II. — LES VICTIMES
avait d'abord porté le nom d'Alphonse de Minaya. Par sa mère, Catherine de Alarcon, il descendait de ce fameux seigneur Alarcon, un des meilleurs capitaines de Charles-Quint, qui avait pris François I^'^ à Pavie.
Mais c'est Alphonse Pacheco qui devait donner à son blason son plus brillant quartier.
14 fut élevé au collège de la Compagnie de Jésus à Belmonte. A seize ans, il entendit l'appel de Dieu, et, sacrifiant de bon cœur les joies terrestres qu'il aurait pu se promettre, il fut reçu, le 8 septembre 1566, au noviciat de la Compagnie à Villarejo de Fuentes. Ses parents, loin de s'opposer à sa vocation, regardaient comme un honneur pour leur famille que Dieu s'y daignât choisir un apôtre.
Après deux ans de noviciat, Alphonse alla suivre les cours de philosophie et de théologie de l'Université d'Alcala. Tout en étudiant avec ardeur, le jeune religieux restait humble et austère ; il aimait à visiter les prisons et les hôpitaux : ses condisciples s'apercevaient déjà qu'un saint se préparait en lui.
En 1574, le P. Général Everard Mercurian avait accordé au P. Alexandre Valignani, Visiteur des missions de l'Inde, de lever en Europe quelques recrues pour l'Orient. Dès que les provinces d'Europe connurent cette décision, elles offrirent généreusement au Visiteur la fleur de leur jeunesse : la province de
Tolède, plus généreuse que les autres, donna douze missionnaires. Alphonse Pacheco rêvait d'être de ce nombre, mais ses talents, à lui aussi, faisaient concevoir trop d'espérances pour qu'on pût se résoudre à le céder. On le refusa au P. Valignani. Dieu pourtant le voulait, et Dieu sait obtenir ce qu'il veut.
Alphonse, après le départ des heureux élus, avait redoublé de prières et d'austérités ; or les missionnaires arrivés à Lisbonne étaient sur le point de s'embarquer, lorsque l'un d'eux, un Frère coadjuteur, tomba malade. Le P. Valignani écrivit aussitôt au Provincial de Tolède, le suppliant d'envoyer en toute hâte un remplaçant, et, à tout hasard, il nomma Alphonse Pacheco, bien convaincu cependant qu'on ne prendrait même pas sa demande en considération. Alphonse, lui, n'avait pas été étonné de ce contre-temps ; à celui qui le lui avait annoncé, il avait répondu simplement que Dieu avait arrêté un voyageur afin que lui fût élu à sa place.
Averti de l'heure où le Père Provincial devait traiter cette affaire avec ses conseillers, Alphonse avait demandé à tous" ses amis d'aller prier en ce moment devant le Saint-Sacrement. A l'heure dite, la Communauté fut très étonnée de se trouver presque toute réunie à la chapelle. On priait sans savoir quel intérêt était en jeu, lorsque Alphonse accourt, tout joyeux, annonçant que sa cause est gagnée, et qu'il part pour
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GOA : Chapelle dite de Saint-François Xavier.
(Saint François Xavier aimait à se retirer dans cette chapelle, attenante au Collège de Saint-Paul.)
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