‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 71 sur 88 · III. — LE MARTYRE · texte numérisé non relu

III. — LE MARTYRE

les victimes étendues où elles étaient tombées. A l'aube suivante, ils se réunirent pour jeter tous les cadavres dans une sorte de citerne ordinairement desséchée mais alors remplie d'eau. Ils ne voulaient pas que le vice-roi ou que les Pères de Goa pussent les retrouver. On dépouilla donc ces restes sacrés, on les traîna par les pieds jusqu'à la citerne, on les y précipita, et, pour qu'ils ne fussent pas aperçus, même s'ils surnageaient, on les recouvrit d'un lit de feuilles sèches et de fagots. C'est de cette tombe ignominieuse que la main de l'Église devra les retirer pour les élever peu à peu jusqu'à la gloire des autels.

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Gï)apttre Bremier.

Premiers Honneurs.

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E jour même de l'horrible massacre, un Patamar, ou courrier du Malabar, descendait de Goa à Cochin. Il portait des lettres au P. Alexandre Valignani, Visiteur des Indes, récemment arrivé du Japon. Ce courrier avait appris en passant l'événement de Salsette. Il l'annonça au Père Visiteur, mais sans pouvoir donner le chiffre ni les noms des victimes. Il avait nommé à tout hasard le P. Montferrat, mais par erreur.

Valignani, lui, eut aussitôt la pensée que, puisqu'il y avait des martyrs, Rodolphe et Pacheco en étaient, car il les estimait les plus dignes du choix de Dieu. Dans cette conviction, il écrivit aux Pères du collège de Goa : « Que ces morts ne vous rendent pas tristes; » par votre joie faites au contraire comprendre aux » infidèles que, bien loin que la crainte de la mort » vous empêche de leur prêcher la foi, vous ne dési- » rez rien tant que de verser votre sang et que d'of- » frir mille vies en témoignage de la vérité, et que » ceux qui viennent d'obtenir cette grâce excitent » notre envie mais pas notre compassion. Je ne nie » point que la perte de sujets si précieux ne me touche

» au plus vif du cœur, mais je me réjouis de leur » bonheur, et je les offre avec un entier contentement » à Dieu et à Notre-Dame.

» En pensant autrement, je croirais faire injure à » leurs saintes âmes. — Je désire donc que Votre » Révérence, ainsi que votre Collège, en agissent de » même. Maintenant qu'ils me manquent, il me sera » nécessaire de modifier mes plans ; j'ai confiance » néanmoins que Dieu pourvoira à tous nos besoins, » et qu'ils serviront mieux à la conversion de Salsette » par leur sang répandu et la mort endurée, que s'ils » avaient vécu et travaillé longtemps (i).

» Je ne sais pas les noms des autres, et je ne suis » même pas sûr de ceux-ci ; je tiens toutefois pour » certain q2ie Rodolphe et Pacheco sont parmi les morts, » et je me recommande à eux bien souvent. »

A Goa, le 1 5 juillet, les Pères avaient célébré avec une ferveur inaccoutumée l'anniversaire du martyre d'Ignace d'Azevedo et de ses compagnons. Le soir même de ce jour, un des chrétiens échappés au massacre de Coucolim venait l'annoncer à Margao ; un courrier était aussitôt dépêché au Père Provincial, qui, le mardi matin, à la pointe du jour, recevait la triste et glorieuse nouvelle.

I. Cette mort troublait grandement les plans du Père Visiteur, car celui-ci, devant bientôt partir pour Rome, se proposait de laisser à Rodolphe la charge de Provincial des Indes.

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