‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 61 sur 88 · I. — LA MISSION · texte numérisé non relu

I. — LA MISSION

ce qui lui plaît : mais c'est aussi le vice irrémédiable de notre méthode moderne (i).

Les grands colonisateurs chrétiens du XV I^ siècle, les Espagnols et les Portugais, usaient d'un tout autre système. Convaincus de la vérité exclusive de leur religion, connaissant sa vertu civilisatrice et sachant, qu'ils répondraient devant Dieu du salut des peuples qu'ils avaient conquis, ils s'occupaient avant tout de les convertir à leur foi. Les princes envoyaient et aidaient les apôtres ; ceux-ci se laissaient volontiers tuer, et les peuples, à la vue de ce sang répandu, s'inclinaient. Dominés par une conviction plus forte que la leur, ils la partageaient, et, devenus par la foi les frères de leurs conquérants, ils formaient une nation nouvelle, une, forte, et d'une élévation morale telle, que nos systèmes modernes n'en produiront jamais.

C'est cette méthode que les Portugais appliquèrent à Salsette. Elle devait coûter cher au P. d'Acquaviva, mais aussi elle allait admirablement réussir.

Non content d'interdire rigoureusement les cérémonies impures ou cruelles des païens, en particulier la crémation des veuves sur le tombeau de leurs maris, le vice-roi de Goa voulut que les deux mille chrétiens déjà convertis fussent énergiquement soutenus contre

1. Le baron de Hiibner a très nettement indiqué le point faible de cette méthode dans son ouvrage A travers V Empire briiajinique, t. 2, Hachette, 1886.

les vexations des païens. Les brahmes n'ayant accueilli ces mesures que par un redoublement d'insolence, D. Antoine de Noronha ordonna, en 1567, au capitaine de Salsette, Diego Fernandez, de détruire et de brûler un grand nombre d'idoles et de temples.

Les Indiens frémirent sous cet outrage, et, dans l'espoir d'obtenir davantage par la ruse que par la force, ils eurent l'idée d'envoyer en Portugal un de leurs sages pour y plaider la cause de leurs dieux, et y obtenir à prix d'or la liberté complète de leur culte. Leur adroit député était sur le point d'obtenir du Conseil royal de Lisbonne un arrêt le mettant à couvert des décrets du vice-roi des Indes, quand le P. Alphonse Pacheco, envoyé par la province de Goa pour traiter en Europe les affaires de la mission, vint aussi à Lisbonne. Il y rencontra Philippe II, le nouveau souverain du Portugal, et il put le renseigner sur l'état des choses à Salsette.

Par un étrange renversement des rôles, les Jésuites avaient été accusés, devant le roi d'Espagne, d'autoriser à Salsette les temples des idoles, moyennant des redevances qui augmenteraient leurs revenus.

Amené comme par hasard à découvrir cette accusation, Philippe II fut heureux de la voir réfutée, et, comprenant parfaitement que son devoir était de faire régner Jésus-Christ à Salsette, il donna des ordres sévères pour que la propagation de la foi y fût puis-

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