‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 73 sur 88 · I. — PREMIERS HONNEURS · texte numérisé non relu

I. — PREMIERS HONNEURS

zaris, était en grand honneur à Salsette. Les meurtriers cédèrent devant cette réclamation.

La nuit était déjà venue, quand un exprès arriva en hâte annonçant que les porteurs n'étaient pas loin. Le Père Provincial réunit aussitôt les Pères de Goa, ainsi que les enfants et les chrétiens de Rachol, et I tous, en procession, précédés de la croix, s'avancèrent jusqu'à une petite chapelle dédiée à saint Antoine. Bientôt les porteurs apparurent avec leur précieux fardeau. Le gouverneur Figueredo et d'autres Portugais prêtèrent des linceuls dont on recouvrit les restes des martyrs ; en guise de brancards on prit des échelles sur lesquelles on les étendit; et une procession se forma pour les ramener de la chapelle Saint-Antoine jusqu'à Rachol. Rien ne saurait rendre le spectacle émouvant que présentaient ces obsèques triomphales. Le P. Albert Laerzio les décrivait ainsi dans une lettre adressée à Rome :

« Deux choses nous paraissaient merveilleuses et » nous comblaient de consolation : la première, que, » bien qu'enfouis depuis deux jours et demi, les bien- » heureux corps n'avaient aucun signe de décompo- » sition ; beaucoup ont même affirmé que celui du » P. Rodolphe exhalait une agréable odeur. Puis le » sang coulait de leurs blessures aussi frais que si la » mort avait eu lieu récemment. Des deux blessures » que Rodolphe avait reçues à la poitrine et à l'épaule,

» le sang jaillissait en telle abondance, qu'après en

» avoir trempé des mouchoirs, moi et un autre Père,

» nous l'avons vu couler encore; si bien qu'en prenant

» le corps pour l'ensevelir, j'en ai eu le vêtement tout

» rougi. De la blessure du cou, le sang bouillonnait

» comme s'il eût été exposé au feu (i).

» Le soleil était couché depuis trois heures, quand,

» après avoir bien disposé les corps, on organisa une

» procession pour les porter, de la chapelle de Saint-

» Antoine, jusqu'à l'église de Notre-Dame des Neiges

» de Rachol. On avait allumé un grand nombre de

» cierges et de torches. Je n'ai jamais vu d'aussi belle

» cérémonie, ni à Rome, ni ailleurs. Les corps étaient

» portés à la suite l'un de l'autre par des Pères de la

» Compagnie ; tous se disputaient l'honneur de porter

» quelque temps celui surtout du P. Rodolphe, qui

» venait le dernier. Autour de lui, un chœur de musi-

» ciens entonna, en sortant de la chapelle, le Bene-

» dictus Domimis, et le continua jusqu'à Rachol. On

» répétait plusieurs fois le verset : « Par les entrailles

» miséricordieuses de notre Dieu, éclairez ceux qui

» sont assis dans les ténèbres et à l'ombre de la

» mort (2).

1. En 1716, près de cent trente ans après la bienheureuse mort des martyrs, on trouvait encore dans leur cercueil une barrette rougie de sang qui semblait fraîchement répandu.

2. Per visccra misericordiœ Dci nostrt, illuminare Jiis qui in tciu-his et in iimbra morîis sedcnt.

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