I. Entré le 22 juillet
même ferveur, la même humilité, surtout la même vertu aimable qui gagnait à Dieu et au bien tous ceux qui l'approchaient.
Après treize mois de noviciat, Rodolphe, au commencement de mai 1569, fut envoyé au collège de Macerata, en compagnie du P. Jean Vellar qui devait être son professeur, de Jean Palmerio et de Thomas Negro qui devaient, comme lui, faire leurs humanités, et du Frère Georges, coadjuteur, qui allait remplir au collège l'emploi de savetier.
Le petit collège de Macerata était encore à ses débuts. On n'y enseignait que les deux dernières classes de grammaire ; après le départ de Rodolphe, on en ajouta une troisième, mais ce n'est qu'au siècle suivant que le collège agrandi reçut le nom d'Université. En attendant cette période de prospérité, il était pauvre, et allait offrir au novice, avec la facilité de compléter ses études littéraires, l'occasion de souffrir et de s'humilier.
Rodolphe, nous l'avons dit, était peu avancé pour son âge. Son talent devait bientôt se révéler, mais il parut d'abord avoir peu d'aptitudes littéraires. Il se réjouissait du reste de cette infériorité qui l'humiliait ; il faisait même exprès, dans certaines séances publiques, de la faire remarquer. — Un jour, par exemple,
LA VIE RELIGIEUSE
qu'il avait peu brillé, il lui échappa de dire à un de ses condisciples, Nicolas Orlandini : « Oh! j'ai eu aujourd'hui ce que je désirais. » — Cependant, ce talent, qu'il était heureux de cacher, se fit jour. Autour de lui certains pensèrent alors que son esprit avait été éveillé et éclairé par Dieu ; d'autres, peut-être plus avisés, jugeaient que la lumière qui éclatait n'avait été retenue si longtemps captive, qu'à dessein.
Tout en se livrant avec ardeur à l'étude des lettres, Rodolphe avait obtenu d'être chargé du réfectoire de la maison, et il ne mettait pas plus de soin à ses autres travaux qu'à tenir propre son cher réfectoire. Après chaque classe, il s'y rendait, et, non content de remplir cet office, il s'offrait encore pour laver la vaisselle, pour balayer ou pour entretenir les lampes.
On était obligé, à Macerata, de quêter des vivres pour le collège. Un certain Jean de Saint-Antoine avait cette charge, et il allait souvent, à l'époque des vendanges, demander du moût aux vignes voisines de la ville. Rodolphe, à force de prier, obtint de l'accompagner. On le voyait alors, couvert d'habits rapiécés et d'un vieux chapeau usé, traîner par la bride l'âne aux provisions. Arrivé aux maisons connues, Antoine entrait, et Rodolphe attendait, gardant l'âne à la porte. Ceux qui, par hasard, reconnaissaient dans cet équipage le fils du duc d'Atri, se le montraient du doigt, tout étonnés et attendris.
Acquaviva.
C'était lui causer un vrai tourment que de parler devant lui de ses parents, ou de faire allusion à sa naissance. Il rougissait alors, et, s'il ne pouvait détourner la conversation, il laissait voir une telle peine que, par pitié, l'on se taisait. Le gouverneur de la Marche d'Ancône, Jean-Jérôme Albani, était très attaché à la famille d'Acquaviva, et plein de vénération pour Rodolphe: aussi aimait-il à le visiter et à réciter avec lui une partie des heures canoniales. En 1 770, il fut nommé cardinal, en même temps que Jules d'Acquaviva. A peine eut-il reçu le courrier pontifical que, dans l'espoir de faire plaisir à Rodolphe, Albani vint lui-même lui porter la nouvelle de l'élévation de son frère. Quel ne fut point son étonnement d'entendre le saint jeune homme, animé d'une sagesse surnaturelle, accueillir cette nouvelle par des gémissements ! « Oh ! comme je préférerais apprendre que Jules a embrassé la vie religieuse ! » s'écria-t-il ; et, tout attristé, il exposa au gouverneur la vanité et le danger des honneurs humains.
Lorsque, peu de tems après, Rodolphe eut regagné Rome, ses Supérieurs l'envoyèrent, avec le P. Claude, son oncle, visiter le nouveau cardinal. Dès que les Camériers aperçurent les visiteurs, ils s'empressèrent autour de Claude qu'ils connaissaient, et l'introduisirent aussitôt, sans même faire attention à Rodolphe qu'ils n'avaient jamais vu. Celui-ci, heureux de cette petite
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LA VIE RELIGIEUSE
humiliation, s'était déjà retiré dans un coin de l'antichambre, quand Claude, se retournant pour lui céder le pas, s'aperçut que son neveu avait disparu, et le demanda. Les Camériers, confus de leur méprise, essayèrent alors de la réparer en comblant de prévenances le frère du cardinal, mais elles lui furent assurément plus pénibles que l'erreur qui les avait provoquées.
Cette extrême réserve qu'il gardait vis-à-vis de sa famille, Rodolphe savait s'en départir quand la charité l'exigeait. Les pauvres d'Atri, en effet, n'avaient pas oublié leur avocat et leur père, et parfois, quand une dette trop criante les tourmentait, ou qu'ils se croyaient en butte à une injustice, ils le faisaient savoir à Rodolphe. Le religieux se souvenait alors qu'il était fils du duc, et des lettres pressantes allaient solliciter la pitié ou la justice paternelle.
Il n'avait point cessé du reste d'aimer dans les siens ce qui surtout doit être aimé, les âmes. Il ne perdait aucune occasion de faire du bien à celles de ses frères, et lorsque, quatre ans à peine après son élévation à la pourpre, Jules d'Acquaviva fut atteint mortellement, c'est Rodolphe qui vint lui annoncer ce que personne n'osait lui apprendre : que dans quelques heures il allait paraître devant Dieu,
Jules avait été l'ami du saint pape Pie V. Dans une brillante légation auprès de Philippe II, il avait obtenu de ce prince que ses ministres respecteraient les
immunités ecclésiastiques du Milanais; mais ce qui fait surtout son éloge, c'est que saint Pie V mourant, (1572,) avait voulu l'avoir auprès de lui, et l'entendre lui suggérer de pieuses invocations. Deux ans après son protecteur, Jules mourait âgé de vingt-huit ans (i). Rodolphe l'assista comme il avait autrefois assisté sa mère, et le seul regret du cardinal, à cette heure où l'on sent mieux le prix des choses, fut de s'être opposé à la vocation de ce frère dont il enviait actuellement le sort. « Bannissez toute douleur, écrivait ensuite Rodolphe à son frère aîné Albert ; Jules est parti pour un séjour meilleur que celui qu'il aurait eu ici-bas, il est déjà avec notre mère. Et souvenez-vous que ces coups sont des avertissements du Seigneur, par lesquels il nous réveille, afin que nous nous donnions à lui, tous et tout entiers. »
Après deux ans de séjour à Macerata, Rodolphe revint à Rome, en 1571, pour y suivre, au Collège Romain, pendant trois ans, les cours de philosophie. Le P. Laurentio Romano fut son professeur, et si, au début de ses études littéraires, Rodolphe éprouva quelques difficultés à égaler ses condisciples, il est sûr qu'en philosophie il fut un excellent élève. Son jugement droit, son esprit clair et précis, sa constance au