FIBULE DE PALESTRINA
donne le dessin a été trouvée à Palestrina. M. Castellani en possède une autre du même modèle, dont l'arc est de la grosseur du poing et a bien dix centimètres de longueur.
Parmi les curiosités en bronze d'origine caucasienne, il en est qui ressemblent à nos broches et à nos pendants; il en est d'autres dont on s'explique difficilement l'usage.
Parmi celles-ci, il en est deux qui m'ont semblé avoir pu être utilisées en manière de fibules. Si l'on examine attentivement la première
BROCHES ET FIBULES
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figure, on verra qu'en faisant glisser une étofife dont les plis auront été préalablement réunis, dans l'intervalle AA, et en la redressant ensuite, elle sera maintenue dans toute la longueur de l'ornement, dont, par un sentiment bien entendu de l'art décoratif, les deux faces sont semblables.
FIBULB d'origine CAUCASIENNE.
Quant à la seconde figure, dont on a trouvé des exemplaires en assez grand nombre, le dessin en a été bien certainement inspiré par la vue d'une tête de bête à cornes. Dans plusieurs des exemplaires qui
FIBULE d'ORIOINB CAUCASIENNE.
ont été trouvés, la tête de la bête est indiquée d'une façon assez précise, pour ne pas laisser subsister de doute à ce sujet. Celle dont on voit le dessin était munie, en plus, de deux bélières, une en haut, l'autre en bas. La bélière d'en haut m'a semblé destinée à livrer passage à une chaîne, celle d'en bas à suspendre une plaque, et les deux cornes sont admirablement construites pour saisir chacune l'extrémité d'une écharpe, réunir les deux au centre et les laisser ensuite pendre €t flotter. Si je ne me trompe, cet objet serait donc une sorte de cou-
iant ayant avec la fibule cette analogie qu'il pouvait servir à relever et à maintenir réunies différentes pièces de rajustement^ peut-être des cordons, peut-être des courroies, peut-être même des cheveux.
; Je donne ma supposition pour ce qu'elle vaut, car je ne Tai* risquée que faute de renseignements sur l'emploi de ce singulier objet.
Je dois ajouter cependant que M. Schliemann a trouvé à Mycènes des ornements d'or qui offrent quelque analogie avec ceux-ci, et qu'il les considère comme ayant été destinés à retenir ensemble les boucles de la chevelure. Cette attribution est celle que, dans mon esprit, je leur avais d'abord attribuée.
Le bijou auquel nous donnons, de nos jours, le nom de broche est vraiment une parure et rien qu'une parure. Il s'attache au milieu ou sur le côté du corsage, ayant l'air tantôt, lorsque la mode est aux robes ouvertes, de servir à la fermer, tantôt de fixer un nœud de dentelles ou de rubans. En réalité, il n'a plus aucune utilité pratique et ne sert à rien autre chose qu'à compléter et à enrichir la toilette de nos élégantes.
La fibule, au contraire, était indispensable pour s'habiller, aux peuples qui portaient des vêtements amples. Car il est à remarquer que les peuples asiatiques n'ont pas connu ce bijou; on n'en trouve aucune trace chez eux. En remontant aussi loin que nous le permettent les documents historiques, il est facile de constater que les Assyriens n'en faisaient pas usage, et nos connaissances modernes nous font voir que ce bijou est également inconnu des Indiens et des Chinois. J'ai eu, à diverses reprises, entre les mains, des collections complètes de bijoux indiens; j'y ai vu de tout, excepté des broches. Ce fait s'explique facilement, car les longs fourreaux collants, portés par la plus grande partie des populations asiatiques, à commencer par les Assyriens, qui sont les plus anciens sur lesquels nous ayons des renseignements précis, ne motivaient en aucune façon l'usage d'épingles. Tandis que la chlamyde ^t le pallium des Grecs, et plus tard la palla et le sagum des Latins en avaient tout d'abord nécessité l'invention. Mais l'épingle toute droite était insuffisante, et l'idée de la courber en deux et d'en ramener la tête à la queue, de façon à pouvoir accrocher Tune à l'autree, dut éclore rapidement. Cette première fibule, qui ressemblait quelque peu, mais très imparfaitement, à notre épingle anglaise moderne, fonctionnait probablement encore fort mal. Le poids de l'étoffe la courrait, la forçait à sortir du crochet. Il fallut la modifier, donner plus de résis-
BROCHES ET FIBULES. |»y
tance à la partie du dessus^ y réserver une place déterminée pour les plis rassemblés, et transformer le crochet en fourreau. Ces divers perfectionnements firent de la fibule une création savante, composée de trois parties distinctes qui sont : d'abord l'épingle ou la queue, puis le fourreau ou fermoir, destiné à recevoir celle-ci, à la maintenir et à en masquer la pointe aiguë, enfin l'arc, dans la concavité duquel viennent se loger les plis de TétofiFe.
De ces dispositions i^cessaires, le génie des Étrusques et des Grecs sut tirer un parti ornemental tellement élégant que la fibule, parmi les bijoux de tous les temps, est restée le plus original et leplus caractéristique. On peut ajouter que, seul entre tous, il n'a pas d'envers, de sorte que, de quelque côté qu'il se présente à la vue, il est toujours intéressant et agréable à regarder.
Mais ici prend place une observation que je consignerai, sans d*ailleurs me trouver à même de conclure à une certitude. On se rappelle rénorme influence que les vieux Asiatiques ont exercée sur le génie étrusque-, d'un autre côté, on a vu qu'ils ne faisaient pas usage de la fibule; on peut donc être certain, d'ores et déjà, que ce n'est pas à eux que les Étrusques la doivent. Or il a été trouvé à Caere des statues en terre cuite qui sont conservées au British Muséum, sur les épaules desquelles sont représentées des fibules. Ces statues datent de la période tout à fait primitive, anté-archaïque, si je puis m'exprimer ainsi ; elles sont grossières et enfantines. Peut-être sont-elles antérieures de plus de dix siècles à notre ère, et par conséquent à l'influence asiatique dont on ne rencontre pas de traces avant le vu® siècle. Ces indications nous amènent à croire que les Étrusques furent les inventeurs de la fibule, et que les Grecs et les Romains la leur empruntèrent plus tard. L'examen qui va suivre me semble fait pour corroborer cette opinion, car les plus anciennes fibules en or que nous connaissions sont les fibules étrusques.
Le British Muséum possède deux exemplaires d'une fibule dont je n'ai trouvé trace nulle part ailleurs.
Sur une sorte de terrasson formé par la réunion de trois ornements en forme d'S, seize sphinx ailés et Coiffés du klaft à bouts tournants sont accroupis et semblent tenir conseil. Ils sont placés sur quatre rangs, en deux pelotons se faisant face. Les trois ornements en S sont cannelés; ils sont fuselés et terminés, à chacune de leurs extrémités, par une sorte de pomme de pin décorée de chevrons en granulé. L'as-
pect de cette pièce est 'tout à fait singulier. Son caractère énigmatique n'échappera à personne et Téiégance de la composition séduira tout le monde.
On remarquera la solution de continuité qui existe au centre. Les S qui cessent brusquement sont terminées par des astragales d'où sort une tige plus mince qui sert de jonction aux deux extrémités. A cet endroit le centre est occupé par deux petites tablettes qui peuvent se
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