‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 13 sur 88 · II. — LANGIOLO · texte numérisé non relu

II. — LANGIOLO

jusqu'à celle des compiles. C'était ce qu'il appelait sa mesure quotidienne. Pour prier plus à l'aise, il se retirait alors dans un oratoire attenant à sa chambre, ou dans la chapelle du palais ducal, ou, ce qu'il préférait, dans l'église de l'hôpital, dédiée au saint Libérateur. Cette église était peu éloignée du palais, et la présence de Notre-Seigneur y attirait Rodolphe.

De si pieuses oraisons prolongées sur des carreaux humides fatiguèrent à ce point le pauvre enfant, que ses genoux se gonflèrent et qu'une plaie douloureuse se forma sur l'un d'eux. Il consentit alors à changer d'attitude, mais il ne retrancha pas pour cela une minute du temps fixé pour sa prière.

De si saintes et de si précoces habitudes prouvaient évidemment que Dieu prodiguait des grâces extraordinaires à cette âme fervente, et leur rayonnement était si vif, qu'au palais on appelait communément Rodolphe le petit ange, VAngiolo. Il devait porter ce nom toujours, et plus tard, en pays musulman, sa vertu charmante devait encore le faire nommer un ange.

Mais les anges de la terre sont beaux surtout lorsqu'ils ont combattu pour conserver leur innocence, et Dieu, qui voulait que la vertu de son futur apôtre fût une vertu solide, permit que la tentation l'éprouvât. Pendant les derniers temps de son séjour à Atri, quelques parents de Rodolphe, trouvant sans doute sa conduite ridicule, voulurent faire l'essai de ses forces,

ATRT.

et ils introduisirent un jour chez lui une courtisane chargée de le séduire. L'adolescent, indigné, renvoya l'impudente avec une telle énergie, que celle-ci, confuse, jura, en se retirant, qu'une pareille innocence était inattaquable. Rodolphe, se levant alors, se jeta à genoux, et, par des larmes plus que par des paroles, remercia Dieu de l'avoir sauvegardé.

Ceux-là mêmes qui avaient eu l'infamie de la tramer, racontèrent l'aventure; on la sut au palais et dans la ville. Rodolphe y gagna en admiration. Sa chasteté, éprouvée par la tentation, n'en devint que plus forte, et Dieu le récompensa de sa fidélité comme il avait récompensé de la même victoire un autre saint, Thomas d'Aquin. Des anges ne vinrent point du Ciel ceindre Rodolphe d'un cordon mystérieux, mais il reçut pourtant, dès ce moment, un don de chasteté qu'aucun trouble des sens ne devait plus ternir. Lui-même, sur le point de quitter l'Europe, confia cette faveur à son intime ami, Charles Mastrilli.

Loin de le rendre présomptueux, cette victoire, qui avait montré à Rodolphe les dangers qu'offre la vie, ne servit qu'à augmenter sa vigilance. Plus résolu d'éviter la moindre occasion de pécher, il n'admit, en fait de livres ou d'amis, que ceux qui pouvaient lui donner de bons conseils et de bons exemples. Quant à sa parure, il en prenait si peu de soin, que ses frères, attribuant à son tempérament ce qui était un effet de

LAXGIOLO.

sa vertu, l'appelèrent le philosophe ou le stoïque. Quelquefois même, plus malicieux, ils l'appelaient le petit jésuite.

Rodolphe ne savait causer que des choses du Ciel, et il souffrait visiblement d'entendre parler de ces riens qui distrayaient les autres. On le savait ; aussi, dès qu'on le voyait apparaître, on se hâtait de changer la conversation, si celle qu'on tenait n'était pas de ce qu'il aimait. Il avait pris l'habitude de réunir, à certaines solennités, les dames de la cour et les plus fervents de ses amis, et de leur faire de petites prédications; il n'entendait pas qu'on vînt à ses sermons comme à un jeu; si quelqu'un parlait ou semblait peu attentif, il était doucement repris.

Les saints, même les plus purs, reçoivent, à certaines époques de leur vie, des lumières et des impressions plus fortes qui amènent ce qu'ils appellent leur conversion.

Louis de Gonzague disait qu'il s'était ainsi converti à cinq ans : ce fut à quatorze ans environ que Rodolphe d'Acquaviva sentit son âme emportée d'un plus vif élan.

C'était en 1564; le P. Nicolas Bobadilla était venu prêcher le carême à *Atri. Bobadilla était l'un des premiers compagnons de saint Ignace, un de ces neuf héros que Dieu avait réunis à Paris autour d'Ignace de Loyola pour fonder avec lui la Compagnie de Jésus.

ATRI

Cet idéal de sainteté que Rodolphe poursuivait, il crut le voir réalisé dans cet homme. Il l'accompagnait dans ses visites aux prisonniers et aux malades, et, ravi par son exemple, fortifié par ses conseils, il fit le vœu d'embrasser un jour son genre de vie, et, en attendant, d'imiter sa charité.

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Le Père des Pauvres.

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LE petit ange cl'Atri avait toujours beaucoup aimé les pauvres, surtout les plus délaissés ; mais sa charité prit dès lors un caractère plus résolu et plus viril. Il avait d'abord secouru les mendiants en cachette ; il s'enhardit et ne craignit pas d'aller les trouver à l'hôpital ou sur les places publiques. A la générosité princière qu'il tenait de sa race, il ajoutait cette charité que seule la foi inspire, et il se livrait d'autant mieux à ses inspirations, qu'il était sûr de se voir approuver par sa très pieuse mère. La duchesse, en effet, voyant que le plaisir de faire du bien était le seul qui charmait son fils, lui avait permis de s'y livrer sans scrupule, et de prendre même au besoin les objets de la maison pour subvenir à des maux pressants.

Rodolphe usait largement de cette permission. Tout ce qu'on lui donnait passait immédiatement aux pauvres ; son vestiaire même se dégarnissait constamment, au désespoir de ses serviteurs.

Un jour d'hiver, un pauvre, tout grelottant et à demi-nu, vint lui demander des habits. N'en ayant pas sous la main, Rodolphe avisa, faute de mieux, une portière de beau drap suspendue à l'entrée de sa cham-

Acquaviva.

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