‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 54 sur 88 · IV. — DERNIERS EFFORTS. — RETOUR A GOA · texte numérisé non relu

IV. — DERNIERS EFFORTS. — RETOUR A GOA

revenir à Goa. — Le P. Montferrat avait pu rendre compte au Provincial ainsi qu'au vice-roi des Indes de la situation de son compagnon, et le vice- roi François Mascarenhas, estimant que personne mieux que Rodolphe ne pouvait traiter à Rome les affaires de la mission, fit demander à Akbar de lui rendre ce missionnaire.

Rodolphe était dangereusement malade quand cet ordre lui parvint, et, malgré tous les soins dont le roi l'entourait, on craignait pour sa vie. Pourtant, dès qu'il connut le désir de son Supérieur, il voulut, bien que dévoré par la fièvre, aller voir l'empereur et l'informer de ces nouvelles dispositions. « Si l'ambassade ne peut partir qu'avec toi, répondit Akbar, elle ne partira pas. Les Pères qui doivent venir de Goa, je veux les voir avant de te laisser partir ; s'ils me plaisent autant que tu me plais, je ne te retiendrai plus. Mais, pour le moment, n'espère pas me persuader de te laisser partir de bon gré. » Ceux qui entendirent cette réponse du roi l'approuvèrent, car la sainteté attire toujours des sympathies à ceux qui la possèdent, et on ne pouvait pas s'empêcher, à la cour, d'appeler Rodolphe le saint ou le prophète.

Le P. d'Acquaviva informa donc son Supérieur des résistances qu'il rencontrait. « Comme vous me disiez de ne point partir, si cela devait déplaire au roi, et cornme mon départ l'aurait vivement contrarié, j'ai

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cru devoir attendre. Du reste, pour moi, je ne me crois ni utile ici, ni nécessaire à l'ambassade d'Europe, et je ne désire pas plus être ici qu'ailleurs. Je ne me propose uniquement que d'accomplir la volonté divine, et je sais bien que ce n'est que vous qui me la transmettrez. Aussi, de même que j'ai fixé ici ma tente sur votre ordre, de même, sur votre ordre, je la replierai quand bon vous semblera. »

En se prêtant aux désirs d'Akbar, Rodolphe le croyait encore sincère ; mais quelle ne fut point sa surprise de voir bientôt le Grand Mogol entreprendre de fonder une nouvelle religion et d'établir un nouveau culte ! Réunissant en effet les docteurs et les grands de sa cour, Akbar leur déclara un jour que, des quatre religions qui se partageaient son empire, il voulait faire un mélange. Et de fait, du Mahométisme, du Brahmanisme, du Magisme persan et de la sainte Religion chrétienne, il composa un monstrueux amalgame, que personne ne songea à rejeter, parce que le père du mensonge se complaît indifféremment dans toutes les erreurs, et qu'il n'est intolérant qu'envers la seule vérité.

Le malheureux Akbar, à qui Dieu, semble-t-il, avait réservé un grand rôle, et qui, par sa conversion, aurait pu devenir le Constantin de l'Asie, était donc plus ouvertement que jamais infidèle à la grâce. Il essaya bien de déguiser son jeu aux yeux du P. Rodolphe

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