‹ Les bienheureux martyrs de SalsetteChapitre 80 sur 88 · III. — LE CULTE ET LA CAUSE · texte numérisé non relu

III. — LE CULTE ET LA CAUSE

prononçait ce jour-là le panégyrique des Bienheureux.

Il est vrai que le Père Général, ayant appris cet usage, songea à l'interdire ; mais craignant, précisément parce que Rodolphe était son neveu, d'être trop partial dans cette cause, il la soumit au jugement des Assistants et de quelques théologiens, parmi lesquels étaient Suarez et Bellarmin. Tous décidèrent que l'usage pouvait être approuvé, parce que, dans l'espèce, le martyre n'était pas douteux.

En 1600 et en 1629, l'Archevêque de Goa avait achevé ses deux procès : ordinaire et apostolique. Les deux établissaient nettement le fait du martyre. D'ailleurs les habitants eux-mêmes de Coucolim, et, parmi eux, plusieurs des meurtriers repentants et convertis, avaient fait écrire au Saint- Père, le suppliant de déclarer martyrs leurs victimes : personne, mieux que ces Indiens, ne pouvait assurer que les cinq missionnaires avaient été tués en haine de la foi.

Le culte des Martyrs de Salsette s'étendit bientôt au-delà de Goa et de l'Inde. La relation écrite par le P. Valignani avait été présentée, par le Père Général, au Souverain Pontife et à tous les Cardinaux. Tous avaient considéré cette mort comme un vrai martyre, et n'appelaient plus Rodolphe et ses compagnons que les Bienheureux. Grégoire XIII fut même si attendri, que tout le monde pensait autour de lui que la canonisation aurait lieu sans tarder.

En attendant, une image des Bienheureux fut gravée à Rome, et présentée à Grégoire XIII, qui la baisa en la recevant : les Cardinaux lui firent le même honneur, et cette image, répandue dans le peuple, attira bientôt aux Martyrs de nombreux clients.

Enfin, lorsque, le 6 mars 1590, Grégoire XIV élevait aux honneurs de la pourpre Octave d'Acquaviva, il avait soin, dans le bref expédié à cette occasion, de rappeler, parmi les titres d'Octave, la mort héroïque de son frère, tué, disait le Pape, en haine de la foi (l).

Il n'est pas étonnant que beaucoup aient répété ce titre donné par le Pape lui-même. L'histoire manuscrite du noviciat de S^-André conclut sa notice sur Rodolphe par ces mots : « Il reçut dans l'Inde la couronne d'un glorieux martyre ; c'est pourquoi il fut déclaré bienheureux par le Pape. » Les peintres le représentaient ordinairement l'auréole au front et la palme à la main. En 1603, on peignit dans la sacristie de l'église de S^-Vital, à Rome, un tableau où Rodolphe était représenté le front ceint d'une auréole : le tableau portait cette inscription : « Entr'ouvant ses vêtements, le Bienheureux Rodolphe Acquaviva, de la Compagnie

I. « Te qui in primis... Rodulphi, qui siiperioribus annis pro Fide Catholica mortem apud Iiidos consiantissime perhilit, frater germamis ixistis..^ dignuDi Judicavimus... hoc tam insigni Cardinalattis honore. >

m. — LE CULTE ET LA CAUSE.

de Jésus, présente au glaive, pour la cause du Christ, son cou découvert (i). »

Le Père Sacchini, historien de la Compagnie, avait laissé une vie manuscrite de Rodolphe ; il l'avait intitulée : « Vie du Bienheureux Rodolphe et de ses compagnons martyrs (2). »

En 1609, lorsque saint Ignace fut béatifié, on imprima son histoire à Rome : au frontispice du volume, on avait gravé, sous le portrait du Fondateur, celui de nos cinq martyrs, avec cette légende : Le Bienheureux Rodolphe et ses compagnons. (Beatus Roditlphus cuvt sociis.) On sait que saint Jean Berchmans avait écrit, de sa main, un recueil de quelques vies de saints préférés : au 15 juillet, il avait inséré celle du Bienheureux Rodolphe. (Beatus Rodidphus Aquaviva)..,

Dans sa vie de saint François de Borgia, béatifié en 1624, le P. Cepari disait encore ouvertement de ce saint qu'il avait reçu dans la Compagnie le Bienheureux Rodolphe (il Beato Ridolfo Acquaviva).

Mais des pieux témoignages de vénération que l'on rendait de tous côtés à l'angélique martyr Rodolphe, aucun ne fut plus touchant que ceux qu'il reçut de son père le duc d'Atri. Dès que le courrier des Indes porta au Père Claude d' Acquaviva la nouvelle de cette mort

1. Deductis vestibtes, nuduin, Christi causa, collwn gladio subjicit Beatus Rodulphus Aquaviva, Soc. Jesu.

2. Vita Beati Rodulphi Aqiiavivœ et Sociorutn quatuor Martyr urn Societatis Jesu.

précieuse,il se hâta d'en avertir le duc son frère. «D'après le récit détaillé de cette mort, écrivait Claude le 29 août 1584, on ne peut douter que Rodolphe soit martyr. »

Le duc d'Atri était malade lorsqu'il reçut cette nouvelle. Sa joie néanmoins fut si grande que, se levant aussitôt de son lit, il se jeta à genoux, et baigna le sol de ses larmes. « J'avais fait deux pertes bien sensibles, » répondait-il ensuite à Claude. J'avais, en moins de » deux ans, donné à Dieu mon frère et mon fils ; mais » je les vois maintenant exaltés, l'un au Généralat » de la Compagnie, et l'autre si haut que Claude aussi » doit envier son sort. Ce sont là des grâces tellement » signalées qu'elles me font redouter d'ajouter à mes » autres péchés une ingratitude impardonnable. »

Le duc ordonna à toute sa cour de s'habiller de blanc, en signe de fête et d'action de grâces ; puis il fit illuminer Atri et répandre d'abondantes aumônes, et, par de magnifiques cérémonies qui durèrent trois jours, il tint à prouver combien il comprenait la grâce que Dieu faisait à sa famille en y prenant un martyr. La chambre que Rodolphe avait occupée au palais ducal fut désormais entourée de vénération, et, chaque année, le 15 juillet, on fêtait par de semblables magnificences l'anniversaire du martyre de Salsette (i).

I. Cet usage ne fut interrompu qu'après 1631 , Urbain VII I ayant interdit de dire une messe de martyr pour un serviteur de Dieu non béatifié.

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