‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 62 sur 88 · LA MISSION · texte numérisé non relu

LA MISSION

samment secondée. Quand, au mois d'avril 1581, François Pacheco repartit pour Goa avec le nouveau vice-roi François Mascarenhas, il était porteur d'instructions qui allaient enlever toute espérance aux ennemis de la foi.

Pendant ces négociations toutefois, la guerre avait éclaté à Salsette. Les brahmes avaient réuni une armée et détruit impitoyablement la chrétienté de l'île. Ils avaient rasé les chapelles et mis en fuite les Pères. Ils n'avaient respecté qu'un humble Frère coadjuteur dont le dévouement à soigner les malades, même païens, les avait touchés. Une poignée de Portugais bien armés aurait suffi pour disperser les pillards, mais, faute d'argent, le gouvernement de Goa ne pouvait envoyer du secours. Pour défendre leurs néophytes menacés, les Pères empruntèrent alors trois mille écus et réunirent une troupe de deux cents Portugais, plus excités du reste par le désir de défendre leurs frères que par l'appât de cette faible solde.

La présence de la petite troupe terrifia les bandits de Salsette et les fit reculer. Les chrétiens purent relever leurs églises et leurs maisons brûlées et renversées mais la paix ne dura qu'autant que les Portugais demeurèrent à Salsette.

Les brahmes avaient engagé dans leur parti le rajah de Bedjapour, Idalkhan. Tout heureux d'avoir cette occasion de se venger des chrétiens et des Por-

tugais, Idalkhan fondit à l'improviste sur Salsette, que la troupe goanaise venait d'abandonner, et il écrasa sans peine les chrétiens.

Mais une telle insolence devait être châtiée.Le viceroi, François Mascarenhas, expédia aussitôt de puissants renforts sous les ordres de son neveu, Jean Mascarenhas, capitaine général de la côte de Malabar ; les insurgés durent se rendre à merci.

Cinq villages s'étaient montrés surtout hostiles et cruels, et de terribles représailles allaient évidemment les atteindre. A cette nouvelle, le P. Pacheco, qui avait été à Lisbonne l'adversaire résolu de leur impiété, se fit leur avocat auprès du vice-roi, et il eut la joie d'obtenir, même pour ces cinq villages, une amnistie complète et un oubli absolu du passé. On espérait que les malheureux seraient touchés par cette charité; ils firent semblant de l'être, mais n'en gardèrent au cœur qu'une haine encore plus implacable contre Alphonse Pacheco. Un autre Père avait aussi encouru leur haine, c'était le Père Pierre Berna, qui, pendant la dernière campagne, avait fait tuer un bœuf, animal trois fois saint à leurs yeux, — et avait fait jeter ses entrailles dans un étang sacré.

Rassurés cependant par les bonnes paroles des brahmes, les chrétiens croyaient la paix solidement assise, et les missionnaires eux-mêmes reprenaient avec joie les œuvres suspendues par la guerre. — Pour

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