III. — LA SOLITUDE. — LA PERSÉCUTION
fit seulement accompagner du P. Montferrat, pour que le prince, dont le Père était précepteur, ne fût pas, pendant l'expédition, privé de ses leçons.
Rodolphe, séparé de ses deux compagnons, resta donc seul à Fatehpour. Un isolement si plein d'amertume et de danger aurait accablé une âme moins forte que la sienne. Lui en profita pour mener au milieu de ce peuple, dont les blasphèmes et les vices le navraient, une vie de victime expiatrice. Le jour, il travaillait et il priait : grâce à ce labeur opiniâtre, il apprit à la perfection la langue persane, et il connut si bien l'Alcoran, qu'il pouvait de mémoire en citer les contradictions, à tel point qu'aucun docteur n'osait plus devant lui défendre Mahomet. La nuit, Rodolphe prolongeait sa prière ; parfois, à genoux sur la terrasse de sa maison, il priait jusqu'au jour pour cette terre infidèle et païenne que sa parole ne convertissait point.
Mais ses ennemis, que la présence d'Akbar ne contenait plus, lui faisaient durement expier ses offenses à leur Prophète : dès qu'il sortait, les enfants l'entouraient et l'accablaient d'insultes ; on l'appelait étranger, chrétien, cafre, revenant. La foule s'ameutait autour de lui, et, après l'avoir bien regardé de la tête aux pieds, l'accablait de brocards. Lui, passait, modeste, souriant, pardonnant tout. Si la crainte d'exposer les autres chrétiens, l'avenir et la vie même du roi ne