L. III
GOA
» situation. Ma santé, grâce à Dieu, est assez bonne, » et j'ai beaucoup de force : je pourrai donc servir le » Seigneur dans l'Inde. Je ne doute aucunement que » Dieu ne m'ait assisté en ce voyage à cause de vos » prières ; tous, en effet, s'étonnent que je me porte » mieux ici qu'à Rome. Par cette marque de sa pro- » tection, et par d'autres grâces qu'il m'a accordées » en route, Dieu m'a fait plus clairement comprendre » que c'est Lui. qui me veut dans l'Inde. Oui, mon » Père, tenez pour certain que, même si mon départ » ne doit être utile à personne, il me sera à moi-même » plus utile que je ne puis le dire. Et j'éprouve dans » cette vocation tant de joie, que je ne la changerais » pas pour l'empire du monde. Je sais déjà, en effet, » quelle différence il y a à servir Dieu dans l'épreuve » et à le servir loin d'elle, et combien ces vertus que » l'on croit avoir lorsqu'on prie tranquillement dans » sa chambre, s'évanouissent dès que vient le danger. » Or, je ne puis oublier que c'est à vous, mon Père, que » je dois ce très grand honneur ; j'en suis d'autant •» plus confus, qu'en Espagne et ici, à Lisbonne, il y a » de grands et nombreux serviteurs de Dieu qui, mal- » gré leurs désirs, n'ont pu l'obtenir. Comme je le vois, » Dieu choisit ce qui est faible afin de bien montrer » que tout le succès vient de lui. Plnfin, je vous prie » très instamment, mon Père, de me compter toujours » parmi vos fils, malgré mon indignité. Rien dans
r. — LA TRAVERSÉE.
» mon voyage ne me donnera plus de confiance que » votre bénédiction et vos prières. Avec elles je ne » crains rien. Comme souvenir de votre paternelle » protection, je porte toujours sur mon cœur l'image » de la Mère de Dieu que vous m'avez donnée à mon » départ et qui m'est très chère. Tous les jours, devant » elle, je prie le Seigneur et lui demande qu'il dirige » et protège votre Paternité (i). »
Lisbonne réservait à Rodolphe une grande grâce. Il n'était pas encore prêtre, et, la flotte des Indes tardant à appareiller, on profita de ce retard pour le promouvoir au sacerdoce. Le pieux apôtre se prépara avec ferveur à cette fête, à laquelle les circonstances donnaient une si particulière solennité, et le 12 mars, fête de saint Grégoire, il célébra sa première messe. Celui qui avait alors entendu sa confession générale, pouvait affirmer, après la mort du martyr, qu'il n'avait jamais commis de faute grave.
Afin de partir le cœur plus léger, le nouveau prêtre signa aussi, à Lisbonne, sa renonciation légale à ses biens patrimoniaux, et, suivant à la lettre le précepte du Seigneur, il fit, des pauvres, ses héritiers exclusifs. Dans sa candeur enthousiaste, Rodolphe accueillait avec transport tout ce qui lui parlait de sacrifice; ainsi, des saignements de nez lui survenant à Lisbonne presque chaque nuit, son compagnon, Michel Ruggieri,