‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 68 sur 88 · ISI · texte numérisé non relu

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de l'église d'Orlin, et il était encore dans les débuts de son ministère, lorsque Rodolphe d'Acquaviva débarqua à Salsette.

François Aranha était né à Braga, mais il était venu de bonne heure dans l'Inde avec son oncle, qui fut le premier archevêque de Goa. Le premier novembre 1571, François demanda à être admis dans la Compagnie au simple titre de Frère coadjuteur. Il avait alors vingt ans. Donné de bonne heure à la mission de Salsette, il lui avait rendu les plus grands services : c'était lui qui construisait les chapelles de l'ile, et, non content de servir par son travail la cause de Notre-Seigneur, il ne manquait aucune occasion de dire une bonne parole aux païens. Cet apostolat avait touché tant de cœurs, qu'Aranha était devenu odieux aux brahmes.

François était demeuré longtemps à Rachol, et, pendant son séjour dans cette ville, il se servait, en guise de lit, d'une sorte de grande caisse reléguée dans un coin. Or le saint religieux avait alors coutume de dire que cette caisse, qui lui servait de lit, un jour deviendrait son cercueil, et que, lorsqu'il serait martyr, on l'ensevelirait dans cette bière . — Beaucoup de témoins l'avaient entendu répéter cette prédiction, et ils n'y prêtaient presque pas d'attention. Nous verrons pourtant bientôt comment elle se réalisa.

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Gl)ap(tre Troisième.

Le Martyre.

LES missionnaires de Salsette avaient attendu l'ar^ rivée du P. Rodolphe d'Acquaviva pour renouveler leurs vœux. Cette cérémonie eut donc lieu à Cortalin, le I [ juillet 1583. Après avoir fait à ses frères une exhortation chaleureuse, Rodolphe reçut leur oblation mystique, symbole et prélude de l'oblation sanglante à laquelle lui-même devait aussi présider bientôt. Le soir même de cette fête de famille, tous les missionnaires partaient pour Verna, village célèbre par son église dédiée à la sainte Croix.

On devait, à Verna, s'entendre sur la méthode à suivre pour convertir Salsette, et le grand obstacle à l'apostolat venant d'habitude des défauts des apôtres, Rodolphe voulut qu'avec une religieuse franchise tous s'avertissent mutuellement de leurs défauts. Les projets de chacun furent ensuite examinés, et un plan d'action commune arrêté.

Le vice-roi avait recommandé de construire dans toute l'île le plus de chapelles qu'il se pourrait, afin que leur vue habituât les infidèles aux solennités chrétiennes, et qu'on pût ainsi les apprivoiser peu à peu. Il fallait au plus tôt répondre à cette sage invi-

LE MARTYRE

tation : il fut donc décidé qu'on élèverait dans tous les villages une chapelle, ou, du moins, une hutte surmontée de la Croix. On n'éviterait pas les villages hostiles : il fallait au contraire que Jésus-Christ prît possession de tous les hameaux de l'île, en conquérant dans chacun quelques pieds au moins de terrain,

La soumission des villages révoltés, et le service que le P. Pacheco avait rendu à leurs chefs, permettaient de croire qu'ils se laisseraient aborder, et d'ailleurs cette troupe d'avant-garde ne regardait pas au danger.

Cette décision prise, les Pères visitent d'abord les chrétientés établies et les principaux villages païens. Le P. Pacheco, le Père des chrétiens, laisse quelques aumônes aux malheureux, aux païens comme aux fidèles. Puis le P. Rodolphe se rend à l'église de Rachol, pour inviter les Portugais et les chrétiens indigènes à le suivre à Coucolim, où il va élever une croix. Coucolim était le village le plus hostile au christianisme. Ses habitants avaient toujours pris l'initiative de toutes les révoltes, et leur férocité n'était que trop connue à Salsette. — En sortant de Rachol, Rodolphe va faire la même invitation aux habitants d'Orlin. Des deux villages on répondit à son appel, et, au jour indiqué, une cinquantaine de chrétiens servaient d'escorte aux cinq missionnaires : Rodolphe

d'Acquaviva, Alphonse Pacheco, Antoine Francisco, Pierre Berna et François Aranha. Deux Portugais accompagnaient aussi les Pères : Gonzalo Rodriguez, secrétaire du commandant de Rachol, et Dominique d'Aghiar.

Afin de bien montrer qu'ils ne voulaient pas le surprendre, le P. Francisco avait écrit au chef du village que le Supérieur et quelques missionnaires iraient le visiter le lendemain, et qu'il le priait de les bien recevoir. Le chef répondit que la terre appartenait aux Portugais, et que les Pères pourraient venir, sûrs d'être reçus avec joie ; que la réception, il est vrai, ne pourrait pas être bien solennelle, parce que les habitants étaient alors divisés entre eux, mais qu'elle serait affectueuse.

Les infidèles savaient pourquoi les Pères venaient à eux. La veille, ceux-ci avaient envoyé de Rachol un Indien pour élever tout près du village un abri en feuilles de palmier qui pût les garantir contre les pluies, fréquentes en cette saison. Les infidèles avaient permis d'élever cet abri, mais, soupçonnant qu'on en ferait une chapelle où le sacrifice des chrétiens serait célébré, il leur était venu un affreux désir de vengeance. Pour le mieux satisfaire, les brahmes de Coucolim avertissent aussitôt ceux des villages d'Ambeli, d'Assalona et de Veli, et les invitent à prendre part au crime qu'ils méditent.

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