I. — LA MISSION
qui la limite au nord et à l'est, s'étend une langue de terre que deux petites rivières et des montagnes escarpées séparent, au sud, du continent. C'est la presqu'île de Salsette (i).
Salsette faisait anciennement partie du royaume de Bedjapour. Le rajah Idalkan, à la suite de bien des guerres, avait consenti à la céder aux Portugais ; mais cette petite contrée, toujours insoumise, était un nid de révoltés d'autant plus audacieux, qu'à la première menace des représailles portugaises, ils pouvaient se mettre à couvert en passant sur les terres du rajah.
D'un climat relativement tempéré, Salsette était riche et bien peuplée. En 1580, la péninsule comptait environ 80.000 habitants, répartis dans soixante villages. Presque tous étaient brahmes et ennemis fanatiques de la religion chrétienne.
Personne avant 1560 n'avait pu prêcher l'Evangile à Salsette. Les Pères Antoine de Quadros et Pierre Mascarenhas, et le Frère Manuel Gomez, furent les premiers qui l'y portèrent; mais l'île étant une des plus saintes de l'Inde, ils eurent une peine inouïe à s'y faire accepter, malgré l'appui du très pieux vice-roi Don Constantin de Bragance. Deux missionnaires furent
I. Il ne faut point confondre Salsette de Goa et la grande île du même nom située au nord de Bombay et que les Portugais appelaient Salsette de Bazaïm.
même un jour lapidés par les païens, et tous les infidèles qui faisaient mine de se convertir étaient aussitôt l'objet de la fureur des idolâtres. Dans certains villages j toute conversion au catholicisme était immédiatement punie de mort.
A cette époque, heureusement, on ne connaissait pas en Portugal le scepticisme qui règle les conseils de la politique moderne.
Aujourd'hui, quand une nation européenne s'empare
d'une colonie infidèle, elle essaie bien de lui faire
adopter son industrie et son code, mais elle ne songe
guère à lui communiquer sa foi. — D'ailleurs l'État
moderne n'a plus de foi, plus de religion : le respect
qu'il affecte pour toutes, prouve qu'il n'en a pour
aucune. S'il est sage et loyal comme l'Angleterre, il
peut sans doute laisser le champ libre à l'apostolat de
toutes les confessions chrétiennes, mais lui-même il ne
prêche ni les Védas ni l'Kvangile. — Il se tient, en
fait d'enseignement moral, dans des considérations
philosophiques, et le spectacle de son indifférence
officielle, la fréquentation de ses pandémoniinns sco-
1 laires, n'a pour plus clair effet que de rendre les infi-
i dèles sceptiques ou athées. — C'est ce qui arrive tous
les jours aux brahmes étudiants de Bombay ou de
I Madras ; c'est ce que ne peut empêcher l'Angleterre,
: parce que, transfuge elle-même de la vérité, elle doit,
en vertu de ses principes, laisser chacun croire et penser