‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 72 sur 88 · PREMIERS HONNEURS · texte numérisé non relu

PREMIERS HONNEURS

Ce fut d'abord, au collège de Saint-Paul, une stupeur profonde. Mais on ordonna à la communauté de se réunir pour prier, et alors, il se fit dans les âmes un changement soudain. De la douleur on passa à une joie céleste qu'on ne pouvait contenir et qu'on ne savait exprimer. Seul, le Père Provincial demeurait inconsolable de s'être arrêté à Cioran, et d'avoir ainsi manqué une si belle occasion de mourir pour la foi. C'est lui, en effet, on s'en souvient, et non le P. Pacheco, qui aurait dû accompagner Rodolphe à Salsette, et l'humble religieux s'accusait d'avoir été exclu par Dieu à cause de son indignité.

Dès que la nouvelle du massacre se répandit dans Goa, elle souleva une si vive indignation, que le viceroi Mascarenhas eut grand'peine à contenir le peuple, déterminé à partir sans délais pour venger les missionnaires. Cette résolution était si sincère, que le tambour ayant battu, on crut, en ville, que le vice-roi autorisait l'expédition. Toute la noblesse descendit alors vers le port : un millier d'Indiens fut réuni, et beaucoup de Portugais offrirent de fortes sommes pour subvenir aux frais de la campagne.

Mais celui qui montra la douleur la plus amère, ce fut l'ambassadeur du Grand Mogol. Ce pauvre infidèle pleura Rodolphe plus qu'il n'aurait pleuré son père, et plus tard, quand il porta à Fatehpour la fatale nouvelle, toute la cour partagea sa désolation. Akbar,

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surtout, se reprocha toujours d'avoir laissé partir celui qu'il n'avait pas eu la force d'imiter, mais qu'il n'avait cessé d'admirer et d'aimer. Toute sa vie, quand le souvenir du Bienheureux lui revenait, il levait les bras au Ciel, et ne savait que répéter : « Oh ! quel homme ! quel ange ! »

Il fallait cependant retrouver les restes des martyrs. Aussi, le 1 6 juillet, après avoir laissé passer le fort de la chaleur, le Père Provincial de Goa se mit en route pour Salsette, avec trente de ses religieux. Plusieurs étaient vieux et infirmes, mais la ferveur donnait à tous des forces ; à la nuit tombante ils parvinrent à Margao, à douze milles de Goa : ils pensaient y trouver les saints corps.

Mais les meurtriers refusaient de les livrer, et ne voulaient écouter ni prières ni menaces : on savait qu'ils étaient réunis en armes dans la plaine de Coucolim", prêts à attaquer les chrétiens de Salsette ou les Portugais s'ils se présentaient. Le capitaine du fort de Rachol, Figueredo, essaya de parlementer ; il perdit en pourparlers toute la nuit du mardi au mercredi, et toute la matinée du mercredi. Les Pères désespéraient déjà de recouvrer leur trésor, quand un noble Indien, Manuel Cotigno, s'avisa d'envoyer aux notables de Coucolim une lettre du Conseil général de Margao enjoignant de remettre les corps aux porteurs du message. Ce Conseil de Margao, composé de seuls Gan-

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