LA SOLITUDE. — LA PERSÉCUTION
montre attaché, et il retirera du fruit de cette étude, parce qu'il semble bien disposé et qu'il a du talent. Le P. Montferrat a été son professeur ; je le suis actuellement.
» 3. Nous avons découvert toute une contrée de païens qui se trouve au-delà de Lahore, près du fleuve Indus (i). Ce peuple est bien disposé et très religieux. Nous espérons que, si on leur envoyait deux Pères pleins d'un esprit vraiment apostolique, on y récolterait beaucoup de fruits.
» 4. Il y a ici un vieillard, père du secrétaire du Roi, et en qui le prince a grande confiance : ce vieillard a abandonné le monde, il donne des preuves de haute vertu, prie beaucoup, et semble disposé à recevoir la lumière de la foi. Il nous est très attaché, il veut apprendre notre loi, et nous avons déjà été lui faire, à cet effet , quelques visites qui nous ont beaucoup consolés.
» 5. Enfin c'est ici réellement que nous sommes dans l'Inde. Ce royaume peut servir de point de départ pour atteindre tout le nord de l'Inde et la moitié de l'Asie, et puisque la Compagnie y est déjà entrée et qu'elle y rencontre la protection d'un Roi si puissant et de ses fils, il ne semble pas convenable
r. Rodolphe d'Acquaviva désigne sans doute ici les peuples du Pendjab, que lui-même et surtout le P. Montferrat avaient pu connaître pendant l'expédition conduite par Akbar. Le jugement de Rodolphe était juste et l'apostolat du P. Jérôme Xavier devait, plus tard, être fécond à Lahore.
A-quaviva.
l8 L. IV. — FATEHPOUK.
d'en sortir avant d'avoir épuisé tous les moyens possibles pour opérer des conversions dans l'intérieur de l'Inde. Jusqu'ici en effet on n'en a fait que sur les côtes (i). »
Claude d'Acquaviva adopta pleinement ces vues si sages et si apostoliques. Il répondit à son neveu qu'il échangerait volontiers, s'il le pouvait, son sort avec le sien, et qu'il l'exhortait à tenir ferme dans ce poste tant que le roi l'y laisserait. Malheureusement, quand cette réponse de Claude d'Acquaviva parvint à Goa, Rodolphe y avait déjà été rappelé.
Aussi bien, après avoir exposé ses plans à ses Supérieurs, le P. Rodolphe d'Acquaviva s'en remit pour l'avenir à leur sagesse, et il ne songea plus qu'à mériter, par une vie plus sainte, la grâce et la conversion pour le peuple qui l'entourait. Pendant près d'une année qu'il resta seul auprès du Grand Mogol, il ne mit aucun frein à ses austérités, et ses plus mortels ennemis étaient forcés de confesser qu'une telle existence était moins humaine qu'angélique. Un Père de Goa à qui Rodolphe ouvrit ensuite sa conscience, déclara, après la mort du martyr, qu'il s'était astreint, surtout pendant cette dernière année, à une vie érémitique. Il mangeait à peine, et jeûnait parfois une semaine entière sans prendre de nourriture. Toujours couvert d'un rude cilice, il se livrait chaque nuit à de dures macérations,