantage l'attention

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du peuple, puis fixer dans la mémoire de tous, les circonstances exceptionnelles et de leur passage rapide dans la ville, et de leur mort glorieuse?

Aucun renseignement n'a été conservé sur les offices que remplit la sœur Fantou dans les trois maisons dont nous venons de parler, ni sur les motifs qui portèrent les supérieurs majeurs à lui donner ces différents postes, nous savons seule ment que, quand elle arriva à Arras, la Maison de Charité était en pleine prospérité sous la sage direction de la sœur Fontaine.

La sœur Fantou avait un esprit fin et délié qui savait se posséder dans les moments difficiles. Dans le fameux interrogatoire où les Commissaires du District d' Arras voudront faire dire aux sœurs qu'elles avaient caché dans leur maison des papiers contre-révolutionnaires, elle fera ressortir sans peine l'inanité de l'accusation, et prouvera combien il était facile à des ennemis d'introduire ces fameux papiers dans une cour fréquentée par le public.

L'attitude de la sœur dans cet interrogatoire^ ses relations de famille empreintes d'un grand esprit de foi, la pieuse et touchante tradition que ses parents conservent encore aujourd'hui sur ses derniers . moments, distinguent la sœur Fantou de ses compagnons de Martyre ; mais pendant la pre» mière période de sa vie, elle remplit dans le silence les œuvres de sa Vocation et passa tout à fait inaperçue.

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