LES PRODIGES
avaient été baptisés. En 1586 et en 1587, cinq villages demandèrent le baptême ; deux firent parvenir leur demande le même jour. En 1588, quatre populations se convertissaient. Une d'elles formait un gros bourg, où, naguère encore, tout baptisé était percé de flèches. Coucolim, qui s'était toujours montrée si rebelle à la foi, cédait aussi, emportée par cet irrésistible torrent de grâces que Dieu, à la prière des martyrs, répandait sur Salsette. — Un jour, pendant qu'on célébrait la Sainte Messe dans la chapelle de Notre- Dame, une troupe de Ganzaris y pénétra, et, se prosternant devant l'autel, demanda le baptême.
Le nombre des nouveaux baptisés, en 1590, était de 865. « Un de nos Pères, écrivait-on à Rome, vient de convertir neuf petits villages ; par là vous pouvez juger quel est notre travail. »
En 1595, un Père allait confesser un malade, quand ib tombe au milieu d'une bande de cent cinquante païens ; il s'arrête et leur parle de Notre- Seigneur Jésus-Christ : quinze ans plus tôt, la mort eût été le prix de son indiscrétion ; au lieu de le tuer, toute la troupe se déclara catéchumène.
Salsette comptait, en 1596, trente-cinq mille cinq cent huit chrétiens, et personne ne se faisait illusion sur la cause de ce grand changement : on sentait bien qu'il était l'œuvre des saints. « Les Gentils, écrivait-on à Rome en 1595, ont été amenés à notre religion par
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la vue du courage que donnait notre foi, La mort des Pères a converti beaucoup de païens. C'est ce qui prouve, qu'ils sont martyrs. »
Plus tard, un collège de la Compagnie fut fondé à Margao sous le titre de collège du Saint-Esprit. A la fin du XVI 11^ siècle, la proscription de la Compagnie livra ces florissantes chrétientés à un abandon dont elles ne se sont pas relevées. Cependant le voyageur qui parcourt Salsette est encore surpris de voir s'élever, presque à chaque cent pas, une croix, petite ou grande, mais toujours honorée. Ce sont nos martyrs qui, par leur mort, ont valu à la Croix ce triomphe.
Les meurtriers eux-mêmes s'étaient convertis. Un seul avait été affreusement puni. Un vicaire de Coucolim, François Couthino, entendait, une nuit, des aboiements furieux : ne connaissant pas encore le village, il demanda des explications. Tous les habitants lui contèrent l'histoire bien connue. Le malheureux qui avait lancé dans le taillis son chien à la recherche de François Aranha, avait été saisi d'accès de rage, pendant lesquels il aboyait lui-même comme un chien. Cet horrible châtiment s'appesantit sur ses fils et sur ses petits-fils, qui restèrent ainsi à Coucolim comme une vivante preuve de la sainteté des martyrs.
III. — Le jour même où Rodolphe et ses compagnons expiraient à Salsette, un saint religieux espa-