‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 151 sur 250 · I. Catalogue du musée égyptien^ Paul Perret · texte numérisé non relu

I. Catalogue du musée égyptien^ Paul Perret

BROCHES ET FIBULES

que les ornements mortuaires des Latins consistaient en une feuille d'or pelliculaire, travaillée économiquement et n'offrant aucun intérêt au point de vue industriel; j'ai eu maintes fois, dans le cours de ces études, l'occasion de le répéter. Le pectoral, au contraire, est une pièce d'or d'un grand poids, admirablement fabriquée (je parle au moins de

PBCTORAL AVEC SCARAB^B BN BASALTE V ERT. (N^ 524 du OlUSée du LoUVre.)

ceux que nous avons au Louvre); ne pas s'en occuper serait négliger les plus remarquables produits de notre art.

L'étude de ces beaux monuments donne la plus haute idée du degré de perfection auquel étaient arrivés les artisans d'alors. Ils laissent bien loin derrière eux les deux bracelets d'or de même provenance dont j'ai parlé dans le chapitre précédent. Ces objets sont fabriqués en mosaïques de pâtes de verres colorées, incrustées dans des alvéoles d'or. Voici en quoi consiste ce travail :

Tous les traits indiquant les contours extérieurs et les détails intérieurs de la pièce doivent être figurés par des cloisons qui se font avec des lamelles d'or posées sur champ, et soudées sur le fond, à la place qu'elles doivent y occuper. Lorsque cette préparation est terminée, l'œuvre reproduit donc exactement le sujet qu'on veut repré-

3f3 LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.

senter, figuré par des linéaments d'or qui en donnent l'esquisse, comme l'aurait fait un trait de crayon. Le travail qui suit celui-là consiste à tailler, à l'aide de la roue ou de la meule, de petits morceaux de pierre dure ou de pâte de verre, de la forme exacte de chacune des alvéoles formées par les intervalles laissés entre les cloisons, et de les incruster ensuite à la place qu'ils doivent occuper. Lorsque cette incrustation est achevée, on égalise tous les petits morceaux incrustés, en polissant la pièce entière à plat sur la roue.

On comprend aisément que ce travail d'incrustation est d'une délicatesse extrême, car il ne faut pas qu'il existe le moindre petit vide entre les morceaux incrustés et les contours d'or. Il est réussi, lorsqu'une fois achevé, il présente l'aspect d'une pièce qui serait d'un seul tenant; il offre alors à l'œil une surface parfaitement lisse, diversement colorée et rehaussée par de fins linéaments d'or. Cet art a été poussé par les artisans égyptiens jusqu'aux derniers confins de la perfection, et je n'hésite pas à dire qu'un ouvrier très habile pourrait seul, de nos jours, tenter de les égaler. Les procédés et l'outillage ad hoc sont restés les mêmes.

L'un des pectoraux catalogué numéro 593 est orné au centre d'un gros scarabée lapis en relief. Les deux divinités sont représentées debout, étendant la main sur le scarabée en signe de protection. Les robes des personnages sont en. or; mais les jambes, les bras et la tête avec le klaft ont été remplis de pâtes de vçrre colorées comme le reste. La frise du naos est ornée de nombreuses petites palmettes très étroites et serrées les unes contre les autres. Chacune de ces palmettes a reçu cinq petits morceaux de couleurs différentes dans le sens de sa longueur et dans l'ordre suivant : rouge, bleu, vert, bleu, rouge. Cet arrangement devait, lorsque la pièce était neuve et fraîche, produire dans le sens horizontal cinq grandes lignes de couleurs posées dans l'ordre indiqué ci-dessus, et coupées dans le sens transversal par les linéaments d'or accusant le contour de chacune des palmettes.

Le cadre du naos offrait un travail analogue, mais les pâtes en sont détériorées au point de ne pouvoir fournir d'indications suffisantes pour le reconstituer.

Le pectoral numéro 524, dont le scarabée et certaines parties sont en basalte vert, offre cette particularité que les détails seuls en sont fabriqués en pâtes de verre incrustées, et que ces détails se détachent sur un grand fond d'or uni. L'effet devait en être fort beau, mais il

BROCHES ET FIBULES

iiJ

n'en reste plus que des vestiges; les alvéoles sont be'antes, les stries formées sur les chapiteaux sont entièrement vides. On peut cependant juger encore que, sur ces deux pièces, le travail était d'une exécution très serrée. Je n'en dirai pas autant du troisième pectoral numéro 52 1, plus grand que les deux autres et très remarquable par la complica-

'^i^^^^mMi

dm

Page 1