I. — l'appel de dieu
pourroienl empescher le dessein du Saint - Esprit, et empescher un plus grand bien. Il usoit de telles paroles et aultres qui sembloient plus divines qu'humaines, et, ne pouvant gaigner le Père Général, il demeura bon espace pensif, ne sachant que dire.
» Le Père Général, le voyant si affligé, fut esmeu de compassion, et, ne le pouvant lors consoler aultrement, l'invita de disner avec soy, avecque intention cependant d'adviser le duc, afin qu'après le disner, il l'envoyast querrir, car il avait iuré qu'il ne sortirait de la maison professe que premièrement il ne fust receu. Rodolphe accepta volontiers le party, luy semblant avoir faict assez d'avoir amolli un peu la rigueur du P. Général et ne pouvoit quasy manger d'allégresse, luy semblant estre ia receu, et estant a demy ravy de la leçon (lecture) spirituelle qui se faisoit à la table du Père Général. Après la table, il commençât à parler de cest affaire au P. Général, lequel, à propos, divertissat le tout, lui mettant aucune fois en avant les difficultez qu'il auroit, mais cela allumoit davantage le feu, et dict entre autres choses, que celuy qui l'appeloit à la Compagnie scavoit bien tout cela, et qu'il ne manqueroit à luy donner les forces convenables pour surmonter telles difficultez, encore qu'elles arrivassent iusques à là qu'il fallut respandre son sang pour son sainct nom.
» Les Pères Assistens qui estoient là, luy voulurent
donner quelque change, mais il sa défendit gentiment, et comme le P. Provincial aporta un poinct un peu pregnant (emâarrassajt^) que peut estre il auroit choisy tel estât pour se retrouver avec son oncle qui freschement estoit entré, respondit franchement qu'il estoit content d'aller faire son novitiat aux parties septentrionales ou aux Indes, où il ni auroit espoir de iamais voir son oncle ou autre de ses parents, et que, silz en vouloient veoir la vérité, qu'ils en fissent la preuve en le recevant, qu'ils le verroient partir sans dire une seule parolle a son oncle, et, qu'encore qu'il aimast beaucoup, toutes fois il aimoit davantage sa vocation.
» Cependant que le ductardoità l'envoier quérir, les Pères Assistens l'entretenoient, lui monstrant la maison, la sacristie et l'église, et, encor qu'il dit que tout lui plaisoit, il monstroit toutes fois à son maintien qu'il avoit sa pensée ailleurs, et, sur ce, estant requis d'un père qui s'en aperceust, respondit : -i le diray la vérité à V. R. Encores que toutes les choses de la Compagnie me plaisent, reste qu'elle-mesme me plaict beaucoup davantage. »
» Or, le duc étant adverty, et ne voulant aller en furie, ny contredire à une affaire ou il sembloit que Dieu y mettoit les mains, et ne se voulant aussy appuyer sur son iugement, se détermina d'aller au Pape Plus V, et luy raconta le tout, ce qu'il feit pour procéder en ce