‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 77 sur 88 · II. — LES PRODIGES · texte numérisé non relu

II. — LES PRODIGES

gnol, le Père Jean Fernandez, de la Compagnie de Jésus, était ravi en esprit, et assistait, d'Espagne, à leur martyre. Comme il était tout ému à ce spectacle, et qu'il demandait pourquoi Dieu permettait qu'on maltraitât ainsi ses serviteurs, « Qu'importe, lui fut-il répondu, qu'importe qu'ils meurent, s'ils meurent martyrs de Jésus-Christ ! »

Depuis, Rodolphe apparut plusieurs fois à divers personnages. — En 1586, un des seigneurs à qui le vice-roi Odoardo de Meneses avait donné le territoire des meurtriers, D. Pierre de Castro, songeait à rentrer en Portugal, et ne savait à quelle œuvre consacrer les revenus de son fief A la même époque, le Père Valignani cherchait des ressources pour fonder un noviciat à Goa. Une religieuse à qui il avait recommandé cette affaire, hésitait à demander à Dieu de diminuer la pauvreté des novices, lorsqu'elle vit venir à elle un homme tout radieux, qui la reprit de ses hésitations. « Je suis Rodolphe, dit cette vision ; par amour pour Jésus-Christ et pour la foi j'ai répandu mon sang dans ce pays. » — Castro transporta bientôt après sur le noviciat de Goa tous ses droits seigneuriaux, et les terres que Rodolphe avait acquises de son sang, servirent à l'entretien de quarante novices.

En 171 3, un gentilhomme napolitain, peu favorable à la Compagnie de Jésus et ennuyé d'entendre sans cesse louer Rodolphe d'Acquaviva, qu'on regardait

l86 L. VI. — LE CIEL.

comme un martyr, ne craignit pas un jour de reprendre publiquement un de ses admirateurs. En somme, soutenait-il, Rodolphe est mort victime d'un accident, comme beaucoup de voyageurs tombés comme lui au pouvoir des barbares. — La nuit suivante, un homme apparut au gentilhomme, et, d'un ton sévère : « Me reconnaissez-vous ? lui demanda-t-il. — Mais non, dit le seigneur effrayé. — Je suis ce Rodolphe qu'hier vous n'avez pas craint d'insulter. » Le gentilhomme alla témoigner de ce fait au tribunal de l'archevêque, et, de ce jour, il se fit le panégyriste du saint qu'il avait calomnié.

Un fait analogue arriva à la cour de Scipion Spinelli , duc de Seminara , et parent de Rodolphe. Isabelle, princesse de Scilla, et sœur du martyr, se l'était fait raconter par le héros même de l'aventure, et elle en avait adressé le récit, signé de sa main, au Père Vincent Caraffa, alors Provincial de Naples.

Le duc de Seminara avait un frère Jésuite : il s'appelait Pierre - Antoine Spinelli, et Rodolphe l'avait beaucoup connu et aimé (i). Pierre venait d'obtenir du duc la répression de certains désordres qui régnaient dans sa cour, et cette réforme avait soulevé des réclamations, surtout de la part d'un des camériers du duc, un certain Jean-Laurent Scalandrini. Scalandrini couchait dans un appartement voisin de la chambre du

Page 1