‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 65 sur 88 · LES VICTIMES · texte numérisé non relu

LES VICTIMES

les missions. Dieu avait, en effet, si bien touché les cœurs, que ceux-là mêmes qui, plusieurs fois, s'étaient opposés au départ d'Alphonse, y consentaient maintenant, et n'y mettaient qu'une condition : c'est que ce départ serait approuvé par le frère aîné d'Alphonse, Don Pierre Pacheco,

Pierre essaya bien d'abord de retenir son frère, mais les prières d'Alphonse eurent aisément raison de sa résistance, et le consentement fut donné. Libre alors de tout lien, Alphonse part pour Lisbonne, où le P. Valignani, grand appréciateur d'hommes, eut bien vite compris quel trésor il avait gagné.

Alphonse Pacheco espérait aller au Japon, le terme envié de toutes les grandes âmes de ce temps ; mais Dieu, pour l'éprouver, contraria absolument ses désirs. Arrivé à Goa en 1574, il y fut ordonné prêtre, puis nommé ministre du collège de Saint-Paul. Après avoir exercé cette fonction trois années, Alphonse fut nommé compagnon du Père Provincial : il devait, dans cette charge délicate, apprendre à gouverner.

Il l'avait si bien appris, et montrait tant de dextérité à résoudre les affaires les plus compliquées, qu'il fut choisi comme député de la mission de Goa auprès du Souverain-Pontife, du Père Général et de la cour de Lisbonne. Ces fonctions étaient bien ingrates pour un homme qui ne rêvait que du martyre. Le Provincial de Goa ne les lui confiait pas sans crainte : il redoutait

que les Pères d'Europe, une fois en possession de Pacheco, ne refusassent de le rendre à l'Orient. Aussi, en le congédiant, le P. Rodrigue Vincent lui avait recommandé avec larmes de revenir, et, peu après son départ, il lui écrivait encore :

« Courage, mon Père, et souvenez-vous bien que » du jour où vous êtes venu ici une première fois, » vous vous êtes entièrement donné et voué à cette » mission. Aussi, que Dieu ne permette point qu'elle » soit privée de vous. Pour moi, je suis tellement » persuadé du bien que vous pouvez faire ici, que » ma douleur serait extrême si je savais qu'un jour, » même après ma mort, vous deviez nous être en- » levé(i). »

Le Père Provincial écrivait aussi au P. Everard Mercurian: « J'envoie à Rome le P. Alphonse Pacheco » qui vous instruira de notre situation. Ayez en lui la » même confiance qu'en moi. Sa prudence, sa vertu, » son expérience l'en rendent digne. Il connaît tous les » Pères de la province, les ayant gouvernés au collège » ou les ayant visités avec moi. Surtout c'est un vrai » enfant de la Compagnie. Aussi je vous supplie » instamment de nous le renvoyer, car cette province » ferait, en le perdant, une perte que j'estime consi- » dérable (2). »

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