‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 26 sur 88 · I. Archives romaines · texte numérisé non relu

I. Archives romaines

LA VIE RELIGIEUSE

lui donc une chaise. » — • Ce saint petit ange partit aussitôt, rapide, alla prendre un siège assez loin et, le mettant au milieu du groupe, il s'agenouilla devant, avec cet air de dévotion qui n'appartenait qu'à lui. Il semblait alors à tous revêtu d'une splendeur extraordinaire et divine, et il se tenait comme s'il eût vraiment été en présence de Dieu. Il demeura ainsi jusqu'à ce que le Père Maître l'eût relevé. Ce n'était là qu'un signe du grand amour qu'il portait à Jésus- Christ, pour lequel il disait souvent qu'il voudrait répandre son sang, ce qu'il fît du reste plus tard avec la constance et l'intrépidité qui convenaient à un chrétien et à un religieux. >

Après avoir passé quelque temps à la maison professe, Rodolphe dut aller au Collège Romain : lui qui, dans le monde, s'était fait si souvent le serviteur des pauvres, n'éprouvait que de la joie à servir ses frères, et à remplir dans la maison les plus humbles, les plus vils emplois. Au témoignage de tous ceux qui l'ont alors «onnu, Rodolphe n'avait rien gardé du grand seigneur, ni dans l'attitude, ni dans le geste : sa charité et sa modestie le rendaient sans doute attrayant, mais il était parvenu à donner à ses manières quelque chose de si simple, qu'on le croyait dans son élément quand on le voyait occupé aux travaux domestiques.

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Il avait la passion de ce dévouement humiliant qui attire d'ordinaire, de la part des hommes, plus de mépris que d'admiration, et qui, pour cela même, lui était cher.

C'est à Saint-André que Rodolphe acheva son noviciat. On y souffrait beaucoup de la pauvreté. Le P. Bernardin Confalonieri, entré le 28 novembre 1568, quelques mois après Rodolphe, écrivait plus tard : « On souffrait, aux débuts, d'une vraie pauvreté et de beaucoup d'incommodités. Sans parler de la pénurie de vêtements et d'autres choses, le réfectoire n'était alors qu'un carré du jardin, fermé, d'un côté, par le mur de l'enclos de Mgr Croci, des autres, par des planches ou des arbres, et la première chaire qui servit au lecteur fut un laurier, puis une caisse, dans laquelle on gardait aussi le pain. D'une solive fixée au mur, pendait une vieille toile qui servait d'abri (i). »

C'est ce réfectoire improvisé qui abrita saint Stanislas et Rodolphe d'Acquaviva durant leur commun séjour à Saint-André. Stanislas, lui, ne devait faire que passer dans cette maison, que sa mort allait à jamais consacrer ; le 15 août 1568, en effet, il allait au Ciel assister à la fête de sa Mère.

Saint Stanislas Kostka était entré au noviciat le 28 octobre 1567, cinq mois avant Rodolphe, et trois

I . Histoire 7nanuscnie du Noviciat. (Archives de Saint- André.)

LA VIE RELICxIEUSE.

mois après Claude d'Acquaviva (i). Il eut peut-être plus de rapports avec Claude, car c'est sous sa direction qu'il fit, en arrivant au noviciat, sa retraite de probation. C'est avec Claude aussi qu'il avait été envoyé au Collège Romain pour y servir à la cuisine ; et Claude avait gardé, de ce temps-là, un souvenir qu'il aimait à rappeler. Le cuisinier leur avait ordonné à tous d'eux d'aller prendre au bûcher deux ou trois morceaux de bois. Claude, entendant les choses largement, en prenait une brassée ; Stanislas, voulant obéir à la lettre, ne portait que le nombre indiqué, disant que, lorsque Dieu commande, il ne faut rien modifier de ses ordres.

Stanislas était parmi les novices de la maison professe, quand Rodolphe, échappant à son père, vint se jeter à leurs pieds, leur demandant de prier pour sa vocation. La vue de cet adolescent, de son rang et de son âge, qui s'arrachait lui aussi au monde, dut toucher Stanislas, et il accorda sans doute dès lors à Rodolphe une de ces affections telles que les Anges en ont au Ciel.

Quand, à l'aube du 15 août 1568, Stanislas mourut à Saint-André, Rodolphe, avec les autres novices, assista à son bienheureux départ. Ensuite, il imita si bien ses vertus, qu'au dire de nombreux témoins, il faisait revivre en lui le cher saint disparu. C'était la

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