I. — L ACCUEIL
Aujourd'hui la banlieue de Fatehpour est déserte. Deux villages se sont groupés dans l'intérieur de la cité, dont bien des maisons sont en ruines. Mais, à côté des décombres, les anciens palais et les mosquées sont si admirablement conservés, qu'on se demande, en les voyant, si cette cité enchantée vient d'être abandonnée, et si Akbar n'est pas près d'y rentrer.
Fatehpour a trois lieues environ de périmètre. Ses murailles, en parfait état de conservation, sont percées de cinq portes monumentales ; de larges voies bordées de palais conduisent à la cité haute, la ville noble, où l'on pénètre par la porte des Éléphants, haut portail flanqué d'éléphants de marbre. Des palais de ministres et de princes couvrent le versant nord de la colline : palais de grès rose et de marbre blanc, aux ciselures incomparables. Enfin, au sommet de la colline, un groupe compact de monuments couvre une superficie de plus de deux kilomètres de longueur, et, dans cette masse imposante et fantastique, se dégagent, presque intacts , le palais impérial , les nombreux pavillons composant le harem, une mosquée et divers monuments magnifiques ou bizarres, attestant tous la prodigieuse magnificence du souverain qui les a élevés.
C'est dans ces palais et parmi ces ruines qu'il faudrait lire les lettres de Rodolphe d'Acquaviva. Elles aideraient à comprendre la splendeur de cette cour
96 L. IV. — FATEHPOUR.
de Fatehpour dont aucun autre Européen n'a pu nous parler en témoin.
Akbar, depuis le départ de son envoyé, comptait les étapes que devaient faire les voyageurs, et les jours qui les séparaient de lui. Son impatience était si grande, que le P. Montferrat, étant tombé malade, dut être laissé à Narwar, à six journées de marche de Fatehpour. Ainsi Rodolphe d'Acquaviva, qui pendant son voyage avait appris un peu le persan, et le P. Henriquez arrivèrent seuls, le 27 février 1580.
Dès qu'il apprit leur arrivée, Akbar leur fit défendre de parler à personne avant de l'avoir vu, et il ordonna qu'on les introduisît aussitôt.
Près du palais impérial, on voit à Fatehpour un édifice qu'on nomme le Dewaiii-am, ou palais des Audiences : il donne, d'un côté, sur la cour du Patchisi ou du Damier, pavée de grandes dalles de grès blanches et rouges disposées en échiquier. Quand Akbar et ses courtisans jouaient sur ce gigantesque damier, des esclaves du harem, aux couleurs des joueurs, mouvaient les pions d'ivoire et les changeaient de dalle. Dans cette cour aussi, Akbar donnait audience au peuple.
Le dewani-am donne, de l'autre côté, sur une seconde cour entourée de colonnades. A certains jours Akbar s'y rendait en grand apparat pour s'y montrer aux nobles. La tradition locale rapporte encore aujourd'hui que
jlÊL^^È.^l^ft^"X ^° È^ÈJ:IÈJlÈ.^IÊJL^^È "X i° °A° °>