LA SOLITUDE. — LA PERSÉCUTION
il dut bientôt s'arrêter, et fut près de mourir en route. Uniquement entouré de païens ou de mahométans qui ne désiraient que sa mort, se sentant abandonné, sans amis et sans soins, il répétait doucement la parole du Prophète : « Le pauvre se remet en vos mains, vous serez l'aide de l'orphelin. » Il put enfin reprendre assez de forces pour atteindre Lahore, où Akbar ne tarda point à arriver lui-même. Les défiances qui avaient quelque temps assombri l'esprit du prince étaient dissipées. Il reçut A-cquaviva comme un ami tendrement aimé, et avec tant d'honneurs que les courtisans ne savaient assez en exprimer leur élonnement.
Rodolphe était tout à la joie de ce retour, quand il apprit que le P. Éverard Mercurian, Général de la Compagnie de Jésus, était mort (i), et que son successeur était le P. Claude d'Acquaviva, élu le 19 février 1581. Acette occasion, l'on put une fois de plus reconnaître combien l'àme de Rodolphe était inaccessible aux mouvements ordinaires de l'amour-propre. Il ne montra, en effet, aucune joie de l'élection de son oncle ; il ne lui en écrivit même pas, et quand vint la date fixée pour sa correspondance avec Rome, il écrivit à Acquaviva comme il eût écrit à son prédécesseur. Tant ce qui rappelait la gloire humaine le laissait indifférent !
Un autre événement plus important encore s'était
Il était mort le i^' août 15^
Il6 L. IV. — FATEHPOUR.
accompli en Europe, et il devait avoir son contre-coup en Mogolie. En 1580, à la mort du cardinal-roi Don Henri (i) , le Portugal avait été soumis à la couronne d'Espagne. A cette nouvelle, Akbar comprit qu'il était d'une bonne politique de s'assurer la protection et l'amitié du nouveau maître de Goa. Il résolut en conséquence d'envoyer une ambassade en Europe, et, pour qu'elle y fût mieux accueillie, il pria le P. Montferrat d'accompagner son envoyé. Le P. Montferrat dut accepter : il partit au printemps de 1582, laissant Rodolphe seul pour la seconde fois.
Rodolphe comprenait trop l'importance du poste qu'il défendait pour se laisser abattre par ce nouveau délaissement ou par les incertitudes de l'avenir. Aussi, au mois d'avril 1582, écrivant au P. Général son oncle, il lui indiquait les motifs qui, à son sens, défendaient d'abandonner la Mogolie. Rien, mieux que ces observations précises, ne prouve la sûreté et la largeur de vues de Rodolphe d'Acquaviva. Il disait :
« La première raison (de rester ici), c'est que le Roi donne encore des espérances ; il veut connaître la loi de Dieu, il me traite avec plus de bienveillance que jamais,
» 2. Nous espérons dans le second fils du Roi, actuellement âgé de treize ans. Il apprend le portugais, et, en même temps, les vérités de notre foi. Il s'y