‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 75 sur 88 · PREMIERS HONNEURS · texte numérisé non relu

PREMIERS HONNEURS

glorieux martyrs. Le vice-roi Mascarenhas crut devoir venger leur mort en s'emparant du territoire des meurtriers, et en le cédant, à titre de fiefs, à divers seigneurs, mais les martyrs ne se vengèrent qu'en répandant sur la péninsule des grâces sans nombre. Cinq ans après leur mort, une petite chapelle, sous le vocable de Notre-Dame des Martyrs, fut élevée sur le puits où leurs corps avaient été jetés ; le champ arrosé de leur sang fut entouré d'un mur et resta l'objet de la vénération publique ; enfin une croix monumentale fut dressée sur l'emplacement où François Aranha avait été percé de flèches.

De tous ces endroits consacrés, comme d'autant de sources bénies, les prodiges et les grâces n'allaient point tarder à jaillir.

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Gl)apitre Deujrième.

Les Prodiges.

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ON peut grouper sous quatre chefs principaux les prodiges dont il a plu à Dieu de se servir pour manifester la puissance de ses martyrs. Ce sont surtout des guérisons causées par l'eau du puits de Coucolim, des grâces de conversion, des apparitions ; enfin, des grâces de diverses sortes (i).

I. — Avant même qu'une petite chapelle eût été bâtie sur la citerne où les bienheureux corps avaient passé deux jours, les chrétiens s'y étaient portés, convaincus que l'eau qu'elle contenait serait miraculeuse. Leur foi n'avait pas été trompée : des malades et des possédés furent guéris en grand nombre à ce puits, qu'on n'appela bientôt plus que le puits des miracles.

Ces grâces bien que très nombreuses, connues de tous, n'étaient pas toujours officiellement consignées. Les païens comme les chrétiens en étaient

I. Nous ne faisons que résumer, dans ce chapitre, les faits merveilleux consignés dans les procès officiels, ouénumérés par le P. André Budrioli, dans son précieux ouvrage : Segni maravi^^liosi co' qiiali si é covipiac. Iddio, etc.. (Roma, Rossi, 1745), ouvrage composé sur l'ordre du cardinal Portocarrero, ponent de la cause. — Nous déclarons en outre n'attribuer à ces faits que le degré d'importance et d'authenticité que leur ont reconnu les procès.

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GOA : Chapelle de Saint-François Xavier dans l'église du Bon-Jésus.

LES PRODIGES. l8l

l'objet, et l'eau de Coucolim portée à Goa servait de remède à tous les maux (i).

Une relation officielle, adressée à la Propagande en 1647, disait : « Les grâces que reçoit tout Salsette de » l'eau du puits où furent jetés les corps du Père Ro- » dolphe et de ses compagnons, sont sans nombre. » Aussi tous ces insulaires, surtout les chrétiens de » Coucolim et de Veroda, demandent instamment au » Saint-Siège de daigner déclarer que la mort des Pères » a été endurée pour la foi, afin qu'on leur puisse » rendre l'honneur dû aux martyrs du Seigneur. »

Une autre relation, du 31 décembre 1715, envoyée par le Père Benoît Ferreira, Provincial, au Père Général, Jean- Paul Oliva, disait : « De Goa et de l'île de » Bardes, on envoie toujours chercher de l'eau de ce » puits, et les miracles que Dieu opère par l'iaterces- » sion des martyrs sont si nombreux, que beaucoup, » dans l'intérêt de leur santé, se procurent d'avance » de cette eau, afin d'en avoir en cas de maladie. »

Le Père Jean Olivarès, Provincial, écrivait encore en 1722 : « Quelques personnes de Coucolim ont été

I. Vers la fin de 1 588, de pauvres païens, s'apercevant que leurs champs de cannes à sucre étaient dévorés par une véritable armée de souris, avaient été exposer leur misère aux martyrs. Les champs infestés s'étendaient juste autour de leur petite chapelle. « Vous n'aurez pas grand' chose à faire pour les défendre, disaient les pauvres gens. C'est si près, et vous êtes si puissants ! > — La prière fut entendue, et les champs Tuent, dès lors, fermés aux rats, qui continuaient pourtant à dévaster les champs voisins.

Acquavlva. • ïT"

l82 L. VI. — LE CIEL.

» guéries en buvant de l'eau qui reste dans le puits » de la chapelle. » • — En 1723, le Père François- Marie del Rosso annonçait que, cette année-là, on avait expédié à Rome un mémoire sur les miracles des vénérables martyrs de Salsette. Ce mémoire, malheureusement, se perdit soit en route, soit à Rome, chez le cardinal François d'Acquaviva.

La petite chapelle de Notre-Dame des Martyrs ne suffisant plus à la dévotion des habitants. Don Philippe Mascarenhas, seigneur de l'endroit, fit élever, en 1635, une nouvelle chapelle, dont l'autel était exactement au-dessus du puits. Le décret d'Urbain VIII n'étant pas encore connu à Salsette, on peignit sur le rétable de l'autel le portrait des cinq martyrs. L'inauguration de cette chapelle se fit très solennellement ; et pour offrir aux serviteurs de Dieu un présent qui leur agréât, on baptisa, le jour de l'inauguration, plus de cent catéchumènes.

II. — Mais l'influence des martyrs se signalait surtout par les grâces de conversion qu'ils répandirent sur Salsette. Pierre Berna avait souvent déclaré que cette terre ingrate ne donnerait des fruits qu'après avoir été arrosée du sang de quelques apôtres. Cette prédiction devait avoir bientôt une magnifique réalisation.

Un an déjà après le martyre, quinze cents païens

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