‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 152 sur 250 · PBCTORAL DB RAMSÈS II · texte numérisé non relu

PBCTORAL DB RAMSÈS II

tion du sujet et Toriginalité de l'arrangement. Dans le naos sont juxtaposés un vautour et un urœuss; au-dessus plane un épervier aux ailes éployées, tenant dans ses serres le sceau, emblème d'éternité. La frise du naos est ornée de palmettes de couleur rouge, blanc et bleu. Au-dessous est gravé le cartouche du prénom de Ramsès II. Deux dad sont placés aux angles inférieurs de ce pectoral. Ce bijou, ainsi que le précédent, provient des fouilles du Sérapéum. La perfection et la finesse du travail, quoique laissant quelque peu à désirer, y sont encore remarquables; mais c'est surtout dans les deux pièces qui vont suivre

que ces qualités se manifestent d'une façon tout à fait exceptionnelle.

Celle qui porte le numéro 534 figure un épervier aux ailes

^PERVIER AUX AILES ÉPLUVéES.

éployées. Les pattes en sont d'or; tout le reste est incrusté de pâtes

ÉPERVIBa A TÊTE O E BÉLIBIU

colorées. Le caractère du dessin en est parfait, le travail d'incrustation en est très soigné et d'une grande finesse.

Le numéro 535 représente également un épervier aux ailes ou-

BROCHES ET FIBULES. |iS

vertes, mais celui-ci a une tête de bélier, le cou orné d'un collier, et tient dans ses serres le sceau, emblème de reproduction et d'éternité. Les pattes, dont la ciselure est excellente, et les cornes sont restées en or; tout le reste est incrusté de pâtes. Le dessin et le travail de cet objet sont de tous points parfaits. Les parties d'incrustation qui sont bien conservées révèlent une habileté très grande et qu'on ne peut surpasser. Le collier ou la petite ligne de pépins qui borde le demi-cintre duquel émerge la tête de bélier est place avec un goût exquis. Les cloisons sont fines, régulières, les angles de la matière taillée admirablement conservés. C'est un véritable chef-d'œuvre, dans lequel on retrouve, ainsi que dans les quatre autres pectoraux cités plus haut, ces grandes qualités de savoir et de fermeté que j'ai déjà signalés à propos des bagues égyptiennes. Ces pièces sont munies à leurs bords supérieurs de deux charnières ou bélières qui devaient servir à les suspendre ou à les fixer.

Le musée de Boulaq conserve un pectoral trouvé dans le sarcophage de la reine Aah-Hotep. La forme en est celle d'un petit naos. Au centre, Amosis est représenté debout sur une barque. Deux divinités, Ammon etPhré, lui versent sur la tête l'eau de la purification. Deux éperviers planent au-dessus de la scène, comme des symboles du soleil vivifiant. Ce travail est, paraît-il, hors ligne. Les figures, dont le fond est découpé à jour, sont dessinées par des cloisons d'or, dans lesquelles on a introduit des plaquettes de pierres dures, cornalines, turquoises, lapis, pâtes imitant le feldspath vert. L'ensemble en est remarquablement harmonieux et riche. L'envers du naos, resté en or, est gravé avec tant de finesse et de netteté, qu'il est aussi remarquable que la façade principale.

Le musée égyptien du Louvre s'est enrichi récemment d'une pièce non encore cataloguée, mais qui porte néanmoins le numéro 691, et sur l'étiquette de laquelle on lit les mots : Égide de Sekhet. Cette pièce se compose d'une grande plaque de métal ayant à peu près la forme de la moitié d'un ovale. De la ligne droite, formée par la section supposée et qui se trouve en haut, émerge une tête de lionne, la tête de la déesse Sekhet, en plein relief, moulée et ciselée. Le caractère en est excellent, l'exécution irréprochable. Cette tête est accostée de deux profils d'épervier, gravés sur une surface plane qui n'est que la continuation de la feuille de métal qui forme l'égide. L'aile manque à l'épervier de gauche. Le décor de la plaque, très légèrement gravé, se

Jl6

compose d*une ligne de petits urseus se suivant de profil, sur le bord du haut, immédiatement au-dessous de la tête de lionne, puis de lignes concentriques, au nombre de cinq, qui y prennent leurs joints de départ et suivent le contour ovale extérieur pour former cinq zones et un point central placé juste au-dessous du klaft de la déesse. Dans le point

SGIDE DE SBKHET.

central est figuré un ibis aux ailes éployées. Les deux zones intérieures sont ornées de petits pépins, peut-être de boutons de lotus, et les deux zones placées près du bord sont faites de deux cordons de fleurs de lotus.

La couleur du métal est d*un jaune paille légèrement verdâtre. Cest cet alliage d'or et d'argent que les anciens désignaient par le nom d'électrum. Celui-ci donne 688 parties d'or sur 3i2 d'argent pur. On doit supposer que cette proportion était réellement la bonne et fournissait, lorsque le métal était fraîchement poli, tout l'éclat et le charme désirables. Cependant, d'après Pline, l'électrum était formé

BROCHES ET FIBULES. J17

de quatre cinquièmes d'or et d'un cinquième seulement d'argent. Nous allons voir du reste que cet alliage, longtemps usité dans le monde ancien, et qui s'est perpétué jusqu'aux premiers siècles de notre ère, variait suivant les latitudes et les besoins.

Il a été trouvé à Kertch plusieurs pièces en électrum, entre autres des pendants d'oreilles représentant des grappes de raisin formées de deux coquilles estampées et rapportées, un masque de Méduse percé de trois trous qui servaient à le coudre sur les vêtements, et un anneau massif formant spirale, terminé par une figure de lion couchée

Nous retrouvons encore la trace de cet alliage au v® siècle de notre ère, avec les mêmes incertitudes quant à ses proportions. M. le baron Pichon possède une lettre écrite par saint Avitus, archevêque de Vienne en 490, à ApoUinaris, évêque de Valence, par laquelle il lui demande une bague à cachet tournant qu'il lui décrit. « D'un côté, ditil, elle sera ornée d'une émeraude, et, de l'autre, d'un cachet fait en électrum, de ce bel électrum qui participe de la chaleur de l'or et de la douceur de l'argent, et non pas de ce vilain électrum dont sont faites les pièces de Théodoric . »

L'Égide de Sekhet est au nom de l'un des Osorkon de la XXII" dynastie et de la reine Tati-bast. Cette indication correspond au x® siècle avant Jésus-Christ, et quoique l'électrum ait probablement été employé à une époque antérieure à celle-là, il est intéressant d'en rencontrer un morceau aussi important, révélant une date précise.

On se rappelle avoir vu, dans les précédents chapitres, des colliers et des bracelets faits en bronze dont l'origine caucasienne est considérée comme antérieure à la période de l'influence assyro-phénicienne en Étrurie. La spirale forme la caractéristique de ces bijoux primitifs, qui semblent avoir été contemporains de l'âge de la pierre.

Un des plus curieux spécimens de ce travail est conservé au Capitole à Rome. C'est un grand plastron articulé, ayant au moins trente centimètres de longueur. Il couvrait toute la poitrine, sur le haut de laquelle il était maintenu par une chaînette également en bronze qui s'attachait autour du cou, tandis que le dernier maillon du bas semble avoir été préparé pour être attaché à la ceinture. Ce plastron, composé de sept parties emmaillées, semble avoir été destiné autant à garantir qu'à orner la poitrine. Il continue la série des bijoux défensifs que

Page 1