‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 52 sur 88 · I. Bartoli · texte numérisé non relu

I. Bartoli

m. — LA SOLITUDE. — LA PERSÉCUTION.

puis il se mettait à prier et restait en oraison jusqu'au matin.

Une nuit, le fils aîné d'Akbar, le futur empereur Jehanghir, entendit un bruit prolongé dont il ne se rendait pas compte. Se levant aussitôt, il alla du côté d'où les coups partaient. Arrivé près de la chambre de Rodolphe, il voulut voir ce qui s'y passait et aperçut alors le saint homme se déchirant impitoyablement à coups de discipline. Quand il put entrer, il vit le sol couvert de sang. Le prince garda de cette scène un ineffaçable souvenir, et de longues années plus tard il la racontait au P. Jérôme Xavier en ajoutant : « Oh ! quel homme ! quel homme c'était que ce Père ! »

Rodolphe avait repris à la cour ses catéchismes du samedi. Des mahométans y assistaient presque toujours, et Rodolphe ne se contentait pas de les dominer par sa science, il les charmait encore par son incomparable charité. Toujours courtois dans la discussion, il ne se permettait aucune parole, aucun geste qui pût blesser un adversaire. Si l'un d'eux émettait une pensée juste, il était le premier à la relever pour le louer, si bien que ses ennemis étaient tout réjouis de se voir ainsi signalés par lui à l'attention du prince. Cet admirable mélange de charité, de hardiesse et de grâce faisait croître de jour en jour l'autorité de l'apôtre.

Akbar, qui n'essayait plus de résister au charme qu'Acquaviva exerçait sur lui, cherchait parfois à

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témoigner son amitié par des présents : mais ils étaient toujours refusés. Un jour il voulait à tout prix que Rodolphe acceptât une pièce d'or d'une valeur d'environ cent écus, et, fatigué enfin des résistances de Rodolphe, il jeta son présent au compagnon du missionnaire.

Celui-ci comprit bien qu'il fallait céder, mais le lendemain il revint au palais, et, après avoir expliqué au roi ce qu'était la p^^uvreté apostolique, il le pria de reprendre son or. Akbar le prit et le fit donner aux pauvres en exaltant le désintéressement du prêtre catholique.

Mais précisément parce qu'elle les confondait, la vertu du P. d'Acquaviva exaspérait les mahométans, et de jour en jour leur fureur augmentait. L'empereur, ne pouvant se dissimuler les dangers que courait son hôte, lui déclara qu'on en voulait à sa vie et que désormais il lui donnerait une garde. « Je t'aime beaucoup, lui dit-il, à cause de ta religion et parce que tu m'as plus appris qu'aucun autre homme. Mais les mahométans sont des hommes pervers et criminels ; aussi je yeux te donner quelques-uns de mes fidèles, qui te gardent et qui t'accompagnent quand tu sortiras. »

« — Je vous remercie de cette preuve de bon vouloir, répondit Rodolphe, et j'en suis aussi reconnaissant que possible. Mais vous savez que, lorsque nous sommes arrivés ici, le vice-roi des Indes exigeait de vous des

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