‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 45 sur 88 · L. IV · texte numérisé non relu

L. IV

FATEHPOUR.

L'empereur n'était pas accoutumé à de semblables réponses. Il respecta le désir du religieux, mais donna l'ordre à Dominique Ferez de veiller à ce que rien ne lui manquât. Cet ordre mit le pauvre Ferez dans un singulier embarras, car, pour obéir à l'empereur, il aurait voulu combler de soins Acquaviva, et celui-ci acceptait à peine de quoi ne pas mourir de faim : ce qui forçait Ferez de porter plainte à Akbar.

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Luttes et Epreuves.

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L'affection sincère dont l'empereur avait fait preuve dans son accueil ne pouvait que remplir d'espérance le cœur des missionnaires.

Cédant à sa prière, ceux-ci lui avaient apporté de Goa une superbe bible polyglotte, richement reliée en sept volumes. Ils la lui remirent dans une seconde audience. Akbar reçut les Livres saints avec le plus grand respect. S'étant découvert, il posa chaque volume sur sa tête, puis le baisa. Il demanda surtout lequel de ces livres était l'Évangile, et le vénéra encore plus que les autres ; puis il le fit porter dans ses appartements. Ayant ensuite appris que les missionnaires demeuraient assez loin, dans une sorte de caravansérail, il leur ordonna de monter au palais, et leur fit donner un logement écarté dans les bâtiments impériaux.

Le premier soin des missionnaires fut de dresser une petite chapelle et de l'orner de leur mieux. Audessus de l'autel ils placèrent une copie de la Madone de Sainte-Marie Majeure. Ce tableau était une des célèbres copies que S. François de Borgia avait fait prendre, avec la permission de saint Pie V. Un ta-

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bleau semblable avait été donné au bienheureux martyr Ignace d'Azevedo. Akbar, introduit dans cette chapelle, fut touché par la vue de la pieuse image, et, pour mieux l'honorer, il se prosterna devant elle à la mode persane, puis il s'agenouilla comme le font les chrétiens, et s'étendit ensuite à la façon des Indiens, disant qu'une telle Majesté était digne d'être vénérée selon les rites de tous les peuples.

Le prince ne cessa dès lors de combler ses hôtes d'attentions. Quand le P. Montferrat, que la maladie avait surpris en route, put arriver à Fatehpour, Akbar ordonna à ses médecins de le soigner, et lui-même vint plusieurs fois le visiter.

Mais la satisfaction de la curiosité royale n'était point ce que les missionnaires cherchaient à obtenir. Il leur tardait de pouvoir ouvertement prêcher à Fatehpour la foi de Jésus-Christ, et comme Akbar de son côté désirait être instruit, il fut convenu que, tous les samedis, il entendrait Rodolphe lui expliquer le catéchisme. Afin de mieux éprouver la solidité de cet enseignement, Akbar voulut même que son ministre Aboul Fazel et les plus fameux de ses docteurs en fussent aussi témoins. C'était soumettre à une terrible épreuve le courage et la prudence d'Acquaviva.

Les conférences commencèrent, et, comme il fallait s'y attendre, elles ne tardèrent pas à devenir contradictoires, car les Mahométans, effrayés des coups que

LUTTES ET ÉPREUVES

Rodolphe portait à leur foi, essayèrent de les parer ou d'y répondre. Les deux religions furent donc publiquement comparées ; à la vie de Mahomet, à sa doctrine, à ses lois, Rodolphe opposa la vie de Jésus- Christ, ses préceptes, sa morale. Aux évidentes contradictions du prophète, il opposa la merveilleuse unité doctrinale de l'Eglise. Au bout du troisième entretien, l'esprit d'Akbar semblait convaincu ; d'autant plus qu'en comparant la vie de ses docteurs musulmans à celle tout angélique que menait Acquaviva, il pouvait comprendre de quel côté étaient les meilleures garanties de sincérité.

L'attitude si franche de Rodolphe devait évidemment lui susciter de terribles haines, surtout de la part des gourous ou anachorètes, que le peuple avait en vénération, et avec qui Akbar lui-même devait compter. Ils ne pouvaient pardonner au prêtre romain de les avoir battus ; une rage sourde couvait dans leur cœur, et ils cherchaient une occasion de la manifester.

Un d'eux crut avoir trouvé sa vengeance. C'était le plus renommé de leur troupe, et celui-là même, peutêtre, dont la tombe d'onyx et de nacre s'élève encore à Fatehpour, au milieu de la splendide mosquée qu'Akbar lui éleva. Il crut perdre Rodolphe en lui proposant une épreuve à laquelle il pensait bien que le prêtre chrétien ne se soumettrait pas. Il le défia

Acqu aviva.

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d'entrer dans une fournaise, l'Évangile à la main, tandis que lui y entrerait aussi portant l'Alcoran. Le premier mouvement de Rodolphe, toujours généreux et candide, fut d'accepter ce défi. Mais on lui remontra qu'il ne pouvait pas tenter Dieu sans nécessité, et que, la doctrine de Mahomet ayant été démontrée mauvaise par des preuves reconnues concluantes, il était inutile de la soumettre encore à l'épreuve du miracle.

Rodolphe se rendit à ces raisons, moins par conviction que par désir de céder au jugement d'autrui, mais, ne voulant pas que l'on prît son refus pour une défaite, il résolut de confesser Jésus-Christ avec une franchise telle, que les flammes du bûcher fussent le prix de son audace.

Après avoir longtemps prié, il se rendit donc à la cour, et au milieu de l'assemblée de princes et de docteurs réunis pour assister à l'épreuve du feu, il déclara que volontiers, pour prouver la vérité de l'Évangile, il donnerait sa vie. Il demanda qu'on allumât un bûcher et qu'on l'y jetât, et, pour qu'il y eût une raison à cette exécution, il s'écria que Mahomet n'était qu'un faux prophète, trompeur et corrupteur, tandis que Jésus- Christ était le F ils du Dieu vivant, le seul Sauveur et le seul Rédempteur des hommes. De telles paroles, téméraires à dessein, eussent été immédiatement suivies de la mort d'Acquaviva, si la présence du

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