L. II
ROME
son service, et faisoit du cholérique, ne mangeoit ny ne dormoit comme il vouloit, ne faisoit aultres choses que de prier, soupirer, pleurer et faire pénitences de toutes sortes, iusque à en devenir maigre et defaict, ce qui estant raporté au duc son père, le feit venir manger à sa table et le reprit de l'excès qu'il faisoit en ces austéritez et pénitences. « C'est pour cela, mon père, dict-il, que ie désire aller au lieu où ie puisse avoir ung Supérieur qui me dise de la bouche de Dieu ce que ie doibs faire ou non faire, et ainsi, sy quelque iour pour me trouver sans guide, ie me perds, me tuant par indiscrétion, Votre Seigneurie demeurera obligée a en rendre compte à Dieu de ce qu'elle ne m'at pas laissé librement entrer en la religion en laquelle ie suis appelle. »
» Le duc, entendant ces parolles, dictes avec telle ferveur et si résolues, comme personne sage et chrestienne qu'il estoit, s'émeut tellement, qu'aussi tost il luy dict qu'il feist ce qu'il vouloit. »
Rodolphe demeura environ deux mois chez son père. Il eut, pendant ce temps, à soutenir bien des assauts, surtout de la part de sa grand'mère maternelle, Cécilia Orsinî, comtesse de Carpi. Mais la princesse s'attaquait à forte partie, et elle s'aperçut vite qu'elle ne gagnerait rien à discuter avec son petit-fils. A toutes ces raisons, celui-ci répondait par une maxime de l'Évangile, et les prétextes de la sagesse humaine venaient tous se briser devant cette sagesse supérieure. En désespoir de cause, la comtesse conseille à Rodolphe d'entrer dans un Ordre oia l'accès aux honneurs fût aisé. « C'est une
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