‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 19 sur 88 · I. — l'appel de dieu · texte numérisé non relu

I. — l'appel de dieu

qu'il lui sembloit d'estre en un feu, lequel dura iusques à tant qu'il se résolut en tout de quitter le monde et entrer en la Compagnie, ce qu'ayant fermement proposé, il sentit une grande consolation et bon espoir d'obtenir ceste grâce, encore qu'aultrefois on la luy eust refusée. Après la messe, il entra en la maison, demandant à parler à son oncle, et luy estant respondu qu'il seroit mal possible de parler a luy pour lors, a cause qu'il estoit avec les aultres novices aux conférences spirituelles, il s'en alla pourmener au jardin, et rencontrant un de nos frères coadiuteurs, luy demande en quelle part de la maison estoit la salle des novices, laquelle, ayant trouvé ouverte, il se lance dedans, trouve le maistre des novices assis comme de coutume. » Aussytost, n'ayant nul esgard aux accoutremens de soye, tout nouveau se iette aux pieds du plus prochain et les baise avec grande ferveur et humilité. Le P. Alphonse Ruiz, qui estoit maistre des novices, se lève de sa place estonné de cette nouveauté, et, ne le cognoissant, eut de la peine de le faire lever de terre,

était même engagé par vœu. Il conjura ensuite son oncle de traiter celte affaire avec le duc et avec le Père Général.

Claude mit tout son art à s'acquitter de cette délicate mission, mais, malgré les soins qu'il prit pour l'adoucir, le coup qu'il était chargé de porter à son frère devait être douloureux. Si chrétien.qu'il fût,Acquaviva était père en effet, et, surtout après le deuil dont Dieu venait de l'affliger, il trouvait que c'était trop lui demander que de le prier de sacrifier son fils. 11 ajourna donc son consentement et fit même entendre, paraîtil, qu'il ramènerait peut-être son fils à .A.tri, afin de le soustraire à l'influence de son oncle.

se traînant le bon Rodolphe d'un novice à l'autre. Le Père, entendant qui il estoit, le voulut mener à part, pour entendre de luy ce qu'il prétendoit, et luy donner satisfaction, mais il n'en voulut sortir que premièrement il n'eut salué chasque novice, les priant tous qu'ils luy obtinssent de Dieu la grâce afin qu'il fust bien tost novice avec eux, et, sur ce, s'en alla avec le P. Alphonse en sa chambre, où il déclara entièrement sa résolution, et, de là, allèrent ensemble trouver Rodericquez (Rodriguez), Provincial, avec lesquel il avoit traicté autreffois, comme dict est. Le Père Provincial respondit qu'il ne le pouvoit admettre pour beaucoup de raisons, au reste qu'il le mèneroit au P. Borgia, Général, pour entendre de luy ce qu'il seroit de faire, ce qu'il fit avec grande satisfaction du ieune homme.

» Estant introduit au P. Général, et ayant humblement faict sa requeste, il receut incontinent la négative, disant le P., qu'il s'édiffioit grandement d'un tel bon désir, mais, pour lors, il ne le pourroit recevoir en la Compagnie, que, premièrement, il n'eut congé du duc, son père, et encore de Sa Sainteté qui l'avoit receu à son service. A ceste réponse, répliqua Rodolphe avecque larmes, que, pour l'amour de Dieu, on ne lui fist pas le tort de mettre aux iugements des hommes les inspirations de Dieu, parce que, facillement, iceulx, soubs prétexte de quelque bien apparent ,

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