II. — LES VICTIMES
études à Rome, au Collège Germanique, Pierre était entré dans la Compagnie à l'âge de vingt-cinq ans, et peu de mois après son admission, il avait eu la bonne fortune d'être envoyé dans l'Inde. Son départ comme celui de Pacheco fut dû, pour ainsi dire, à un hasard. Mercurian avait désigné huit missionnaires pour l'Inde; mais un d'eux, au moment du départ, ayant été arrêté, le P. Général permit au P. Nicolas Spinola, leur Supérieur, d'aller au noviciat de Saint-André et d'y prendre celui qui lui. conviendrait. Spinola se présente devant les novices et demande un volontaire. Tous s'offrent, mais l'âge et la figure énergique de Pierre Berna arrêtent l'attention du missionnaire. Son choix est approuvé par le P. Général, et Pierre envoyé à Lisbonne.
Pierre avait un frère nommé Guillaume. A peine averti du départ de son frère, Guillaume courut à Saint- André afin de retenir le fugitif par l'instance de ses prières et le spectacle de sa douleur. Mais il fut si touché à sa vue, que, l'embrassant sans parler, il le laissa à son enthousiasme et se retira résigné.
Arrivé à Goa en octobre 1579, et bientôt après ordonné prêtre, Pierre Berna fut aussitôt envoyé à Salsette. Pendant trois ans il s'était consacré avec un rare bonheur à l'évangélisation de ce peuple récalcitrant. Le territoire confié à ses soins était, au printemps, presque toujours inondé par une rivière débordée.
Acquavlva.
L'apôtre, chaque jour, la traversait à la nage et gagnait les cœurs par sa joyeuse intrépidité.
Pendantl'expédition que François Mascarenhasavait dirigée contre les brahmes révoltés, Pierre avait servi d'aumônier aux soldats, et, jaloux de réparer l'offense faite au vrai Dieu, il avait mis une ardeur sans pareille à renverser des idoles. C'était lui encore qui avait fait répandre le sang d'un bœuf dans un étang sacré, témoin séculaire des plus abominables superstitions. Les païens avaient juré de l'en punir et ils ne devaient pas tarder à tenir leur serment.
Après Pierre Berna, nous devons signaler deux autres des missionnaires de Salsette : Antoine Francisco et François Aranha, tous deux Portugais, tous deux prochains compagnons de martyre d'Acquaviva.
Antoine était né à Coïmbre. A la nouvelle de la mort héroïque de son glorieux compatriote, Ignace d'Azevedo, il avait résolu d'entrer dans la Compagnie de Jésus, et dès lors n'avait cessé d'entrevoir le martyre au terme de sa route. Parti pour l'Inde en 1580 avec le P. Pacheco et ordonné prêtre à Goa, il avait été destiné aussitôt à la mission des Moluques, et ce seul choix prouvait sa ferveur, car la mission des Moluques était des plus dangereuses;lesSupérieurs n'y envoyaient que des vaillants. Antoine n'avait pu cependant gngner le redoutable archipel. Rejeté par la tempête sur les côtes de Salsette, il venait d'être chargé dans cette île
IL — LES VICTLMES.