II. — LES VICTIMES
Alphonse était parti de Cochin en 1578. Il était en Portugal depuis peu quand, à la mort du cardinal-roi, éclatèrent les troubles causés par les guerres de succession. Pacheco était espagnol, et le séjour de Lisbonne lui devenait difficile en de semblables circonstances. Il gagna Rome, et, après avoir réglé à loisir les affaires de sa mission avec le Souverain- Pontife Grégoire XIII et le P. Everard Mercurian, il revint en Portugal, où le nouveau souverain, Philippe II, l'accueillit avec bonté. Pacheco, nous l'avons dit, avait trouvé l'esprit de ce prince prévenu par les intrigues des païens de Salsette. Il détrompa le roi catholique et lui persuada de remplir son devoir de protecteur de la foi et de gardien armé des droits de Jp'sus- Christ.
Le 25 avril 1581, Alphonse Pacheco s'embarquait avec treize missionnaires. Un d'eux était le P. Antoine Francisco, qui devait partager le martyre d'Acquaviva et de Pacheco ; un autre était le P. Jérôme. Xavier, le futur successeur d'Acquaviva à la cour du Grand Mogol. Le vice-roi, François Mascarenhas, montait le même vaisseau, et dès le premier jour Alphonse avait conquis toute sa confiance.
Les néophytes avaient besoin dans l'Inde d'un protecteur qui fût à la fois leur patron auprès des magistrats portugais, leur défenseur contre les vexations des païens et même des chrétiens, leur recours dans les
moments d'indigence suprême, et le distributeur des aumônes ou des récompenses auxquelles leur misère ou leurs vertus leur donnaient droit. Celui qui remplissait ce rôle était communément appelé le père des chrétiens. Alphonse Pacheco, à son arrivée à Goa, en fut chargé. Il était d'autant mieux à même de le remplir, que François Mascarenhas l'avait pris pour confesseur, et que Portugais et Indiens avaient une égale confiance en lui.
Alphonse venait d'obtenir le pardon pour les révoltés de Salsette, quand il fut prié d'accompagner dans cette île le Père Rodolphe d'Acquaviva. On avait tout lieu de croire que sa présence serait une recommandation pour le nouveau Supérieur.
Les missionnaires de Salsette attendaient avec impatience le P. d'Acquaviva. Ils le reçurent à Cortalin, le premier village qu'il devait rencontrer en venant de Goa. Celui qui l'accueillit avec le plus de joie fut son compatriote, le P. Pierre Berna, parti de Rome autrefois avec lui, et devenu en peu de temps l'apôtre le plus zélé de Salsette.
Pierre Berna était né en 1550 à Ascona, sur le Lac Majeur. De bonne heure il avait manifesté de si grandes dispositions pour la piété, que ses parents s'habituaient à le regarder comme un Samuel destiné par Dieu à de grandes choses . Après avoir fait d'excellentes