‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 74 sur 88 · I. — PREMIERS HONNEURS · texte numérisé non relu

I. — PREMIERS HONNEURS

» Cette procession solennelle provoquait à la fois » nos larmes et notre allégresse : tous chantaient et » pleuraient à la fois. Et certes, le spectacle que pré- » sentaient ces saints corps était tel, qu'il aurait fallu » avoir un cœur de diamant pour n'en pas être ému. » Cette fête de nuit, ces corps recouverts d'un simple » linceul et portés sur des échelles en guise de civières, » tout faisait ressembler ces funérailles à celles de la » primitive Eglise.

» Arrivés à Rachol, et pendant qu'on creusait la » fosse, les Pères déposèrent leur fardeau sur des » planches, dans l'église : le peuple les entoura, et l'on » chanta des psaumes en usage aux fêtes des martyrs. » Ensuite on s'enhardit à prendre quelques reliques » de chacun. J'ai pu constater qu'il ne restait bientôt » plus aucun ongle aux martyrs. On se portait surtout » vers le P. Rodolphe, tant était grande l'idée que » tous avaient de sa sainteté. Finalement on les » ensevelit (i).

» Le lendemain matin, jeudi, le Père Provincial, » pour compléter la fête, chanta solennellement la » messe du jour : c'était celle de sainte Simphorose » et de ses fils. Elle fut célébrée dans la chapelle » même où les saints corps étaient ensevelis. Impos- » sible de dire que de larmes nous versions, et de

I. Ce fut dans cette grande caisse où le Frère Aranha,longtemps avant son martyre, avait annoncé qu'il serait enterré.

» quels sentiments nous étions pénétrés, non seule- » ment à ce moment, mais longtemps encore après. » Le collège de Goa semblait, dans la suite, tout » renouvelé, et pendant bien des mois on ne savait, » parmi nous, parler que du martyre. »

Les restes des martyrs de Salsette demeurèrent quatorze ans dans la chapelle de Rachol, défendus par la piété jalouse de la population ; en 1597 seulement, le Père Nicolas Pimenta, Visiteur, les fit transporter à Goa, et déposer solennellement dans l'église de Saint-Paul. Plusieurs villes de l'Inde et du Portugal avaient demandé le corps du Frère Aranha, mais sans pouvoir l'obtenir. En 1600, on envoya un des bras du Père Rodolphe à son oncle, le Général de la Compagnie ; en 1634, on envoya le second bras au Père Dominique Capece, Recteur du collège de Naples. La ville de Minaya obtint également des reliques insignes du Père Pacheco.

A la suite des malheurs survenus à la Compagnie de Jésus et à la ville de Goa, les ossements des martyrs furent, à la fin du siècle dernier, transportés dans la chapelle privée de l'ancien noviciat de Chorao, à quelques milles de Goa ; après 1860, l'archevêque de Goa les fit déposer dans sa cathédrale. Quelques ossements y sont encore conservés, mais les plus considérables ont été envoyés à Rome.

Salsette ne devait jamais perdre le souvenir de ses

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