BRACELET, PAR DURON LE PÈRE
core, on a vu un bijou du genre dit Campana, fait tout en cordelettes et en granulations d'or, qui, bien que fabriqué avec les mêmes éléments que les bijoux de l'antiquité, ne ressemblait que par sa couleur jaune aux œuvres des artisans étrusques et romains.
Cette appropriation d'éléments anciens à la fabrication d'œuvres nouvelles est une chose que, faute de mieux, je considère comme assez estimable en soi, mais qui malheureusement n'a pu produire aucun résultat à cause de la versatilité du goût public, qui laisse de côté chaque tentative avant qu'elle ait eu le temps de s'améliorer et de se développer. Notre société, pressée de jouir, se contente d'à peu près, de pochades et d'improvisations ; elle mange son blé en herbe. Nerveuse et pressée, n'ayant le temps de rien regarder, ne sachant rien attendre, elle agit comme si chacun des jours qui l'éclairé ne devait pas avoir son lendemain.
Il fut de mode, avant i8.5o, de porter des tours de bras en forme de rubans, émaillés en plein, le plus souvent de couleur gros bleu transparent. Le dessus de ces rubans était orné d'un bouquet découpé et incrusté dans l'émail, et serti de mi-perles et de petits brillants. Ce bouquet était jeté en travers sur le ruban; puis on y suspendait de petits médaillons par un ou trois. Les grosses gourmettes à mailles
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polies apparurent presque dans le même temps, car elles se prêtaient admirablement au port de ces petits médaillons. L'ensemble de ce bijou, placé au poignet, ne manquait pas d'ampleur et d'élégance.
Vers Tannée 1860, il est un autre genre de bracelet qui eut un grand succès; il se composait d'une chaîne tout en or, plate, large et souple comme un ruban, dont l'une des extrémités glissait dans un coulant fixé après l'autre, ce qui permettait de le mettre à la grandeur de tous les bras. Cette extrémité, qui pendait librement, était ornée d'un motif rappelant le mordant de la ceinture du moyen âge, et ce motif, ainsi que le coulant, étaient presque toujours ornés de pierres précieuses. On l'appelait bracelet jarretière ; la mode en dura pendant plusieurs années. On fit aussi, vers la même époque, des bracelets serpents souples, composés d'anneaux indépendants découpés en manière d'écaillés et enchevêtrés les uns dans les autres, et dont la tête, pour fermer le bracelet, s'attachait à la queue avec un crochet.
Vers l'année 1869, il fut de mode de porter au bras un cercle fait de corne de buffle, qu'on mettait en y entrant la main et en le forçant légèrement, opération que permettait la souplesse ou l'élasticité relative de la corne soumise à l'action de la chaleur. Le fil de corne qui faisait le tour du bras était étroit, carré, et presque aussi épais que large.
Les marchands algériens qui, je le crois bien, furent les premiers à mettre en vente, chez nous, ce bijou si simple, le baptisèrent jt7or/ebonheur. Le nom était heureux, la mode en prit; puis on en fit en or, et les bijoutiers en fabriquèrent des quantités considérables, en y ajoutant, bien entendu, une charnière pour l'ouvrir et un cliquet pour le fermer, car l'or n'a pas la même élasticité que la corne. La coutume fut de les porter en or rouge poli. La vogue de ce bijou fut telle que, pendant un temps, je crois bien qu'il fallut qu'une femme fût dénuée de toute ressource pour ne pas avoir un porte-bonheur. A l'inverse des modes ordinaires, qui commencent par être portées par les riches élégantes avant de se répandre, celle-ci. commença par en bas, et puis, sous la forme de cercles' en brillants, finit par envahir la classe la plus haute de la société, dans laquelle elle se maintint presque jusqu'à ce jour, car on en voit encore.
Un des derniers bracelets de bijouterie qui fut à la mode était composé d'une bande plate d'or cintré, repercé et poli, représentant un petit dessin très serré. La forme en était rigide, et il s'ouvrait à charnières. Ce bijou était d'une consommation courante.
Après que A. Falize eut fait, vers Tannée 1868, des bijoux en émaux mats, cloisonnés de genre japonais, dont on retrouvera la mention au chapitre concernant les crochets de ceinture, le même travail fut employé d'abord par lui pour les émaux transparents. Il l'appliqua sur des médaillons. On fit ensuite dans ce genre des bracelets émaillés d'une façon merveilleuse. Le tour de bras était composé de huit ou dix mailles plates, carrées, reliées entre elles par des charnières libres- Ces plaques étaient émaillées dessus et dessous, de façon à pouvoir porter en dehors chacune des faces de ce bijou qui n'avait pas d'envers. Les éniaux opaques servaient la plupart du temps de fond à des émaux transparents de l'éclat le plus admirable, qui reproduisaient tantôt des devises en vieux français, tantôt des attributs avec le caractère usité au xvi° siècle. La différence de jeu de ces émaux, posés d'ailleurs, par une fine recherche, sur des plans différents, la justesse du dessin et la finesse des cloisons qui en marquaient les contours, ont fait de ces bijoux des petits chefs-d'œuvre qui, comme tous les chefsd'œuvre, trouvent bien des admirateurs, mais surtout des admirateurs platoniques. On les payera très cher quand on n'en fera plus. Les joailliers modernes n'ont pas cessé non plus d'enrichir leur répertoire. On a vu, dans ces derniers temps, des guipures, dont Rouvenat, je crois bien, fut l'innovateur, des dentelles, des broderies en diamants aussi souples qu'un ruban, ce qui permettait de les porter, soit en bracelet, soit dans les cheveux en manière de diadème.
Il faut convenir, bien qu'on en aie, que ce travail est nouveau, car on ne le rencontre pas dans les ouvrages anciens. Il est vrai que les artistes qui les ont conçus se sont inspirés, toujours selon une coutume qui restera un des caractères de la production à notre époque, d'éléments puisés dans d'autres industries. C'est ici la brodeuse, la dentelière qui ont fourni les motifs ou l'idée qui a présidé à leur conception ; mais à quelle perfection de main-d'œuvre n'a-t-il pas fallu arriver pour donner à ces objets la souplesse en même temps que la légèreté, pour obtenir la solidité nécessaire au bon fonctionnement, sans porter atteinte à la finesse et à l'élégance par lesquelles ils ressemblent aux légers tissus qui servirent de modèle!