‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 31 sur 88 · Schinosi · texte numérisé non relu

Schinosi

Le bon air de Tivoli avait pourtant rétabli le jeune malade. Aussi, à peine de retour à Rome, s'empressat-il d'aller voir ses médecins, afin de leur prouver que, les forces lui étant revenues, la traversée des Indes lui deviendrait facile. Convaincu par son éloquence plus peut-être que par ses raisons, les médecins consentent à lui donner l'autorisation demandée, et Rodolphe, joyeux, la porte au P. Everard Mercurian en lui renouvelant ses supplications.

Touché de cette persistance, le P. Général demande du temps pour réfléchir. Ce temps demandé, Rodolphe, de son côté, l'emploie à prier et à se mortifier, et bientôt, à l'étonnement de tous, et malgré tous les conseils contraires, Mercurian annonce, qu'éclairé par une lumière divine, il voit que la place de Rodolphe est dans l'Inde, et qu'il l'y envoie. Le jeune apôtre venait d'achever sa troisième année de théologie. A la nouvelle de ce prochain départ, Claude d'Acquaviva eut un mouvement d'envie : l'exemple de Rodolphe l'avait touché, et, deux ans plus tard, quand on fonda la mission d'Angleterre, le jeune Provincial de Naples fut un des plus ardents à demander d'y être admis.

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Gï)apitre Premier.

La Traversée.

YANT de quitter Rome, les jeunes missionnaires allèrent demander la bénédiction du Souverain-Pontife. Ils étaient quatre : Rodolphe, Pierre Berna, qui devait être le compagnon de martyre de Rodolphe, Michel Ruggieri, qui devait, le premier de son Ordre, pénétrer en Chine, et Nicolas Spinola. Grégoire XIII les accueillit avec bonté : « Partez, chers fils, leur dit-il, partez heureux. Je voudrais être votre compagnon. » — Et après s'être quelque temps entretenu avec eux : « Allez heureux, répéta-t-il, et que Dieu vous conduise et vous ramène aussi dans votre patrie. » — En sortant de l'audience, Rodolphe fit remarquer ces dernières paroles à Michel Ruggieri, et lui assura qu'il reviendrait à Rome. Michel y revint en effet, plus tard, pour y traiter des intérêts sjjirituels de la Chine.

A la fin de novembre de 1577, Rodolphe et ses compagnons quittaient Rome et allaient à Livourne s'embarquer pour Gênes. Le fils du duc d'Atri, en quittant l'Italie, n'emportait d'autre trésor personnel qu'une pauvre image de Notre-Dame, que le Père Général

Acquaviva,

lui avait donnée en lui disant adieu. Rodolphe, depuis, la porta toujours sur son cœur.

Les voyageurs étaient à peine en mer qu'une affreuse, tempête assaillit leur navire et le poussa sur la côte. Les matelots, se croyant déjà perdus, s'étaient jetés à la nage. Spinola les avait imités ; mais les trois autres missionnaires ne savaient pas nager, et, d'un moment ài'autre, ils s'attendaient à sombrer. Ils firent alors le vœu, s'ils échappaient au danger, d'aller en pèlerinage et nu-pieds à un sanctuaire voisin, de s'y confesser et d'y communier. Leur prière fut entendue : le vent tomba, et le navire put gagner le n'vage. Leur pèlerinage accompli, les voyageurs allèrent à Gênes par voie de terre.

Mais ils n'étaient qu'au début de leurs tribulations, et, partis de Gênes sur un navire de transport vénitien, ils rencontrèrent dans le golfe du Lion un danger pire encore que celui auquel ils venaient d'échapper. Pendant sept jours, ils furent le jouet d'une tempête furieuse qui démâta leur bâtiment ; le vent et les paquets d'eau défoncèrent les cabines de la dunette, qui leur servaient d'habitation, et ils durent chercher un gîte dans l'entrepont, rempli déjà de chevaux qu'on transportait en Espagne.

Une lettre de Rodolphe au Père Général nous apprend une autre épreuve de cette traversée, et nous prouve que, pour être d'excellents missionnaires,

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