LE COLLEGE DE SAINT- PAUL
autre consolation. La nièce du rajah musulman de Bedjapour devenait chrétienne, et se faisait solennellement baptiser à Goa. Un assez grand nombre de catéchumènes devant aussi recevoir le baptême, Rodolphe fut prié de conférer ce sacrement à vingt d'entre eux. Or, de ce nombre était un vieux musulman qu'une inspiration intérieure et puissante avait fait descendre de ses montagnes de Balegathe. Il suppliait qu'on ne différât point son baptême, et, malgré son instruction rudimentaire, on s'était décidé à exaucer ses prières. — Rodolphe l'avait à peine baptisé, que Je pauvre vieillard fut pris d'une hémorragie qui l'emporta le jour même.
Ce premier ministère avait encore accru le zèle apostolique du Père d'Acquaviva, et il ne soupirait plus qu'après le jour où il serait envoyé dans une des chrétientés de la côte de Malabar ou de la Pêcherie. Tous ses compagnons de route avaient déjà reçu un poste de combat. Son âme guerrière désirait le sien. Mais Dieu, qui lui réservait un champ d'action digne de sa vaillance, voulut d'abord le lui faire mériter par une année d'attente.
Le collège de Saint-Paul de Goa n'était pas seulement un séminaire destiné aux élèves indigènes. Les novices et les scolastiques de la Compagnie de Jésus
y devaient suivre les cours de philosophie et de théologie.— Malheureusement divers fléaux qui avaient désolé la ville, et surtout la crainte qu'inspirait le rajah de Bedjapour, avaient troublé, depuis plusieurs années, le cours régulier des études. — Le Supérieur de Saint- Paul voulait le rétablir, et, trouvant en Rodolphe un maître tout préparé, il obtint qu'on lui confiât l'enseignement de la philosophie (i).
L'ardent missionnaire, qui ne rêvait qu'apostolat, fut donc chargé d'apprendre aux jeunes religieux ses frères la philosophie scolastique. — Ce rôle dut sans doute le surpendre et peut-être lui coûter, mais il était trop avancé dans les voies de la perfection pour ne pas savoir que l'obéissance est la vertu la plus féconde. Il se mit donc allègrement à l'œuvre, et, pendant tout un an, il enseigna la dialectique, puis entreprit l'explication du traité de la nature.
Goa avait encore bien à souffrir, car les armées du rajah Idalkan n'étaient qu'à une lieue de la ville, et les pirates malabars infestaient continuellement le port. — Mais les sacrifices que causait cet état d'appréhen-
I. En 1570, sous le gouvernement de Louis de Ataide, Idalkan et Nizam oui Moulk, vassaux du Mogol, avaient juré de chasser les Portugais de l'Inde. Idalkan assiégea Goa avec cent mille hommes. Ataide ne pouvait lui en opposer que sept cents. Il arma les moines et les esclaves, ce qui lui donna un renfort de treize cents hommes, et, à la suite d'une longue et héroïque résistance, il força Idalkan à se retirer, après avoir perdu douze mille hommes. Par cette brillante résistance Ataide avait sauvé les établissements portugais de l'Inde.